Hypersensible et préparateur mental : Un atout pour l’accompagnement des athlètes ?

Hypersensibilité. Je ne sais par où commencer ni comment terminer. E. Aron parle de deux types de réaction chez l’Autre lorsqu’une personne explique son hypersensibilité. Soit elle apparaît comme victime passive, faible et troublée, soit elle apparaît comme un être réfléchi, doué, profond et puissant. Tout dépend des mots qu’elle utilise pour se définir. J’espère donc utiliser les bons mots ! J’ai 28 ans et je découvre encore, petit à petit, qui je suis. Mais y a-t-il une fin à cette découverte ?

Introduction : Ma découverte de l’hypersensibilité

Hypersensibilité donc. Sujet plutôt méconnu du grand public, j’ai découvert ce mot lors de ma formation en préparation mentale chez Focus Consultants. Pour un préparateur mental, il est judicieux d’apprendre à identifier les différents profils d’athlètes qu’il peut rencontrer pour les accompagner plus efficacement.  L’hypersensibilité fait partie des profils atypiques qu’il est possible de retrouver dans le sport de haut-niveau. Un livre nous avait été conseillé : Ces gens qui ont peur d’avoir peur, de Elaine Aron. Je me sentais concerné par ce profil atypique, mais je repoussais l’échéance. J’avais besoin de temps pour m’approprier le sujet. J’ai fait le choix de m’y consacrer dans une période de ma vie où j’avais ce temps : le confinement. Ce dernier a été un moment inédit d’introspection pour beaucoup de personnes. Le moment était venu de prendre le temps, et enfin, d’ouvrir le bouquin : « Hypersensible : mieux se comprendre pour s’accepter » de la même auteure, Elaine Aron. Cette dernière est psychologue, psychothérapeute et chercheuse en psychologie. Elle est elle-même hypersensible.

La lecture de ce livre a répondu à un bon nombre de questions qui me traversent l’esprit depuis mon plus jeune âge. Les livres ont cette particularité assez folle de mettre des mots sous silence. Ces mots sont sous notre nez, attendant que notre attention se pose vers eux, pour finalement, nous ouvrir les yeux. Après avoir pris des tas de notes sur mon carnet d’écriture, j’ai souhaité en savoir davantage sur le sujet. J’ai écouté des podcasts comme celui de France Inter : « Comment bien vivre son hypersensibilité ? » ou celui de Emotion : « L’hypersensibilité est une force ».  Le podcast le plus marquant a été celui de « HS ». Ce dernier est une série d’entretien avec des personnes hypersensibles. Elles témoignent de la manière dont l’hypersensibilité se dévoile au quotidien. Ce podcast a permis de m’identifier à ces personnes par leurs anecdotes et leur histoire personnelle. Vous connaissez sans doute ce genre de moments où vous dites : « Mais c’est moi ça. » Directement, un sentiment de communion intervient.

Aujourd’hui, j’écris en connaissance de cause. Je fais la tentative de vous éclairer sur les caractéristiques de l’hypersensibilité et de vous proposer des étapes clés pour faire de votre hypersensibilité un atout au quotidien. C’est sans doute la première fois que je fais le pas de dévoiler autant qui je suis. Parfois, j’ai la pensée que c’est un acte courageux, et à d’autres moments, que je me jette dans la gueule du loup. Être un homme et parler de sensibilité, c’est périlleux. En tous les cas, si cela peut éveiller des consciences et ouvrir des portes à d’autres personnes, j’en serais très heureux.

Définition

Selon les spécialistes, il n’y a pas de définition fixe puisque chaque personne hypersensible pourrait donner sa propre définition en fonction de ses caractéristiques. Nous voilà bien avancé… Tentons tout de même d’en extraire quelques caractéristiques.

Hyper- vient du grec huper, signifiant « au-dessus, au-delà ». La sensibilité se définit comme la « Propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique à l’action de certains agents internes ou externes. » (cnrtl). L’hypersensibilité serait donc la propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique, ET INTENSE, à l’action de certains agents internes ou externes. Autrement dit, une personne hypersensible réagit plus intensément et de manière régulière face à des stimuli internes (les pensées, les émotions, la faim, la soif, la douleur, les souvenirs, les fantasmes, …) ou externes (personnes, environnements naturels, bruits, odeurs, etc…).  Les agents internes et externes éveillent les sens et amènent avec eux une vague émotionnelle sur laquelle il est parfois difficile de surfer pour une personne hypersensible. Les agents internes et externes peuvent à force, créer un trop plein de stimulation, qu’E. Aron appelle hyperstimulation. Celle-ci vient perturber l’équilibre de la personne hypersensible. Au fur et à mesure, cela peut engendrer un épuisement physique et émotionnel.

La vie intérieure d’une personne hypersensible est riche et complexe. L’hypersensible est souvent qualifié de timide, d’introverti, d’effacé, de calme, peu sociable, qui ne parle pas, qui écoute. Il serait davantage porté vers la solitude. Il réfléchit beaucoup à ce qui l’entoure. En premier lieu, une personne timide apparaît comme anxieuse, gauche, timorée, inhibée et réservée. Ce sont les connotations négatives. Les connotations positives sont de l’ordre de la discrétion, le sang-froid, la réflexion et la sensibilité. Dans ces premières phrases de définition, vous pourriez penser que l’hypersensibilité ne concerne que les personnes introverties. Mais il existe également des hypersensibles extravertis, bien qu’en termes de proportions, ils ne représentent qu’environ 30 % des hypersensibles.

Les caractéristiques de l’hypersensibilité dont j’ignorais tout

Je peux illustrer quelques traits de l’hypersensibilité pas la genèse de mes souvenirs : mon enfance. L’hypersensibilité se traduisait par ce côté introverti et observateur. Très en confiance dans ma pratique sportive, j’ai pris ma place en alliant ce côté réservé et le côté désinhibé lorsque je m’exprimais sur un terrain de football. C’était une passion débordante où rien d’autre n’existait. Le plaisir et la créativité à l’état pur ! En dehors du rectangle vert, mes expressions verbales et comportementales étaient bien plus limitées. Beaucoup trop occupé à observer les rapports humains, je m’affirmais en tentant de répondre aux normes et aux règles du mieux que je le pouvais. Je répondais bien à la caractéristique de l’hypersensible qui ne fait pas de vague dans un groupe. Sage et prudent, j’imagine ne pas avoir posé de problème aux personnes qui me faisait peur : les adultes et leur aspect dominateur. La personne hypersensible est tellement désireuse de plaire aux autres qu’elle enfouie ses envies et ses sentiments pour bien paraître. Elle ne veut pas commettre d’erreur ou dire quelque chose qui pourrait déplaire. Elle fait attention aux autres et à ce qu’ils peuvent ressentir. Tenez, par exemple, lorsque j’écris un texte sur la préparation mentale, je m’emploie toujours à réfléchir comment intégrer la gente masculine et féminine dans le même mot (athlète) car je ne veux pas blesser la gente féminine en leur faisant penser que je ne parle qu’à un public masculin en écrivant « sportif ». C’est du détail pour certains, de la prise de tête pour d’autres, mais c’est une anecdote d’hypersensible. Autre point, si je remarque une maladresse de ma part dans une interaction, dû à une blague ou une remarque, je peux y accorder énormément d’importance, et ce, même si j’imagine qu’il n’y a rien de grave dans le fond. Je m’en veux de ne pas m’être montrer prudent, ou plus attentif à ce qui peut gêner ou blesser. Blesser quelqu’un est ma hantise. Car elle remettrait en question mon travail pour être fondamentalement quelqu’un de bien. Il y a quelques semaines de cela, j’ai complètement raté une blague. Drôle de moment gênant, surtout lorsque j’ai eu le sentiment de déplaire à la personne en face de moi. Une personne qui n’est pas hypersensible vous dira : « tu te prends beaucoup trop la tête. » Of course. Mais c’est comme ça.

Ma peur de ne pas répondre à ce qui était attendu dans les sphères scolaires, familiales et sociales m’a fait vivre des situations anxiogènes que j’ai toujours su garder en moi. Mon sentiment d’anormalité était bien là, latent, réprimé. Ce sentiment de décalage amène avec lui un certain manque de confiance et d’assurance. La personne hypersensible se sent incomprise et différente du reste du monde. Cette peur de déplaire s’allie parfaitement avec la peur d’oser prendre des initiatives. La norme fixée est la perfection. Si l’initiative échoue, l’imperfection est exposée au grand jour et la possibilité d’être jugé négativement apparait. La personne hypersensible préfère ne rien tenter. Vous l’aurez compris, la personne est hypersensible au jugement des autres et cela va créer un sentiment de stress accrue. Être observée, minutée ou évaluée n’est pas la tasse de thé de la personne hypersensible.

La période adolescente a été, quand j’y repense, une montagne à gravir. Cette période où règne la domination et le pouvoir est sans pitié pour certaines personnes. Tout ce qui ne rentre pas dans la norme est exclu. Mon hypersensibilité m’a permis d’y échapper, fort heureusement, par mes réflexions et mon adaptation. La période universitaire a été la période d’un premier envol. La liberté et l’indépendance qu’elle offre pousse à suivre ses intuitions. Bien sûr, l’hypersensible que j’étais à cette période était toujours empreint des jugements des autres. Je me targuais de répondre au mieux aux attentes, sans trop savoir dire non. Je dirais que c’est une période dans laquelle je me suis perdu et trouvé à la fois. Niveau sportif, j’étais bien loin de ce que j’exprimais petit. L’insouciance n’était plus de la partie. Les spectateurs, partenaires et entraîneurs étaient, pour certains, des sources de distraction nocives à mon plaisir et à mes performances. Mon état psychocorporel me faisait dire qu’un malheur allait arriver à chaque match. Du mieux que je le pouvais, je réprimais cet état de stress par des stratégies dysfonctionnelles. Ignorant tout de l’hypersensibilité et me convainquant de mon anormalité, ma seule réponse était de rentrer dans les rangs et de cacher ce sentiment désagréable.

Lucidité

Qu’il soit physiologique ou intellectuel, le sens est au cœur de la vie de la personne hypersensible. Les cinq sens ou les questions philosophiques sur le sens de la vie, le sens d’une action, la complexité de toute chose fait partie à part entière d’une personne hypersensible. Cela peut donner l’impression d’être malheureux où mélancolique. Mais je crois plutôt que ce mot sens est un moteur pour voir une personne hypersensible heureuse. Si elle trouve une signification à ce qu’elle fait et si elle met du sens dans ses vagues émotionnelles, elle aura fait un premier pas de géant. C’est ce que nous appelons la conscience de soi.

Là où l’ignorance me menait vers des chemins que je ne choisissais pas forcément, la conscience de soi a joué un grand rôle pour mon hypersensibilité. La conscience de qui je suis. De ce que je ressens. J’ai changé de cap le jour où j’ai pris la décision d’aller à 800 kilomètres de chez moi et de découvrir un nouvel horizon. Mon hypersensibilité ne le savait pas encore mais elle allait se dévoiler au fur et à mesure de rencontre et d’une découverte fondamentale : la méditation de pleine conscience. Cet art de vivre d’origine bouddhiste est une clé fondamentale pour la première étape de « Lucidité ». Cette méditation permet de se reconnecter à soi en aiguisant sa conscience et son attention. Elle m’a fait découvrir une nouvelle relation à soi et au corps dont la personne hypersensible a besoin. Le programme MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), réalisé en groupe avec une institutrice agréée, m’a permis de m’offrir un espace-temps, révélateur de soi et facilitateur de connexion avec des personnes étrangères à ma vie. C’est dans cet espace-temps que je pris conscience de la normalité du sentiment d’anormalité et du stress qui en découle. Il n’y avait plus à se cacher. L’humanité pointait enfin le bout de son nez. C’est un premier soulagement pour un hypersensible que qui ne se sait pas hypersensible. Je découvre le silence qui me régénère, le cerveau qui bouillonne de pensée et le corps qui s’exprime lorsque je l’écoute. Je comprends que je forme un tout et obtient des réponses aussi neuves qu’inattendues. Je me souviens de ces retours à vélo après chaque session où la sérénité et la légèreté m’accompagnaient. Je voyais un nouveau monde autour de moi. Ce programme m’a mené à un second, celui du MSC (Mindful Self Compassion), la même année. L’auto-compassion offre la possibilité de prendre soin de soi comme nous prendrions soin d’un ami lorsqu’il rencontre une situation difficile. Encore une idée extrêmement nouvelle pour une personne hypersensible. La société occidentale dans laquelle prône puissance, pouvoir, domination et production vient à l’encontre de cette idée de prendre soin de soi. Le blâme et le tribunal de la culpabilité prônée par la société a empoisonné nos cellules et nos neurones. Mais comme le dit Epictète, « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont. » Prendre soin de soi revient donc à dire :

« J’ai des droits et des besoins face à ma souffrance, qu’elle soit légère ou lourde. Je n’ai pas envie de me consumer à petites doses de critiques mais plutôt de m’accepter, à grande dose de compréhension et de stratégies adaptées. »

 Et c’est ce que j’aimerais transmettre aux athlètes que j’accompagne.

Prendre soin de soi passait également par ma nouvelle pratique sportive (Trail). J’y ai découvert les grands espaces et la liberté en montagne. Le contact avec les éléments de la nature et le goût de l’effort m’ont permis de prendre confiance et d’être un peu plus en lien avec mon hypersensibilité. Je vois d’innombrables possibilités de chemins à parcourir. Je ressens toujours cette sensation difficile à décrire. Cette envie d’aller découvrir toujours un peu plus loin ce qui s’y trouve. Je ne m’habitue jamais à la beauté d’un paysage de montagne. J’aimerais y rester toujours un peu plus. Pour pallier cette impossibilité, je tente toujours de prendre des photos visuelles pour les intégrer en mémoire. C’est ce qui satisfait en partie à ma vie. Parcourir et contempler. Dernièrement, l’article de A. Mette : « La meilleure façon d’aider les autres, c’est d’être heureux » me tapait à l’œil. Pour être heureux, l’hypersensible doit explorer cette sensibilité, en analyser le contenu et identifier les pensées et émotions qui apparaissent dans une situation positive (ex : contemplation en montagne) ou une situation difficile (ex : être dans un nouveau groupe). Faire preuve de lucidité dans des moments qui engagent émotionnellement est fondamental pour la personne hypersensible. Lorsque je me suis posé la question sur papier : « A quoi suis-je sensible ? » Voici la liste de mes réponses :

  • Au bruit
  • A la foule, situation de groupe
  • A la souffrance des personnes et des animaux
  • Au sucre
  • A l’effet de la fatigue
  • Aux jugements des autres
  • A la charge de travail
  • Aux paysages de montagne
  • Au sens de la vie
  • Aux rapports humains
  • A la lumière

Peut-être pouvez-vous faire votre liste avant de lire la suite ?

Tous les éléments de ma liste mettent en exergue mon hypersensibilité. Être conscient de cette liste est un pas non négligeable. Car je sais à présent identifier, voir anticiper, les vagues émotionnelles. Cette conscience de soi est un atout si elle est suivie de la seconde étape : l’acceptation.

Acceptation

Peut-être connaissez-vous la citation de Carl Rogers : « il existe un curieux paradoxe, qui fait que c’est au moment où je m’accepte tel que je suis que je deviens capable de changer. » C’est un fait. Cette acceptation annihile tous les personnages que la personne hypersensible se force à jouer devant les autres. L’acceptation fait tomber les masques de l’ego. Magique. Il ne reste que le vrai visage de la personne hypersensible, avec ses valeurs, Ses qualités et ses fragilités. L’hypersensibilité peut devenir une force lorsque l’acceptation de soi s’achemine petit à petit. Une personne hypersensible qui s’accepte telle qu’elle est peut mettre en exergue tous ses sens au profit de ce qu’elle aime. Et ce, avec un lien détaché du poids du conformisme.  L’acceptation de soi amène la personne hypersensible à être est une personne plus spontanée, libre, créatrice, indépendante et remplie d’énergie positive.

Acceptation des émotions

L’acceptation a un lien fort avec les émotions. Accepter une émotion revient à l’harmoniser entre le corps et l’esprit. L’équilibre se crée à force de permettre sa présence. Certaines personnes hypersensibles se blindent pour ne plus ressentir trop d’émotions. Mais elles en perdent leur essence. L’hypersensible qui ne permet pas à ses émotions de transmettre leur message est une personne hypersensible qui se fourvoie. bien qu’elles soient fortes ou répétées, les émotions sont un moteur pour la personne hypersensible car elle a régulièrement un niveau d’empathie élevé. L’hypersensible qui reconnaît ses émotions et s’ouvre à celle-ci sans se faire dépasser a la capacité de savoir ce qu’il faut faire pour apaiser une personne qui souffre d’une situation difficile. La maîtrise des émotions est une clé pour le préparateur mental. C’est ce que je travaille depuis plusieurs années grâce à la méditation de pleine conscience pour être OK avec mes émotions pouvant être plus élevées que la moyenne lorsque je reçois celles des athlètes que j’accompagne. Petit à petit, les émotions pouvant perturber (tristesse, stress, colère, etc.) sont apprivoisées grâce à différentes techniques que je transmets également aux athlètes que j’accompagne.

Acceptation et rapports aux autres

L’acceptation, c’est également l’acceptation des rapports aux autres. Les rapports humains sont parfois très chamboulant pour une personne hypersensible. Être en interaction avec une personne peut engendrer de vives réactions émotionnelles chez les hypersensibles. Elles peuvent être très vite mal à l’aise. La personne hypersensible fait beaucoup d’effort pour se montrer à l’aise en société ou dans un groupe. Dans les podcasts que j’ai pu écouter, j’ai pu comprendre à quel point une personne hypersensible pouvait craindre d’afficher son hypersensibilité. Le cas typique est de pleurer pour des raisons qui vont apparaître comme futile chez les personnes n’étant pas hypersensibles. D’autres ont des difficultés avec les discussions anodines et préfèrent écouter (ce qui est sincèrement mon cas). Pour ma part, m’intégrer dans un groupe m’a toujours demandé davantage de temps, mais il faut reconnaître que cela a toujours été une réussite aussi. Cela peut déboulonner certaines personnes ne comprenant pas votre comportement de retrait pour mieux observer et maîtriser, mais c’est ainsi. Peut-être que vous vous sentez concerné ou pensez-vous à un coéquipier ou collègue de travail qui présente cette caractéristique ?

Ces rapports humains sont aussi et avant tout un élément qui fait se sentir vivant (pour vous en assurer, vous pouvez lire la revue de cerveau & Psycho « Le bonheur est dans le lien »). Il est donc primordial pour la personne hypersensible de s’efforcer d’affronter le monde extérieur pour ne pas perdre le sens des réalités et sa capacité d’adaptation. L’Homme a ce besoin d’appartenance. C’est un instinct de survie animal depuis la nuit des temps. Pour la personne hypersensible, il est donc bon de délaisser ses explorations psychologiques de temps en temps. Comme l’écrit E. Aron, cela permet de mieux comprendre sa psyché. Il faut savoir que les personnes extraverties sont une bouffée d’air frais pour les personnes hypersensibles introverties. Et vice-versa. Chacun vient, avec ses atouts, équilibrer l’autre. Cet équilibre est à retrouver dans une équipe. Les personnes extraverties sont à l’action ce que les personnes introverties sont à la réflexion.

Par ailleurs, la superficialité ne s’intègre pas dans la relation avec une personne hypersensible car elle a ce besoin de confiance. Et ce besoin de confiance vient avec le dévoilement réciproque dans la relation. Si ce sentiment de confiance est présent, elle se montrera à l’aise dans la relation et plus largement dans un groupe. Même si, il est vrai, une personne hypersensible sera bien plus à l’aise lors d’une communication en intimité. De toute manière, elle a besoin de connexion. Parler de tout et de rien avec les personnes extraverties lui permet en quelque sorte de faire une pause avec son intériorité énergivore. Pour connaître la plénitude, il est parfois bon de se montrer un peu plus extraverti.

Dans ce rapport aux autres, la force de l’hypersensible est de capter des signaux que d’autres ne voient pas. L’hypersensible capte les regards, les gestes, les mimiques, les changements d’humeur, les amitiés et des inimitiés. Pour ma part, cette force m’aide énormément pour me mettre sur le même canal émotionnel que les personnes sportives ou non que j’accompagne en individuel. L’athlète va se sentir compris et libre d’exprimer son état de fatigue ou ses préoccupations. L’athlète exprime librement ses émotions grâce à une intuition que je sais de temps à autre écouter. Ce mot intuition revient généralement chez les personnes hypersensibles. L’intuition est cette force interne qui, en 1/4 de seconde, nous fait prendre une décision que l’on juge juste. L’écoute de soi et de cette sensation de confiance qui parcourt le corps à la vitesse de l’éclair ont visé juste. La personne hypersensible écoute cette énergie si la confiance en soi est présente.

Accepter de se reposer

Pour terminer sur l’acceptation, l’hypersensible doit accepter également de répondre à l’un de ses besoins fondamentaux face à l’hyperstimulation : Prendre des pauses. Si la personne hypersensible n’accepte pas de se ménager dû à son souhait de répondre aux attentes omniprésentes de son environnement professionnel/scolaire, familial et social, elle perdra le fil.

Pour prévenir le surmenage, une personne hypersensible a davantage besoin de calme, de repos et de sommeil. C’est comme ça. Puisqu’elle est régulièrement en état d’alerte (excitation ou méfiance), elle sollicite davantage son corps et produit davantage de cortisol. Il est très difficile pour une personne hypersensible de lutter contre la fatigue. Ainsi, celle-ci a besoin de récupérer davantage. L’homéostasie passe par la récupération. Sachez que 80% des stimulations sensorielles passent par les yeux. Si vous observez constamment pour comprendre votre environnement et le maîtriser, vous êtes toujours en état d’hyperstimulation qui à force, vous épuise. Prenez l’exemple des réseaux sociaux : ils nous mettent en état d’hyperstimulation tout le temps. Finalement, ils usent notre énergie, même allongé dans le canapé. Il est donc important d’écouter les messages du corps. Voici quelques exemples de « PAUSE » pour vous faire du bien :

  • Lire un bon livre
  • Peindre, dessiner
  • Ecrire
  • Manger un bon repas au calme, à la maison
  • Laver la vaisselle (oui cela peut être un moment tranquille)
  • Méditer
  • S’étirer, faire du yoga
  • Se faire masser ou se masser
  • Faire une sieste
  • Ecouter de la musique
  • Vous balader dans la nature et contempler

Vous l’aurez compris, la conscience de soi et l’acceptation sont deux étapes primordiales. Mais celle qui accompagne vers le changement en sans nul doute celle qui s’intéresse aux stratégies attentionnelles. Allons donc faire un tour dans cette étape appelé Focus.

préparation mentale

Focus

Le focus attentionnel est très important à travailler chez les personnes hypersensibles. C’est une garantie que j’ai comprise et expérimentée. L’explication est la suivante : Puisque la personne hypersensible capte instantanément les subtilités de son environnement (humeurs des gens, sons, lumières, etc…), elle est régulièrement en état d’alerte, attentive à la présence d’un danger. Elle est méfiante et observe les indices. Lorsque je me décris dans une situation de groupe, je dis toujours que je suis une personne qui observe et que cette caractéristique dure depuis mon enfance. Lorsque j’ai vu ces caractéristiques de méfiance et d’observation d’indices chez les hypersensibles, autant vous dire que ça a fait tilt. Cet état d’alerte crée une inhibition du comportement car la personne passe plus de temps à être spectateur qu’à être dans l’expérience. La personne est sage, prudente, consciencieuse et perfectionniste. Et puisqu’elle est douée pour capter les signaux de son environnement, elle est très habile pour percevoir les potentielles erreurs et les éviter. Cela peut être un frein à l’action. Car son attention est précisément posée sur ce qu’il ne faut pas faire plutôt que sur ce qu’il faudrait faire. Cela évite les erreurs et les potentiels jugements. C’est aussi pour cette raison que la plupart des personnes hypersensibles ont tendance à battre en retraite lorsque des situations nouvelles (et donc anxiogènes) se présentent. C’est un moyen de se protéger. Mais le retrait exacerbe la sensibilité. Ainsi, plus il y a retraite, plus l’hypersensibilité sera difficile à gérer en situations anxiogènes. L’hypersensible emploie couramment des stratégies de coping dites d’évitement car elle est prise dans ses vagues émotionnelles, sans vraiment comprendre ce qu’il se passe à l’instant T.  Ces stratégies permettent de fuir ou de nier la réalité. A long terme, ces stratégies se révèlent inefficaces.

Les étapes « Lucidité » et « Acceptation » permettent à la personne hypersensible d’élever son niveau de confiance en soi nécessaire pour mettre en place de nouvelles stratégies dites d’approches. Ces stratégies conduisent à prendre réellement le contrôle de la situation en agissant de manière directe ou indirecte sur le problème. Les stratégies centrées sur le problème sont les plus efficaces car elles agissent directement sur le problème. Dans ces stratégies, vous pouvez retrouver « Planifier des solutions », « rechercher des informations complémentaires » ou encore « Prendre les choses unes par unes ». Quant aux stratégies centrées sur les émotions et sur le soutien social, elles agissent de manière indirecte. Elles sont utiles mais ne vont pas avoir d’effet direct pour résoudre le problème. Jongler entre les stratégies permet d’établir un équilibre personnel et de répondre efficacement à la situation problématique. Vous êtes pleinement FOCUS sur ce que voulez vraiment. Vous vous servez de votre hypersensibilité pour poser votre attention sur ce que vous voulez réellement faire ou être.

Conclusion

Cet article sur le profil atypique de l’hypersensibilité est exhaustif. Par exemple, je n’ai pas évoqué le lien que peut avoir l’hypersensibilité avec le profil atypique « Haut potentiel intellectuel ». Pour en savoir davantage, je vous conseille d’écoute le podcast « HS ».

Pour ma part, cette hypersensibilité est une nouvelle découverte, ou plutôt une confirmation de ce que je pouvais ressentir depuis mon plus jeune âge. Je crois qu’elle n’est pas ce que je suis exclusivement, mais elle est une grande partie de moi sur laquelle je vais pouvoir m’appuyer pour aider et accompagner du mieux que je le peux les athlètes que je rencontre. Il est vrai que j’ai toujours eu l’envie de comprendre en profondeur et d’aider les personnes dans cette part émotionnelle. Je perçois effectivement leur vulnérabilité qui ne m’est pas étrangère. Mon hypersensibilité m’a amené à prendre conscience de la puissance des pensées et des émotions sur les comportements des athlètes en situation de stress (car je l’ai moi-même vécu). Être en lien avec cette hypersensibilité me permet de me rapprocher de ma part humaine et de me détacher d’un conformisme étouffant où les émotions sont souvent mal perçues.

Les athlètes ont régulièrement des caractéristiques de l’hypersensibilité. Je la perçois dans cette part émotionnelle importante qui ressort de leurs anecdotes, de nos échanges ou de mon ressenti. Le monde de la compétition met davantage en éveil leur sens. La compétition est un condensé émotionnel que les athlètes hypersensibles peuvent apprendre à gérer. Rien n’est figé. Leur capacité à percevoir les subtilités du monde extérieur peut être un atout considérable s’il y a eu, en amont, un travail personnel de conscience de soi, d’acceptation et d’apprentissage de stratégies attentionnelles. Ce travail améliore le bien-être des athlètes que j’accompagne dans leur objectif de performance. Il m’a aussi personnellement aidé à avancer.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

ETES-VOUS HYPERSENSIBLE ?

QUESTIONNAIRE

Répondez sincèrement à chaque question par OUI ou NON. Répondez par l’affirmative si cela s’applique dans une certaine mesure ou complètement à vous. Répondez par la négative si cela ne s’applique pas vraiment ou pas du tout à vous.

  • Je suis conscient des subtiles nuances de mon environnement         
  • L’humeur des autres me touche                                          
  • Je suis très sensible à la douleur
  • J’ai besoin de me retirer pendant les journées frénétiques, soit au lit, soit dans une chambre obscurcie, soit dans tout endroit où je suis susceptible d’être tranquille et libéré de toute stimulation     
  • Je suis particulièrement sensible aux effets de la caféine                     
  • Je suis facilement terrassé par les lumières violentes, les odeurs fortes, les tissus grossiers ou les sirènes proches       
  • J’ai une vie intérieure riche et complexe                                               
  • Le bruit me dérange                                                                                     
  • Les arts et la musique suscitent en moi une émotion profonde          
  • Je suis une personne consciencieuse                                                               
  • Je sursaute facilement                                                                                     
  • Je m’énerve lorsque j’ai beaucoup à faire en peu de temps                   
  • Lorsque les autres se sentent mal à l’aise dans leur environnement matériel, je sens en général ce que je dois faire pour les soulager (changer l’éclairage, proposer d’autres sièges)    
  • Je perds les pédales lorsqu’on essaie de me faire faire trop de choses à la fois                                                           
  • J’essaie vraiment d’éviter de commettre des erreurs et des oubli     
  • Je fais en sorte d’éviter les films et les émissions qui contiennent des scènes de violence                                                                         
  • Je m’énerve lorsque beaucoup de choses se passent autour de moi  
  • La faim provoque en moi une forte réaction, perturbe ma concentration et mon humeur   
  • Les changements qui se produisent dans ma vie m’ébranlent    
  • Je remarque et j’apprécie les parfums et les goûts délicats, les bruits doux, les subtiles œuvres d’art  
  • Je fais mon possible pour éviter les situations inquiétantes ou perturbatrices   
  • Lorsque je dois rivaliser avec d’autres ou lorsque l’on m’observe pendant que je travaille, je perds mon sang-froid et j’obtiens un résultat bien pire que lorsqu’on me laisse tranquille
  • Lorsque j’étais enfant, mes parents ou mes enseignants semblaient me considérer comme sensible ou timide

COMMENT VOUS NOTER

Si vous avez répondu par Oui à 12 questions ou plus, vous êtes probablement hypersensible. Mais en toute franchise, aucun test psychologique n’est d’une exactitude absolue. Même si vous n’avez répondu par l’affirmative qu’à une ou deux questions, mais qu’il s’agit d’un oui particulièrement empathique, peut-être pourriez-vous vous qualifier d’hypersensible. Pour compléter cette évaluation nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage :  » Ces gens qui ont peur d’avoir peur  » ou « Hypersensible : Mieux se comprendre pour s’accepter. » d’Elaine N. Aron. 

Le perfectionnisme (2/3)

En psychologie du sport, il existe deux types de perfectionnisme : le perfectionnisme fonctionnel et le perfectionnisme dysfonctionnel (ou névrotique). Ces deux formes de perfectionnismes se chevauchent et viennent influencer l’une et l’autre chez un même athlète. Vous avez pu identifier les caractéristiques et pièges du perfectionnisme dysfonctionnel dans le premier article. Dans l’article suivant, vous retrouverez la face positive du perfectionnisme et ce qui le caractérise. Lorsque les athlètes perfectionnistes sont centrés sur ce côté fonctionnel, leur santé mentale est davantage préservée. Ils progressent dans une atmosphere intèrieur plus sereine.

Quel est le rôle de l’effort, et de la conscience ? Quelles sont les stratégies adoptées par rapport au profil dysfonctionnel ? Quelles conséquences cela a-t-il sur les émotions ? Quelle est finalement la base de la pratique du perfectionniste ? Ce sont autant de sujets liés au perfectionnisme fonctionnel que vous allez découvrir.

Le perfectionnisme fonctionnel

Don’t worry, be happy

Le perfectionnisme dysfonctionnel prenant généralement le dessus, je vois plutôt le perfectionnisme fonctionnel comme la partie immergée de l’iceberg. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’intellect ce que le perfectionnisme fonctionnel est au cœur et à la confiance. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’ego ce que le perfectionnisme fonctionnel est à l’expérience. Il faut apprendre à canaliser le premier pour permettre au second d’éclore. Il faut apprendre à se désidentifier de l’ego pour être une nouvelle personne, à chaque instant. Car non, l’ego, ce n’est pas vous, bien qu’il vous fasse penser le contraire. Un sentiment d’harmonie se crée à cet instant.

« Il ne faut pas se leurrer. Je sais que je serai toujours tendu comme une arbalète avant un match et frustré comme personne à la fin. Mais au moins, je commence à percevoir le monde tel qu’il est et la place que j’y occupe. Je vois qu’il y a quelque chose de plus profond, de plus important et de plus durable que le jeu ou que moi-même. » Jonny Wilkinson

Sur ce versant du perfectionnisme, vous avez un goût prononcé pour l’effort, le progrès, la recherche de solutions, dans l’espoir de réussir. Cela génère un sentiment de confiance de soi, utile pour aller vers de petites et grandes réussites. Ces dernières alimentent au fur et à mesure le sentiment de confiance en soi. Bonjour cercle vertueux. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de cette dernière, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux pour vous. Mais vous faites le choix de l’expérience plutôt que la connaissance pure, parfois illusoire. L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement dû à la détresse émotionnelle ne fait plus parti du vocabulaire. L’instinct premier est d’être dans l’effort sans se remettre en question de manière globale. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement. Cette notion d’effort démarre très tôt dans votre vie, comme le déclare Jonny Wilkinson : « La plupart des garçons essaient une fois ou deux puis il passe à autre chose, que la balle passe, ou pas. En ce qui me concerne, je ne peux pas me contenter de ça. Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. »

La conscience

« Je comprends que je suis en train de me connaître de façon plus intime, en d’autres termes, j’approche ma spiritualité et cela est plus important que de m’épanouir sur un terrain de rugby. Et, ce n’est pas trop tôt, je commence à reprendre des forces, tout en découvrant une infime partie de moi-même dont j’ignorais tout. » Jonny Wilkinson

Je pense que je ne parlerai jamais assez de la conscience que vous mettez dans vos actions, accompagnées de vos intentions. L’inconscience est pertinente pour des gestes automatiques, qui vont faciliter la performance. Mais elle est aussi source de grand désarroi lorsqu’il s’agit des pensées et émotions vous faisant agir n’importe comment, sans que vous ayez le sentiment de contrôler quoi que ce soit. Amener de la conscience dans ce que vous faites, c’est faire le choix de poser votre attention sur ce qui est bon et utile pour vous. Vous n’êtes pas guidé par des pulsions de l’ego puisque vous êtes le maître à bord. Jonny Wilkinson fut stupéfait lorsqu’il pris conscience de ses pulsions liées à l’ego :

« Quel choc. Quelle incroyable pensée. Je comprends si bien. Surtout si je rapporte cela au rugby. Avant les matchs, je me soucie de ce qu’il va bien pouvoir arriver et de tout ce qui pourrait aller de travers, ainsi que de mon besoin de perfection. Mais je ne me sens pas mieux pour autant. Je me tue à réfléchir en boucle sur ce que j’aurais dû faire de mieux et comment cela aurait pu changer le cours du jeu. »

La conscience vous permet d’amener votre attention sur l’effort que vous produisez. Vous êtes dans le défi plutôt que dans la peur. L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. L’effort se moque de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. L’effort se mélange avec les éléments et est pleinement focus grâce à vos sens en éveil. Ces derniers sont orientés vers la pratique, pas vers des scénarios catastrophes. L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes, pas pour ce que les autres veulent que vous soyez. Vous n’êtes plus inquiet de ne pas atteindre la perfection. Vous vivez l’expérience et ne résistez plus aux tourments de l’ego.

Les stratégies d’adaptation

« J’aspire toujours à la perfection parce qu’elle me donne la possibilité d’être au-dessus des autres sur le terrain. Je comprends mieux que je ne suis pas parfait et je m’y fais très bien désormais. » Jonny Wilkinson

N’étant pas centré sur vos inquiétudes, vous faites preuve de flexibilité. En ce sens, la rigidité du perfectionnisme dysfonctionnel se transforme en une capacité d’adaptation chez le perfectionnisme fonctionnel. Le besoin de contrôle est toujours omniprésent, mais diriger d’une manière plus efficiente. Cela réside dans le contrôle de vos émotions, pour agir rationnellement. Les peurs sont identifiées et ne prédominent plus. L’estime de soi n’est pas fragilisé par les coups de boutoirs de vos jugements et vos autocritiques. Elle se stabilise grâce à une réorientation de votre attention vers ce que vous faites. Grâce à cela, votre valeur personnelle n’est pas remise en question à chaque fois que vous échouez. Vous vous connaissez davantage et cela fait la différence.

En termes d’objectifs, vous établissez, selon le modèle 2×2, des objectifs plus sains pour votre progression :

  • Approche-performance qui est votre motivation pour démontrer une compétence normative (par exemple, atteindre 95% de réussite en pénalité en match)
  • Approche-maîtrise représentant votre motivation pour atteindre une compétence absolue ou intrapersonnelle (par exemple, maîtriser le coup de pied à 45m des poteaux).

Concernant les objectifs, Jonny Wilkinson répertoriait tout dans un cahier. Lorsqu’il était enfant, ses objectifs étaient même illustrés par des dessins, modélisant ses pénalités entre les poteaux. Il prenait également des notes sur ce que les meilleurs joueurs faisaient pour les imiter. Comme il dit « Tout ce que je veux, c’est copier ce geste. Je sais que je dois taper aussi bien de mon pied droit que du gauche, je veux que ce soit aussi parfait. » Et il répétait les gestes, inlassablement. Avec un ballon, ou n’importe quel matériel qu’il avait sous la main. Ce qui comptait pour lui était de continuer à s’entraîner pour remplir ses objectifs élevés. Et vous, utilisez-vous un cahier pour mettre vos objectifs au propre, afin d’avoir une vision claire de ce que vous souhaitez réaliser ?

En bon perfectionniste, votre stratégie est aussi de préparer consciencieusement votre match ou votre compétition selon un ordre d’actions très précises. Car oui, votre esprit ne vous laisse jamais tranquille. Ces routines vous permettent de ne pas réfléchir ou cogiter sur d’éventuels scénarios catastrophes car vous êtes pleinement focalisé sur ce que vous êtes en train de faire à un instant T. Ces routines vous donnent des repères mentaux, physiques, et environnementaux et vous permettent d’agir sur ce que vous pouvez contrôler. Chaque action, qu’elle soit mentale ou physique, est menée pour une raison précise. Votre souci du détail dévoilent un niveau de professionnalisme suscitant l’admiration chez les adversaires ou chez les fans. Vos partenaires ou entraîneurs ne sont, quant à eux, plus étonné de votre travail millimétré.

Les émotions positives

« Je veux en savoir plus sur moi-même, savoir pourquoi je me bats contre la terre entière au lieu d’en tirer parti. Pour arriver à cela, je réalise qu’il faut que j’apprenne à être plus en empathie, à assouplir mes opinions et mes jugements. » Jonny Wilkinson.

Vos jugements et autocritiques laissent place à quelque chose de plus sain. Sur ce versant du perfectionnisme, vous vous nourrissez d’affects positifs et êtes plus satisfait de la vie. Il ne s’agit pas de vivre dans un monde imaginaire de bisounours où vous vous efforcez de penser que tout va bien. Vous comprenez que votre vie d’athlète est faite de moments désagréables mais aussi de moments agréables qu’il faut savoir vivre pleinement. Être sur le terrain, se dépasser (seul ou à plusieurs), sentir le matériel dans ses mains ou dans ses pieds, ressentir l’ambiance d’un stade, voir le visage de ses partenaires ou de son entraîneur, etc. Ce sont des petits moments dont vous prenez à nouveau conscience car vous n’êtes plus centré sur votre ego. Vous ouvrez les yeux sur ce qu’il se passe autour de vous. Cette ouverture au monde et aux autres vous fait prendre une bouffée d’air frais. Le petit monde de l’ego, bien qu’utile pour donner un élan et la soif de victoire, n’a plus le pouvoir et ne vous emprisonne plus dans la croyance « Si je ne fais pas ça, ça ira mal. » ou « Les gens vont voir si j’échoue, il ne faut surtout pas que cela arrive. » Ces croyances, attirant une multitude de pensées, d’émotions et de comportements, sont reconnus comme des distracteurs et ne vous influencent plus. Les nombreuses sollicitations de ces distractions internes ne perturbent plus votre équilibre.

Les émotions positives passent également par votre discours interne, bien plus positif et prolifique. Vous n’êtes plus absorbé par la croyance que se dire des choses positives relève de la naïveté et de l’improductivité. Vous utilisez ce discours interne pour vous mettre en confiance. Vous connaissez les mots clés qui vous mettent dans une bulle de calme et de sérénité. Vous savez ce que vous devez écrire sur un petit bout de papier ou sur votre matériel pour insuffler un vent frais et positif dans chaque action que vous menez.

Conclusion : L’amour de votre pratique

« Tout le monde doit traverser une nuit obscure pour atteindre le lever du soleil ».

Il est vrai qu’en tant que préparateur mental, cette citation représente ma philosophie d’accompagnement. Vous amenez à avoir la capacité de toucher et vivre ce qui fait mal, mais également connaître ce qu’il y a de meilleur en vous. C’est ce qui réside dans le perfectionnisme. Avoir la capacité de comprendre son côté dysfonctionnel pour tirer le meilleur du côté fonctionnel. Toucher l’obscure peut être douloureux, mais nécessaire. Les pièges sont identifiés un à un, grâce à la conscience. Ces instants de conscience vous amènent à réfléchir et agir d’une manière neuve, qui vous ressemble un peu plus. Pour vous illustrer cela, j’ai fait le souhait de conclure sur l’essence de votre pratique respective. Dans un prochain article, je proposerai des pistes de travail pour les personnes perfectionnistes, souhaitant donner l’avantage au perfectionnisme fonctionnel.

« Quand vous tombez amoureux, tout est beau, car dans ces moments-là, vous ne posez aucune condition. Deux personnes se rapprochent l’une de l’autre inconditionnellement. » Osho

Inconditionnellement. Mot clé. Pas de condition ne signifie donc pas : « Je te donne cela, mais tu dois me donner cela en échange. » En sport, cela peut se construire sous la forme « Je me donne à chaque entraînement, je fais des sacrifices parfois, alors oui, toi mon sport que j’aime, tu dois me donner des résultats, sinon je serais malheureux et je t’abandonnerais. » Mais l’amour de votre pratique n’est pas ce chantage. Il est bien plus. Il y a de l’innocence pure dans ce que vous faites. Vous ne le faites pas pour quelque chose, vous le faites simplement. Parce que vous aimez juste faire cela. Lorsque vous tombez amoureux de votre sport, vous l’acceptez sous toutes ses formes. Vous acceptez les éléments qui l’entoure, le matériel utilisé, les sensations ressentis. De la douleur à la joie, vous faites l’expérience de ce que vous pouvez vivre dans une vie. Des situations difficiles aux joies personnelles ou collectives de s’être dépasser. L’amour vous construit en tant qu’homme et femme vers ce que vous êtes réellement. Il n’y a pas d’ego dans l’amour. Votre existence ne dépend pas de cet ego infatigable, qui en veut toujours plus, pour se complaire et être reconnu aux yeux des autres. L’amour de votre pratique est régie par l’humilité de comprendre ses zones de progression. Votre existence se lie à cet amour solitaire que vous menez avec votre sport. Mettez de l’intention, Vivez la spontanéité, ressentez la fraîcheur d’un bon matin d’entraînement, transcendez la douleur, dépassez vos limites, contemplez le sourire de vos partenaires, écoutez votre cœur mais également les conseils d’un entraîneur. Déployez vos forces. Accueillez votre vulnérabilité. Accepter de vous perdre en chemin. Laissez la peur, la tristesse ou la colère envoyer leur message naturel. Mettez à profit votre énergie. Prenez le temps d’être indulgent avec cette énergie. Parcourez le silence. Faites confiance à vos intuitions et votre sensibilité. Pensez moins. Cherchez moins d’explications. Allez de l’avant. Surfez sur vos défis. Jouez. Soyez vous-mêmes. Ceci est l’amour de votre pratique, le cœur de votre existence à un instant précis. Il n’y a pas de fin, pas de frontières, pas de conséquences d’un quelconque résultat. Il n’y a pas de jugements, juste un éternel recommencement. Il n’y a pas de chaînes, juste de la liberté.

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Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels, « Focus Consultants »

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Combattre la propagation de l’ego en compétition

Article écrit pour Focus Consultants, apparu le 2 Mai 2020.

L’ego se dévoile très couramment lors des compétitions. IL est générateur de stress et conduit à des pensées et émotions pouvant venir perturber l’équilibre de l’athlète.  Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental.  Mais qu’est-ce que l’ego ?  Comment se manifeste-t-il et quels sont ses freins pour votre bien-être et votre performance ? Comment s’immuniser contre sa propagation et rétablir votre bien-être ?

Rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître. Lorsque vous êtes habité par une pensée ou une émotion, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de cette entité. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle décrit minutieusement dans son livre « Nouvelle Terre » et l’associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. »

L’ego et ses caractéristiques      

A travers le voile de notre perception, nous construisons notre identité de manière réductionniste et illusoire en nous identifiant directement à ce « Je ».  Cela signifie que plus nous nous identifions à nos pensées, à nos émotions ou encore à nos possessions (palmarès), plus notre identité utilisera ces identifications pour se renforcer. Or, ces identifications ne représentent pas ce que vous êtes « par essence », comme nous le mentionne Eckhart Tolle.

Pour vous citer un exemple, si Diego Schwartzman, tennis professionnel, s’était identifié à sa taille (1m70) dans sa pratique du tennis, il aurait réduit son identité à sa petite taille et n’aurait jamais pu atteindre le niveau mondial. Il ne s’est pas fait piéger par la pensée de type « Je suis trop petit par rapport aux autres joueurs de tennis pour être pro. » Voici ce qu’en dit le principal intéressé dans une interview : « Je dois encore améliorer beaucoup de choses car les joueurs plus grands sont plus puissants que moi, mais je ne pense pas à ma taille ou à celle de mes adversaires sur le court. J’essaye juste d’être concentré et rien d’autre. »

Notre ego, par l’identification (aussi appelé fusion dans la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement), peut représenter un danger pour nous-mêmes car sa caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente.

Sans nous en rendre compte, nous créons des rôles et des histoires aux travers de nos identifications. D. Schwartzmann se serait raconté une histoire en se disant qu’il est trop petit. Ces rôles sont joués pour répondre à la pensée inconsciente « je ne suis pas assez ». Plus important encore, nous prenons ces rôles très au sérieux, ce qui peut annihiler complètement le sentiment de légèreté. Votre sourire et votre optimisme à l’entraînement se volatilise en compétition. Comme si un orage allait éclater juste au-dessus de votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego personnel se compare aux autres.

L’ego se nourrit de la négativité. Autrement dit, lorsque vous fusionnez avec une pensée ou une émotion négative, vous la percevez comme partie intégrante de vous-même. Votre perception personnelle est réduite à cette identification (« Je suis trop petit », « je ne suis pas assez compétent », « Je ne suis pas fait pour ce sport vu mes résultats », « Je vais perdre contre cet adversaire, c’est sûr, il est trop fort », etc.). Vous prenez cette identification pour la réalité et vous êtes dans l’incapacité de prendre le recul nécessaire. Cette notion est très importante à comprendre. Vous n’êtes pas que le petit contenu de cette identification. Mais il vous persuade de l’inverse en vous possédant. En se répétant sans cesse dans votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego se compare aux autres. « Untel est plus adroit », « je ne serais jamais comme lui ou comme elle », « Elle va plus vite que moi ». Si ce besoin de comparaison n’est pas reconnu et que celui-ci dirige votre pratique sportive, cela devient dangereux. Vous en oubliez les fondamentaux de votre pratique. Travailler, progresser, échouer, réessayer, réussir, apprendre, comprendre, se connaître, se dépasser, faire avec ses capacités du moment.

A l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout.

Autre point important, l’ego est conditionné par le passé ou se projette dans le futur. Le moment présent n’est pas sa tasse de thé. Pourquoi ? Car à l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout. L’ego a cette facilité d’envoyer des petites pensées rappelant la dernière compétition qui s’est mal déroulée. Ou alors, sur ce qu’il peut se passer de moins bon lors de la prochaine compétition.

Pour terminer avec la présentation peu flatteuse du portrait de l’ego, notez qu’il est générateur de stress. Comme dit dans la méditation EGO/tâche du programme sport et mental sur Petit Bambou, l’ego « a la particularité d’activer nos défenses ». Ces défenses déclenchent des stratégies parfois inadaptées pour votre bien-être et votre performance.

Le virus de l’ego en compétition

La compétition est un lieu propice pour que le virus de l’ego se propage. L’ego déploie son régiment de pensées, d’émotions et de sensations corporelles associées. Il vous fait vous sentir différent de vos entraînements. Quelque chose cloche mais vous ne savez pas identifier encore ce qui vous possède, vous habite. Une bataille se met en place dans votre tête. Votre état vous déplait, mais vous ne savez pas quoi faire de cet état. Le fuir ne fonctionne pas, tromper le cerveau en se disant que tout va bien, non plus.  

Des « symptômes » somatiques font leur apparition la semaine précédant la compétition, et ce jusqu’au jour J.  Des symptômes tels que la boule au ventre, des petites bouffées de chaleur ou des tremblements. Le corps réagit à l’échéance qui va arriver. Vient également une agitation mentale qui se met doucement en place, jusqu’à parfois vous faire perdre quelques heures de sommeil. Des questions fusent, des images apparaissent, le désordre règne.  L’ego est en train de gagner du terrain secrètement, en posant un à un ses pièges.  

Cet ego est donc comme un virus qui se propage silencieusement lors de sa période d’incubation. Il s’installe, prend ses marques dans votre corps et votre tête. Il vient déséquilibrer l’édifice en déclarant des symptômes petit à petit.

Première clé mentale: Votre niveau d’attention (ou niveau de conscience)

Conscient d’être atteint par un virus, vous commencez à prendre soin de vous pour rétablir l’équilibre. Vous mettez en place de petites actions pour aller mieux. Et ce, dans l’espoir de ressentir à nouveau un certain bien-être général. Vous êtes l’acteur de votre rétablissement.

Avant ou pendant la compétition, votre responsabilité est de noter consciemment ce qui vous obsède(nt). Pourquoi pas en la mettant sur papier (si c’est avant la compétition bien sûr). Ecrire est l’une des actions principales que je préconise chez les athlètes que j’accompagne.  L’écriture permet de se poser avec soi-même, et de libérer des émotions au travers de mots. Une fois écrit, leur poids s’allège dans le cerveau.  Peut-être sont-ce des pensées liées la performance, à vos adversaires, ou bien encore sur le regard des autres. Peut-être vous rendrez vous compte d’un scénario catastrophe qui s’installe inconsciemment dans votre tête avec des « Et si… ». Ce scénario catastrophe créant de la peur au plus profond de vous. Scénario dans lequel vous allez réduire votre identité au résultat terrible imaginé. L’ego prend l’avantage. Virus 1 – vous 0.

La première clé mentale pour venir égaliser rapidement est la prise de conscience. Virus 1 – Vous 1. La prise de conscience arrive en élevant votre niveau d’attention. Tel un scientifique, vous observez en toute conscience l’ego poser ses pièges.  Rappelez-vous que l’ego n’aime pas le moment présent car il est complètement à découvert, vulnérable aux assauts de votre conscience. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même. Sa pratique consiste à poser votre attention sur le moment présent. Et ce, sans émettre de jugement. Dans le monde du sport, les recherches scientifiques sont en train de montrer toute son efficacité. Grâce à un entraînement régulier, elle aide les athlètes à être complètement focus sur ce qu’ils doivent faire le jour-J. Le vagabondage des pensées telles que celles de l’ego est reconnu, mais il n’est plus un ennemi.

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder.

Revenons à présent à notre match. Le rapport de force est en train de changer de camp et il reste du temps pour prendre l’avantage. Du mieux que vous le pouvez, vous allez commencer à prendre soin de vous. Vous acceptez que le virus soit bien présent. Et ce, sans qu’il ne vous domine.

Deuxième clé mentale: L’acceptation

A la suite de la prise de conscience des pièges de l’ego, vient l’acceptation. Lorsque vous serez entraînés à ces deux clés mentales, à cet instant précis, vous serez immunisé pour la compétition suivante. Vous avez toujours ce virus en vous, mais votre tête et votre corps ont établi une nouvelle relation avec lui. L’ego et sa petite voix dans votre tête ne s’en ira pas, heureusement pour les athlètes souhaitant être des champions. C’est ce petit plus qui pousse à la victoire. Mais il ne déséquilibre plus, il ne vous domine plus. Vous savez le reconnaître et le laisser passer pour vous concentrer sur ce qui est pertinent pour votre performance.

Exercice métaphorique : Non-acceptation VS Acceptation

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder. La seconde clé est donc l’acceptation.  Je vous propose de faire un exercice introductif.  Programmez votre chronomètre sur votre montre ou votre smartphone sur 5 minutes.  Puis fermez le poing aussi fort que possible et lancez le décompte des 5 minutes.  Forcez autant que vous le pouvez. Si vous ressentez un relâchement, remettez de la force.  Vous allez probablement ressentir une douleur dans votre bras et se diffusant dans l’ensemble de votre corps.  Vous allez penser que c’est douloureux, la fatigue va vous donner envie d’ouvrir le poing.  Inconsciemment même, le poing va s’entrouvrir car la douleur est trop forte.  C’est un appel du cerveau à prendre soin de vous en lâchant prise.

C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est.

Au bout de 5 minutes, relâchez tout doucement votre main en ouvrant progressivement.  Ressentez-vous à quel point l’ouverture libère alors que la fermeture engendre douleurs physiques, tensions, et pensées désagréables ?  Lorsque vous ouvrez, la souffrance s’efface et les pensées se calment. Ce petit exercice vous montre deux stratégies.  En étant fermé aux expériences désagréables telles que les pensées, émotions et sensations corporelles liées à l’ego, une lutte s’installe.  Vous tentez de tirer la corde de plus en plus fort pour aller mieux mais rien n’y fait.  Vous usez de l’énergie physique et mentale, ce qui entraîne au bout d’un certain temps un mal-être.  Vous êtes à ce moment possédé par l’ego. Il vous tient.  

En vous ouvrant au caractère désagréable que l’ego transmet, l’énergie est économisée. Vous avez tout le luxe de pouvoir agir en toute conscience.  Vous n’êtes plus un problème, la relation avec votre corps et votre mental est plus spacieuse. Cet exercice métaphorique est efficace pour comprendre la différence entre le choix de résister et le choix de s’ouvrir, d’accepter. C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est. C’est une formidable alternative à la résistance. La résistance amène à la contraction interne. Vous êtes une coquille qui se referme. L’ouverture vous fait respirer un bon bol d’air frais.

Définition de l’acceptation

L’acceptation est sans doute la notion la plus difficile à faire comprendre aux athlètes que j’accompagne. Elle a aussi été une très grande découverte d’un point de vue personnel. Seul l’établissement d’une attitude et d’une relation nouvelle avec l’expérience fait comprendre ce qu’est l’acceptation. Les mots lus ne font pas vivre l’expérience de l’acceptation. Il n’y a pas de côté intellectuel, simplement expérientiel. Dans notre culture occidentale, accepter est représenté comme se résigner, se soumettre, abandonner son sentiment de pouvoir. Ce qui peut créer de la peur car vous avez le sentiment de ne plus rien maîtriser. Il y a ce sentiment caché d’impuissance. Cette représentation que « si j’accepte de perdre ou de faire des erreurs, alors je ne serais jamais un champion ». Mais l’acceptation telle qu’elle nous est expliquée par la méditation de pleine conscience n’est pas ces représentations.

Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité.

« Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Tara Brach définit l’acceptation comme telle. Cette contemplation est une pause pour prendre conscience de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. Ce temps d’arrêt est nécessaire pour répondre avec authenticité et créativité.  Cette pause est la mi-temps du match.  Vous vous calmez. Vous prenez conscience de ce qu’il se passe en vous. Puis, vous mettez de nouvelles stratégies en place. L’acceptation induit un changement par l’action plus juste.  

Les trois dimensions de l’acceptation

Le non-jugement, la non-résistance, et le non-attachement représentent les trois dimensions de l’acceptation. Ces trois dimensions vous conduit à ne pas être la proie de vos pensées et émotions. Elles vous aident à être un peu plus libre dans le choix de vos futures actions.

Lorsque l’ego prend place, vous allez potentiellement vous juger. Soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait.  Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation.  Ainsi, soyez attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes.  En accordant de l’importance à vos jugements (« je suis mauvais », « je ne vais pas y arriver »), vous altérez votre confiance.

En permettant intentionnellement aux expériences désagréables d’être, vous respectez la dimension de la non-résistance. Vous ouvrez un champ d’action pour y répondre qui ne sera plus de l’ordre de la réaction automatique. Vous vous dites simplement : « c’est OK, je n’ai pas d’autres choix que de vivre cette situation. »

Le non-attachement se caractérise comme laisser aller chaque expérience interne et externe, sans vous y accrochez.  Se dire « J’ai la pensée que je vais échouer » est différent de « Je vais échouer ».  Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité permet de prendre une distance nécessaire. Ce pas de côté offre la possibilité de se détacher de vos jugements. A l’inverse, en vous attachant, vous donnez de l’importance. La bulle devient de plus en plus grosse jusqu’à prendre toute la place dans votre mental.  Comme deux aimants qui ne forment plus qu’un. Les pensées et émotions liées à l’ego vous attirent pour fusionner complètement avec vous et vous perturber.

Accepter revient donc à ne pas juger, à ne pas résister, et à ne pas vous attacher.  Cela vous permet de prendre soin de vous indirectement en annihilant la cogitation mentale. Vous pourrez répondre aux situations de compétition avec clairvoyance. Votre intelligence et votre instinct de survie vous fait progressivement oublier votre innocence et la joie pure de pratiquer. En compétition, il est courant que votre attention se porte sur tous les dangers possibles. Servez-vous de votre intelligence pour ne pas être possédé par ces dangers, ces peurs, ces colères. Utilisez-la à bon escient, pour davantage prendre soin de vous. Le bien-être amène à la performance.

Conclusion

Finalement, cette période de confinement est comparable à une compétition. La solution est de symboliquement « Restez chez-vous », centré sur vos valeurs en étant l’athlète que vous souhaitez être. Cet(te) athlète avec des ressources et des points forts sur lesquels s’appuyer. Cet(te) athlète ayant des stratégies mentales spécifiques travaillées en entraînement telles que vos routines pré-compétitives. A partir de ce moment, rien ne vous possèdera, pas même l’ego. Virus 1 – Vous 2. Coup de sifflet final.

Les Jeux Olympiques : Un événement majeur, une préparation mentale singulière

Les Jeux Olympiques représentent un événement à part et un objectif ultime pour la plupart des athlètes de haut-niveau. Cette unicité provoque une préparation singulière, où les professionnels en psychologie du sport ont leur carte à jouer pour aider les athlètes. Pour être efficace, voici quelques éléments d’informations traduit d’un article scientifique :

https://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-les-jo-un-événement-majeur-une-préparation-mentale-singuli/1703381033056556/

Introduction à l’imagerie mentale dans le sport

Qu’est-ce que l’imagerie mentale ? Comment est-elle utilisée par les athlètes ? Dans quels contextes peut-elle être mise en place ? Voici quelques éléments de réponses ci-dessous :

http://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-introduction-à-limagerie-mentale-dans-le-sport/1678685628859430/

La blessure sportive : Réponses psychologiques et accompagnement

Que se passe t-il dans la tête d’un sportif blessé ? Comment se développe les réponses psychologiques ? Comment évoluent-elles ? Quel accompagnement peut être apporté à l’athlète durant cette période ? Quelques réponses dans cet article ci-dessous :

http://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-la-blessure-sportive-réponses-psychologiques-et-accompagne/1679714332089893/

La pleine conscience et la performance sportive

Quelle est la place de la pleine conscience dans la performance sportive ? Quelle peut être son efficacité ? Retrouvez les réponses dans l’article ci-dessous :

http://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-la-pleine-conscience-et-la-performance-sportive/1664916526903007/