Et si on remettait le sens au goût du jour ?

J'ai trouvé le sens de la raison qui m'entraîne
À chaque pas sur le devant de la scène
J'ai trouvé le sens de la vie que je mène
Et je l'aime 

Avez-vous trouver l’auteur de ces rimes ? Non ce n’est pas Irvin Yalom le psychologue existentialiste, mais Tal, la chanteuse Française. Ok, je démarre cet article de manière ironique, mais toujours est-il que Tal a raison, et cet article va vous le prouver !

La question du sens

« Je ne fais pas ce métier pour offrir des matchs ennuyeux qui endorment les supporters. Je veux qu’il y ait de la vie et des émotions dans nos matchs. Je veux qu’on offre des matchs mémorables aux supporters. Je veux que les supporters soient excités à l’idée de voir nos matchs. Ces intentions sont au coeur de ma philosophie »

Jürgen Klopp

Il y a quelques jours, on me posait la question de ce qui m’animait dans mon métier de préparateur mental. Et là, je me suis dit : « c’est vrai ça, qu’est-ce qui m’anime réellement ? » Sans trop réfléchir longuement, deux notions sont apparues : équilibre et sens. Voilà mes leitmotivs dans chaque accompagnement. Optimiser l’équilibre émotionnel et amener l’athlète à donner du sens à sa pratique et son fonctionnement intérieur. Parce que cela fait échos à mes valeurs : comprendre, se dépasser et être libre (Pile au moment où j’écris ces lignes, le soleil m’envoie quelques filets de lumière à travers le ciel chargé de nuages… un signe du destin ?).

Comme l’écrit Pierre Cousineau dans la préface du livre « Le piège du bonheur » de Russ Harris, « autant notre physiologie a besoin d’eau, de nourriture et d’air, autant notre psychisme humain a besoin de sens ». Ce à quoi Sébastien Bohler ajoute : « Le besoin de sens naît du besoin de contrôle. Il est une émanation de notre désir de survie » dans son livre « Où est le sens ». C’est ainsi et ce n’est pas votre cortex cingulaire qui vous dira le contraire. Prendre la décision d’aller vers la direction choisie en fonction de vos objectifs, c’est savoir ce qui vous guide dans votre intérieur profond. Connaître cette raison d’être profonde peut passer par l’étape de l’isolement. Cette période où vous avez besoin de vous recentrer sur vous-même pour mieux vous écouter et ne pas être en proie à tout ce qui vous attire hors de votre direction. Cela peut paraître mystique à première vue, comme ce brouillard épais un bon matin d’automne.  Mais, au fur et à mesure que votre écoute s’affine, le brouillard se lève et vous voyez de plus en plus loin devant vous. Vous développez cette faculté intrinsèque de juger, de percevoir ce qui est essentiel pour vous, votre pratique sportive et votre vie en générale. La question à vous poser est la suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que je désire vraiment ?

Plus largement, le sens de la vie vient de la psychologie existentielle. Et il n’est pas forcément aisé de se pencher sur la question du sens. Cela peut être une question vertigineuse, provoquant un déséquilibre. Peut-être que le caractère sérieux de cette question fait surgir des peurs face auxquelles vous ne souhaitez pas être confronté.e. Mais tout se passe à l’intérieur. Et cet intérieur, vous seul pouvez le percevoir, et le comprendre. C’est pour cette raison que Viktor Frankl, survivant des camps de concentration durant la seconde guerre mondiale et créateur de la logothérapie, associe la recherche de sens avec les notions de liberté et de responsabilité.

Créer cet alignement en soi et avec les autres à travers vos objectifs, c’est s’offrir le droit de jouir de la vie dans son entièreté, y compris avec ses périodes de souffrance. Donner du sens à sa pratique et plus largement à sa vie, c’est établir une cohérence grâce à une signification et une direction, avec authenticité. La signification correspond à vos valeurs. La direction correspond à votre but. Comprenez que lorsque vous donnez du sens, vous accordez vos valeurs avec votre but. Tel un musicien, la partition que vous jouez est de plus en plus juste. Elle résonne agréablement dans vos oreilles et celles de ceux qui vous écoutent. Pour autant, vous ne percevrez peut-être pas cette douce mélodie directement. Car le sens s’évalue rétrospectivement. Ainsi, vous vous rendez compte après quelques mois ou quelques années si vous avez su être cohérent, au regard de vos actions. Vous ressentirez à ce moment précis que vous êtes à votre juste place. Vous ressentirez ce regain d’énergie et cette satisfaction personnelle d’avoir su vous écouter pour agir comme vous le vouliez, à chaque instant.  

Anatomiquement parlant, la question du sens a été renvoyée au cortex cingulaire antérieur. En effet, notre système d’anticipation est fait pour que nous lui répondions favorablement. Or, dès que nous n’obtenons pas ce qui était prévu, le cortex cingulaire antérieur sonne l’alerte car il ne trouve pas de sens à ce qu’il vient de se passer. Pour cette raison, en prenant la victoire comme seul sens à sa pratique sportive, vous aurez bien plus de chance de perturber votre cortex cingulaire antérieur car vous ne maîtrisez pas toutes les composantes et vous ne pouvez pour ainsi dire, tout anticiper. Par ailleurs, la question du sens ne concerne pas que le système d’anticipation lié au cortex cingulaire antérieur. Bien que le sens soit toujours logé dans cette zone, le sens à connotation existentiel permettrait également de diminuer l’activité d’alerte du cortex cingulaire antérieur. La philosophie ou la religion permettraient notamment d’abaisser le niveau d’alerte du cortex cingulaire antérieur grâce à leurs différentes questions existentielles et leurs croyances. En d’autres termes, croire en un sens plus vaste et plus grand que soi protégerait le cortex cingulaire antérieur. Car chaque chose aurait une signification. Comme l’écrit Sébastien Bohler, « Nous semblons d’une certaine manière biologiquement programmé pour chercher du sens dans le monde qui nous entoure. Dès qu’on nous propose un cadre d’interprétation de la réalité à la fois globale et stable, nos niveaux d’angoisse reculent ». Il n’est donc pas étonnant de voir beaucoup d’athlètes avec des croyances religieuses. Cela les aide à surmonter les difficultés et à croire en leur bonne étoile. Moi qui me posais la question de la religion lorsque je voyais le footballeur Brésilien Kaka célébré religieusement ses buts avec les bras et la tête levés vers le ciel, me voilà avec une bonne partie de la réponse.

La perte de sens

Perdus, sans s’entendre sur notre but, on s’ennuie fort, on se tue.

Angèle

Vous allez vous dire : il est d’humeur musicale pour cet article. Toujours est-il que les textes de chanson nous confie bien souvent des messages universels qu’il est bon d’entendre réellement de temps à autre. Il est important de comprendre que donner du sens est vraiment personnel. Et que l’absence de sens amène à la dérive. Le monde du sport n’y échappe évidemment pas. En créant toujours plus de récompenses et en survalorisant ces récompenses (financières, matérielles, …), l’athlète peut très vite perdre le sens qu’il donnait autrefois à sa pratique. Manipulé.e, l’athlète tombe dans les méandres d’une quête impatiente des récompenses extérieures à sa pratique. L’ego s’agite. Le stress se ressent. Finalement, à force de vouloir créer de la stabilité à travers ces récompenses, le paradoxe se met en place : l’instabilité règne dans votre cerveau. L’estime de soi s’étiole à force de chercher à se soulager par des récompenses extérieures. Sébastien Bohler a raison : « A défaut d’être, on se rabat sur l’avoir » pour donner du sens à sa pratique et se sentir exister aux yeux de tous. Et oui, l’ « Avoir » vous donne le sentiment de réduire les incertitudes et d’être accepté. Ce qui apaise le cortex cingulaire sur l’instant T, mais pas sur le long terme. Le piège se referme.

Mais alors, que se passe-t-il dans votre pratique si vous perdez le sens que vous lui avez accordé autrefois ? Que se passe-t-il si les buts fixés sont trop influencés par la société et n’ont pas été choisi librement par vous-même ? Que se passe-t-il si vous vous faites manipuler inconsciemment pour tendre vers toujours plus de récompenses extérieures ? Quelle est votre identité ? quelle est votre essence ? Quelle joie y a-t-il encore à pratiquer ? Sans le sens, vous êtes perdu. Perdu dans le temps, perdu dans vos pensées, vos émotions, vos actions. Et c’est ce qu’a compris l’un des athlètes que j’accompagne, suite à sa victoire sur une compétition majeure. Sollicité pour augmenter sa visibilité sur les réseaux sociaux et, à termes, attirer des sponsors, il a choisit de ne pas donner suite car ce qu’il aime avant tout, c’est pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer son sport. C’est ce qui l’anime au plus profond. Faire plus de story instagram et perdre en temps de pratique n’était pas de son goût. Il n’y avait pas de sens derrière tout ça. Et saper le besoin de sens à l’humain revient à ne pas vous assurer tout en faisant le funambule à 300m de haut. La chute peut être vertigineuse. Voir que le sol se dérobe sous vos pieds fait monter l’effroi, des pieds à la tête, avec le sentiment qu’il n’y a plus aucun contrôle sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. Ne pas donner de sens, ou plutôt, être guidé.e par le sens que donne votre ego ou une autre personne à votre pratique peut pousser à ressentir un profond sentiment de frustration. Vous êtes le vagabond de votre pratique en étant inactif ou impulsif (dimension de la rigidité psychologique). Vous êtes cette personne errante sans signification ni direction. Vous ressentez parfois l’euphorie de la récompense, mais cette dernière est très vite remplacée par des émotions telles que l’inquiétude, l’ennui, l’apathie et le sentiment du vide. Une question taraude : Mais pourquoi je fais tout ça ?

La clarté dans les valeurs

Une vie axée sur des valeurs est toujours plus enrichissante qu’une vie axée sur des buts, car nous pouvons en profiter pendant que nous cheminons vers nos buts.

Russ Harris

Donner du sens est clairement le coup d’envoi d’une promesse que vous vous faites à vous-même pour atteindre vos objectifs. C’est une activation comportementale grandement influencée par vos valeurs. Ces dernières sont une orientation, représentant l’un des six principes fondamentaux de la thérapie de l’Acceptation et de l’Engagement. Selon Russ Harris, les valeurs sont « Les désirs les plus chers à notre cœur, ce que nous souhaitons être, ce que nous souhaitons défendre et la façon dont nous voulons échanger avec le monde qui nous entoure ». Elles déterminent les forces et les qualités que nous voulons développer et la vie que nous voulons vivre. Elles ne dépendent ni du contexte, ni des normes. Dans la thérapie de l’ACT, les valeurs sont comparées à une boussole. Elles vous donnent un cap, une direction à suivre. Elles vous poussent à être dans l’effort et vous dépasser. Elles sont ce qui vous constitue au plus profond de vous et qui vous permet d’avancer de manière équilibrée et cohérente. Elles sont puissantes et diffèrent des objectifs car vous avez toujours accès à vos valeurs. Les objectifs sont une échéance. Les valeurs, elles, ne s’atteignent pas. Elles vous accompagnent. Lorsque vous êtes en déconnexion avec vos valeurs, vous le ressentez (Crispation, tristesse, frustration, etc.). Pour vous recentrer, vous pouvez toujours avoir cette réflexion : Je m’imagine vers la fin de ma vie, assis sur une chaise, en train de me remémorer mes années écoulées. Quelles valeurs aurais-je aimé incarner durant ma vie ? Quelles valeurs m’aura rendu fier(e) et satisfait(e) de mon parcours de vie ? Quelles valeurs aura donné le plus de sens à ma vie ?

Les motivations intrinsèques

Donner du sens passe clairement par vos motivations intrinsèques. Les motivations intrinsèques sont liées au plaisir pur de la pratique de votre sport et peut vous apporter de la stimulation (émotions et sensations positives), de la connaissance (sur vous-même, sur des spécificités de votre sport et de son environnement) et un sentiment d’accomplissement personnel (se dépasser, franchir des obstacles difficiles, etc.). En effet, « lorsque les gens sont motivés intrinsèquement, ils se développent et grandissent. Plus précisément, les gens qui sont mus par une motivation intrinsèque font preuve d’initiative, poursuivent leurs intérêts, agissent de manière spontanée et créative, font des efforts pour apprendre de nouvelles choses et pour se développer et développer de nouvelles capacités, traitent les informations de manière approfondie et conceptuelle, font preuve de persévérance et affichent plus d’émotions positives, de vitalité et de bien-être. » (« C’est pas mal hein !? », comme dirait ma fiancée). Les motivations intrinsèques sont intimement liées avec les besoins psychologiques de chacune et de chacun (autonomie, compétence et affiliation). L’autonomie correspond au besoin de faire vos propres choix quand vous le souhaitez et comme vous le voulez. L’autonomie met en avant le besoin de décider de l’intérêt que vous portez à une activité particulière et ayant du sens pour vous. Vous n’êtes pas contrôlé.e par l’environnement externe. Le besoin de compétence est quant à lui « le besoin psychologique qui génère la volonté de rechercher des défis optimaux, d’y faire face et de fournir des efforts persévérants et une réflexion stratégique afin de les maîtriser. » le troisième et dernier besoin psychologique de l’affiliation s’apparente davantage au besoin d’être en interaction avec les autres, de se sentir intégré.e et aimé.e au sein de son environnement. Il règne une sorte d’intérêt mutuel et du souci de l’autre dans le besoin de l’affiliation. Lorsque ces besoins psychologiques sont remplis dans l’activité que vous avez librement choisie, il y a de grandes chances que vous soyez motivé intrinsèquement. Ce qui aura pour conséquence d’élever votre niveau d’engagement, mais aussi votre créativité, votre curiosité, votre intérêt, votre dynamisme, vos capacités d’apprentissage et plus globalement votre bien-être.

L’intérêt et la joie : les deux principales émotions de la motivation intrinsèque

C’est parce que nous grandissons au niveau de l’être,

et non de l’avoir, que nous sommes dans la joie »

Frédéric Lenoir

Explorer. Enquêter. Rechercher. Mettre en lien. Constamment. Par le simple prisme du plaisir d’apprendre et de progresser en termes de connaissances et de compétences. Voilà ce qu’est l’intérêt que vous portez à votre pratique sportive. C’est découvrir pour répondre à la nouveauté et à l’incertitude. En tant qu’athlète, l’intérêt vous permet de vous engager dans une découverte insatiable de tout ce qui vous fera progresser techniquement, tactiquement, physiquement et mentalement. C’est accorder de l’importance à toutes les informations et détails nécessaires à votre bien-être et votre performance. Évidemment, par son côté insatiable, cela peut engendrer de la fatigue émotionnelle et cognitive. Si vous n’avez pas assez d’intérêt pour votre pratique sportive, cette fatigue ne sera pas suivie d’un réengagement dans l’exploration et la recherche. A l’inverse, un fort intérêt fera office de socle motivationnel pour remonter à l’étrier et persévérer dans votre soif de progression. Ainsi, chaque découverte réalisée grâce à votre intérêt sera constamment suivie de moments de joie. Ces moments seront parfois furtifs, parfois plus longs. Toujours est-il que l’intérêt et la joie sont indissociables car la découverte est un accomplissement, un progrès que la joie vient récompenser en livrant son côté tantôt euphorique, tantôt apaisant. Cette joie facilite également votre engagement et réenclenche le processus d’intérêt par l’intermédiaire du jeu et de la créativité. Comme le dit si bien l’expression « se prendre au jeu », c’est porter un intérêt fort à votre pratique sportive et être pleinement focus dans la tâche, dans un esprit de gaieté et de légèreté. Ce cercle vertueux peut vous amener très loin. C’est ce que tou.tes les grand.es champion.nes ont fait : découvrir, sans cesse, et se nourrir de petits moments de joie pour progresser.

Conclusion

Donner du sens est un besoin fondamental de l’être humain. Le sens permet de suivre un chemin choisit, un chemin qui est propre à soi et qui doit vous correspondre. Il est un moteur universel pour s’accomplir personnellement et être fier.e de soi quand il sera venu le temps de regarder dans le rétroviseur de votre vie. Accompagner les athlètes à donner du sens à ce qu’ils font est ce qui m’anime profondément. Il émane de ma nature et de ma personnalité comme une évidence de créer du sens pour comprendre, se dépasser et être libre. Dès lors, je vous encourage à donner du sens à ce que vous faites, au travers de vos valeurs et de vos motivations intrinsèques. Bien que chaque athlète ait une ambition extrinsèque de titre ou de récompense pour laisser une trace aux yeux des autres, la seule et unique trace qui compte n’est pas ce but mais tout l’intérêt et la joie que vous aurez ressenti durant votre carrière, dans un écosystème où vous aurez pu révéler l’ensemble de vos capacités.

Le pouvoir de l’alliance entre émotions et rationalité

Un pilote de moto Rallye que j’accompagne en ce moment-même a inspiré cet article. En débriefant sur son dernier rallye remporté au Maroc dans sa catégorie, ce pilote m’a montré par A+B que l’émotionnalité et la rationnalité ne sont pas deux adversaires devant se combattre mais bel et bien deux partenaires au service d’un seul et même leitmotiv : Atteindre l’objectif visé.

Intelligence émotionnelle

« La question n’est pas de savoir si je dois suivre mes affects ou ma raison mais quels sont les affects qui doivent guider mon action. »

Arne Naess

Je vais là vous décrire une notion de psychologie développée par Daniel Goleman s’intitulant : intelligence émotionnelle. Selon Goleman, « Toutes les émotions sont des incitations à l’action ; ce sont des plans instantanés pour faire face à l’existence que l’évolution a instillée en nous. D’ailleurs, le terme « émotion » se composent du verbe latin motere, voulant dire « mouvoir », et du préfixe é, qui indique un mouvement vers l’extérieur, et cette étymologie suggère bien une tendance à agir ». Cette intelligence émotionnelle se cultive en partie par la méditation de pleine conscience (mais pas que !) et grâce à laquelle vous vous ouvrez directement à ce que vous ressentez. L’intelligence émotionnelle entre complètement dans le cadre de la flexibilité psychologique tant elle vous permet de vous adapter aux situations et aux personnes que vous rencontrez. Car, tout comme nous ne pouvons annihiler les émotions dites négatives (elles constituent aussi notre vie), nous ne pouvons pas non plus répondre à la doctrine d’effacer la part émotionnelle de notre cerveau au profit de la rationalité. Il est une nouvelle fois question d’équilibre et de complémentarité. Les émotions et les systèmes cérébraux auxquels elles se rattachent ne peuvent pas être mis de côté. Elles participent et nous permettent d’intégrer cette part motivationnelle et passionnelle dans ce que nous faisons. Aucun choix ne peut être fait sans affect (émotion). Daniel Goleman parle de deux cerveaux : le cerveau rationnel et le cerveau émotionnel. L’équilibre entre ces deux protagonistes de la vie mentale est tout bonnement bénéfique. Comme l’écrit Daniel Goleman, « le fait de pouvoir canaliser ses émotions dans un but donné est une aptitude primordiale. Dominer ses pulsions ou de retarder la satisfaction de ses désirs, de contrôler son humeur afin de faciliter la pensée au lieu de l’entraver, de se motiver à persévérer sans se laisser décourager par les échecs, de réussir à atteindre l’état de fluidité et d’être plus efficace, tout cela souligne le pouvoir des émotions de nous guider dans ce que nous entreprenons ».

Les émotions sont normales et universelles

« Lorsqu’un homme a appris, pas sur le papier, comment rester seul avec sa souffrance, comment surmonter son désir de fuite, il lui reste peu à apprendre. »

A. Camus

L’intelligence émotionnelle permet de développer des capacités en termes de prise de conscience et d’acceptation de la présence de toutes les émotions (y compris les émotions désagréables ou douloureuses). Ainsi, vous ne perdez pas de temps à les refouler ou à les alimenter inconsciemment, car vous savez que tout est une question de normalité.

« Ce qui est le plus personnel est aussi ce qu’il y a de plus général »

Carl Rogers

Lorsque vous ressentez de la peur, vous vous sentez régulièrement différent.e des autres et très régulièrement seul.e dans votre situation. Comme si votre propre monde était dysfonctionnel et que quelque chose clochait chez vous. Pour autant, retenez bien que la peur que vous ressentez est belle et bien présente chez vos adversaires. La peur est, comme je le disais, liée à l’instinct de survie. Elle est donc normale. Puisque chaque humain est doté d’un instinct de survie, elle est fondamentalement universelle.

Ainsi, lorsque vous évoquez avec courage une peur avec un.e proche ou un.e partenaire d’entraînement et que cette personne vous répond : « moi aussi je ressens cela », un soulagement et du réconfort apparaissent. Votre solitude s’efface. Vous ne vous sentez plus différent.e des autres. Les épaules retombent. Les nœuds se dénouent. Un sentiment de toute-puissance est annihilé. Ces moments révèlent votre humanité partagée. Une humanité imparfaite, mais satisfaisante pour ce qu’elle offre. Pour votre plus grand bien. Bien que vous ayez le devoir de faire face à la solitude pour comprendre vos propres peurs, n’oubliez pas que votre âme solitaire se lie d’amitié et de compassion avec les autres lorsque vous comprenez que vos peurs les habitent également. Ici s’ouvre un champ plus vaste où règne l’immensité de l’humanité et de la fragilité commune. Quand vient ce moment, vous ne résistez plus et devenez un peu plus libre.

L’impermanence des émotions

« Quand tu es agité, réfléchi sur l’impermanence,

voit l’aspect éphémère des projets et des pensées.

Ton esprit se calmera de lui-même »

Marion Chaygneaud-Dupuy

Si la méditation de pleine conscience peut vous apprendre une notion importante au sujet des émotions, c’est bien leur impermanence. Dans votre pratique sportive, vous devez faire face à un panel incroyable de situations, ce qui constitue un vivier considérable d’émotions. C’est pourquoi, pratiquer la méditation de pleine conscience vous aide à devenir intelligent.e émotionnellement car vous faites l’expérience de percevoir les émotions comme des messagers qui ne sont que de passage. La métaphore des nuages dans le ciel est d’ailleurs la métaphore la plus utilisée pour comprendre l’impermanence des émotions. Le ciel, c’est vous. Quant aux nuages, ils correspondent aux émotions qui vous traversent. Tantôt blancs, tantôt gris. Peu importe. Car ces nuages émotionnels ne restent pas… sauf si vous vous y accrochez. Dans ce cas, tout un travail de défusion cognitive sera à l’ordre du jour.

Les émotions positives

Selon Fredrickson (2009), la positivité est le porte-drapeau des émotions positives. Elle représente l’intérêt, la joie, la gratitude, l’espoir, la sérénité, la fierté, l’amusement, l’inspiration, l’émerveillement et l’amour. J’ai souhaité vous parler de ce porte-drapeau car être pleinement conscient.e de cette positivité et des émotions qui en découlent peuvent vous permettre de développer la réalisation de soi. Nous savons aujourd’hui qu’une émotion négative prend davantage de place qu’une émotion positive. En d’autres termes, on retient plus facilement l’émotion négative que l’émotion positive. Cela induit donc la question : à partir de quel moment l’émotion positive peut l’emporter sur l’émotion négative ? La réponse est donnée dans la théorie « construction-élargissement[3] » de Fredrickson (2009). Il semblerait non pas qu’il soit question du moment mais plutôt du nombre d’émotions. Selon Fredrickson, lorsque vous faites une expérience, la condition nécessaire pour développer votre positivité est que les émotions positives doivent être trois fois plus nombreuses que l’émotion négative. Le score doit être proportionnel à 3-1 à la fin du match. Ainsi, cette condition permet de basculer de la stagnation à l’épanouissement car elle offre l’opportunité aux émotions positives de s’additionner et de se renforcer mutuellement. Et cet épanouissement sera marqué au travers de trois ressources : les ressources mentales qui facilitent l’apprentissage, les ressources physiques qui facilite la santé et les ressources sociales qui facilitent les relations.

Par cette démonstration, être pleinement conscient.e de vos émotions positives se révèle être une clé importante pour votre pratique sportive. Cela vous permettra d’élargir votre attention, d’être plus flexible mentalement, de faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et de résoudre plus facilement des problèmes grâce à votre créativité et votre appétence pour l’exploration et le jeu.

Être un surfeur aguerri

Si, en pleine crise de négativité, vous réussissez à réaliser que « En ce moment, je suis train de me créer de la souffrance », cela suffira à vous élever au-dessus des états et des réactions de l’ego. Cela vous amènera à d’infinies possibilités, à d’autres façons plus intelligentes de composer avec toute situation donnée. »

Eckhart Tolle

Il est vrai que lorsque la peur n’est pas présente, tout est plus calme et paisible. Comme un lac silencieux un beau matin d’automne. En revanche, quand vient ses vagues, elle forme des remous jusqu’à parfois tout emporter. Elle crée des vagues submersives sur lesquelles vous tentez de surfer. Mais il n’est jamais simple de surfer au départ. Appréhender ces vagues et se laisser porter par le courant demande de la lucidité et de la pratique. Vous ne vous mettez pas debout sur la planche en un claquement de doigts. Vous commencez d’abord sur le sable, en sécurité. Vous automatisez les gestes. Vous observez des surfeurs aguerris. Vous comprenez de plus en plus ce sur quoi il faut se focaliser. L’équilibre est en train de se créer.

Et puis vient le moment où vous vous jetez à l’eau. D’abord les petites vagues. Un peu d’adrénaline. Quelques chutes sans gravité. Quelques essais réussis aussi. Arrive les petites joies. Arrive la confiance. Alors, vous vous frottez à des vagues de plus en plus grandes. De plus en plus puissantes. De nouvelles chutes. Des chutes maîtrisées, parfois. L’éveil des sens est en adéquation avec le danger potentiel. Vous essayez de tout capter pour être prêt.e à vous lancer. Si vous vous jetez à corps perdu sans analyser, la prochaine vague saura rappeler qui est la plus forte.

Un surfeur aguerri connaît l’océan. Il sait et voit au loin la formation des vagues. Il sait exactement lesquelles vont lui permettre de prendre du plaisir à glisser. Il a étudié les vagues avant de s’y frotter. Un surfeur aguerri sait transformer le danger potentiel d’une vague en une opportunité de joie. A ce moment, il n’y a plus le surfeur et la vague. Ils ne font qu’un en se coordonnant. Le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel ne font qu’un.

C’est ainsi que vous pouvez vous comporter avec vos émotions. Surfer sur la vague de vos émotions vous permet de vous approprier ce moment à votre façon. Tel un surfeur aguerri. Pour vous donner un exemple, et comme je vous le précisait au début de cet article, j’accompagne en ce moment-même un pilote de moto Rallye ayant remporté le rallye du Maroc dans sa catégorie dernièrement. Après avoir débriefé sur ce rallye, il s’est avéré que ce pilote avait excellemment gérer mentalement. Pourquoi ? car il a su tirer profit de ses émotions pour les convertir rationnellement en action positive et productive. Bien évidemment, tout est perfectible et se doit de l’être pour un pilote de cette trempe (Objectif : Dakar). Toujours est-il que les exemples qu’il m’a cité en séance prouve que l’émotionnalité engendrée par les situations se doit être constamment convertit en dose de rationalité pour atteindre l’objectif. De ses propres mots, il était tout le temps « en mode régulation émotionnelle ». Et oui, quand vous devez gérer la fatigue (lever entre 4h et 5h du matin), préparer la moto avec votre team, gérer les problèmes mécaniques, gérer les imprévus (départ avancé d’une heure par exemple, sans avoir été préalablement prévenu), gérer les conditions de course et les 10h/jour sur la moto, dans le désert, en passant par tous les check-points sans en oublier un seul (rater un check-point équivaut à une pénalité de temps), ou encore gérer les médias qui vous sollicitent constamment, savoir écouter ses émotions pour les transformer rationnellement en une graine efficace de productivité est une condition sine qua-non de réussite.  

Conclusion

Quand cela se passe excellement bien comme pour ce pilote, vous ressortez bien évidemment complètement vidé.e de votre énergie, mais aussi heureux. Et c’est bien là l’essentiel. Non pas pour la place de numéro 1 acquise durant ce rallye, mais bel et bien pour « devenir une meilleure version de soi-même » comme l’aime à dire ce pilote. Et cela passe par l’alliance de ce qui nous constitue : le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel.  

Faites-vous preuve de gratitude ?

27 Août 2021.

Deux titres de champion.ne de France, deux athlètes accompagnées qui sont ensuite parties au J.O de Tokyo 2021 pour vivre leur rêve, des remerciements pour la progression sur l’aspect mental que certaines et certains ressentent, des remerciements simples sur l’apport de la préparation mentale en termes de connaissance de soi. Au-delà des résultats qui peuvent gonfler un ego, Je me rends compte en regardant dans le rétro de l’année 2020-2021 que la qualité prime sur la quantité. Je n’ai pas accompagné beaucoup d’athlètes, (et cela me va très bien), mais j’ai accompagné de vrai.es athlètes. Des athlètes qui s’engagent et qui sont avant tout motivé.es par l’idée de progresser. Qui sont curieux.se et qui acceptent de tester des exercices qui ne leur sont pas communs. Qui sont capables d’avoir une analyse sur ce qui est pertinent pour eux.elles ou non. Qui sont capable de se dévoiler et d’en dire un peu plus à chaque fois. Cela demande du courage. Et je suis sincèrement reconnaissant de la confiance que ces athlètes m’ont accordée. Ils et elles m’ont fait grandir et progresser en tant que préparateur mental. Certains de ces accompagnements sont encore en cours. Mais il va de soi qu’à un moment donné, nos chemins se séparent. Restent alors de cette séparation des souvenirs d’accompagnement et de tout le processus qu’il comprend. Je ne citerai pas leur nom, mais merci à vous, vous ne savez pas à quel point vous éclairez ma vision de la préparation mentale et de ce qui me motive réellement.


Être reconnaissant. Ressentir de la gratitude. S’émerveiller de petites choses. Voilà une idée que l’ego n’aime pas. Son but étant la séparation et la division, il n’est pas bien à l’aise avec cette idée incongrue d’être reconnaissant envers des personnes ou de ce qui constitue ce monde (un paysage par exemple). Cette idée paraît toujours un peu farfelue au départ pour les athlètes. Ils se demandent légitimement en quoi se rappeler et écrire sur un journal, le soir, trois choses dont ils sont reconnaissant va les aider à répondre à leur demande de gestion du stress et hausser leur performance. Cette idée de gratitude paraît effectivement un peu perchée pour notre biais de négativité. Ce biais de négativité est un biais cognitif orientant notre perception d’une certaine manière en fonction de vos réussites et de vos échecs. En d’autres termes, vous minimisez vos réussites par ces deux mots typiques : « Oui mais » et vous maximalisez vos échecs. Sauf que, plus nous renforçons ce biais de négativité, moins nous sommes capables d’être reconnaissant envers les ressources qui nous entoure. Puisque notre attention est instinctivement focalisée sur ce qui ne va pas, elle ne prendra pas forcément le temps de voir ce qu’il y a de positif en nous ou autour de nous. En ressentant de la gratitude, nous faisons ainsi en quelque sorte le ménage dans notre cerveau. On le dépoussière de ce biais de négativité pour le rendre un peu plus propre. Cela permet de créer une nouvelle base de données dans notre cerveau en compilant des émotions positives grâce à ce(ux) qui nous entoure. La gratitude ne change pas tout mais elle est une aide pour voir davantage les choses positives dont nous pouvons être reconnaissant, sans pour autant exclure notre devoir de voir aussi sincèrement ce qui ne va pas.

Vous allez me dire : Mais ça convient vraiment à tout le monde ? A vous d’essayer ! Je pense que chacune et chacun doit essayer et sentir ce qui est bon pour soi. Je ne suis pas là pour vous convaincre. Ce qui compte est toujours votre intention et votre engagement. Votre mindset. Il ne faut pas s’obliger à ressentir de la gratitude et remplir un journal comme une injonction, ou comme une liste de course. Ressentir de la gratitude a pour principe de se connecter avec l’émotion que vous ressentez quand vous êtes reconnaissant. C’est cette connexion qui compte. Car vous serez convaincu que vous êtes reconnaissant à l’égard de ce que vous notez. Et si vous ne vous sentez pas de tenir un journal de gratitude, essayez-le dans une discussion avec vos proches ou vos coéquipiers. Cela remplira vos discussions de joie et d’optimisme ! Personnellement, je me rends compte que mon plan B à ce journal est notre discussion du soir avec ma fiancée. En nous racontant notre journée, on repère plus facilement ce qui s’est bien passé et ce(ux) vers quoi (qui) nous sommes reconnaissants.

L’adversaire du jour : l’habituation hédonique

Lorsque les athlètes remplissent le journal de gratitude, leur réaction peut avoir l’effet inverse et se résumer à cette phrase : « Je n’ai rien vu de positif ». Voilà une idée bien fausse ! votre cerveau vous joue des tours car il a l’impression de vivre toujours la même chose. La routine comme elle est appelée dans le jargon. C’est ce qui s’appelle l’habituation hédonique. Ceci est la capacité à s’habituer et par conséquent, à rechercher constamment la nouveauté et à en vouloir toujours plus pour ressentir toujours plus de plaisir. Une victoire en appelle une autre, plus grande, plus forte. Comme nous sommes des êtres de croissance, le circuit de la récompense logé dans votre cerveau n’a pas de fin et nous conditionne à le respecter. Que ce soit le temps de pratique, le graal olympique ou les toutes dernières chaussures de course, cela ne suffit pas à contenter notre cerveau pour toujours. Ce dernier a besoin de nouveauté. La soif de nouveauté et d’en avoir toujours plus vous empêche de concevoir ces petits moments du quotidien comme des choses positives de votre vie qui vous font avancer. Le café du matin, le soleil qui vous réchauffe le visage, une discussion, un regard, un sourire, une tape dans la main de votre coéquipier ou votre entraîneur… Il y en a tellement !

Prenons encore un peu plus de recul pour comprendre cette habituation hédonique. Contrer l’habituation hédonique et ressentir de la gratitude, c’est mieux remarquer ce que nous possédons déjà (et un coucher de soleil, vous l’aurez toujours !) plutôt que de toujours fantasmer sur les choses qui vous manque ou de rechigner sur ce qui ne va pas. Or, dans notre société occidentale (de consommation), la gratitude n’est pas forcément bien vue car elle va à l’opposé du principe de consommation qui alimente cette habituation hédonique. Puisque la société de consommation cultive le manque et l’attrait pour la possession, cela incite chacune et chacun à toujours ressentir des émotions désagréables telles que l’ego nous le fait sentir. Jalousie, envie, colère, peur de manquer, etc. Voilà des émotions que l’ego adore. Ainsi, l’ego vous pousse à ne pas ressentir de la gratitude mais plutôt à être dans cette course folle de la possession et d’en avoir toujours plus, sans être reconnaissant.e de ce que vous possédez déjà. Que ce soit des victoires, de belles voitures, des beaux vêtements ou que sais-je, le principe est le même. De son côté, la gratitude nous permet d’être davantage satisfait de ce que nous avons. Elle ne nous pousse plus à être un « consommateur invétéré » et apaise cette impression de manque et d’habituation hédonique. Scientifiquement, il a été démontré que ressentir de la gratitude permet une augmentation du degré de satisfaction de la vie et de l’optimisme. Elle permet également une diminution du stress, de l’anxiété et des maux somatiques tels que les maux de tête et les maux de ventre (et oui, l’ego s’apaise quand vous vous décentrez de vous-même de manière positive !).

Gratitude collective

Dans un contexte sportif, ressentir de la gratitude collectivement permet d’accroître l’esprit d’équipe, l’entraide et la coopération. On reconnaît l’autre et ses efforts pour nous aider et nous soutenir. Cette reconnaissance vous pousse intimement à en faire autant. Cela crée une chaîne de gratitude non négligeable dans un collectif. Tape dans la main, encouragement, félicitations, remerciements au kiné, … Tout est bon à prendre tant qu’il y a de la sincérité dans cette gratitude.

La gratitude collective peut aussi concerner vos adversaires. En définissant vos adversaires comme vos alliés vous aidant à progresser, vous pouvez ressentir de la gratitude envers eux. (Peut-être pas sur le moment du match lorsqu’il vous mène la vie dure, je vous l’accorde !) Cette gratitude calme cet ego et vous pousse à revenir dans la tâche, pour vous dépasser et chercher vos limites, comme l’explique  Stéfanos Tsitsipás sur Rafael Nadal, après leur finale au tournoi de Barcelone en Avril 2021 : « C’est un vrai compétiteur sur le court. Il déteste perdre. Il déteste perdre plus que n’importe qui d’autre. Je n’ai jamais vu personne d’autre se battre comme ça. Il me rend la vie tellement difficile sur le court. Je suis là pour accepter ses conditions et affronter son désir de se battre. Ça fait aussi de moi un meilleur joueur et je peux voir où sont mes limites. »

Faire preuve de gratitude augmente votre positivité

Selon Fredrickson (2009), la positivité est le porte-drapeau des émotions positives. Elle représente l’intérêt, la joie, la gratitude, l’espoir, la sérénité, la fierté, l’amusement, l’inspiration, l’émerveillement et l’amour. J’ai souhaité vous parler de ce porte-drapeau car être pleinement conscient de cette positivité et des émotions qui en découlent peuvent vous permettre de développer la réalisation de soi. Nous savons aujourd’hui qu’une émotion négative prend davantage de place qu’une émotion positive. En d’autres termes, on retient plus facilement l’émotion négative que l’émotion positive. Cela induit donc la question : à partir de quel moment l’émotion positive peut l’emporter sur l’émotion négative ? La réponse est donnée dans la théorie « construction-élargissement de Fredrickson (2009). Il semblerait non pas qu’il soit question du moment mais plutôt du nombre d’émotions. Selon Fredrickson, lorsque vous faites une expérience, la condition nécessaire pour développer votre positivité est que les émotions positives doivent être trois fois plus nombreuses que l’émotion négative. Le score doit être proportionnel à 3-1 à la fin du match. Ainsi, cette condition permet de basculer de la stagnation à l’épanouissement car elle offre l’opportunité aux émotions positives de s’additionner et de se renforcer mutuellement. Et cet épanouissement sera marqué au travers de trois ressources : les ressources mentales qui facilitent l’apprentissage, les ressources physiques qui facilite la santé et les ressources sociales qui facilitent les relations.

Par cette démonstration, être pleinement conscient de vos émotions positives et être reconnaissant de ce qu’il y a de positif autour de nous (personnes, situations) se révèlent être deux clés importantes pour votre pratique sportive. Cela vous permettra d’élargir votre attention, d’être plus flexible mentalement, de faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et de résoudre plus facilement des problèmes.

Exercice

Dire merci

Lors du programme de méditation de pleine conscience MBSR, la personne en charge de ce programme avait pour rituel de dire merci en souriant à chaque fin de prise de parole d’un.e membre d’un groupe. Ce rituel apportait beaucoup de chaleur et de soutien. En sport, nous voyons toujours les remerciements après la performance. Et si vous preniez un temps d’avance ? L’exercice que je vous propose là consiste à vous rappeler d’une (ou plusieurs) personne.s importante.s à vos yeux. Cette(ces) personne.s vous apporte.nt au quotidien. Elle.s vous offre.nt du soutien, du rire, de l’écoute quand vous en avez besoin. Elle est présente depuis quelques temps, voir depuis toujours. Il est venu le temps de la.les remercier. Prenez un stylo et un crayon, et écrivez votre message de remerciement, signe de votre gratitude pour elle.s. Pour vous aider, vous pouvez répondre à la question[1] : « Dans ce bonheur que je suis en train de ressentir, qu’est-ce que je dois aux autres ? ». Soyez bref ou soyez long, peu importe. Le plus important est ce qui se trouve dans votre message. Votre relation en ressortira encore plus grandie.

Conclusion

La gratitude n’est pas incompatible avec les idées de grandeur et avec le fait d’en vouloir toujours plus. Elle est simplement ce pas de côté permettant d’observer toutes les situations ou personnes positives autour de vous, de les reconnaître et, pourquoi pas, de la manifester.  


[1] Question tirée du livre « Tout savoir sur l’ego : Analyser les mécanismes pour les dépasser » d’Anthony Mette. p. 156

Tout est passé beaucoup trop vite.

Cet article est le court témoignage d’une expérience sportive récente, durant laquelle la préparation mentale m’a aidé à aller au bout de mon objectif.

Mercredi 25 août. 9h36. Mon corps est ici mais ma tête est toujours là-bas, dans les montagnes Pyrénéennes. Cet ultra-trail de 120 kms et 7000m de dénivelé positif a marqué de son empreinte ma vie à coup sûr. Je sais que je dois écrire quelque chose pour passer à l’étape suivante.

De flashes en flash, je revois les images de ma course. Je me souviens de décors magnifiques et d’un coucher de soleil inoubliable, de la présence réconfortante de ma fiancée, de mes amis et de ma famille, des sourires et de la bienveillance des bénévoles. Je perçois dans mes mains la chaleur de la tasse de soupe et la texture du haut de mes bâtons pour s’affranchir du dénivelé positif. Je me souviens de cette eau fraîche offerte par une dame, coulant d’un tuyau, et permettant à tous les coureurs de tremper pleinement leur casquette pour refroidir un crâne en surchauffe. Je visualise certains visages, hagards, emportés par les pensées et sans doute, quelques questionnements. Je vois aussi des visages déterminés et souriants. Je visualise des corps allongé à même le sol, rechargeant leur batterie humaine. Je sens à nouveau les larmes monter lorsque je repense à cet instant clé. Cet instant est celui où, lassé par les efforts et les pensées insatiables qui me disent : « pourquoi tu fais ça ? », je visualise ma fiancée, et mes ami.es à l’arrivée (je ne sais pas qu’il y aurait aussi ma famille). Je suis, environ, au kilomètre 80. Cet instant est magnifique tant il allie rationalité et émotionnalité. La partie rationnelle est celle où toutes les fausses raisons d’abandonner pètent en éclats en un instant. Lâcher parce que c’est long ? Foutaise. Lâcher parce que c’est dur ? Connerie. Comment vont les jambes ? Pas de crampes, pas de douleur inquiétante. Comment va l’estomac ? À merveille, il se languit du prochain ravitaillement. Trop fatigué pour mettre du rythme ? Faire une sieste de 10 minutes (et mettre un réveil au cas où, il ne s’agirait pas de se réveiller deux heures plus tard). Après cette enquête interne, le constat rationnel est simple : je peux avancer, continuer à m’alimenter normalement, mettre du rythme et lever le nez pour regarder l’horizon de temps en temps.

Au fur et à mesure des lignes couchées sur ce papier, je me rends compte que la partie rationnelle représente les étapes clés pour aller vers la partie émotionnelle : celle d’un objectif accompli, le cœur léger et rempli de joie. Cette joie de partager un moment unique avec celles et ceux que j’aime. Le bonus surprise viendra de cette tape dans la main de la part de mon entraîneur en guise de félicitations quelques mètres avant l’arrivée. Tout était finalement réuni pour une arrivée réussie. Entre dépassement de soi, compréhension de soi, liberté et partage, je peux vous dire maintenant, à tête reposée, pourquoi je fais ça, et à quel point j’ai envie d’y retourner. Parce que tout est passé beaucoup trop vite et que, finalement, 30h25, est un moment éphémère hors du commun dont je pourrais me souvenir avec allégresse et sérénité toute ma vie.

« JUGER, C’EST NE PAS COMPRENDRE » : COMMENT REGAGNER UN CALME INTÉRIEUR DANS UNE PÉRIODE TROP BRUYANTE

Ce week-end était l’heure d’un de mes défis de l’année. Cumuler 87 kilomètres et 5400m de dénivelé positif en deux courses de trail. Au-delà de ces chiffres, l’un des moments qui m’a sauté aux yeux tant il est paradoxal avec ce que nous vivons en ce moment a été un moment de pur calme. A ce moment du deuxième jour de course, nous étions, je crois, 5 traileurs en haut de la montagne, à marcher dans le silence, les uns derrière les autres. Se retrouver avec soi-même, ses pensées, ses émotions, son effort, dans le silence le plus absolu, est toujours un moment magique (et difficile, parfois). Dès lors, une fois que ce week-end fut terminé, revenir dans ce monde où certains font preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid) m’a clairement fatigué. Une sorte d’agitation collective et de forte réactivité émotionnelle se met en place. L’insécurité troublante fait naître la peur et l’apparition d’un panel de jugements. Il règne une mode dans laquelle chacune et chacun prend pour argent comptant ses pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. La fatigue cumulée du week-end n’aidant pas, des émotions désagréables sont apparues. Puis, comme d’habitude, un regain d’énergie pointe le bout de son nez pour transformer ce moment désagréable en quelque chose de productif. Comme le dit le proverbe chinois : « vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leur nid dans vos cheveux. » Cet article en est donc le fruit. Il juxtapose une situation actuelle à ce que vous pouvez rencontrer en tant qu’athlète dans votre pratique sportive.

Les jugements de l’ego

« Il n’y a rien de bien ou de mal en soi. C’est la pensée qui en fait un bien et un mal. »

Shakespeare

Si je devais résumer l’ego en une phrase, ce serait celle-ci : « Oui, je suis là, regardez-moi, je vous montre et vous prouve que j’existe. » C’est la petite voix qui s’agite dans votre cerveau, vous alertant sur un potentiel danger ou sur une potentielle opportunité vis-à-vis des autres. L’ego s’est extrêmement développé ces dernières années dans les sociétés occidentales, étant donné l’avènement des réseaux sociaux, du culte de l’individualisme et de la compétition. Sa première caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente. Il pose ses pièges un à un, sournoisement, sans que vous ne vous en rendiez compte. Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental. Pourtant, rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître à bord. Lorsque vous êtes habité par un jugement que vous portez sur une situation ou sur vous-même, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de ce jugement. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. » (Donc, « MON avis sur la situation du COVID ») (Ce à quoi quelqu’un me répondra : « On dit « LA Covid »…). De son côté, Anthony Mette nous prévient : « plus votre ego est développé, plus les potentiels problèmes seront nombreux. Plus vous allez cogiter, mentaliser, plus vous allez ruminer le passé et chercher à anticiper (contrôler) l’avenir. À cela, vous allez y mêler des émotions négatives. » 

Lorsque l’ego prend place, vous allez juger la situation, les autres, ou vous juger vous-même (soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait). L’ego fait intervenir le moi pensant pour vous juger. Et il n’y a pas pire moment que lors d’un « putsch amygdalien » pour juger ou vous juger personnellement. Effectivement, le siège des émotions dans le cerveau se nomme : amygdale. Cette zone est située dans le système limbique et l’« une de ses fonctions consiste à détecter instantanément les éléments nouveaux ou les menaces dans notre environnement et à envoyer dans le corps des signaux ultra rapides qui initient une réaction de combat ou de fuite » explique Susan Cain. En situation de stress, les sens sont en éveils grâce à différentes hormones : le cortisol, l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones permettent de réagir rapidement à une situation de stress et de rétablir l’homéostasie du corps (l’équilibre). Les stratégies archaïques se mettent en place. De manière réflexe et adaptative, vous essayez de vous protéger d’une situation qui vous menace (ou plutôt, que vous percevez comme menaçante). Sous l’emprise de la peur ou de la colère, l’amygdale est en état d’alerte et inhibe l’activité d’autres régions du cerveau comme le cortex préfrontal. Ce dernier peut vous permettre de vous adapter à la situation qui se présente à vous et de prendre des décisions pleines de sang-froid. Comprenez donc que l’amygdale est à la base de l’instinct de survie et nous pousse à juger constamment les situations comme bonnes ou mauvaises pour soi.

De ce fait, il y a à reconnaître que chacune et chacun juge sur ce qu’elle. il fait ou sur ce que les autres font. Personnellement, cette vérité m’est difficile à accepter (mais j’y travaille !). Car elle m’éloigne d’une valeur qui me tient à cœur : comprendre et faire comprendre. Le jugement est peut-être la chose que je déteste fondamentalement le plus car il sonne comme un couperet hâtif et ne laisse pas la place à la compréhension et au factuel. Bien sûr, le jugement à ce pouvoir intégrateur car juger avec son semblable quelqu’un d’autre ou une situation peut avoir l’avantage de tisser du lien.  Mais cela crée également une scission. Et c’est ce que l’ego adore faire. Alimenter le sentiment de séparation avec les autres et se donner raison.

Eteignez les médias catastrophes et offrez-vous des pauses

« Quand nous marquons un temps d’arrêt, nous ne savons pas ce qui va se passer après. Mais en bousculant nos comportements habituels, nous nous donnons la possibilité de répondre de manière inédite et créative à nos désirs et à nos peurs. »

Tara Brach 

Lorsque nous nous baladons en forêt ou randonnons en montagne, je dis régulièrement à ma fiancée : « Ecoute ». Elle me regarde et sourit. Car elle sait qu’à sa question : « Quoi ? » je répondrais ces deux prochains mots : « le silence ». J’adore ces moments car je suis de l’avis de John Kedge : « Nous n’avons pas à craindre le silence, nous pouvons l’aimer. ». D’ailleurs, les parents disent couramment de leur enfant : « Quand je ne l’entends plus, c’est mauvais signe. » Mais pour l’enfant, le silence est le signe qu’il est heureux et pleinement focus à sa tâche (un beau dessin sur les murs fraîchement repeints !).

En tant qu’athlète, il est primordial de calmer le flux incessant de jugements et entrer dans un espace mental serein. Ce temps de pause permet d’établir une nouvelle relation avec l’environnement et votre intérieur. Les informations internes et externes sont neuves. Une cohérence avec le monde et vous-même se crée pour agir différemment. Ce silence met un olà à vos rythmes de vie, influencé par le jugement, la vitesse et le zapping. Il vous permet de ralentir et de respirer. Et quand tout va trop vite, cela peut faire un bien fou ! Psychologiquement, cela s’explique par le petit goulet d’étranglement que vous avez dans votre cerveau et qui n’est autre que le cortex préfrontal. Cette zone du cerveau permet de prendre les informations les unes après les autres. Lorsque vous vous offrez des pauses, le cerveau se calme et se petit goulet n’est plus alimenté. A l’inverse, si vous vous surchargé d’informations, cela créera un bouchon d’informations appelé : charge mentale. Cette charge peut causer du stress, de la fatigue et le sentiment de ne pas y arriver.

Je le reconnais volontiers, la pratique de la pause et du silence qui l’accompagne n’est pas dans la nature humaine et peut être perturbante les premières fois. Mais il est clair que le silence durant un moment de pause est magique à qui sait le reconnaître. Il est une clé pour aiguiser la perception de ce qui se passe en vous. Il permet de capter le flux incessant de vos jugements sur les autres, sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. En d’autres termes, votre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet et qu’elle ne se laisse pas balader par vos jugements. Vous utilisez votre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte. Il y a à présent compréhension consciente. Et cela fait toute la différence car être conscient, c’est affaiblir l’ego. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par vos jugements intempestifs. Vous vous permettez dès lors de remplir deux dimensions de l’acceptation : le non-jugement et le non-attachement.

Le non-jugement

La dimension du non-jugement est centrale car elle permet de :

  • ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises.
  • agir en toute conscience, peu importe l’expérience.

Ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises permet d’être en accord avec un principe clé de l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy), une thérapie cognitivo-comportementale qui part du postulat que la recherche du bonheur provoque une erreur fondamentale : Elle exige de ne retenir que les émotions agréables de la vie et d’exclure ce qui constitue aussi en partie la vie : la douleur et les souffrances. Or, Russ Harris le dit très bien lui-même dans son livre « Le piège du bonheur » : « Pour vivre une vie riche, il faut vivre toute la gamme des émotions humaines. » Et Emelie Forsberg, championne du monde de trail, nous le prouve par ses mots expliquant ses ressentis à la suite d’une grave blessure rencontrée durant sa carrière : « J’avais voulu être triste et abattue. Car si je ne l’avais pas été, où aurais-je trouver la force de continuer ? Quel sens aurait eu ma vie ? Dans l’obscurité, je me suis laisser aller au découragement, et en arriver là m’apparut inestimable. Oui, cela peut sembler étrange, mais j’ai apprécié ce temps de souffrance et de complainte. Car je savais que je pourrais un jour sortir de cette chambre noire et revoir la lumière, et là était l’essentiel. » Je trouve ce postulat extrêmement libérateur tant il amène à penser que ressentir chacune de vos émotions est avant tout une fonction physiologique normale. Vous n’êtes pas en tort de ressentir telle ou telle émotion. Je partage complètement le point de vue de l’ACT concernant le fait que nous avons la fâcheuse tendance à ne vouloir retenir que nos émotions agréables. Et donc à constamment juger ce qui est bon ou mauvais pour tenter en vain de ne retenir que le bon.

Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation, ni vos pensées, ni vos émotions, ni vos sensations. Ce qui vous permet d’agir en toute conscience, peu importe l’expérience. Le non-jugement est finalement ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Cela vous permet d’être totalement ouvert. Ainsi, soyez toujours attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes. Car juger revient à vouloir garder un certain contrôle de la situation et créer une sorte de cohérence interne. En jugeant, vous créez votre propre vérité de la situation et de votre être, sans faire ce pas de côté. « Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure » écrit Don Miguel Ruiz dans « Les quatre accords toltèques ». Voilà pourquoi il est bon de laisser aller et venir les jugements comme le recommande la méditation de pleine conscience et de toujours se poser ces questions : ce jugement est-il utile pour ma progression ? Ce jugement n’est-il pas plutôt qu’une supposition ? Est-il assez important pour que j’y accorde autant d’attention et que je le transmette aux autres sans leur faire de mal ?

Pour mieux comprendre, voici une petite histoire :

C’est l’histoire d’un homme qui avait gagné une voiture chère à la loterie. Sa famille et ses amis, tous très contents pour lui, était venu célébrer chez lui. « N’est-ce pas formidable ? » disaient-ils.  « Quelle chance tu as ! » L’homme sourit en disant : « Peut-être. » Pendant quelques semaines, il eut beaucoup de plaisir à conduire sa voiture. Un jour, un conducteur ivre entra en collision avec lui à une intersection et il se retrouva à l’hôpital avec de multiples blessures. Sa famille ses amis vinrent le voir. « Quelle malchance ! » lui dirent ils. De nouveaux, l’homme sourit en disant : « peut-être. » Alors qu’il se trouvait encore à l’hôpital, il y’a eu un glissement de terrain et sa maison fut emporté dans la mer. Une fois de plus, ses amis vinrent le voir le lendemain et lui dirent : « quelle chance que tu te sois encore trouvé à l’hôpital ! » et lui, de dire de nouveau : « peut-être. ».

Le peut-être de cet homme sage est signe que celui-ci refuse de juger quoi que ce soit et qu’il laisse le cours de la vie se poursuivre, sans que cela ne le touche émotionnellement. Ce refus de juger quoi que ce soit est une dimension de l’acceptation. L’acceptation est définie par Tara Brach comme « Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Cette contemplation passe par la métacognition. La métacognition correspond à l’un des six principes fondamentaux de l’ACT : le soi comme contexte. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même pour reconnaître ce qui se déroule en vous, et identifier les pièges de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. La métacognition permet de prendre conscience de votre moi pensant (la fameuse radio qui tourne en boucle dans votre cerveau). Si ce MOI pensant diffuse des informations inutiles (jugements), alors le moi observateur a pour tâche de laisser filer cette information. Par exemple, « Je dois contrôler mes émotions pour ne pas me montrer faible », « la préparation mentale, c’est pour les personnes faibles » ou « je suis un homme, je n’ai pas à avoir peur » sont autant de scénario du moi pensant qu’il est bon de reconnaître comme inutile et de laisser filer. En revanche, si le moi pensant diffuse de l’information utile, le moi observateur va alors accorder toute son attention à cette information. Ainsi, la métacognition est superbe dans ce qu’elle vous apprend sur le moment présent. Elle permet de court-circuiter le cycle des réactions automatiques et inconscientes et de faire ce pas de côté par rapport à ce que vous pensez. Vous n’êtes plus dans le soi conceptualisé. En d’autres termes, vous ne conceptualisez pas la situation ou ce que vous êtes d’une manière trop rigide. Vous n’êtes plus identifié à vos jugements de manière réductrice et limitée. Ceci est la base pour répondre avec lucidité dans une situation agréable ou non, et pour créer de nouvelles habitudes.

Le non-attachement

le pouvoir d’attraction de vos pensées et de vos émotions est tellement fort que vous les prenez pour des faits. C’est à ce moment précis qu’il est important de défusionner cognitivement et ne pas prendre vos pensées ou vos émotions trop au sérieux, de ne pas les voir comme trop importantes ou comme la vérité pure. L’ACT vous recommande plutôt de faire ce pas de côté et de prendre vos pensées comme des « histoires » que vous vous racontez. Ces histoires (qui ne s’arrêtent jamais soit dit en passant) ne sont pas forcément des faits mais plutôt des opinions ou des jugements avec lesquels il est bon de se détacher s’ils ne vous sont pas utiles (Si vous êtes dans l’indécision, vous pouvez simplement répondre à cette question : Qu’est-ce que j’ai à gagner que de croire à cette histoire ?). Par exemple : Imaginez que vous ratiez plusieurs lancer-franc et que la pensée « Je suis vraiment mauvais » s’infiltre dans votre cerveau. Peut-être qu’effectivement, vous ne vous êtes pas montré à la hauteur. Mais posez-vous toujours la question de l’utilité de l’histoire que vous vous racontez pour vos futures actions. Cela permet de vous libérer de cette emprise mentale pour vous concentrer à nouveau sur ce qui vous importe et agir efficacement. Un autre exemple me vient tête : un athlète que j’accompagne à ce jour fait de la voltige Unlimited. Autrement dit, il réalise un programme de figures avec son avion dans un périmètre défini et dans un temps imparti (Si vous ne voyez toujours pas ce qu’est ce sport, allez voir sur Youtube, c’est très impressionnant !). Lors de ses compétitions, une situation le stressait régulièrement : Lorsqu’il se retrouvait au moment du repas à table avec un concurrent révisant son programme, cela pouvait le mettre dans un état de stress et de cogitation important. Il a beau être champion du monde, il peut aussi être assailli par des pensées parasites le faisant douter. Je lui ai donc proposer de trouver un titre à ses pensées et qu’il formula en souriant comme tel : « C’est l’histoire du gars qui croît que la compet’ se joue à table ». Ce titre lui permet ainsi de défusionner avec ses pensées et de prendre du recul. Voilà donc un autre principe fondamental : la défusion. Selon Russ Harris, la défusion ne vise pas à banaliser vos difficultés ou à faire disparaître vos pensées mais justement à « vous libérer du despotisme de vos pensées ; à dégager du temps, de l’énergie et de l’attention que vous pourrez consacrer à des activités valables au lieu de broyer du noir ». L’objectif n’est pas de vous sentir bien (stratégie de contrôle) mais de vous sentir en capacité d’établir de nouvelles actions. En compétition, cela peut faire la différence car vous comprenez que les pensées ne contrôlent pas et n’influencent pas obligatoirement vos comportements.

Conclusion

J’ai écrit cet article dans un sursaut d’émotion. Je partage cette pensée personnelle dans l’idée de faire comprendre que les jugements font, certes, bel et bien parti de la vie de toutes et tous, mais qu’une autre voie existe aussi. Celle d’une pause, celle d’un silence partagé à plusieurs en haut d’une montagne, celle du non-jugement et du non-attachement, pour mieux se comprendre soi, son environnement et l’altérité. S’imposer des jugements à soi ou à son environnement est une sorte de poison émotionnel où nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez. Pour vous, en tant qu’athlète, je vous souhaite de faire ce pas de côté pour agir consciemment et efficacement, sans porter le poids lourd de vos jugements, synonyme d’ego recherchant à satisfaire sa sécurité et son besoin de toujours avoir raison.  

Le goût de l’effort

Dimanche matin. Le jour se lève. La paresse guette. La flânerie sous les draps aussi. La fraîcheur des températures alimente l’idée de rester au lit. Manquer un entraînement ne serait pas si grave. Hop hop hop. Chut. Merci cerveau, tu veux me laisser dans le confort d’un nid douillet, mais mon rêve ne sera jamais atteint si je poursuis dans cette lignée. Laisse-moi plutôt dire bonjour au goût de l’effort et me lever, convaincu par les bienfaits de cette séance pour ma progression. Il n’est pas encore l’heure d’abandonner. Pas maintenant, pas aujourd’hui. Chaque jour offre l’opportunité de donner le meilleur de soi-même. Ces derniers mots sont une forme de mantra. Une phrase qui vous amène à être en quête de réponses pour vous améliorer chaque jour. Une phrase qui vous donne la possibilité de vous réinventer et de puiser dans des forces parfois inestimées. Une phrase qui vous fait accepter que votre vie et votre pratique sportive est un chemin dans lequel les douleurs physiques et mentales peuvent devenir vos alliés et vos messagers. Je crois sincèrement que le goût de l’effort est la clé du dépassement de soi et de votre épanouissement personnel. Parce qu’il intègre votre être dans son entièreté. Il vous fait vous sentir vivant. Il sollicite toute votre énergie pour aller vers vos ambitions, vos rêves découpés en objectifs. Il fait abstraction des pièges de l’ego. Vous avez bien évidemment besoin de vos habitudes, qui vous offrent une base de sécurité sur laquelle vous reposer. Mais elles ne doivent pas rester trop longtemps, du moins pas sans des efforts pour créer du renouveau. Comme me l’a confié un athlète, maître des airs avec son avion, il en résulte une quête de soi. Y a-t-il plus beau que cela dans la vie ?

Définition

Par définition, l’effort correspond à l’« activité d’un être conscient qui emploie ses forces pour vaincre une résistance. ». Cet être sait où il veut aller et comment y aller. Il a conscience de ses forces et de ses fragilités. Les forces évoquées sont vos valeurs, vos qualités, vos ressources et vos motivations profondes. Le goût de l’effort est la répétition d’actions se liant intimement avec vos motivations profondes. Ces motivations intrinsèques qui vous poussent à vous entraîner régulièrement et vous engager le plus pleinement possible, comme le déclare Jonny Wilkinson : « Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. » La résistance, c’est la douleur ou son anticipation. Ce sont les émotions désagréables comme la peur ou la colère venant s’immiscer dans votre quête de progression. La résistance, c’est évaluer le dimanche matin que votre séance dans le froid ne sera pas une partie de plaisir et vous convainc de rester au chaud. Comme le dit la joueuse de tennis Simona Halep, « La frontière est mince entre l’état d’esprit positif et le négatif. Et si vous basculer du côté négatif, c’est fini. Vous laissez tomber. »

EGO VS TÂCHE : Quand l’absence de compétition met le goût de l’effort en péril

En début d’accompagnement, un exercice est couramment utilisé pour comprendre ce sur quoi l’athlète se concentre lorsqu’il(elle) pratique son sport. Il(elle) a le choix entre deux catégories : l’ego ou la tâche. L’ego regroupe des items tels que la comparaison aux autres, la confrontation, être le meilleur, être le premier, le narcissisme, l’image de soi, l’identité sociale ou encore gagner pour se sentir plus fort. Cet ego engage un besoin de pouvoir et de supériorité. Pour comprendre ce qu’est l’ego, je vous propose de lire l’article « combattre l’ego en compétition » écrit précédemment vous décrivant toutes ses caractéristiques. La tâche regroupe quant à elle la comparaison avec soi, l’entraînement, la progression, accepter la défaite, accepter sa forme du moment, se connaître, le dépassement de soi ou encore accepter de ne pas être le premier. Il est couramment remarqué que les athlètes se focalisent davantage sur la tâche à l’entraînement. De son côté, l’ego fait son entrée tonitruante lors des compétitions.

Lors de mon tout premier webinaire animé pour la Ligue de Nouvelle-Aquitaine de Badminton en Novembre dernier, il était question de réfléchir aux clés permettant de maintenir la motivation en ces temps de confinement. Cette période complètement inédite est un chamboulement. L’absence de compétition peut engendrer des émotions difficiles et désagréables. Le goût de l’effort peut effectivement en pâtir. C’est vrai quoi, à quoi bon s’entraîner durement s’il n’y a pas la cerise sur le gâteau ? pourquoi s’engager et dépenser autant d’énergie si vous ne pouvez plus faire mousser votre ego en compétition ? Parce que oui, la compétition sert à cela selon Kilian Jornet. Et je suis bien d’accord avec cet avis. La compétition à cette facette égotique durant laquelle les athlètes sont traversés par des sentiments de supériorité et d’infériorité. Chaque athlète vit cela en silence et se laissent subjuguer par ce sentiment de valorisation ou de dévalorisation. Dans une société dans laquelle l’image de soi prend beaucoup de place, la compétition est le chef-lieu pour être reconnu socialement. Cela peut avoir un côté structurant et positif. Chaque humain a besoin de trouver sa place et de recevoir une certaine approbation de la part des autres. Mais si cette quête de reconnaissance prime, vous en oublierez l’essentiel : le goût de l’effort. A mes yeux, cet essentiel est une philosophie de vie permettant de se sentir vivant. Je crois qu’il faut intégrer que chaque période de changement et de bouleversement a un début et une fin. Le jour où la compétition reprendra, il sera assez aisé d’identifier les athlètes ayant persisté à être dans la tâche et à s’entraîner malgré l’absence de compétition. Ces athlètes auront profité de la période pour progresser sur les aspects qu’ils auront choisis. Ils ne se seront pas perdus dans les tourments de l’ego et seront rester dans la tâche. Car oui, dans ce genre de période, il est possible de voir de quelle étoffe est faite votre pratique. Alors, plutôt passion et sensations ou plutôt ego ?

VOS Besoins selon Abraham Maslow

L’ego et sa quête de supériorité n’est absolument rien sans l’effort et le besoin d’autoréalisation et de développement de soi. Comme le soulignait Abraham Maslow, l’humain est guidé par deux catégories de besoin : Le domaine D (« Deficiency ») qui est le besoin de combler des carences (de sécurité, d’affection, d’estime de soi, d’appartenance ou du manque de nourriture) et le domaine B (« Being ») correspondant au besoin de croissance. Le premier est régi par des émotions telles que la peur, l’anxiété, ou des attentes excessives tandis que le second vous amène à vous accepter tel que vous êtes, aimer davantage les autres et vouloir progresser. Le domaine D est sur la défensive tandis que le domaine B est orienté sur vos propres choix en accord avec vos valeurs. L’ego ne répond seulement qu’au domaine D. Il comble simplement une carence et ne vous porte pas vers une croissance et une plénitude personnelle. C’est une logique biologique dont il est essentiel de prendre conscience. Votre cerveau est constamment préoccupé par votre sécurité et veut constamment répondre aux désirs de plaisirs hédonistes de courte durée. Ce fameux désir de victoire et d’admiration qui se répète. Difficile de combler ce manque en ces temps de COVID-19 et d’absence de compétition. Pour être un athlète épanoui dans une quête de progression, il vous faudra penser à vous diriger vers le domaine B et à planifier des objectifs en conséquence. Maslow écrivait : « On peut choisir de revenir vers la sécurité ou d’avancer vers la croissance. La croissance doit être choisie encore et encore ; la peur doit être surmontée encore et encore. » La croissance passe par ce goût de l’effort. Et c’est en tout point de vue ce que je préfère dire aux athlètes que j’accompagne. L’ego a sa propre vision de la réussite. Mais je crois que celle de Romy Schneider est bien plus belle et plus saine pour être dans l’effort et heureux, tout en étant performant :

« Réussir, ce n’est pas toujours ce qu’on croit.
Ce n’est pas devenir célèbre,
Ni riche ou encore puissant.
Réussir, c’est sortir de son lit le matin et être heureux
de ce qu’on va faire durant la journée,
Si heureux qu’on a l’impression de s’envoler.
C’est être avec des gens qu’on aime.
Réussir, c’est être en contact avec le monde
et communiquer sa passion.
C’est se coucher le soir en se disant
qu’on a fait du mieux qu’on a pu.
Réussir, c’est connaître la joie,
la liberté, l’amitié sincère et l’amour.
Je dirais que réussir, c’est Aimer »

Magnifique n’est-ce pas ?

Identifiez vos valeurs et posez vos objectifs

Je crois que cette période est parfaite pour transcender votre goût de l’effort et aller vers cette définition de la réussite. Peut-être même que vous verrez vos futures compétitions importantes comme des « entraînements intensifs » (Dixit Kilian Jornet) ! Vous ne verrez plus la compétition avec la vision dichotomique échec/réussite mais comme un élément clé pour votre progression. Bien sûr, elle vous permettra de vous situer par rapport aux autres, mais vous serez tellement focalisé sur la tâche que vous vous emploierez, avec effort et persévérance, à mettre de nouveaux objectifs en place pour progresser ! Avenir radieux non ?

Evidemment, vous allez me dire qu’il est bien difficile de poser des objectifs en ces temps d’incertitudes importantes. Mais pour maintenir vos efforts dans le temps, vous devez vous poser la question suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Pour vous aider à répondre à cette question, rien de tel que d’intégrer vos valeurs. Voici un petit exercice que j’affectionne particulièrement et qui vous pousse à être dans l’effort et agir :


« Imaginez que vous arrivez à la fin de votre carrière et que vous vous remémoriez les années qui se sont écoulées entre maintenant et ce moment-là. En regardant en arrière, qu’est-ce qui vous a donné la plus profonde satisfaction, joie et contentement ? Quelles sont les valeurs que vous voudriez avoir incarné et qui donneraient le plus de sens à votre pratique sportive ? Des exemples sont le courage, le sens du détail, la persévérance, la curiosité, la générosité dans l’effort, etc. »

Lorsque vous avez choisi vos valeurs, sélectionnez une des valeurs fondamentales que vous voudriez incarner pour cette période inédite. Ecrivez la sous la forme d’un vœu :

Je fais le vœux de …. du mieux que je peux.


Vos valeurs vous permettront de définir des objectifs de maîtrise et de performance. En d’autres termes, vos valeurs représentent votre direction (boussole) et vos objectifs sont votre destination. Exit les objectifs de résultats pour le moment (qui se résument purement à : Gagner). Ces objectifs de maîtrise et de performance sont centrés sur ce que vous pouvez contrôler et mettre en place pour vous améliorer, que ce soit sur les aspects psychologiques, techniques, tactiques, physiques ou bien sociaux. D’un point de vue concret, ils doivent répondre à plusieurs critères pour être pertinent :

  • La clarté : La clarté de vos objectifs vous permettra de les évaluer au fur et à mesure, de manière progressive. Si vous définissez des buts globaux et imprécis, le risque serait de ne pas percevoir vos petits succès et de vous décourager.
  • L’évaluation : Vos objectifs doivent être évaluables, dans lesquels un feedback est possible (chiffre, vidéo, avis de l’entraîneur, analyse graphique, etc.). C’est grâce à ces évaluations que vous capterez vos zones de progression et de changement.
  • Déclinaison dans le temps : Il va être de votre ressort de décliner vos objectifs dans le temps en élaborant des sous-buts à court, moyen et long terme.
  • La difficulté : Les buts définis doivent être difficiles et atteignables pour qu’un nouveau résultat puisse apparaître. Si l’un de vos buts est trop simple, vous n’aurez pas besoin de vous employer physiquement et mentalement puisque vous savez que vous allez réussir facilement. Or, le goût de l’effort vous pousse à aller chercher de nouvelles ressources et essayer.
  • La formulation positive : La formulation de vos objectifs est à prendre en compte. Formuler positivement ses objectifs peut vous permettre d’échapper aux effets paradoxaux de la formulation négative. Si je vous dis de ne pas penser à un ours ou à chien, vous avez sans doute rater l’objectif dans la seconde qui suit.

J’ajouterai à ces critères qu’il est primordial de les écrire pour avoir une trace de votre chemin parcouru et de votre progression. Votre cerveau a tendance à oublier ce chemin. Relire ce chemin parcouru peut donner un nouvel élan de motivation lorsqu’une période de doute s’installe. Pour clôturer sur les objectifs, soyez également capacité de les réévaluer et de les adapter à la situation. Cette période est insaisissable et désarçonne vos repères, alors soyez OK avec le fait que vos objectifs peuvent être chamboulés (Ex : nouveau confinement).

Acceptez la douleur

Littéralement, cela correspond à apprendre à aimer ce qui n’est pas forcément plaisant dans votre pratique. Voilà ce sur quoi va porter ses prochaines lignes. Entre douleurs physiques et mentales (échecs, défaite, etc.), le goût de l’effort tient une place importante. Il permet d’établir de nouvelles relations avec ces douleurs. Il donne une nouvelle perspective à l’aspect de votre pratique et vous pousse à persévérer malgré la présence de ces douleurs.

La douleur physique

Bio-psycho-social. Voilà trois termes que je n’ai cessé d’entendre lorsque ma fiancée kiné s’est formée sur la douleur physique. Bio-psycho-social. La douleur est extrêmement complexe et doit donc être comprise chez chacun selon ce modèle bio-psycho-social. Pour cet article, je ne vais parler que de la dyade psycho-sociale. La douleur étant perçue subjectivement, il existe une variation importante entre chacun. Un changement de croyance à son égard peut être envisagé. D’un point de vue psychologique, il peut résider des pensées et émotions désagréables à l’égard de la douleur entraînant des comportements de fuite ou d’abandon. D’un point de vue social, la société actuelle nous enrhume toute et tous à créer toujours plus de confort et à valoriser l’image de soi. Elle ne met pas en avant le travail de fond qui, pourtant, est bien plus porteur de sens et de sentiment d’accomplissement. Cela peut faire perdre de vue cette notion importante de la douleur dans l’effort que vous déployé. L’illusion d’une quête de soi sans douleur devient trop forte et empêche de mettre en place, pas à pas, les efforts nécessaires.

D’un point de vue actuel, peut-être que cette période vous expose moins à l’effort et que vous allez potentiellement « perdre » un peu de votre niveau initial. Personnellement, c’est ce qui peut m’arriver à chaque confinement. Etant traileur et habitant en ville (sans commentaire), je redécouvre les joies du dénivelé lorsque Mr Macron nous l’y autorise. Et ce n’est pas sans difficulté. Cette période met chacune et chacun à l’épreuve dans ses capacités à être résilient, à faire avec ses capacités du moment, et à ne pas se morfondre sur la baisse possible de niveau. Retrouver le plaisir de se mettre « dans le dur » en séance est la seule chose qui compte. Laisser passer la pensée catastrophe ou la vision pessimiste : « je ne reviendrais jamais à mon niveau ». Se dire : « C’est OK, c’est comme ça, mon niveau actuel est tel qu’il est ». Pas de résignation, pas d’abandon, mais un nouveau défi est devant vous : Tolérer à nouveau la douleur de vos entraînements difficiles, en vous y exposant petit à petit. Et si vous êtes entouré de personnes qui souffrent avec vous, c’est encore mieux ! Il n’y a rien de mieux qu’un sentiment commun de dépassement de soi. Des visages grimaçants, montrant toute la hargne intérieure, pour aller au bout de soi. Voilà le goût de l’effort sur le devant de la scène pour revenir progressivement, avec humilité. Bien sûr, si vous êtes athlètes de haut-niveau, vous avez sans doute pu vous entraîner normalement malgré un nouveau confinement. Et cette question de baisse de niveau n’est potentiellement pas présente. Mais la simple absence de compétitions peut vous poser bien des tracas et vous pousser insidieusement à vous engager « un peu » moins en séance.  A vous de rester vigilant et de persévérer pour permettre à votre corps de garder en mémoire cette douleur physique qui vous fait avancer et progresser !

La douleur « mentale »

J’ai souhaité parler de douleur mentale pour regrouper toutes les situations qui pouvaient engendrer des pensées et émotions désagréables. Ces dernières vous font danser sur un fil et vous poussent parfois à abandonner le navire ou à vous convaincre que vous n’atteindrez pas votre destination. Elles peuvent devenir douloureuses et épuisantes. Vous pouvez les retrouver dans des situations d’échecs, de défaites, de blessure, de conflit avec vos partenaires ou entraîneurs. Cette année 2020 aura eu pour effet d’ajouter une nouvelle situation avec cette pandémie de la COVID-19.  En fait, l’ensemble de ces situations fait parti intégrante du goût de l’effort. Vouloir se réinventer, avec force et courage, vous expose à être vulnérable et à être en proie à ce genre de situations. Vous marchez sur cette ligne de crête, avec le vide de chaque côté. La peur est peut-être là, à clamer sa présence haut et fort par des signaux cognitifs et corporels. Mais cela n’entache pas votre motivation profonde. Vous continuez de marcher vers votre destination. Peut-être que vous ressentez cette peur de ne pas revenir au niveau espéré. Peut-être que vous ressentez cette peur de vous entraîner et qu’il n’y ait pas de jugement final de vos efforts au travers d’une compétition. Peut-être, peut-être, peut-être… tout cela n’est qu’incertitude et anticipation d’un futur que vous ne maîtrisez pas. Ce manque de maîtrise crée de la douleur mentale à force de s’y accrocher. Alors, le seul moyen de s’en détacher est d’accueillir ce genre de pensées et d’émotions et de lâcher-prise. Purement, lâcher-prise et revenir à ce que vous faites maintenant, grâce à vos objectifs fixés. Le futur ne sera dans quelques temps qu’un nouveau présent dans lequel vous engagerez de nouveaux efforts.

Tolérer la douleur physique et mentale

Quand il est question de tolérance, il est souvent évoqué une question de degré. La tolérance à la douleur va donc consister à augmenter ce degré avec patience, en lui faisant de la place sans la repousser. Tolérer la douleur signifie d’admettre sa présence et de continuer à pratiquer avec. Evidemment, pour une douleur physique, vous continuez à pratiquer si cette douleur est supportable et n’est pas un signal de blessure. En tolérant la douleur, vous entretenez une nouvelle relation avec celle-ci. Vous ne vous empêchez pas de souffrir car vous percevez la douleur physique et mentale comme faisant partie de la vie et de votre pratique sportive. Si la douleur est perçue comme une ennemie, vous ne tiendrez pas longtemps en sa compagnie. Mieux vaut donc l’accepter et la laisser infuser. Pour exemple, les femmes et hommes pratiquant l’ultratrail, par la répétition des longues distances, sont de grands tolérants aux douleurs physiques et mentales car elles font partie intégrante de leur pratique. L’habituation crée la connaissance de soi et permet d’avoir davantage de contrôle sur la situation. Les ultratraileurs ne s’accrochent plus à leurs pensées ou émotions. Ils savent les reconnaître et vivre avec. Ils les perçoivent comme des personnages de leur cerveau, comme dans le film d’animation vice-versa, vous voyez ? Dans le jargon de la psychologie, cela se nomme : défusionner. Cela leur permet de mieux vivre ces fameux « passages à vide » qu’ils peuvent rencontrer sur des courses aussi longues.

La pratique de la méditation de pleine conscience peut vous permettre de défusionner et de mieux gérer les douleurs physiques et mentales en étant résilient dans l’effort. Pour la douleur physique, la pratique de la méditation de pleine conscience est une source de sécrétion et de libération des molécules inhibant le message de la douleur et de son ressenti. Par sa pratique régulière, elle permet de laisser passer les potentielles pensées et émotions désagréables liées à la douleur pour maintenir un comportement adaptatif et persévérant dans l’effort. Vous savez vivre et pratiquer avec la douleur physique. En d’autres termes, je dirais que, plus il y a pratique de la méditation de pleine conscience, plus il y a connaissance de soi. Et plus il y a connaissance de soi, plus les signaux envoyés par la douleur physique sont reconnus pour ce qu’ils sont. Ils ne sont ni exagérés ni amplifiés. Les athlètes de haut-niveau, à force de pratique sportive, connaissent leur corps. Grâce à la méditation de pleine conscience, ces athlètes de haut-niveau peuvent davantage interpréter les messages de leur corps et s’adapter dans l’effort. C’est une stratégie d’attention appelée stratégie associative. Et il semblerait, selon les études scientifiques, que les athlètes de haut-niveau utilisent davantage cette stratégie d’attention associative en comparaison de la stratégie dissociative que je vais vous présenter maintenant. En effet, La méditation de pleine conscience permet également d’apprendre à changer de focus et de se décentrer de la douleur pour ne pas lui accorder une place trop importante. La douleur est présente et se manifeste. Mais d’autres éléments peuvent prendre le relais, comme il est évoqué dans le documentaire, free to run : « Quand tu cours, des motifs viennent à toi. De belle forme, des couleurs, le feuillage et le ciel bleu. Tu respires l’air pur et tu te sens vivant sur cette terre. C’est à chaque fois un miracle. » Si votre pratique dure plus de deux heures par exemple, des stratégies dissociatives prendront le relais pour vous distraire et sortir « mentalement » des signaux de douleurs. Cela permet de persévérer et d’avancer. Une sorte de déconnexion se met en place.

Soyez patient

La patience est la vertu indispensable pour éviter le renforcement des résistances et de l’opposition au goût de l’effort. Bien que vous ne soyez pas un patient dans le sens littéral du terme puisque vous n’êtes pas malade, vous êtes pourtant une personne qui, puisque vous souhaitez du changement et progresser, endure ou souffre d’une situation ou d’un état particulier. Ainsi, la patience est une vertu qui vous sera d’une grande utilité pour aller vers ce que vous recherchez ou visez. Elle vous aide à persévérer et fait appel à un certain courage. Il ne s’agit pas là de vous résigner à attendre passivement, mais, par vos actions, de patienter pour en voir les bénéfices à long terme. Si vous êtes plutôt de nature impatiente, apprendre à cultiver la patience petit à petit vous sera bénéfique. Tout dépend de votre socle motivationnel pour atteindre votre objectif fixé. Pour cultiver la patience, la pratique de la méditation de pleine conscience et de l’autocompassion peut être un élément clé. Être présent à chaque étape que vous réalisez tout en prenant soin de vous dans une situation difficile peut éviter bien des torts dû à l’impatience (forme sous-jacente de la colère). Lorsque vous faites preuve de patience, vous considérez les personnes, les choses et votre état tels qu’ils sont et non comme vous voudriez qu’ils soient. C’est extrêmement précieux. Pourquoi ? car vous n’usez pas d’énergie à vous opposer ou à renforcer vos résistances. C’est comme lorsque nous tentons de faire descendre les grains de sable d’un sablier plus rapidement. Voilà bien du temps de perdu ! L’impatience vous fait penser à tort que vos anciens comportements étaient plus efficaces ou que les nouveaux comportements ne montrent pas les résultats attendus. Ce n’est qu’un stratagème inconscient de votre cerveau pour vous défendre et stopper vos efforts physiques et mentaux. Si vous ressentez de la résistance, tentez plutôt de comprendre celle-ci et de modifier votre perception, comme l’exemple du dimanche matin. En tous les cas, sachez que la résistance est normale car vous tentez de répondre à deux besoins antagonistes (Besoin N°1 : vouloir rester comme vous êtes car c’est plus confortable ; Besoin N°2 : Faire des efforts pour aller vers votre objectif désiré). La compréhension peut vous aider à discerner les contradictions entre ce que vous êtes à l’instant T et comment vous souhaiteriez être pour atteindre votre objectif.

Conclusion

L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. Aujourd’hui, il est plus qu’essentiel de rester dans ce présent et cet effort pour progresser et ne pas se morfondre de la situation. L’effort se moque du futur et de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. C’est ce premier pied qui s’extrait du lit bien chaud le dimanche matin et qui enfile la première chaussette.

L’effort se mêle avec vos sens et les éléments extérieurs. Vos sens sont focus sur la pratique, pas vers des scénarios catastrophes liés au futur ou des pensées intrusives et désagréables liées au passé (« c’était mieux avant de toute façon »). L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes et ce que vous faites, pas pour ce que vous avez. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de l’incertitude, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux physiquement et mentalement. Mais vous faites le choix de l’expérience pure plutôt que du fantasme du résultat et de la reconnaissance sans effort, parfois illusoire (#réseausocial). L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement ne fait plus parti du vocabulaire. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement et faite de la place à cette part d’inconnue. En vous engageant dans l’effort, vous construisez un nouveau monde et vous découvrez de nouvelles vérités à chaque fois. Vous percevez de nouvelles facettes de vous-même. Facettes qui étaient enfouies et qui ne méritaient qu’à faire surface. En vous libérant du connu (du passé et de vos habitudes parfois trop ancrées), vous développez votre potentiel et prenez conscience de ce dont vous pouvez être capable.

Avec un goût prononcé de l’effort, vous savez rester lucide et ressentez le besoin d’élaborer un plan B à la suite du dysfonctionnement du plan A. Cette élaboration de plan est une résolution à vouloir le bien pour soi. Vous allez de l’avant et vous avez la capacité de faire face aux difficultés extérieures mais aussi intérieures (ces fameuses douleurs physiques et mentales). Tous ce flot d’émotions est accueilli, même le plus obscur. Vous faites preuve d’ouverture à la vie dans son intégralité. Vous expérimentez et apprenez en alignant vos objectifs avec vos valeurs. Vous exposez votre vulnérabilité, c’est-à-dire vos faiblesses, vos limitations, tout en étant dans l’espoir d’un avenir plus radieux grâce à vos efforts. Vous prenez plaisir à être un vrai joueur et à être dans le défi, comme Kobe Bryant, célèbre joueur de Basketball décédé tragiquement en 2020. Je crois que cet homme résume parfaitement cet état d’esprit et ce goût de l’effort. Il l’a écrit comme tel :

« Si je voulais apporter une nouveauté dans mon jeu, je la tentais immédiatement. Je n’avais pas peur de rater ou de me sentir ridicule. Il fallait que j’essaie d’apprendre et, une fois que j’avais appris, j’avais un nouvel outil dans ma panoplie. Si le prix à payer était de beaucoup travailler et de rater quelques tirs, alors ça m’allait très bien. »

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Hypersensible et préparateur mental : Un atout pour l’accompagnement des athlètes ?

Hypersensibilité. Je ne sais par où commencer ni comment terminer. E. Aron parle de deux types de réaction chez l’Autre lorsqu’une personne explique son hypersensibilité. Soit elle apparaît comme victime passive, faible et troublée, soit elle apparaît comme un être réfléchi, doué, profond et puissant. Tout dépend des mots qu’elle utilise pour se définir. J’espère donc utiliser les bons mots ! J’ai 28 ans et je découvre encore, petit à petit, qui je suis. Mais y a-t-il une fin à cette découverte ?

Introduction : Ma découverte de l’hypersensibilité

Hypersensibilité donc. Sujet plutôt méconnu du grand public, j’ai découvert ce mot lors de ma formation en préparation mentale chez Focus Consultants. Pour un préparateur mental, il est judicieux d’apprendre à identifier les différents profils d’athlètes qu’il peut rencontrer pour les accompagner plus efficacement.  L’hypersensibilité fait partie des profils atypiques qu’il est possible de retrouver dans le sport de haut-niveau. Un livre nous avait été conseillé : Ces gens qui ont peur d’avoir peur, de Elaine Aron. Je me sentais concerné par ce profil atypique, mais je repoussais l’échéance. J’avais besoin de temps pour m’approprier le sujet. J’ai fait le choix de m’y consacrer dans une période de ma vie où j’avais ce temps : le confinement. Ce dernier a été un moment inédit d’introspection pour beaucoup de personnes. Le moment était venu de prendre le temps, et enfin, d’ouvrir le bouquin : « Hypersensible : mieux se comprendre pour s’accepter » de la même auteure, Elaine Aron. Cette dernière est psychologue, psychothérapeute et chercheuse en psychologie. Elle est elle-même hypersensible.

La lecture de ce livre a répondu à un bon nombre de questions qui me traversent l’esprit depuis mon plus jeune âge. Les livres ont cette particularité assez folle de mettre des mots sous silence. Ces mots sont sous notre nez, attendant que notre attention se pose vers eux, pour finalement, nous ouvrir les yeux. Après avoir pris des tas de notes sur mon carnet d’écriture, j’ai souhaité en savoir davantage sur le sujet. J’ai écouté des podcasts comme celui de France Inter : « Comment bien vivre son hypersensibilité ? » ou celui de Emotion : « L’hypersensibilité est une force ».  Le podcast le plus marquant a été celui de « HS ». Ce dernier est une série d’entretien avec des personnes hypersensibles. Elles témoignent de la manière dont l’hypersensibilité se dévoile au quotidien. Ce podcast a permis de m’identifier à ces personnes par leurs anecdotes et leur histoire personnelle. Vous connaissez sans doute ce genre de moments où vous dites : « Mais c’est moi ça. » Directement, un sentiment de communion intervient.

Aujourd’hui, j’écris en connaissance de cause. Je fais la tentative de vous éclairer sur les caractéristiques de l’hypersensibilité et de vous proposer des étapes clés pour faire de votre hypersensibilité un atout au quotidien. C’est sans doute la première fois que je fais le pas de dévoiler autant qui je suis. Parfois, j’ai la pensée que c’est un acte courageux, et à d’autres moments, que je me jette dans la gueule du loup. Être un homme et parler de sensibilité, c’est périlleux. En tous les cas, si cela peut éveiller des consciences et ouvrir des portes à d’autres personnes, j’en serais très heureux.

Définition

Selon les spécialistes, il n’y a pas de définition fixe puisque chaque personne hypersensible pourrait donner sa propre définition en fonction de ses caractéristiques. Nous voilà bien avancé… Tentons tout de même d’en extraire quelques caractéristiques.

Hyper- vient du grec huper, signifiant « au-dessus, au-delà ». La sensibilité se définit comme la « Propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique à l’action de certains agents internes ou externes. » (cnrtl). L’hypersensibilité serait donc la propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique, ET INTENSE, à l’action de certains agents internes ou externes. Autrement dit, une personne hypersensible réagit plus intensément et de manière régulière face à des stimuli internes (les pensées, les émotions, la faim, la soif, la douleur, les souvenirs, les fantasmes, …) ou externes (personnes, environnements naturels, bruits, odeurs, etc…).  Les agents internes et externes éveillent les sens et amènent avec eux une vague émotionnelle sur laquelle il est parfois difficile de surfer pour une personne hypersensible. Les agents internes et externes peuvent à force, créer un trop plein de stimulation, qu’E. Aron appelle hyperstimulation. Celle-ci vient perturber l’équilibre de la personne hypersensible. Au fur et à mesure, cela peut engendrer un épuisement physique et émotionnel.

La vie intérieure d’une personne hypersensible est riche et complexe. L’hypersensible est souvent qualifié de timide, d’introverti, d’effacé, de calme, peu sociable, qui ne parle pas, qui écoute. Il serait davantage porté vers la solitude. Il réfléchit beaucoup à ce qui l’entoure. En premier lieu, une personne timide apparaît comme anxieuse, gauche, timorée, inhibée et réservée. Ce sont les connotations négatives. Les connotations positives sont de l’ordre de la discrétion, le sang-froid, la réflexion et la sensibilité. Dans ces premières phrases de définition, vous pourriez penser que l’hypersensibilité ne concerne que les personnes introverties. Mais il existe également des hypersensibles extravertis, bien qu’en termes de proportions, ils ne représentent qu’environ 30 % des hypersensibles.

Les caractéristiques de l’hypersensibilité dont j’ignorais tout

Je peux illustrer quelques traits de l’hypersensibilité pas la genèse de mes souvenirs : mon enfance. L’hypersensibilité se traduisait par ce côté introverti et observateur. Très en confiance dans ma pratique sportive, j’ai pris ma place en alliant ce côté réservé et le côté désinhibé lorsque je m’exprimais sur un terrain de football. C’était une passion débordante où rien d’autre n’existait. Le plaisir et la créativité à l’état pur ! En dehors du rectangle vert, mes expressions verbales et comportementales étaient bien plus limitées. Beaucoup trop occupé à observer les rapports humains, je m’affirmais en tentant de répondre aux normes et aux règles du mieux que je le pouvais. Je répondais bien à la caractéristique de l’hypersensible qui ne fait pas de vague dans un groupe. Sage et prudent, j’imagine ne pas avoir posé de problème aux personnes qui me faisait peur : les adultes et leur aspect dominateur. La personne hypersensible est tellement désireuse de plaire aux autres qu’elle enfouie ses envies et ses sentiments pour bien paraître. Elle ne veut pas commettre d’erreur ou dire quelque chose qui pourrait déplaire. Elle fait attention aux autres et à ce qu’ils peuvent ressentir. Tenez, par exemple, lorsque j’écris un texte sur la préparation mentale, je m’emploie toujours à réfléchir comment intégrer la gente masculine et féminine dans le même mot (athlète) car je ne veux pas blesser la gente féminine en leur faisant penser que je ne parle qu’à un public masculin en écrivant « sportif ». C’est du détail pour certains, de la prise de tête pour d’autres, mais c’est une anecdote d’hypersensible. Autre point, si je remarque une maladresse de ma part dans une interaction, dû à une blague ou une remarque, je peux y accorder énormément d’importance, et ce, même si j’imagine qu’il n’y a rien de grave dans le fond. Je m’en veux de ne pas m’être montrer prudent, ou plus attentif à ce qui peut gêner ou blesser. Blesser quelqu’un est ma hantise. Car elle remettrait en question mon travail pour être fondamentalement quelqu’un de bien. Il y a quelques semaines de cela, j’ai complètement raté une blague. Drôle de moment gênant, surtout lorsque j’ai eu le sentiment de déplaire à la personne en face de moi. Une personne qui n’est pas hypersensible vous dira : « tu te prends beaucoup trop la tête. » Of course. Mais c’est comme ça.

Ma peur de ne pas répondre à ce qui était attendu dans les sphères scolaires, familiales et sociales m’a fait vivre des situations anxiogènes que j’ai toujours su garder en moi. Mon sentiment d’anormalité était bien là, latent, réprimé. Ce sentiment de décalage amène avec lui un certain manque de confiance et d’assurance. La personne hypersensible se sent incomprise et différente du reste du monde. Cette peur de déplaire s’allie parfaitement avec la peur d’oser prendre des initiatives. La norme fixée est la perfection. Si l’initiative échoue, l’imperfection est exposée au grand jour et la possibilité d’être jugé négativement apparait. La personne hypersensible préfère ne rien tenter. Vous l’aurez compris, la personne est hypersensible au jugement des autres et cela va créer un sentiment de stress accrue. Être observée, minutée ou évaluée n’est pas la tasse de thé de la personne hypersensible.

La période adolescente a été, quand j’y repense, une montagne à gravir. Cette période où règne la domination et le pouvoir est sans pitié pour certaines personnes. Tout ce qui ne rentre pas dans la norme est exclu. Mon hypersensibilité m’a permis d’y échapper, fort heureusement, par mes réflexions et mon adaptation. La période universitaire a été la période d’un premier envol. La liberté et l’indépendance qu’elle offre pousse à suivre ses intuitions. Bien sûr, l’hypersensible que j’étais à cette période était toujours empreint des jugements des autres. Je me targuais de répondre au mieux aux attentes, sans trop savoir dire non. Je dirais que c’est une période dans laquelle je me suis perdu et trouvé à la fois. Niveau sportif, j’étais bien loin de ce que j’exprimais petit. L’insouciance n’était plus de la partie. Les spectateurs, partenaires et entraîneurs étaient, pour certains, des sources de distraction nocives à mon plaisir et à mes performances. Mon état psychocorporel me faisait dire qu’un malheur allait arriver à chaque match. Du mieux que je le pouvais, je réprimais cet état de stress par des stratégies dysfonctionnelles. Ignorant tout de l’hypersensibilité et me convainquant de mon anormalité, ma seule réponse était de rentrer dans les rangs et de cacher ce sentiment désagréable.

Lucidité

Qu’il soit physiologique ou intellectuel, le sens est au cœur de la vie de la personne hypersensible. Les cinq sens ou les questions philosophiques sur le sens de la vie, le sens d’une action, la complexité de toute chose fait partie à part entière d’une personne hypersensible. Cela peut donner l’impression d’être malheureux où mélancolique. Mais je crois plutôt que ce mot sens est un moteur pour voir une personne hypersensible heureuse. Si elle trouve une signification à ce qu’elle fait et si elle met du sens dans ses vagues émotionnelles, elle aura fait un premier pas de géant. C’est ce que nous appelons la conscience de soi.

Là où l’ignorance me menait vers des chemins que je ne choisissais pas forcément, la conscience de soi a joué un grand rôle pour mon hypersensibilité. La conscience de qui je suis. De ce que je ressens. J’ai changé de cap le jour où j’ai pris la décision d’aller à 800 kilomètres de chez moi et de découvrir un nouvel horizon. Mon hypersensibilité ne le savait pas encore mais elle allait se dévoiler au fur et à mesure de rencontre et d’une découverte fondamentale : la méditation de pleine conscience. Cet art de vivre d’origine bouddhiste est une clé fondamentale pour la première étape de « Lucidité ». Cette méditation permet de se reconnecter à soi en aiguisant sa conscience et son attention. Elle m’a fait découvrir une nouvelle relation à soi et au corps dont la personne hypersensible a besoin. Le programme MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), réalisé en groupe avec une institutrice agréée, m’a permis de m’offrir un espace-temps, révélateur de soi et facilitateur de connexion avec des personnes étrangères à ma vie. C’est dans cet espace-temps que je pris conscience de la normalité du sentiment d’anormalité et du stress qui en découle. Il n’y avait plus à se cacher. L’humanité pointait enfin le bout de son nez. C’est un premier soulagement pour un hypersensible que qui ne se sait pas hypersensible. Je découvre le silence qui me régénère, le cerveau qui bouillonne de pensée et le corps qui s’exprime lorsque je l’écoute. Je comprends que je forme un tout et obtient des réponses aussi neuves qu’inattendues. Je me souviens de ces retours à vélo après chaque session où la sérénité et la légèreté m’accompagnaient. Je voyais un nouveau monde autour de moi. Ce programme m’a mené à un second, celui du MSC (Mindful Self Compassion), la même année. L’auto-compassion offre la possibilité de prendre soin de soi comme nous prendrions soin d’un ami lorsqu’il rencontre une situation difficile. Encore une idée extrêmement nouvelle pour une personne hypersensible. La société occidentale dans laquelle prône puissance, pouvoir, domination et production vient à l’encontre de cette idée de prendre soin de soi. Le blâme et le tribunal de la culpabilité prônée par la société a empoisonné nos cellules et nos neurones. Mais comme le dit Epictète, « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont. » Prendre soin de soi revient donc à dire :

« J’ai des droits et des besoins face à ma souffrance, qu’elle soit légère ou lourde. Je n’ai pas envie de me consumer à petites doses de critiques mais plutôt de m’accepter, à grande dose de compréhension et de stratégies adaptées. »

 Et c’est ce que j’aimerais transmettre aux athlètes que j’accompagne.

Prendre soin de soi passait également par ma nouvelle pratique sportive (Trail). J’y ai découvert les grands espaces et la liberté en montagne. Le contact avec les éléments de la nature et le goût de l’effort m’ont permis de prendre confiance et d’être un peu plus en lien avec mon hypersensibilité. Je vois d’innombrables possibilités de chemins à parcourir. Je ressens toujours cette sensation difficile à décrire. Cette envie d’aller découvrir toujours un peu plus loin ce qui s’y trouve. Je ne m’habitue jamais à la beauté d’un paysage de montagne. J’aimerais y rester toujours un peu plus. Pour pallier cette impossibilité, je tente toujours de prendre des photos visuelles pour les intégrer en mémoire. C’est ce qui satisfait en partie à ma vie. Parcourir et contempler. Dernièrement, l’article de A. Mette : « La meilleure façon d’aider les autres, c’est d’être heureux » me tapait à l’œil. Pour être heureux, l’hypersensible doit explorer cette sensibilité, en analyser le contenu et identifier les pensées et émotions qui apparaissent dans une situation positive (ex : contemplation en montagne) ou une situation difficile (ex : être dans un nouveau groupe). Faire preuve de lucidité dans des moments qui engagent émotionnellement est fondamental pour la personne hypersensible. Lorsque je me suis posé la question sur papier : « A quoi suis-je sensible ? » Voici la liste de mes réponses :

  • Au bruit
  • A la foule, situation de groupe
  • A la souffrance des personnes et des animaux
  • Au sucre
  • A l’effet de la fatigue
  • Aux jugements des autres
  • A la charge de travail
  • Aux paysages de montagne
  • Au sens de la vie
  • Aux rapports humains
  • A la lumière

Peut-être pouvez-vous faire votre liste avant de lire la suite ?

Tous les éléments de ma liste mettent en exergue mon hypersensibilité. Être conscient de cette liste est un pas non négligeable. Car je sais à présent identifier, voir anticiper, les vagues émotionnelles. Cette conscience de soi est un atout si elle est suivie de la seconde étape : l’acceptation.

Acceptation

Peut-être connaissez-vous la citation de Carl Rogers : « il existe un curieux paradoxe, qui fait que c’est au moment où je m’accepte tel que je suis que je deviens capable de changer. » C’est un fait. Cette acceptation annihile tous les personnages que la personne hypersensible se force à jouer devant les autres. L’acceptation fait tomber les masques de l’ego. Magique. Il ne reste que le vrai visage de la personne hypersensible, avec ses valeurs, Ses qualités et ses fragilités. L’hypersensibilité peut devenir une force lorsque l’acceptation de soi s’achemine petit à petit. Une personne hypersensible qui s’accepte telle qu’elle est peut mettre en exergue tous ses sens au profit de ce qu’elle aime. Et ce, avec un lien détaché du poids du conformisme.  L’acceptation de soi amène la personne hypersensible à être est une personne plus spontanée, libre, créatrice, indépendante et remplie d’énergie positive.

Acceptation des émotions

L’acceptation a un lien fort avec les émotions. Accepter une émotion revient à l’harmoniser entre le corps et l’esprit. L’équilibre se crée à force de permettre sa présence. Certaines personnes hypersensibles se blindent pour ne plus ressentir trop d’émotions. Mais elles en perdent leur essence. L’hypersensible qui ne permet pas à ses émotions de transmettre leur message est une personne hypersensible qui se fourvoie. bien qu’elles soient fortes ou répétées, les émotions sont un moteur pour la personne hypersensible car elle a régulièrement un niveau d’empathie élevé. L’hypersensible qui reconnaît ses émotions et s’ouvre à celle-ci sans se faire dépasser a la capacité de savoir ce qu’il faut faire pour apaiser une personne qui souffre d’une situation difficile. La maîtrise des émotions est une clé pour le préparateur mental. C’est ce que je travaille depuis plusieurs années grâce à la méditation de pleine conscience pour être OK avec mes émotions pouvant être plus élevées que la moyenne lorsque je reçois celles des athlètes que j’accompagne. Petit à petit, les émotions pouvant perturber (tristesse, stress, colère, etc.) sont apprivoisées grâce à différentes techniques que je transmets également aux athlètes que j’accompagne.

Acceptation et rapports aux autres

L’acceptation, c’est également l’acceptation des rapports aux autres. Les rapports humains sont parfois très chamboulant pour une personne hypersensible. Être en interaction avec une personne peut engendrer de vives réactions émotionnelles chez les hypersensibles. Elles peuvent être très vite mal à l’aise. La personne hypersensible fait beaucoup d’effort pour se montrer à l’aise en société ou dans un groupe. Dans les podcasts que j’ai pu écouter, j’ai pu comprendre à quel point une personne hypersensible pouvait craindre d’afficher son hypersensibilité. Le cas typique est de pleurer pour des raisons qui vont apparaître comme futile chez les personnes n’étant pas hypersensibles. D’autres ont des difficultés avec les discussions anodines et préfèrent écouter (ce qui est sincèrement mon cas). Pour ma part, m’intégrer dans un groupe m’a toujours demandé davantage de temps, mais il faut reconnaître que cela a toujours été une réussite aussi. Cela peut déboulonner certaines personnes ne comprenant pas votre comportement de retrait pour mieux observer et maîtriser, mais c’est ainsi. Peut-être que vous vous sentez concerné ou pensez-vous à un coéquipier ou collègue de travail qui présente cette caractéristique ?

Ces rapports humains sont aussi et avant tout un élément qui fait se sentir vivant (pour vous en assurer, vous pouvez lire la revue de cerveau & Psycho « Le bonheur est dans le lien »). Il est donc primordial pour la personne hypersensible de s’efforcer d’affronter le monde extérieur pour ne pas perdre le sens des réalités et sa capacité d’adaptation. L’Homme a ce besoin d’appartenance. C’est un instinct de survie animal depuis la nuit des temps. Pour la personne hypersensible, il est donc bon de délaisser ses explorations psychologiques de temps en temps. Comme l’écrit E. Aron, cela permet de mieux comprendre sa psyché. Il faut savoir que les personnes extraverties sont une bouffée d’air frais pour les personnes hypersensibles introverties. Et vice-versa. Chacun vient, avec ses atouts, équilibrer l’autre. Cet équilibre est à retrouver dans une équipe. Les personnes extraverties sont à l’action ce que les personnes introverties sont à la réflexion.

Par ailleurs, la superficialité ne s’intègre pas dans la relation avec une personne hypersensible car elle a ce besoin de confiance. Et ce besoin de confiance vient avec le dévoilement réciproque dans la relation. Si ce sentiment de confiance est présent, elle se montrera à l’aise dans la relation et plus largement dans un groupe. Même si, il est vrai, une personne hypersensible sera bien plus à l’aise lors d’une communication en intimité. De toute manière, elle a besoin de connexion. Parler de tout et de rien avec les personnes extraverties lui permet en quelque sorte de faire une pause avec son intériorité énergivore. Pour connaître la plénitude, il est parfois bon de se montrer un peu plus extraverti.

Dans ce rapport aux autres, la force de l’hypersensible est de capter des signaux que d’autres ne voient pas. L’hypersensible capte les regards, les gestes, les mimiques, les changements d’humeur, les amitiés et des inimitiés. Pour ma part, cette force m’aide énormément pour me mettre sur le même canal émotionnel que les personnes sportives ou non que j’accompagne en individuel. L’athlète va se sentir compris et libre d’exprimer son état de fatigue ou ses préoccupations. L’athlète exprime librement ses émotions grâce à une intuition que je sais de temps à autre écouter. Ce mot intuition revient généralement chez les personnes hypersensibles. L’intuition est cette force interne qui, en 1/4 de seconde, nous fait prendre une décision que l’on juge juste. L’écoute de soi et de cette sensation de confiance qui parcourt le corps à la vitesse de l’éclair ont visé juste. La personne hypersensible écoute cette énergie si la confiance en soi est présente.

Accepter de se reposer

Pour terminer sur l’acceptation, l’hypersensible doit accepter également de répondre à l’un de ses besoins fondamentaux face à l’hyperstimulation : Prendre des pauses. Si la personne hypersensible n’accepte pas de se ménager dû à son souhait de répondre aux attentes omniprésentes de son environnement professionnel/scolaire, familial et social, elle perdra le fil.

Pour prévenir le surmenage, une personne hypersensible a davantage besoin de calme, de repos et de sommeil. C’est comme ça. Puisqu’elle est régulièrement en état d’alerte (excitation ou méfiance), elle sollicite davantage son corps et produit davantage de cortisol. Il est très difficile pour une personne hypersensible de lutter contre la fatigue. Ainsi, celle-ci a besoin de récupérer davantage. L’homéostasie passe par la récupération. Sachez que 80% des stimulations sensorielles passent par les yeux. Si vous observez constamment pour comprendre votre environnement et le maîtriser, vous êtes toujours en état d’hyperstimulation qui à force, vous épuise. Prenez l’exemple des réseaux sociaux : ils nous mettent en état d’hyperstimulation tout le temps. Finalement, ils usent notre énergie, même allongé dans le canapé. Il est donc important d’écouter les messages du corps. Voici quelques exemples de « PAUSE » pour vous faire du bien :

  • Lire un bon livre
  • Peindre, dessiner
  • Ecrire
  • Manger un bon repas au calme, à la maison
  • Laver la vaisselle (oui cela peut être un moment tranquille)
  • Méditer
  • S’étirer, faire du yoga
  • Se faire masser ou se masser
  • Faire une sieste
  • Ecouter de la musique
  • Vous balader dans la nature et contempler

Vous l’aurez compris, la conscience de soi et l’acceptation sont deux étapes primordiales. Mais celle qui accompagne vers le changement en sans nul doute celle qui s’intéresse aux stratégies attentionnelles. Allons donc faire un tour dans cette étape appelé Focus.

préparation mentale

Focus

Le focus attentionnel est très important à travailler chez les personnes hypersensibles. C’est une garantie que j’ai comprise et expérimentée. L’explication est la suivante : Puisque la personne hypersensible capte instantanément les subtilités de son environnement (humeurs des gens, sons, lumières, etc…), elle est régulièrement en état d’alerte, attentive à la présence d’un danger. Elle est méfiante et observe les indices. Lorsque je me décris dans une situation de groupe, je dis toujours que je suis une personne qui observe et que cette caractéristique dure depuis mon enfance. Lorsque j’ai vu ces caractéristiques de méfiance et d’observation d’indices chez les hypersensibles, autant vous dire que ça a fait tilt. Cet état d’alerte crée une inhibition du comportement car la personne passe plus de temps à être spectateur qu’à être dans l’expérience. La personne est sage, prudente, consciencieuse et perfectionniste. Et puisqu’elle est douée pour capter les signaux de son environnement, elle est très habile pour percevoir les potentielles erreurs et les éviter. Cela peut être un frein à l’action. Car son attention est précisément posée sur ce qu’il ne faut pas faire plutôt que sur ce qu’il faudrait faire. Cela évite les erreurs et les potentiels jugements. C’est aussi pour cette raison que la plupart des personnes hypersensibles ont tendance à battre en retraite lorsque des situations nouvelles (et donc anxiogènes) se présentent. C’est un moyen de se protéger. Mais le retrait exacerbe la sensibilité. Ainsi, plus il y a retraite, plus l’hypersensibilité sera difficile à gérer en situations anxiogènes. L’hypersensible emploie couramment des stratégies de coping dites d’évitement car elle est prise dans ses vagues émotionnelles, sans vraiment comprendre ce qu’il se passe à l’instant T.  Ces stratégies permettent de fuir ou de nier la réalité. A long terme, ces stratégies se révèlent inefficaces.

Les étapes « Lucidité » et « Acceptation » permettent à la personne hypersensible d’élever son niveau de confiance en soi nécessaire pour mettre en place de nouvelles stratégies dites d’approches. Ces stratégies conduisent à prendre réellement le contrôle de la situation en agissant de manière directe ou indirecte sur le problème. Les stratégies centrées sur le problème sont les plus efficaces car elles agissent directement sur le problème. Dans ces stratégies, vous pouvez retrouver « Planifier des solutions », « rechercher des informations complémentaires » ou encore « Prendre les choses unes par unes ». Quant aux stratégies centrées sur les émotions et sur le soutien social, elles agissent de manière indirecte. Elles sont utiles mais ne vont pas avoir d’effet direct pour résoudre le problème. Jongler entre les stratégies permet d’établir un équilibre personnel et de répondre efficacement à la situation problématique. Vous êtes pleinement FOCUS sur ce que voulez vraiment. Vous vous servez de votre hypersensibilité pour poser votre attention sur ce que vous voulez réellement faire ou être.

Conclusion

Cet article sur le profil atypique de l’hypersensibilité est non-exhaustif. Par exemple, je n’ai pas évoqué le lien que peut avoir l’hypersensibilité avec le profil atypique « Haut potentiel intellectuel ». Pour en savoir davantage, je vous conseille d’écoute le podcast « HS ».

Pour ma part, cette hypersensibilité est une nouvelle découverte, ou plutôt une confirmation de ce que je pouvais ressentir depuis mon plus jeune âge. Je crois qu’elle n’est pas ce que je suis exclusivement, mais elle est une grande partie de moi sur laquelle je vais pouvoir m’appuyer pour aider et accompagner du mieux que je le peux les athlètes que je rencontre. Il est vrai que j’ai toujours eu l’envie de comprendre en profondeur et d’aider les personnes dans cette part émotionnelle. Je perçois effectivement leur vulnérabilité qui ne m’est pas étrangère. Mon hypersensibilité m’a amené à prendre conscience de la puissance des pensées et des émotions sur les comportements des athlètes en situation de stress (car je l’ai moi-même vécu). Être en lien avec cette hypersensibilité me permet de me rapprocher de ma part humaine et de me détacher d’un conformisme étouffant où les émotions sont souvent mal perçues.

Les athlètes ont régulièrement des caractéristiques de l’hypersensibilité. Je la perçois dans cette part émotionnelle importante qui ressort de leurs anecdotes, de nos échanges ou de mon ressenti. Le monde de la compétition met davantage en éveil leur sens. La compétition est un condensé émotionnel que les athlètes hypersensibles peuvent apprendre à gérer. Rien n’est figé. Leur capacité à percevoir les subtilités du monde extérieur peut être un atout considérable s’il y a eu, en amont, un travail personnel de conscience de soi, d’acceptation et d’apprentissage de stratégies attentionnelles. Ce travail améliore le bien-être des athlètes que j’accompagne dans leur objectif de performance. Il m’a aussi personnellement aidé à avancer.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

ETES-VOUS HYPERSENSIBLE ?

QUESTIONNAIRE

Répondez sincèrement à chaque question par OUI ou NON. Répondez par l’affirmative si cela s’applique dans une certaine mesure ou complètement à vous. Répondez par la négative si cela ne s’applique pas vraiment ou pas du tout à vous.

  • Je suis conscient des subtiles nuances de mon environnement         
  • L’humeur des autres me touche                                          
  • Je suis très sensible à la douleur
  • J’ai besoin de me retirer pendant les journées frénétiques, soit au lit, soit dans une chambre obscurcie, soit dans tout endroit où je suis susceptible d’être tranquille et libéré de toute stimulation     
  • Je suis particulièrement sensible aux effets de la caféine                     
  • Je suis facilement terrassé par les lumières violentes, les odeurs fortes, les tissus grossiers ou les sirènes proches       
  • J’ai une vie intérieure riche et complexe                                               
  • Le bruit me dérange                                                                                     
  • Les arts et la musique suscitent en moi une émotion profonde          
  • Je suis une personne consciencieuse                                                               
  • Je sursaute facilement                                                                                     
  • Je m’énerve lorsque j’ai beaucoup à faire en peu de temps                   
  • Lorsque les autres se sentent mal à l’aise dans leur environnement matériel, je sens en général ce que je dois faire pour les soulager (changer l’éclairage, proposer d’autres sièges)    
  • Je perds les pédales lorsqu’on essaie de me faire faire trop de choses à la fois                                                           
  • J’essaie vraiment d’éviter de commettre des erreurs et des oubli     
  • Je fais en sorte d’éviter les films et les émissions qui contiennent des scènes de violence                                                                         
  • Je m’énerve lorsque beaucoup de choses se passent autour de moi  
  • La faim provoque en moi une forte réaction, perturbe ma concentration et mon humeur   
  • Les changements qui se produisent dans ma vie m’ébranlent    
  • Je remarque et j’apprécie les parfums et les goûts délicats, les bruits doux, les subtiles œuvres d’art  
  • Je fais mon possible pour éviter les situations inquiétantes ou perturbatrices   
  • Lorsque je dois rivaliser avec d’autres ou lorsque l’on m’observe pendant que je travaille, je perds mon sang-froid et j’obtiens un résultat bien pire que lorsqu’on me laisse tranquille
  • Lorsque j’étais enfant, mes parents ou mes enseignants semblaient me considérer comme sensible ou timide

COMMENT VOUS NOTER

Si vous avez répondu par Oui à 12 questions ou plus, vous êtes probablement hypersensible. Mais en toute franchise, aucun test psychologique n’est d’une exactitude absolue. Même si vous n’avez répondu par l’affirmative qu’à une ou deux questions, mais qu’il s’agit d’un oui particulièrement empathique, peut-être pourriez-vous vous qualifier d’hypersensible. Pour compléter cette évaluation nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage :  » Ces gens qui ont peur d’avoir peur  » ou « Hypersensible : Mieux se comprendre pour s’accepter. » d’Elaine N. Aron. 

Le silence

Je crois que le silence a un double visage. Je crois qu’il représente la paix mais aussi le metteur en scène de nos peurs. Il nous livre à nous-même. Il nous expose. Il nous met à nu. L’absence de bruit, l’absence de distraction… Ces absences détiennent le pouvoir d’alimenter la relation avec soi, dans son entièreté. Fragilités et capacités mêlées. S’il n’est pas habituellement présent, le silence fait naître le vacarme intérieur. Un vacarme sombre où les angoisses surgissent. Vais-je réussir ? Suis-je assez… ? Tes limites vont-elles te définir à elles seules aux yeux des autres ? La respiration s’accélère, le cœur bat avec résonnance. Cela ressemble à une croisée des chemins où les choix prit face à ces angoisses, ici et maintenant, vont décider du futur. Le silence crée un orchestre désorganisé de pensées et d’émotions. La plus belle symphonie intervient au moment où le silence n’est plus un adversaire. Créer l’alliance avec le silence. Se lier à cet orchestre désorganisé pour le comprendre, se l’approprier. Trouver en chaque pensée et émotion, un musicien venant jouer sa partition. Trouver des accords entre ces musiciens. Prendre du recul, observer et écouter le mariage des partitions. La symphonie apparaîtra lorsque chaque musicien aura trouvé sa place au sein de l’orchestre, avec sa sensibilité et son message. Nous sommes nos propres chefs d’orchestre. Et le silence, notre baguette.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience.

Le silence est magique à qui sait le reconnaître. Il aiguise notre perception. Et la qualité de notre perception influence la propre relation que nous entretenons avec nous-même, mais aussi celle du monde qui nous entoure et avec lequel nous entrons en interaction tous les jours. Notre équilibre personnel et relationnel dépend de nos perceptions et de notre capacité à s’installer dans un silence intérieur pour reconnaître ce qui se passe en nous. En d’autres termes, notre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet face à une situation difficile ou à nous-même, à travers nos pensées, nos émotions et nos comportements. Nous utilisons notre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte, il y a à présent compréhension.

Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience. Et être conscient, c’est affaiblir l’ego. Car un espace se crée. Il n’y a plus de réaction automatique. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par votre colère ou vos peurs. Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste. Retenez bien que la situation est toujours neutre. Seule votre perception et votre qualité de conscience dans le moment présent vous fait juger que cette situation crée votre malheur ou votre bonheur. Percevoir et poser la conscience sur les pensées et les émotions engendrées par la situation, est une première étape pour l’affronter. Vous n’êtes pas vos pensées et vos émotions. Vous êtes la conscience qui se cache derrière le voile des pensées et des émotions. Et qui dit conscience dit affaiblissement de l’ego. Cette conscience vous apporte une liberté et une palette de possibilités car vous n’êtes plus identifié à vos pensées et vos émotions. Vous n’êtes plus en train d’interpréter, de comparer, d’aimer, de ne pas aimer. Vous êtes libre.

Le silence n’est donc pas à craindre. Il apporte conscience et liberté. S’asseoir, méditer en pleine conscience, et accepter ce silence instructeur, c’est apprendre à lire en soi, plus finement.

Pierre Guillet, préparateur mental, Bordeaux

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANT

Représentation du travail mental et autocompassion : Duo gagnant ?

A l’heure où beaucoup d’actions sont mises en place pour l’événement des Jeux Olympiques en France en 2024, il est pertinent de prendre position pour l’intégration des interventions des champs de la psychologie et de la préparation mentale auprès des athlètes. Conscientiser et apprendre à gérer ses activités mentales lors de son épreuve sportive, en entraînement et en compétition, est crucial pour atteindre ses objectifs de performance. Mon année au sein de la formation de préparation mentale dirigée par FOCUS CONSULTANTS, m’a fait comprendre deux aspects du suivi en préparation mentale que je souhaite partager avec vous.

Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

Bon nombre d’athlètes rencontrés ont une demande concernant la confiance en soi et la gestion du stress et des émotions. Les champs de la psychologie et de la préparation mentale, en communion, peuvent répondre à cette demande explicite. Les raisons implicites sont à explorer dans les activités psychiques plus ou moins profondes du cerveau de la personne. Il est honnête de dire que cette exploration peut être une source de peur au départ. La psychologie montre que l’être humain se base sur un système d’équilibre. Travailler sur ces activités cérébrales pour en déceler les pièges et découvrir de nouvelles habitudes cognitives, émotionnelles et comportementales peut déséquilibrer au départ. Cela peut déstabiliser, questionner, et même parfois être culpabilisant de prendre conscience de son fonctionnement psychique, allant des antécédents aux conséquences. Peut-être faut-il rendre cette découverte un peu moins lourde, en la percevant comme un jeu et une ouverture vers de nouvelles perspectives ? Nous avons toutes et tous été enfant et cette âme sera toujours en nous. Cet enfant, qui joue, qui découvre, pas à pas, en apprenant par essai-erreur, en osant malgré la peur. Les habiletés mentales utiles à la performance sont, au même titre que la marche ou la lecture, à développer grâce à un apprentissage intégrant l’attention, un engagement actif, de la répétition et l’acceptation des erreurs. Etre lucide sur son fonctionnement psychique, s’accepter soi-même dans son entièreté (ses qualités, ses fragilités, ses peurs) et se concentrer sur des points attentionnels pertinents sont autant d’étapes à respecter en psychologie et préparation mentale pour améliorer chez l’athlète son bien-être et, à postériori, la performance. Alors, oui, la préparation mentale en communion avec la psychologie, sont des activités à prendre en compte sérieusement par leurs validités scientifiques. Oui, elles doivent avoir un cadre éthique et déontologique pour apporter de la confiance dans la relation avec l’athlète. Mais dans ce cadre sérieux et professionnel, il peut être bon d’apporter une touche ludique afin de changer les représentations cognitives de l’athlète sur le travail mental qu’il(elle) doit effectuer. Les athlètes ont des exigences de toutes parts (personnelles, des entraîneurs, des fédérations, des sponsors et potentiellement des parents). C’est aussi une exigence à se poser que de travailler psychologiquement sur l’approche des entraînements et des compétitions. Mais ce ne doit pas être un fardeau. Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

De plus, aller sur le chemin de la connaissance de soi, grâce aux champs de la psychologie et de la préparation mentale,  peut tout simplement aider à prendre soin de soi. Comme évoqué précédemment, les athlètes ont des exigences personnelles ou extérieures. Les exigences ne s’accouplent pas de manière intuitive avec l’action de prendre soin de soi. Or, dans la théorie scientifique de la psychologie, il a été validé que prendre soin de soi grâce à l’autocompassion permettait de développer une résilience émotionnelle et de mettre son ego en arrière-plan. Une relation bien plus saine est entretenue avec soi-même.

prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance.

La méditation de pleine conscience aide à développer cette autocompassion. Ce courant bouddhiste s’enregistre en psychologie dans la troisième vague des thérapies cognitivo-comportementales et se révèle comme un outil pertinent en préparation mentale. Très en vogue en ce moment, la méditation de pleine conscience permet, selon Jon Kabat-Zinn (P. 55, 2009), de « nous voir et de voir le monde sous des angles nouveaux, d’apprendre à travailler autrement avec notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions, et d’apprendre à rire un peu plus des choses, y compris de nous-mêmes, tout en nous entraînant à trouver et à garder notre équilibre le mieux que nous pouvons ». Par la pratique régulière de la méditation de pleine conscience, l’athlète apprends, par exemple, à conscientiser ses activités mentales et à se rendre compte qu’un nombre massif de pensées apparaît chaque jour dans le cerveau. De ce fait, gérer toutes ses pensées n’est pas aisé, surtout si elles apparaissent lors des compétitions et qu’elles sont liées à du jugement ou de l’autocritique (cet ego qui parle dans votre tête…). Heureusement, plus la personne apprend à reconnaître et accepter les pensées pour ce qu’elles sont et non à les percevoir comme une vérité pure, plus la personne va se détacher de ces dernières. La personne va ainsi lâcher prise avec les pensées qui pouvaient la faire perdre pied et être davantage en capacité de poser son attention dans l’instant présent et de se concentrer sur ce qu’il y a de plus pertinent pour sa performance. Le détachement des pensées amène la personne à prendre soin d’elle-même car la puissance de frappe des pensées limitantes va s’amoindrir. Concrètement, prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance. Ceci nécessite encore de l’entraînement, ne l’oublions pas. Répéter, grâce à l’application Petit Bambou par exemple, des séances de méditation de pleine conscience chaque jour, provoque à long terme, des bienfaits psychologiques pour la personne pratiquante.

En guise de conclusion, je souhaite préciser que la psychologie est une science abstraite. Le cerveau de l’être humain est complexe, et ses activités le sont tout autant. Il n’y a donc pas de solution miracle dans les champs de la psychologie et de la préparation mentale. Travailler vos habiletés mentales en jouant et en méditant demande de l’entraînement et un engagement personnel profond. Mais ne dit-on pas que le JEU en vaut la chandelle ? Alors, foncez vers vos objectifs, mais n’oubliez pas de prendre soin de vous 😊

Exercice d’autocompassion : S’écrire une lettre.

Cet exercice est tiré de ma pratique d’autocompassion lors du programme MSC (mindful self-compassion). Chacun a en lui ce quelque chose qu’il n’aime pas ; une fragilité, une peur, quelque chose occasionnant de la honte, ou le fait se sentir pas assez bon. Je vous propose de réfléchir à quelque chose à propos de vous qui vous fait vous sentir mal (une peur, une habitude malsaine, votre apparence, etc). Lorsque votre situation est choisie, écrivez une lettre comme si vous discutiez avec un ami très cher se débattant dans une situation semblable à la vôtre. Quel mot de compassion et de soutien lui offririez-vous ? Ensuite, lisez la lettre et appliquer ces mots à vous-même.

Pour vous aider :

1. Choisir une situation amenant de l’inconfort ou du stress
2. Ecrire précisément les pensées qui apparaissent lors de cette situation, les émotions qui les accompagnent et les manifestations corporelles (lucidité).
3. Répondre à cette question : Quels conseils je donnerais à un proche rencontrant cette situation ?
– Classer les conseils par ordre de préférence

4. Ecrire la lettre

Mot d’ordre : Indulgence. Cet exercice n’est pas forcément facile à première vue. Ecrivez, faites des brouillons, recommencez, mais surtout, soyez indulgent avec vous-même. Il n’y a pas de performance. Ce sont juste vos mots, pour vous faire du bien, en cas de besoin.

5. Lire votre lettre chaque fois que vous en ressentez le besoin.

 

Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels en préparation mentale,

FOCUS CONSULTANTS

 

Bibliographie :

Kabat-Zinn, J., & André, C. (2009). Au coeur de la tourmente, la pleine conscience: MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness: programme complet en 8 semaines. De Boeck.

Neff, K. D. (2011). Self‐compassion, self‐esteem, and well‐being. Social and personality psychology compass, 5(1), 1-12.

L’anxiété : Un puzzle complexe

Comprendre l’anxiété et la gérer, un long chemin qui vaut la peine d’être parcouru.

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