Le goût de l’effort

Dimanche matin. Le jour se lève. La paresse guette. La flânerie sous les draps aussi. La fraîcheur des températures alimente l’idée de rester au lit. Manquer un entraînement ne serait pas si grave. Hop hop hop. Chut. Merci cerveau, tu veux me laisser dans le confort d’un nid douillet, mais mon rêve ne sera jamais atteint si je poursuis dans cette lignée. Laisse-moi plutôt dire bonjour au goût de l’effort et me lever, convaincu par les bienfaits de cette séance pour ma progression. Il n’est pas encore l’heure d’abandonner. Pas maintenant, pas aujourd’hui. Chaque jour offre l’opportunité de donner le meilleur de soi-même. Ces derniers mots sont une forme de mantra. Une phrase qui vous amène à être en quête de réponses pour vous améliorer chaque jour. Une phrase qui vous donne la possibilité de vous réinventer et de puiser dans des forces parfois inestimées. Une phrase qui vous fait accepter que votre vie et votre pratique sportive est un chemin dans lequel les douleurs physiques et mentales peuvent devenir vos alliés et vos messagers. Je crois sincèrement que le goût de l’effort est la clé du dépassement de soi et de votre épanouissement personnel. Parce qu’il intègre votre être dans son entièreté. Il vous fait vous sentir vivant. Il sollicite toute votre énergie pour aller vers vos ambitions, vos rêves découpés en objectifs. Il fait abstraction des pièges de l’ego. Vous avez bien évidemment besoin de vos habitudes, qui vous offrent une base de sécurité sur laquelle vous reposer. Mais elles ne doivent pas rester trop longtemps, du moins pas sans des efforts pour créer du renouveau. Comme me l’a confié un athlète, maître des airs avec son avion, il en résulte une quête de soi. Y a-t-il plus beau que cela dans la vie ?

Définition

Par définition, l’effort correspond à l’« activité d’un être conscient qui emploie ses forces pour vaincre une résistance. ». Cet être sait où il veut aller et comment y aller. Il a conscience de ses forces et de ses fragilités. Les forces évoquées sont vos valeurs, vos qualités, vos ressources et vos motivations profondes. Le goût de l’effort est la répétition d’actions se liant intimement avec vos motivations profondes. Ces motivations intrinsèques qui vous poussent à vous entraîner régulièrement et vous engager le plus pleinement possible, comme le déclare Jonny Wilkinson : « Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. » La résistance, c’est la douleur ou son anticipation. Ce sont les émotions désagréables comme la peur ou la colère venant s’immiscer dans votre quête de progression. La résistance, c’est évaluer le dimanche matin que votre séance dans le froid ne sera pas une partie de plaisir et vous convainc de rester au chaud. Comme le dit la joueuse de tennis Simona Halep, « La frontière est mince entre l’état d’esprit positif et le négatif. Et si vous basculer du côté négatif, c’est fini. Vous laissez tomber. »

EGO VS TÂCHE : Quand l’absence de compétition met le goût de l’effort en péril

En début d’accompagnement, un exercice est couramment utilisé pour comprendre ce sur quoi l’athlète se concentre lorsqu’il(elle) pratique son sport. Il(elle) a le choix entre deux catégories : l’ego ou la tâche. L’ego regroupe des items tels que la comparaison aux autres, la confrontation, être le meilleur, être le premier, le narcissisme, l’image de soi, l’identité sociale ou encore gagner pour se sentir plus fort. Cet ego engage un besoin de pouvoir et de supériorité. Pour comprendre ce qu’est l’ego, je vous propose de lire l’article « combattre l’ego en compétition » écrit précédemment vous décrivant toutes ses caractéristiques. La tâche regroupe quant à elle la comparaison avec soi, l’entraînement, la progression, accepter la défaite, accepter sa forme du moment, se connaître, le dépassement de soi ou encore accepter de ne pas être le premier. Il est couramment remarqué que les athlètes se focalisent davantage sur la tâche à l’entraînement. De son côté, l’ego fait son entrée tonitruante lors des compétitions.

Lors de mon tout premier webinaire animé pour la Ligue de Nouvelle-Aquitaine de Badminton en Novembre dernier, il était question de réfléchir aux clés permettant de maintenir la motivation en ces temps de confinement. Cette période complètement inédite est un chamboulement. L’absence de compétition peut engendrer des émotions difficiles et désagréables. Le goût de l’effort peut effectivement en pâtir. C’est vrai quoi, à quoi bon s’entraîner durement s’il n’y a pas la cerise sur le gâteau ? pourquoi s’engager et dépenser autant d’énergie si vous ne pouvez plus faire mousser votre ego en compétition ? Parce que oui, la compétition sert à cela selon Kilian Jornet. Et je suis bien d’accord avec cet avis. La compétition à cette facette égotique durant laquelle les athlètes sont traversés par des sentiments de supériorité et d’infériorité. Chaque athlète vit cela en silence et se laissent subjuguer par ce sentiment de valorisation ou de dévalorisation. Dans une société dans laquelle l’image de soi prend beaucoup de place, la compétition est le chef-lieu pour être reconnu socialement. Cela peut avoir un côté structurant et positif. Chaque humain a besoin de trouver sa place et de recevoir une certaine approbation de la part des autres. Mais si cette quête de reconnaissance prime, vous en oublierez l’essentiel : le goût de l’effort. A mes yeux, cet essentiel est une philosophie de vie permettant de se sentir vivant. Je crois qu’il faut intégrer que chaque période de changement et de bouleversement a un début et une fin. Le jour où la compétition reprendra, il sera assez aisé d’identifier les athlètes ayant persisté à être dans la tâche et à s’entraîner malgré l’absence de compétition. Ces athlètes auront profité de la période pour progresser sur les aspects qu’ils auront choisis. Ils ne se seront pas perdus dans les tourments de l’ego et seront rester dans la tâche. Car oui, dans ce genre de période, il est possible de voir de quelle étoffe est faite votre pratique. Alors, plutôt passion et sensations ou plutôt ego ?

VOS Besoins selon Abraham Maslow

L’ego et sa quête de supériorité n’est absolument rien sans l’effort et le besoin d’autoréalisation et de développement de soi. Comme le soulignait Abraham Maslow, l’humain est guidé par deux catégories de besoin : Le domaine D (« Deficiency ») qui est le besoin de combler des carences (de sécurité, d’affection, d’estime de soi, d’appartenance ou du manque de nourriture) et le domaine B (« Being ») correspondant au besoin de croissance. Le premier est régi par des émotions telles que la peur, l’anxiété, ou des attentes excessives tandis que le second vous amène à vous accepter tel que vous êtes, aimer davantage les autres et vouloir progresser. Le domaine D est sur la défensive tandis que le domaine B est orienté sur vos propres choix en accord avec vos valeurs. L’ego ne répond seulement qu’au domaine D. Il comble simplement une carence et ne vous porte pas vers une croissance et une plénitude personnelle. C’est une logique biologique dont il est essentiel de prendre conscience. Votre cerveau est constamment préoccupé par votre sécurité et veut constamment répondre aux désirs de plaisirs hédonistes de courte durée. Ce fameux désir de victoire et d’admiration qui se répète. Difficile de combler ce manque en ces temps de COVID-19 et d’absence de compétition. Pour être un athlète épanoui dans une quête de progression, il vous faudra penser à vous diriger vers le domaine B et à planifier des objectifs en conséquence. Maslow écrivait : « On peut choisir de revenir vers la sécurité ou d’avancer vers la croissance. La croissance doit être choisie encore et encore ; la peur doit être surmontée encore et encore. » La croissance passe par ce goût de l’effort. Et c’est en tout point de vue ce que je préfère dire aux athlètes que j’accompagne. L’ego a sa propre vision de la réussite. Mais je crois que celle de Romy Schneider est bien plus belle et plus saine pour être dans l’effort et heureux, tout en étant performant :

« Réussir, ce n’est pas toujours ce qu’on croit.
Ce n’est pas devenir célèbre,
Ni riche ou encore puissant.
Réussir, c’est sortir de son lit le matin et être heureux
de ce qu’on va faire durant la journée,
Si heureux qu’on a l’impression de s’envoler.
C’est être avec des gens qu’on aime.
Réussir, c’est être en contact avec le monde
et communiquer sa passion.
C’est se coucher le soir en se disant
qu’on a fait du mieux qu’on a pu.
Réussir, c’est connaître la joie,
la liberté, l’amitié sincère et l’amour.
Je dirais que réussir, c’est Aimer »

Magnifique n’est-ce pas ?

Identifiez vos valeurs et posez vos objectifs

Je crois que cette période est parfaite pour transcender votre goût de l’effort et aller vers cette définition de la réussite. Peut-être même que vous verrez vos futures compétitions importantes comme des « entraînements intensifs » (Dixit Kilian Jornet) ! Vous ne verrez plus la compétition avec la vision dichotomique échec/réussite mais comme un élément clé pour votre progression. Bien sûr, elle vous permettra de vous situer par rapport aux autres, mais vous serez tellement focalisé sur la tâche que vous vous emploierez, avec effort et persévérance, à mettre de nouveaux objectifs en place pour progresser ! Avenir radieux non ?

Evidemment, vous allez me dire qu’il est bien difficile de poser des objectifs en ces temps d’incertitudes importantes. Mais pour maintenir vos efforts dans le temps, vous devez vous poser la question suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Pour vous aider à répondre à cette question, rien de tel que d’intégrer vos valeurs. Voici un petit exercice que j’affectionne particulièrement et qui vous pousse à être dans l’effort et agir :


« Imaginez que vous arrivez à la fin de votre carrière et que vous vous remémoriez les années qui se sont écoulées entre maintenant et ce moment-là. En regardant en arrière, qu’est-ce qui vous a donné la plus profonde satisfaction, joie et contentement ? Quelles sont les valeurs que vous voudriez avoir incarné et qui donneraient le plus de sens à votre pratique sportive ? Des exemples sont le courage, le sens du détail, la persévérance, la curiosité, la générosité dans l’effort, etc. »

Lorsque vous avez choisi vos valeurs, sélectionnez une des valeurs fondamentales que vous voudriez incarner pour cette période inédite. Ecrivez la sous la forme d’un vœu :

Je fais le vœux de …. du mieux que je peux.


Vos valeurs vous permettront de définir des objectifs de maîtrise et de performance. En d’autres termes, vos valeurs représentent votre direction (boussole) et vos objectifs sont votre destination. Exit les objectifs de résultats pour le moment (qui se résument purement à : Gagner). Ces objectifs de maîtrise et de performance sont centrés sur ce que vous pouvez contrôler et mettre en place pour vous améliorer, que ce soit sur les aspects psychologiques, techniques, tactiques, physiques ou bien sociaux. D’un point de vue concret, ils doivent répondre à plusieurs critères pour être pertinent :

  • La clarté : La clarté de vos objectifs vous permettra de les évaluer au fur et à mesure, de manière progressive. Si vous définissez des buts globaux et imprécis, le risque serait de ne pas percevoir vos petits succès et de vous décourager.
  • L’évaluation : Vos objectifs doivent être évaluables, dans lesquels un feedback est possible (chiffre, vidéo, avis de l’entraîneur, analyse graphique, etc.). C’est grâce à ces évaluations que vous capterez vos zones de progression et de changement.
  • Déclinaison dans le temps : Il va être de votre ressort de décliner vos objectifs dans le temps en élaborant des sous-buts à court, moyen et long terme.
  • La difficulté : Les buts définis doivent être difficiles et atteignables pour qu’un nouveau résultat puisse apparaître. Si l’un de vos buts est trop simple, vous n’aurez pas besoin de vous employer physiquement et mentalement puisque vous savez que vous allez réussir facilement. Or, le goût de l’effort vous pousse à aller chercher de nouvelles ressources et essayer.
  • La formulation positive : La formulation de vos objectifs est à prendre en compte. Formuler positivement ses objectifs peut vous permettre d’échapper aux effets paradoxaux de la formulation négative. Si je vous dis de ne pas penser à un ours ou à chien, vous avez sans doute rater l’objectif dans la seconde qui suit.

J’ajouterai à ces critères qu’il est primordial de les écrire pour avoir une trace de votre chemin parcouru et de votre progression. Votre cerveau a tendance à oublier ce chemin. Relire ce chemin parcouru peut donner un nouvel élan de motivation lorsqu’une période de doute s’installe. Pour clôturer sur les objectifs, soyez également capacité de les réévaluer et de les adapter à la situation. Cette période est insaisissable et désarçonne vos repères, alors soyez OK avec le fait que vos objectifs peuvent être chamboulés (Ex : nouveau confinement).

Acceptez la douleur

Littéralement, cela correspond à apprendre à aimer ce qui n’est pas forcément plaisant dans votre pratique. Voilà ce sur quoi va porter ses prochaines lignes. Entre douleurs physiques et mentales (échecs, défaite, etc.), le goût de l’effort tient une place importante. Il permet d’établir de nouvelles relations avec ces douleurs. Il donne une nouvelle perspective à l’aspect de votre pratique et vous pousse à persévérer malgré la présence de ces douleurs.

La douleur physique

Bio-psycho-social. Voilà trois termes que je n’ai cessé d’entendre lorsque ma fiancée kiné s’est formée sur la douleur physique. Bio-psycho-social. La douleur est extrêmement complexe et doit donc être comprise chez chacun selon ce modèle bio-psycho-social. Pour cet article, je ne vais parler que de la dyade psycho-sociale. La douleur étant perçue subjectivement, il existe une variation importante entre chacun. Un changement de croyance à son égard peut être envisagé. D’un point de vue psychologique, il peut résider des pensées et émotions désagréables à l’égard de la douleur entraînant des comportements de fuite ou d’abandon. D’un point de vue social, la société actuelle nous enrhume toute et tous à créer toujours plus de confort et à valoriser l’image de soi. Elle ne met pas en avant le travail de fond qui, pourtant, est bien plus porteur de sens et de sentiment d’accomplissement. Cela peut faire perdre de vue cette notion importante de la douleur dans l’effort que vous déployé. L’illusion d’une quête de soi sans douleur devient trop forte et empêche de mettre en place, pas à pas, les efforts nécessaires.

D’un point de vue actuel, peut-être que cette période vous expose moins à l’effort et que vous allez potentiellement « perdre » un peu de votre niveau initial. Personnellement, c’est ce qui peut m’arriver à chaque confinement. Etant traileur et habitant en ville (sans commentaire), je redécouvre les joies du dénivelé lorsque Mr Macron nous l’y autorise. Et ce n’est pas sans difficulté. Cette période met chacune et chacun à l’épreuve dans ses capacités à être résilient, à faire avec ses capacités du moment, et à ne pas se morfondre sur la baisse possible de niveau. Retrouver le plaisir de se mettre « dans le dur » en séance est la seule chose qui compte. Laisser passer la pensée catastrophe ou la vision pessimiste : « je ne reviendrais jamais à mon niveau ». Se dire : « C’est OK, c’est comme ça, mon niveau actuel est tel qu’il est ». Pas de résignation, pas d’abandon, mais un nouveau défi est devant vous : Tolérer à nouveau la douleur de vos entraînements difficiles, en vous y exposant petit à petit. Et si vous êtes entouré de personnes qui souffrent avec vous, c’est encore mieux ! Il n’y a rien de mieux qu’un sentiment commun de dépassement de soi. Des visages grimaçants, montrant toute la hargne intérieure, pour aller au bout de soi. Voilà le goût de l’effort sur le devant de la scène pour revenir progressivement, avec humilité. Bien sûr, si vous êtes athlètes de haut-niveau, vous avez sans doute pu vous entraîner normalement malgré un nouveau confinement. Et cette question de baisse de niveau n’est potentiellement pas présente. Mais la simple absence de compétitions peut vous poser bien des tracas et vous pousser insidieusement à vous engager « un peu » moins en séance.  A vous de rester vigilant et de persévérer pour permettre à votre corps de garder en mémoire cette douleur physique qui vous fait avancer et progresser !

La douleur « mentale »

J’ai souhaité parler de douleur mentale pour regrouper toutes les situations qui pouvaient engendrer des pensées et émotions désagréables. Ces dernières vous font danser sur un fil et vous poussent parfois à abandonner le navire ou à vous convaincre que vous n’atteindrez pas votre destination. Elles peuvent devenir douloureuses et épuisantes. Vous pouvez les retrouver dans des situations d’échecs, de défaites, de blessure, de conflit avec vos partenaires ou entraîneurs. Cette année 2020 aura eu pour effet d’ajouter une nouvelle situation avec cette pandémie de la COVID-19.  En fait, l’ensemble de ces situations fait parti intégrante du goût de l’effort. Vouloir se réinventer, avec force et courage, vous expose à être vulnérable et à être en proie à ce genre de situations. Vous marchez sur cette ligne de crête, avec le vide de chaque côté. La peur est peut-être là, à clamer sa présence haut et fort par des signaux cognitifs et corporels. Mais cela n’entache pas votre motivation profonde. Vous continuez de marcher vers votre destination. Peut-être que vous ressentez cette peur de ne pas revenir au niveau espéré. Peut-être que vous ressentez cette peur de vous entraîner et qu’il n’y ait pas de jugement final de vos efforts au travers d’une compétition. Peut-être, peut-être, peut-être… tout cela n’est qu’incertitude et anticipation d’un futur que vous ne maîtrisez pas. Ce manque de maîtrise crée de la douleur mentale à force de s’y accrocher. Alors, le seul moyen de s’en détacher est d’accueillir ce genre de pensées et d’émotions et de lâcher-prise. Purement, lâcher-prise et revenir à ce que vous faites maintenant, grâce à vos objectifs fixés. Le futur ne sera dans quelques temps qu’un nouveau présent dans lequel vous engagerez de nouveaux efforts.

Tolérer la douleur physique et mentale

Quand il est question de tolérance, il est souvent évoqué une question de degré. La tolérance à la douleur va donc consister à augmenter ce degré avec patience, en lui faisant de la place sans la repousser. Tolérer la douleur signifie d’admettre sa présence et de continuer à pratiquer avec. Evidemment, pour une douleur physique, vous continuez à pratiquer si cette douleur est supportable et n’est pas un signal de blessure. En tolérant la douleur, vous entretenez une nouvelle relation avec celle-ci. Vous ne vous empêchez pas de souffrir car vous percevez la douleur physique et mentale comme faisant partie de la vie et de votre pratique sportive. Si la douleur est perçue comme une ennemie, vous ne tiendrez pas longtemps en sa compagnie. Mieux vaut donc l’accepter et la laisser infuser. Pour exemple, les femmes et hommes pratiquant l’ultratrail, par la répétition des longues distances, sont de grands tolérants aux douleurs physiques et mentales car elles font partie intégrante de leur pratique. L’habituation crée la connaissance de soi et permet d’avoir davantage de contrôle sur la situation. Les ultratraileurs ne s’accrochent plus à leurs pensées ou émotions. Ils savent les reconnaître et vivre avec. Ils les perçoivent comme des personnages de leur cerveau, comme dans le film d’animation vice-versa, vous voyez ? Dans le jargon de la psychologie, cela se nomme : défusionner. Cela leur permet de mieux vivre ces fameux « passages à vide » qu’ils peuvent rencontrer sur des courses aussi longues.

La pratique de la méditation de pleine conscience peut vous permettre de défusionner et de mieux gérer les douleurs physiques et mentales en étant résilient dans l’effort. Pour la douleur physique, la pratique de la méditation de pleine conscience est une source de sécrétion et de libération des molécules inhibant le message de la douleur et de son ressenti. Par sa pratique régulière, elle permet de laisser passer les potentielles pensées et émotions désagréables liées à la douleur pour maintenir un comportement adaptatif et persévérant dans l’effort. Vous savez vivre et pratiquer avec la douleur physique. En d’autres termes, je dirais que, plus il y a pratique de la méditation de pleine conscience, plus il y a connaissance de soi. Et plus il y a connaissance de soi, plus les signaux envoyés par la douleur physique sont reconnus pour ce qu’ils sont. Ils ne sont ni exagérés ni amplifiés. Les athlètes de haut-niveau, à force de pratique sportive, connaissent leur corps. Grâce à la méditation de pleine conscience, ces athlètes de haut-niveau peuvent davantage interpréter les messages de leur corps et s’adapter dans l’effort. C’est une stratégie d’attention appelée stratégie associative. Et il semblerait, selon les études scientifiques, que les athlètes de haut-niveau utilisent davantage cette stratégie d’attention associative en comparaison de la stratégie dissociative que je vais vous présenter maintenant. En effet, La méditation de pleine conscience permet également d’apprendre à changer de focus et de se décentrer de la douleur pour ne pas lui accorder une place trop importante. La douleur est présente et se manifeste. Mais d’autres éléments peuvent prendre le relais, comme il est évoqué dans le documentaire, free to run : « Quand tu cours, des motifs viennent à toi. De belle forme, des couleurs, le feuillage et le ciel bleu. Tu respires l’air pur et tu te sens vivant sur cette terre. C’est à chaque fois un miracle. » Si votre pratique dure plus de deux heures par exemple, des stratégies dissociatives prendront le relais pour vous distraire et sortir « mentalement » des signaux de douleurs. Cela permet de persévérer et d’avancer. Une sorte de déconnexion se met en place.

Soyez patient

La patience est la vertu indispensable pour éviter le renforcement des résistances et de l’opposition au goût de l’effort. Bien que vous ne soyez pas un patient dans le sens littéral du terme puisque vous n’êtes pas malade, vous êtes pourtant une personne qui, puisque vous souhaitez du changement et progresser, endure ou souffre d’une situation ou d’un état particulier. Ainsi, la patience est une vertu qui vous sera d’une grande utilité pour aller vers ce que vous recherchez ou visez. Elle vous aide à persévérer et fait appel à un certain courage. Il ne s’agit pas là de vous résigner à attendre passivement, mais, par vos actions, de patienter pour en voir les bénéfices à long terme. Si vous êtes plutôt de nature impatiente, apprendre à cultiver la patience petit à petit vous sera bénéfique. Tout dépend de votre socle motivationnel pour atteindre votre objectif fixé. Pour cultiver la patience, la pratique de la méditation de pleine conscience et de l’autocompassion peut être un élément clé. Être présent à chaque étape que vous réalisez tout en prenant soin de vous dans une situation difficile peut éviter bien des torts dû à l’impatience (forme sous-jacente de la colère). Lorsque vous faites preuve de patience, vous considérez les personnes, les choses et votre état tels qu’ils sont et non comme vous voudriez qu’ils soient. C’est extrêmement précieux. Pourquoi ? car vous n’usez pas d’énergie à vous opposer ou à renforcer vos résistances. C’est comme lorsque nous tentons de faire descendre les grains de sable d’un sablier plus rapidement. Voilà bien du temps de perdu ! L’impatience vous fait penser à tort que vos anciens comportements étaient plus efficaces ou que les nouveaux comportements ne montrent pas les résultats attendus. Ce n’est qu’un stratagème inconscient de votre cerveau pour vous défendre et stopper vos efforts physiques et mentaux. Si vous ressentez de la résistance, tentez plutôt de comprendre celle-ci et de modifier votre perception, comme l’exemple du dimanche matin. En tous les cas, sachez que la résistance est normale car vous tentez de répondre à deux besoins antagonistes (Besoin N°1 : vouloir rester comme vous êtes car c’est plus confortable ; Besoin N°2 : Faire des efforts pour aller vers votre objectif désiré). La compréhension peut vous aider à discerner les contradictions entre ce que vous êtes à l’instant T et comment vous souhaiteriez être pour atteindre votre objectif.

Conclusion

L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. Aujourd’hui, il est plus qu’essentiel de rester dans ce présent et cet effort pour progresser et ne pas se morfondre de la situation. L’effort se moque du futur et de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. C’est ce premier pied qui s’extrait du lit bien chaud le dimanche matin et qui enfile la première chaussette.

L’effort se mêle avec vos sens et les éléments extérieurs. Vos sens sont focus sur la pratique, pas vers des scénarios catastrophes liés au futur ou des pensées intrusives et désagréables liées au passé (« c’était mieux avant de toute façon »). L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes et ce que vous faites, pas pour ce que vous avez. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de l’incertitude, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux physiquement et mentalement. Mais vous faites le choix de l’expérience pure plutôt que du fantasme du résultat et de la reconnaissance sans effort, parfois illusoire (#réseausocial). L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement ne fait plus parti du vocabulaire. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement et faite de la place à cette part d’inconnue. En vous engageant dans l’effort, vous construisez un nouveau monde et vous découvrez de nouvelles vérités à chaque fois. Vous percevez de nouvelles facettes de vous-même. Facettes qui étaient enfouies et qui ne méritaient qu’à faire surface. En vous libérant du connu (du passé et de vos habitudes parfois trop ancrées), vous développez votre potentiel et prenez conscience de ce dont vous pouvez être capable.

Avec un goût prononcé de l’effort, vous savez rester lucide et ressentez le besoin d’élaborer un plan B à la suite du dysfonctionnement du plan A. Cette élaboration de plan est une résolution à vouloir le bien pour soi. Vous allez de l’avant et vous avez la capacité de faire face aux difficultés extérieures mais aussi intérieures (ces fameuses douleurs physiques et mentales). Tous ce flot d’émotions est accueilli, même le plus obscur. Vous faites preuve d’ouverture à la vie dans son intégralité. Vous expérimentez et apprenez en alignant vos objectifs avec vos valeurs. Vous exposez votre vulnérabilité, c’est-à-dire vos faiblesses, vos limitations, tout en étant dans l’espoir d’un avenir plus radieux grâce à vos efforts. Vous prenez plaisir à être un vrai joueur et à être dans le défi, comme Kobe Bryant, célèbre joueur de Basketball décédé tragiquement en 2020. Je crois que cet homme résume parfaitement cet état d’esprit et ce goût de l’effort. Il l’a écrit comme tel :

« Si je voulais apporter une nouveauté dans mon jeu, je la tentais immédiatement. Je n’avais pas peur de rater ou de me sentir ridicule. Il fallait que j’essaie d’apprendre et, une fois que j’avais appris, j’avais un nouvel outil dans ma panoplie. Si le prix à payer était de beaucoup travailler et de rater quelques tirs, alors ça m’allait très bien. »

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Hypersensible et préparateur mental : Un atout pour l’accompagnement des athlètes ?

Hypersensibilité. Je ne sais par où commencer ni comment terminer. E. Aron parle de deux types de réaction chez l’Autre lorsqu’une personne explique son hypersensibilité. Soit elle apparaît comme victime passive, faible et troublée, soit elle apparaît comme un être réfléchi, doué, profond et puissant. Tout dépend des mots qu’elle utilise pour se définir. J’espère donc utiliser les bons mots ! J’ai 28 ans et je découvre encore, petit à petit, qui je suis. Mais y a-t-il une fin à cette découverte ?

Introduction : Ma découverte de l’hypersensibilité

Hypersensibilité donc. Sujet plutôt méconnu du grand public, j’ai découvert ce mot lors de ma formation en préparation mentale chez Focus Consultants. Pour un préparateur mental, il est judicieux d’apprendre à identifier les différents profils d’athlètes qu’il peut rencontrer pour les accompagner plus efficacement.  L’hypersensibilité fait partie des profils atypiques qu’il est possible de retrouver dans le sport de haut-niveau. Un livre nous avait été conseillé : Ces gens qui ont peur d’avoir peur, de Elaine Aron. Je me sentais concerné par ce profil atypique, mais je repoussais l’échéance. J’avais besoin de temps pour m’approprier le sujet. J’ai fait le choix de m’y consacrer dans une période de ma vie où j’avais ce temps : le confinement. Ce dernier a été un moment inédit d’introspection pour beaucoup de personnes. Le moment était venu de prendre le temps, et enfin, d’ouvrir le bouquin : « Hypersensible : mieux se comprendre pour s’accepter » de la même auteure, Elaine Aron. Cette dernière est psychologue, psychothérapeute et chercheuse en psychologie. Elle est elle-même hypersensible.

La lecture de ce livre a répondu à un bon nombre de questions qui me traversent l’esprit depuis mon plus jeune âge. Les livres ont cette particularité assez folle de mettre des mots sous silence. Ces mots sont sous notre nez, attendant que notre attention se pose vers eux, pour finalement, nous ouvrir les yeux. Après avoir pris des tas de notes sur mon carnet d’écriture, j’ai souhaité en savoir davantage sur le sujet. J’ai écouté des podcasts comme celui de France Inter : « Comment bien vivre son hypersensibilité ? » ou celui de Emotion : « L’hypersensibilité est une force ».  Le podcast le plus marquant a été celui de « HS ». Ce dernier est une série d’entretien avec des personnes hypersensibles. Elles témoignent de la manière dont l’hypersensibilité se dévoile au quotidien. Ce podcast a permis de m’identifier à ces personnes par leurs anecdotes et leur histoire personnelle. Vous connaissez sans doute ce genre de moments où vous dites : « Mais c’est moi ça. » Directement, un sentiment de communion intervient.

Aujourd’hui, j’écris en connaissance de cause. Je fais la tentative de vous éclairer sur les caractéristiques de l’hypersensibilité et de vous proposer des étapes clés pour faire de votre hypersensibilité un atout au quotidien. C’est sans doute la première fois que je fais le pas de dévoiler autant qui je suis. Parfois, j’ai la pensée que c’est un acte courageux, et à d’autres moments, que je me jette dans la gueule du loup. Être un homme et parler de sensibilité, c’est périlleux. En tous les cas, si cela peut éveiller des consciences et ouvrir des portes à d’autres personnes, j’en serais très heureux.

Définition

Selon les spécialistes, il n’y a pas de définition fixe puisque chaque personne hypersensible pourrait donner sa propre définition en fonction de ses caractéristiques. Nous voilà bien avancé… Tentons tout de même d’en extraire quelques caractéristiques.

Hyper- vient du grec huper, signifiant « au-dessus, au-delà ». La sensibilité se définit comme la « Propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique à l’action de certains agents internes ou externes. » (cnrtl). L’hypersensibilité serait donc la propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique, ET INTENSE, à l’action de certains agents internes ou externes. Autrement dit, une personne hypersensible réagit plus intensément et de manière régulière face à des stimuli internes (les pensées, les émotions, la faim, la soif, la douleur, les souvenirs, les fantasmes, …) ou externes (personnes, environnements naturels, bruits, odeurs, etc…).  Les agents internes et externes éveillent les sens et amènent avec eux une vague émotionnelle sur laquelle il est parfois difficile de surfer pour une personne hypersensible. Les agents internes et externes peuvent à force, créer un trop plein de stimulation, qu’E. Aron appelle hyperstimulation. Celle-ci vient perturber l’équilibre de la personne hypersensible. Au fur et à mesure, cela peut engendrer un épuisement physique et émotionnel.

La vie intérieure d’une personne hypersensible est riche et complexe. L’hypersensible est souvent qualifié de timide, d’introverti, d’effacé, de calme, peu sociable, qui ne parle pas, qui écoute. Il serait davantage porté vers la solitude. Il réfléchit beaucoup à ce qui l’entoure. En premier lieu, une personne timide apparaît comme anxieuse, gauche, timorée, inhibée et réservée. Ce sont les connotations négatives. Les connotations positives sont de l’ordre de la discrétion, le sang-froid, la réflexion et la sensibilité. Dans ces premières phrases de définition, vous pourriez penser que l’hypersensibilité ne concerne que les personnes introverties. Mais il existe également des hypersensibles extravertis, bien qu’en termes de proportions, ils ne représentent qu’environ 30 % des hypersensibles.

Les caractéristiques de l’hypersensibilité dont j’ignorais tout

Je peux illustrer quelques traits de l’hypersensibilité pas la genèse de mes souvenirs : mon enfance. L’hypersensibilité se traduisait par ce côté introverti et observateur. Très en confiance dans ma pratique sportive, j’ai pris ma place en alliant ce côté réservé et le côté désinhibé lorsque je m’exprimais sur un terrain de football. C’était une passion débordante où rien d’autre n’existait. Le plaisir et la créativité à l’état pur ! En dehors du rectangle vert, mes expressions verbales et comportementales étaient bien plus limitées. Beaucoup trop occupé à observer les rapports humains, je m’affirmais en tentant de répondre aux normes et aux règles du mieux que je le pouvais. Je répondais bien à la caractéristique de l’hypersensible qui ne fait pas de vague dans un groupe. Sage et prudent, j’imagine ne pas avoir posé de problème aux personnes qui me faisait peur : les adultes et leur aspect dominateur. La personne hypersensible est tellement désireuse de plaire aux autres qu’elle enfouie ses envies et ses sentiments pour bien paraître. Elle ne veut pas commettre d’erreur ou dire quelque chose qui pourrait déplaire. Elle fait attention aux autres et à ce qu’ils peuvent ressentir. Tenez, par exemple, lorsque j’écris un texte sur la préparation mentale, je m’emploie toujours à réfléchir comment intégrer la gente masculine et féminine dans le même mot (athlète) car je ne veux pas blesser la gente féminine en leur faisant penser que je ne parle qu’à un public masculin en écrivant « sportif ». C’est du détail pour certains, de la prise de tête pour d’autres, mais c’est une anecdote d’hypersensible. Autre point, si je remarque une maladresse de ma part dans une interaction, dû à une blague ou une remarque, je peux y accorder énormément d’importance, et ce, même si j’imagine qu’il n’y a rien de grave dans le fond. Je m’en veux de ne pas m’être montrer prudent, ou plus attentif à ce qui peut gêner ou blesser. Blesser quelqu’un est ma hantise. Car elle remettrait en question mon travail pour être fondamentalement quelqu’un de bien. Il y a quelques semaines de cela, j’ai complètement raté une blague. Drôle de moment gênant, surtout lorsque j’ai eu le sentiment de déplaire à la personne en face de moi. Une personne qui n’est pas hypersensible vous dira : « tu te prends beaucoup trop la tête. » Of course. Mais c’est comme ça.

Ma peur de ne pas répondre à ce qui était attendu dans les sphères scolaires, familiales et sociales m’a fait vivre des situations anxiogènes que j’ai toujours su garder en moi. Mon sentiment d’anormalité était bien là, latent, réprimé. Ce sentiment de décalage amène avec lui un certain manque de confiance et d’assurance. La personne hypersensible se sent incomprise et différente du reste du monde. Cette peur de déplaire s’allie parfaitement avec la peur d’oser prendre des initiatives. La norme fixée est la perfection. Si l’initiative échoue, l’imperfection est exposée au grand jour et la possibilité d’être jugé négativement apparait. La personne hypersensible préfère ne rien tenter. Vous l’aurez compris, la personne est hypersensible au jugement des autres et cela va créer un sentiment de stress accrue. Être observée, minutée ou évaluée n’est pas la tasse de thé de la personne hypersensible.

La période adolescente a été, quand j’y repense, une montagne à gravir. Cette période où règne la domination et le pouvoir est sans pitié pour certaines personnes. Tout ce qui ne rentre pas dans la norme est exclu. Mon hypersensibilité m’a permis d’y échapper, fort heureusement, par mes réflexions et mon adaptation. La période universitaire a été la période d’un premier envol. La liberté et l’indépendance qu’elle offre pousse à suivre ses intuitions. Bien sûr, l’hypersensible que j’étais à cette période était toujours empreint des jugements des autres. Je me targuais de répondre au mieux aux attentes, sans trop savoir dire non. Je dirais que c’est une période dans laquelle je me suis perdu et trouvé à la fois. Niveau sportif, j’étais bien loin de ce que j’exprimais petit. L’insouciance n’était plus de la partie. Les spectateurs, partenaires et entraîneurs étaient, pour certains, des sources de distraction nocives à mon plaisir et à mes performances. Mon état psychocorporel me faisait dire qu’un malheur allait arriver à chaque match. Du mieux que je le pouvais, je réprimais cet état de stress par des stratégies dysfonctionnelles. Ignorant tout de l’hypersensibilité et me convainquant de mon anormalité, ma seule réponse était de rentrer dans les rangs et de cacher ce sentiment désagréable.

Lucidité

Qu’il soit physiologique ou intellectuel, le sens est au cœur de la vie de la personne hypersensible. Les cinq sens ou les questions philosophiques sur le sens de la vie, le sens d’une action, la complexité de toute chose fait partie à part entière d’une personne hypersensible. Cela peut donner l’impression d’être malheureux où mélancolique. Mais je crois plutôt que ce mot sens est un moteur pour voir une personne hypersensible heureuse. Si elle trouve une signification à ce qu’elle fait et si elle met du sens dans ses vagues émotionnelles, elle aura fait un premier pas de géant. C’est ce que nous appelons la conscience de soi.

Là où l’ignorance me menait vers des chemins que je ne choisissais pas forcément, la conscience de soi a joué un grand rôle pour mon hypersensibilité. La conscience de qui je suis. De ce que je ressens. J’ai changé de cap le jour où j’ai pris la décision d’aller à 800 kilomètres de chez moi et de découvrir un nouvel horizon. Mon hypersensibilité ne le savait pas encore mais elle allait se dévoiler au fur et à mesure de rencontre et d’une découverte fondamentale : la méditation de pleine conscience. Cet art de vivre d’origine bouddhiste est une clé fondamentale pour la première étape de « Lucidité ». Cette méditation permet de se reconnecter à soi en aiguisant sa conscience et son attention. Elle m’a fait découvrir une nouvelle relation à soi et au corps dont la personne hypersensible a besoin. Le programme MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), réalisé en groupe avec une institutrice agréée, m’a permis de m’offrir un espace-temps, révélateur de soi et facilitateur de connexion avec des personnes étrangères à ma vie. C’est dans cet espace-temps que je pris conscience de la normalité du sentiment d’anormalité et du stress qui en découle. Il n’y avait plus à se cacher. L’humanité pointait enfin le bout de son nez. C’est un premier soulagement pour un hypersensible que qui ne se sait pas hypersensible. Je découvre le silence qui me régénère, le cerveau qui bouillonne de pensée et le corps qui s’exprime lorsque je l’écoute. Je comprends que je forme un tout et obtient des réponses aussi neuves qu’inattendues. Je me souviens de ces retours à vélo après chaque session où la sérénité et la légèreté m’accompagnaient. Je voyais un nouveau monde autour de moi. Ce programme m’a mené à un second, celui du MSC (Mindful Self Compassion), la même année. L’auto-compassion offre la possibilité de prendre soin de soi comme nous prendrions soin d’un ami lorsqu’il rencontre une situation difficile. Encore une idée extrêmement nouvelle pour une personne hypersensible. La société occidentale dans laquelle prône puissance, pouvoir, domination et production vient à l’encontre de cette idée de prendre soin de soi. Le blâme et le tribunal de la culpabilité prônée par la société a empoisonné nos cellules et nos neurones. Mais comme le dit Epictète, « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont. » Prendre soin de soi revient donc à dire :

« J’ai des droits et des besoins face à ma souffrance, qu’elle soit légère ou lourde. Je n’ai pas envie de me consumer à petites doses de critiques mais plutôt de m’accepter, à grande dose de compréhension et de stratégies adaptées. »

 Et c’est ce que j’aimerais transmettre aux athlètes que j’accompagne.

Prendre soin de soi passait également par ma nouvelle pratique sportive (Trail). J’y ai découvert les grands espaces et la liberté en montagne. Le contact avec les éléments de la nature et le goût de l’effort m’ont permis de prendre confiance et d’être un peu plus en lien avec mon hypersensibilité. Je vois d’innombrables possibilités de chemins à parcourir. Je ressens toujours cette sensation difficile à décrire. Cette envie d’aller découvrir toujours un peu plus loin ce qui s’y trouve. Je ne m’habitue jamais à la beauté d’un paysage de montagne. J’aimerais y rester toujours un peu plus. Pour pallier cette impossibilité, je tente toujours de prendre des photos visuelles pour les intégrer en mémoire. C’est ce qui satisfait en partie à ma vie. Parcourir et contempler. Dernièrement, l’article de A. Mette : « La meilleure façon d’aider les autres, c’est d’être heureux » me tapait à l’œil. Pour être heureux, l’hypersensible doit explorer cette sensibilité, en analyser le contenu et identifier les pensées et émotions qui apparaissent dans une situation positive (ex : contemplation en montagne) ou une situation difficile (ex : être dans un nouveau groupe). Faire preuve de lucidité dans des moments qui engagent émotionnellement est fondamental pour la personne hypersensible. Lorsque je me suis posé la question sur papier : « A quoi suis-je sensible ? » Voici la liste de mes réponses :

  • Au bruit
  • A la foule, situation de groupe
  • A la souffrance des personnes et des animaux
  • Au sucre
  • A l’effet de la fatigue
  • Aux jugements des autres
  • A la charge de travail
  • Aux paysages de montagne
  • Au sens de la vie
  • Aux rapports humains
  • A la lumière

Peut-être pouvez-vous faire votre liste avant de lire la suite ?

Tous les éléments de ma liste mettent en exergue mon hypersensibilité. Être conscient de cette liste est un pas non négligeable. Car je sais à présent identifier, voir anticiper, les vagues émotionnelles. Cette conscience de soi est un atout si elle est suivie de la seconde étape : l’acceptation.

Acceptation

Peut-être connaissez-vous la citation de Carl Rogers : « il existe un curieux paradoxe, qui fait que c’est au moment où je m’accepte tel que je suis que je deviens capable de changer. » C’est un fait. Cette acceptation annihile tous les personnages que la personne hypersensible se force à jouer devant les autres. L’acceptation fait tomber les masques de l’ego. Magique. Il ne reste que le vrai visage de la personne hypersensible, avec ses valeurs, Ses qualités et ses fragilités. L’hypersensibilité peut devenir une force lorsque l’acceptation de soi s’achemine petit à petit. Une personne hypersensible qui s’accepte telle qu’elle est peut mettre en exergue tous ses sens au profit de ce qu’elle aime. Et ce, avec un lien détaché du poids du conformisme.  L’acceptation de soi amène la personne hypersensible à être est une personne plus spontanée, libre, créatrice, indépendante et remplie d’énergie positive.

Acceptation des émotions

L’acceptation a un lien fort avec les émotions. Accepter une émotion revient à l’harmoniser entre le corps et l’esprit. L’équilibre se crée à force de permettre sa présence. Certaines personnes hypersensibles se blindent pour ne plus ressentir trop d’émotions. Mais elles en perdent leur essence. L’hypersensible qui ne permet pas à ses émotions de transmettre leur message est une personne hypersensible qui se fourvoie. bien qu’elles soient fortes ou répétées, les émotions sont un moteur pour la personne hypersensible car elle a régulièrement un niveau d’empathie élevé. L’hypersensible qui reconnaît ses émotions et s’ouvre à celle-ci sans se faire dépasser a la capacité de savoir ce qu’il faut faire pour apaiser une personne qui souffre d’une situation difficile. La maîtrise des émotions est une clé pour le préparateur mental. C’est ce que je travaille depuis plusieurs années grâce à la méditation de pleine conscience pour être OK avec mes émotions pouvant être plus élevées que la moyenne lorsque je reçois celles des athlètes que j’accompagne. Petit à petit, les émotions pouvant perturber (tristesse, stress, colère, etc.) sont apprivoisées grâce à différentes techniques que je transmets également aux athlètes que j’accompagne.

Acceptation et rapports aux autres

L’acceptation, c’est également l’acceptation des rapports aux autres. Les rapports humains sont parfois très chamboulant pour une personne hypersensible. Être en interaction avec une personne peut engendrer de vives réactions émotionnelles chez les hypersensibles. Elles peuvent être très vite mal à l’aise. La personne hypersensible fait beaucoup d’effort pour se montrer à l’aise en société ou dans un groupe. Dans les podcasts que j’ai pu écouter, j’ai pu comprendre à quel point une personne hypersensible pouvait craindre d’afficher son hypersensibilité. Le cas typique est de pleurer pour des raisons qui vont apparaître comme futile chez les personnes n’étant pas hypersensibles. D’autres ont des difficultés avec les discussions anodines et préfèrent écouter (ce qui est sincèrement mon cas). Pour ma part, m’intégrer dans un groupe m’a toujours demandé davantage de temps, mais il faut reconnaître que cela a toujours été une réussite aussi. Cela peut déboulonner certaines personnes ne comprenant pas votre comportement de retrait pour mieux observer et maîtriser, mais c’est ainsi. Peut-être que vous vous sentez concerné ou pensez-vous à un coéquipier ou collègue de travail qui présente cette caractéristique ?

Ces rapports humains sont aussi et avant tout un élément qui fait se sentir vivant (pour vous en assurer, vous pouvez lire la revue de cerveau & Psycho « Le bonheur est dans le lien »). Il est donc primordial pour la personne hypersensible de s’efforcer d’affronter le monde extérieur pour ne pas perdre le sens des réalités et sa capacité d’adaptation. L’Homme a ce besoin d’appartenance. C’est un instinct de survie animal depuis la nuit des temps. Pour la personne hypersensible, il est donc bon de délaisser ses explorations psychologiques de temps en temps. Comme l’écrit E. Aron, cela permet de mieux comprendre sa psyché. Il faut savoir que les personnes extraverties sont une bouffée d’air frais pour les personnes hypersensibles introverties. Et vice-versa. Chacun vient, avec ses atouts, équilibrer l’autre. Cet équilibre est à retrouver dans une équipe. Les personnes extraverties sont à l’action ce que les personnes introverties sont à la réflexion.

Par ailleurs, la superficialité ne s’intègre pas dans la relation avec une personne hypersensible car elle a ce besoin de confiance. Et ce besoin de confiance vient avec le dévoilement réciproque dans la relation. Si ce sentiment de confiance est présent, elle se montrera à l’aise dans la relation et plus largement dans un groupe. Même si, il est vrai, une personne hypersensible sera bien plus à l’aise lors d’une communication en intimité. De toute manière, elle a besoin de connexion. Parler de tout et de rien avec les personnes extraverties lui permet en quelque sorte de faire une pause avec son intériorité énergivore. Pour connaître la plénitude, il est parfois bon de se montrer un peu plus extraverti.

Dans ce rapport aux autres, la force de l’hypersensible est de capter des signaux que d’autres ne voient pas. L’hypersensible capte les regards, les gestes, les mimiques, les changements d’humeur, les amitiés et des inimitiés. Pour ma part, cette force m’aide énormément pour me mettre sur le même canal émotionnel que les personnes sportives ou non que j’accompagne en individuel. L’athlète va se sentir compris et libre d’exprimer son état de fatigue ou ses préoccupations. L’athlète exprime librement ses émotions grâce à une intuition que je sais de temps à autre écouter. Ce mot intuition revient généralement chez les personnes hypersensibles. L’intuition est cette force interne qui, en 1/4 de seconde, nous fait prendre une décision que l’on juge juste. L’écoute de soi et de cette sensation de confiance qui parcourt le corps à la vitesse de l’éclair ont visé juste. La personne hypersensible écoute cette énergie si la confiance en soi est présente.

Accepter de se reposer

Pour terminer sur l’acceptation, l’hypersensible doit accepter également de répondre à l’un de ses besoins fondamentaux face à l’hyperstimulation : Prendre des pauses. Si la personne hypersensible n’accepte pas de se ménager dû à son souhait de répondre aux attentes omniprésentes de son environnement professionnel/scolaire, familial et social, elle perdra le fil.

Pour prévenir le surmenage, une personne hypersensible a davantage besoin de calme, de repos et de sommeil. C’est comme ça. Puisqu’elle est régulièrement en état d’alerte (excitation ou méfiance), elle sollicite davantage son corps et produit davantage de cortisol. Il est très difficile pour une personne hypersensible de lutter contre la fatigue. Ainsi, celle-ci a besoin de récupérer davantage. L’homéostasie passe par la récupération. Sachez que 80% des stimulations sensorielles passent par les yeux. Si vous observez constamment pour comprendre votre environnement et le maîtriser, vous êtes toujours en état d’hyperstimulation qui à force, vous épuise. Prenez l’exemple des réseaux sociaux : ils nous mettent en état d’hyperstimulation tout le temps. Finalement, ils usent notre énergie, même allongé dans le canapé. Il est donc important d’écouter les messages du corps. Voici quelques exemples de « PAUSE » pour vous faire du bien :

  • Lire un bon livre
  • Peindre, dessiner
  • Ecrire
  • Manger un bon repas au calme, à la maison
  • Laver la vaisselle (oui cela peut être un moment tranquille)
  • Méditer
  • S’étirer, faire du yoga
  • Se faire masser ou se masser
  • Faire une sieste
  • Ecouter de la musique
  • Vous balader dans la nature et contempler

Vous l’aurez compris, la conscience de soi et l’acceptation sont deux étapes primordiales. Mais celle qui accompagne vers le changement en sans nul doute celle qui s’intéresse aux stratégies attentionnelles. Allons donc faire un tour dans cette étape appelé Focus.

préparation mentale

Focus

Le focus attentionnel est très important à travailler chez les personnes hypersensibles. C’est une garantie que j’ai comprise et expérimentée. L’explication est la suivante : Puisque la personne hypersensible capte instantanément les subtilités de son environnement (humeurs des gens, sons, lumières, etc…), elle est régulièrement en état d’alerte, attentive à la présence d’un danger. Elle est méfiante et observe les indices. Lorsque je me décris dans une situation de groupe, je dis toujours que je suis une personne qui observe et que cette caractéristique dure depuis mon enfance. Lorsque j’ai vu ces caractéristiques de méfiance et d’observation d’indices chez les hypersensibles, autant vous dire que ça a fait tilt. Cet état d’alerte crée une inhibition du comportement car la personne passe plus de temps à être spectateur qu’à être dans l’expérience. La personne est sage, prudente, consciencieuse et perfectionniste. Et puisqu’elle est douée pour capter les signaux de son environnement, elle est très habile pour percevoir les potentielles erreurs et les éviter. Cela peut être un frein à l’action. Car son attention est précisément posée sur ce qu’il ne faut pas faire plutôt que sur ce qu’il faudrait faire. Cela évite les erreurs et les potentiels jugements. C’est aussi pour cette raison que la plupart des personnes hypersensibles ont tendance à battre en retraite lorsque des situations nouvelles (et donc anxiogènes) se présentent. C’est un moyen de se protéger. Mais le retrait exacerbe la sensibilité. Ainsi, plus il y a retraite, plus l’hypersensibilité sera difficile à gérer en situations anxiogènes. L’hypersensible emploie couramment des stratégies de coping dites d’évitement car elle est prise dans ses vagues émotionnelles, sans vraiment comprendre ce qu’il se passe à l’instant T.  Ces stratégies permettent de fuir ou de nier la réalité. A long terme, ces stratégies se révèlent inefficaces.

Les étapes « Lucidité » et « Acceptation » permettent à la personne hypersensible d’élever son niveau de confiance en soi nécessaire pour mettre en place de nouvelles stratégies dites d’approches. Ces stratégies conduisent à prendre réellement le contrôle de la situation en agissant de manière directe ou indirecte sur le problème. Les stratégies centrées sur le problème sont les plus efficaces car elles agissent directement sur le problème. Dans ces stratégies, vous pouvez retrouver « Planifier des solutions », « rechercher des informations complémentaires » ou encore « Prendre les choses unes par unes ». Quant aux stratégies centrées sur les émotions et sur le soutien social, elles agissent de manière indirecte. Elles sont utiles mais ne vont pas avoir d’effet direct pour résoudre le problème. Jongler entre les stratégies permet d’établir un équilibre personnel et de répondre efficacement à la situation problématique. Vous êtes pleinement FOCUS sur ce que voulez vraiment. Vous vous servez de votre hypersensibilité pour poser votre attention sur ce que vous voulez réellement faire ou être.

Conclusion

Cet article sur le profil atypique de l’hypersensibilité est non-exhaustif. Par exemple, je n’ai pas évoqué le lien que peut avoir l’hypersensibilité avec le profil atypique « Haut potentiel intellectuel ». Pour en savoir davantage, je vous conseille d’écoute le podcast « HS ».

Pour ma part, cette hypersensibilité est une nouvelle découverte, ou plutôt une confirmation de ce que je pouvais ressentir depuis mon plus jeune âge. Je crois qu’elle n’est pas ce que je suis exclusivement, mais elle est une grande partie de moi sur laquelle je vais pouvoir m’appuyer pour aider et accompagner du mieux que je le peux les athlètes que je rencontre. Il est vrai que j’ai toujours eu l’envie de comprendre en profondeur et d’aider les personnes dans cette part émotionnelle. Je perçois effectivement leur vulnérabilité qui ne m’est pas étrangère. Mon hypersensibilité m’a amené à prendre conscience de la puissance des pensées et des émotions sur les comportements des athlètes en situation de stress (car je l’ai moi-même vécu). Être en lien avec cette hypersensibilité me permet de me rapprocher de ma part humaine et de me détacher d’un conformisme étouffant où les émotions sont souvent mal perçues.

Les athlètes ont régulièrement des caractéristiques de l’hypersensibilité. Je la perçois dans cette part émotionnelle importante qui ressort de leurs anecdotes, de nos échanges ou de mon ressenti. Le monde de la compétition met davantage en éveil leur sens. La compétition est un condensé émotionnel que les athlètes hypersensibles peuvent apprendre à gérer. Rien n’est figé. Leur capacité à percevoir les subtilités du monde extérieur peut être un atout considérable s’il y a eu, en amont, un travail personnel de conscience de soi, d’acceptation et d’apprentissage de stratégies attentionnelles. Ce travail améliore le bien-être des athlètes que j’accompagne dans leur objectif de performance. Il m’a aussi personnellement aidé à avancer.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

ETES-VOUS HYPERSENSIBLE ?

QUESTIONNAIRE

Répondez sincèrement à chaque question par OUI ou NON. Répondez par l’affirmative si cela s’applique dans une certaine mesure ou complètement à vous. Répondez par la négative si cela ne s’applique pas vraiment ou pas du tout à vous.

  • Je suis conscient des subtiles nuances de mon environnement         
  • L’humeur des autres me touche                                          
  • Je suis très sensible à la douleur
  • J’ai besoin de me retirer pendant les journées frénétiques, soit au lit, soit dans une chambre obscurcie, soit dans tout endroit où je suis susceptible d’être tranquille et libéré de toute stimulation     
  • Je suis particulièrement sensible aux effets de la caféine                     
  • Je suis facilement terrassé par les lumières violentes, les odeurs fortes, les tissus grossiers ou les sirènes proches       
  • J’ai une vie intérieure riche et complexe                                               
  • Le bruit me dérange                                                                                     
  • Les arts et la musique suscitent en moi une émotion profonde          
  • Je suis une personne consciencieuse                                                               
  • Je sursaute facilement                                                                                     
  • Je m’énerve lorsque j’ai beaucoup à faire en peu de temps                   
  • Lorsque les autres se sentent mal à l’aise dans leur environnement matériel, je sens en général ce que je dois faire pour les soulager (changer l’éclairage, proposer d’autres sièges)    
  • Je perds les pédales lorsqu’on essaie de me faire faire trop de choses à la fois                                                           
  • J’essaie vraiment d’éviter de commettre des erreurs et des oubli     
  • Je fais en sorte d’éviter les films et les émissions qui contiennent des scènes de violence                                                                         
  • Je m’énerve lorsque beaucoup de choses se passent autour de moi  
  • La faim provoque en moi une forte réaction, perturbe ma concentration et mon humeur   
  • Les changements qui se produisent dans ma vie m’ébranlent    
  • Je remarque et j’apprécie les parfums et les goûts délicats, les bruits doux, les subtiles œuvres d’art  
  • Je fais mon possible pour éviter les situations inquiétantes ou perturbatrices   
  • Lorsque je dois rivaliser avec d’autres ou lorsque l’on m’observe pendant que je travaille, je perds mon sang-froid et j’obtiens un résultat bien pire que lorsqu’on me laisse tranquille
  • Lorsque j’étais enfant, mes parents ou mes enseignants semblaient me considérer comme sensible ou timide

COMMENT VOUS NOTER

Si vous avez répondu par Oui à 12 questions ou plus, vous êtes probablement hypersensible. Mais en toute franchise, aucun test psychologique n’est d’une exactitude absolue. Même si vous n’avez répondu par l’affirmative qu’à une ou deux questions, mais qu’il s’agit d’un oui particulièrement empathique, peut-être pourriez-vous vous qualifier d’hypersensible. Pour compléter cette évaluation nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage :  » Ces gens qui ont peur d’avoir peur  » ou « Hypersensible : Mieux se comprendre pour s’accepter. » d’Elaine N. Aron. 

Le silence

Je crois que le silence a un double visage. Je crois qu’il représente la paix mais aussi le metteur en scène de nos peurs. Il nous livre à nous-même. Il nous expose. Il nous met à nu. L’absence de bruit, l’absence de distraction… Ces absences détiennent le pouvoir d’alimenter la relation avec soi, dans son entièreté. Fragilités et capacités mêlées. S’il n’est pas habituellement présent, le silence fait naître le vacarme intérieur. Un vacarme sombre où les angoisses surgissent. Vais-je réussir ? Suis-je assez… ? Tes limites vont-elles te définir à elles seules aux yeux des autres ? La respiration s’accélère, le cœur bat avec résonnance. Cela ressemble à une croisée des chemins où les choix prit face à ces angoisses, ici et maintenant, vont décider du futur. Le silence crée un orchestre désorganisé de pensées et d’émotions. La plus belle symphonie intervient au moment où le silence n’est plus un adversaire. Créer l’alliance avec le silence. Se lier à cet orchestre désorganisé pour le comprendre, se l’approprier. Trouver en chaque pensée et émotion, un musicien venant jouer sa partition. Trouver des accords entre ces musiciens. Prendre du recul, observer et écouter le mariage des partitions. La symphonie apparaîtra lorsque chaque musicien aura trouvé sa place au sein de l’orchestre, avec sa sensibilité et son message. Nous sommes nos propres chefs d’orchestre. Et le silence, notre baguette.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience.

Le silence est magique à qui sait le reconnaître. Il aiguise notre perception. Et la qualité de notre perception influence la propre relation que nous entretenons avec nous-même, mais aussi celle du monde qui nous entoure et avec lequel nous entrons en interaction tous les jours. Notre équilibre personnel et relationnel dépend de nos perceptions et de notre capacité à s’installer dans un silence intérieur pour reconnaître ce qui se passe en nous. En d’autres termes, notre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet face à une situation difficile ou à nous-même, à travers nos pensées, nos émotions et nos comportements. Nous utilisons notre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte, il y a à présent compréhension.

Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience. Et être conscient, c’est affaiblir l’ego. Car un espace se crée. Il n’y a plus de réaction automatique. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par votre colère ou vos peurs. Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste. Retenez bien que la situation est toujours neutre. Seule votre perception et votre qualité de conscience dans le moment présent vous fait juger que cette situation crée votre malheur ou votre bonheur. Percevoir et poser la conscience sur les pensées et les émotions engendrées par la situation, est une première étape pour l’affronter. Vous n’êtes pas vos pensées et vos émotions. Vous êtes la conscience qui se cache derrière le voile des pensées et des émotions. Et qui dit conscience dit affaiblissement de l’ego. Cette conscience vous apporte une liberté et une palette de possibilités car vous n’êtes plus identifié à vos pensées et vos émotions. Vous n’êtes plus en train d’interpréter, de comparer, d’aimer, de ne pas aimer. Vous êtes libre.

Le silence n’est donc pas à craindre. Il apporte conscience et liberté. S’asseoir, méditer en pleine conscience, et accepter ce silence instructeur, c’est apprendre à lire en soi, plus finement.

Pierre Guillet, préparateur mental, Bordeaux

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANT

Représentation du travail mental et autocompassion : Duo gagnant ?

A l’heure où beaucoup d’actions sont mises en place pour l’événement des Jeux Olympiques en France en 2024, il est pertinent de prendre position pour l’intégration des interventions des champs de la psychologie et de la préparation mentale auprès des athlètes. Conscientiser et apprendre à gérer ses activités mentales lors de son épreuve sportive, en entraînement et en compétition, est crucial pour atteindre ses objectifs de performance. Mon année au sein de la formation de préparation mentale dirigée par FOCUS CONSULTANTS, m’a fait comprendre deux aspects du suivi en préparation mentale que je souhaite partager avec vous.

Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

Bon nombre d’athlètes rencontrés ont une demande concernant la confiance en soi et la gestion du stress et des émotions. Les champs de la psychologie et de la préparation mentale, en communion, peuvent répondre à cette demande explicite. Les raisons implicites sont à explorer dans les activités psychiques plus ou moins profondes du cerveau de la personne. Il est honnête de dire que cette exploration peut être une source de peur au départ. La psychologie montre que l’être humain se base sur un système d’équilibre. Travailler sur ces activités cérébrales pour en déceler les pièges et découvrir de nouvelles habitudes cognitives, émotionnelles et comportementales peut déséquilibrer au départ. Cela peut déstabiliser, questionner, et même parfois être culpabilisant de prendre conscience de son fonctionnement psychique, allant des antécédents aux conséquences. Peut-être faut-il rendre cette découverte un peu moins lourde, en la percevant comme un jeu et une ouverture vers de nouvelles perspectives ? Nous avons toutes et tous été enfant et cette âme sera toujours en nous. Cet enfant, qui joue, qui découvre, pas à pas, en apprenant par essai-erreur, en osant malgré la peur. Les habiletés mentales utiles à la performance sont, au même titre que la marche ou la lecture, à développer grâce à un apprentissage intégrant l’attention, un engagement actif, de la répétition et l’acceptation des erreurs. Etre lucide sur son fonctionnement psychique, s’accepter soi-même dans son entièreté (ses qualités, ses fragilités, ses peurs) et se concentrer sur des points attentionnels pertinents sont autant d’étapes à respecter en psychologie et préparation mentale pour améliorer chez l’athlète son bien-être et, à postériori, la performance. Alors, oui, la préparation mentale en communion avec la psychologie, sont des activités à prendre en compte sérieusement par leurs validités scientifiques. Oui, elles doivent avoir un cadre éthique et déontologique pour apporter de la confiance dans la relation avec l’athlète. Mais dans ce cadre sérieux et professionnel, il peut être bon d’apporter une touche ludique afin de changer les représentations cognitives de l’athlète sur le travail mental qu’il(elle) doit effectuer. Les athlètes ont des exigences de toutes parts (personnelles, des entraîneurs, des fédérations, des sponsors et potentiellement des parents). C’est aussi une exigence à se poser que de travailler psychologiquement sur l’approche des entraînements et des compétitions. Mais ce ne doit pas être un fardeau. Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

De plus, aller sur le chemin de la connaissance de soi, grâce aux champs de la psychologie et de la préparation mentale,  peut tout simplement aider à prendre soin de soi. Comme évoqué précédemment, les athlètes ont des exigences personnelles ou extérieures. Les exigences ne s’accouplent pas de manière intuitive avec l’action de prendre soin de soi. Or, dans la théorie scientifique de la psychologie, il a été validé que prendre soin de soi grâce à l’autocompassion permettait de développer une résilience émotionnelle et de mettre son ego en arrière-plan. Une relation bien plus saine est entretenue avec soi-même.

prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance.

La méditation de pleine conscience aide à développer cette autocompassion. Ce courant bouddhiste s’enregistre en psychologie dans la troisième vague des thérapies cognitivo-comportementales et se révèle comme un outil pertinent en préparation mentale. Très en vogue en ce moment, la méditation de pleine conscience permet, selon Jon Kabat-Zinn (P. 55, 2009), de « nous voir et de voir le monde sous des angles nouveaux, d’apprendre à travailler autrement avec notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions, et d’apprendre à rire un peu plus des choses, y compris de nous-mêmes, tout en nous entraînant à trouver et à garder notre équilibre le mieux que nous pouvons ». Par la pratique régulière de la méditation de pleine conscience, l’athlète apprends, par exemple, à conscientiser ses activités mentales et à se rendre compte qu’un nombre massif de pensées apparaît chaque jour dans le cerveau. De ce fait, gérer toutes ses pensées n’est pas aisé, surtout si elles apparaissent lors des compétitions et qu’elles sont liées à du jugement ou de l’autocritique (cet ego qui parle dans votre tête…). Heureusement, plus la personne apprend à reconnaître et accepter les pensées pour ce qu’elles sont et non à les percevoir comme une vérité pure, plus la personne va se détacher de ces dernières. La personne va ainsi lâcher prise avec les pensées qui pouvaient la faire perdre pied et être davantage en capacité de poser son attention dans l’instant présent et de se concentrer sur ce qu’il y a de plus pertinent pour sa performance. Le détachement des pensées amène la personne à prendre soin d’elle-même car la puissance de frappe des pensées limitantes va s’amoindrir. Concrètement, prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance. Ceci nécessite encore de l’entraînement, ne l’oublions pas. Répéter, grâce à l’application Petit Bambou par exemple, des séances de méditation de pleine conscience chaque jour, provoque à long terme, des bienfaits psychologiques pour la personne pratiquante.

En guise de conclusion, je souhaite préciser que la psychologie est une science abstraite. Le cerveau de l’être humain est complexe, et ses activités le sont tout autant. Il n’y a donc pas de solution miracle dans les champs de la psychologie et de la préparation mentale. Travailler vos habiletés mentales en jouant et en méditant demande de l’entraînement et un engagement personnel profond. Mais ne dit-on pas que le JEU en vaut la chandelle ? Alors, foncez vers vos objectifs, mais n’oubliez pas de prendre soin de vous 😊

Exercice d’autocompassion : S’écrire une lettre.

Cet exercice est tiré de ma pratique d’autocompassion lors du programme MSC (mindful self-compassion). Chacun a en lui ce quelque chose qu’il n’aime pas ; une fragilité, une peur, quelque chose occasionnant de la honte, ou le fait se sentir pas assez bon. Je vous propose de réfléchir à quelque chose à propos de vous qui vous fait vous sentir mal (une peur, une habitude malsaine, votre apparence, etc). Lorsque votre situation est choisie, écrivez une lettre comme si vous discutiez avec un ami très cher se débattant dans une situation semblable à la vôtre. Quel mot de compassion et de soutien lui offririez-vous ? Ensuite, lisez la lettre et appliquer ces mots à vous-même.

Pour vous aider :

1. Choisir une situation amenant de l’inconfort ou du stress
2. Ecrire précisément les pensées qui apparaissent lors de cette situation, les émotions qui les accompagnent et les manifestations corporelles (lucidité).
3. Répondre à cette question : Quels conseils je donnerais à un proche rencontrant cette situation ?
– Classer les conseils par ordre de préférence

4. Ecrire la lettre

Mot d’ordre : Indulgence. Cet exercice n’est pas forcément facile à première vue. Ecrivez, faites des brouillons, recommencez, mais surtout, soyez indulgent avec vous-même. Il n’y a pas de performance. Ce sont juste vos mots, pour vous faire du bien, en cas de besoin.

5. Lire votre lettre chaque fois que vous en ressentez le besoin.

 

Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels en préparation mentale,

FOCUS CONSULTANTS

 

Bibliographie :

Kabat-Zinn, J., & André, C. (2009). Au coeur de la tourmente, la pleine conscience: MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness: programme complet en 8 semaines. De Boeck.

Neff, K. D. (2011). Self‐compassion, self‐esteem, and well‐being. Social and personality psychology compass, 5(1), 1-12.

L’anxiété : Un puzzle complexe

Comprendre l’anxiété et la gérer, un long chemin qui vaut la peine d’être parcouru.

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La psychologie positive au service de l’accompagnement des athlètes ?

Qu’est-ce que la psychologie positive ? Quels peut être ses atouts pour l’accompagnement en préparation mentale ou bien même en coaching ? Et si on voyait le verre à moitié plein 😉

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Le Flow, cet état de grâce recherché

Le flow, secret du bonheur ?

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Les Jeux Olympiques : Un événement majeur, une préparation mentale singulière

Les Jeux Olympiques représentent un événement à part et un objectif ultime pour la plupart des athlètes de haut-niveau. Cette unicité provoque une préparation singulière, où les professionnels en psychologie du sport ont leur carte à jouer pour aider les athlètes. Pour être efficace, voici quelques éléments d’informations traduit d’un article scientifique :

https://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-les-jo-un-événement-majeur-une-préparation-mentale-singuli/1703381033056556/

Confiance en soi, bien-être et performance

Le manque de confiance en soi est régulièrement cité par les athlètes de haut-niveau. Comment intervenir avec cette demande ? Quel est l’utilité d’un profil de confiance ? A travers une étude scientifique réalisée avec une nageuse britannique de haut-niveau, retrouvez quelques éléments de réponses ci-dessous :

https://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-confiance-en-soi-bien-être-et-performance/1693756677352325


 

Introduction à l’imagerie mentale dans le sport

Qu’est-ce que l’imagerie mentale ? Comment est-elle utilisée par les athlètes ? Dans quels contextes peut-elle être mise en place ? Voici quelques éléments de réponses ci-dessous :

http://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-introduction-à-limagerie-mentale-dans-le-sport/1678685628859430/