L’estime de soi et « Le secret des performants »

Je suis un adepte inconditionnel de l’effet que procure le message d’un livre. Celui de Fanny Nusbaum, « Le secret des performants » ne m’aura pas laissé indifférent. Je l’ai adoré comme j’avais apprécié son livre précédent : « les philo-cognitifs ». Parce qu’il est novateur. Parce qu’il bouscule les codes en parlant différemment de l’intelligence. Parce qu’il offre des perspectives nouvelles pour être en état d’intelligence et, par conséquent, être performant. Parce qu’il témoigne de l’indispensabilité d’être dans un écosystème qui nous correspond pour exposer ses capacités et performer. Parce que ce livre décrypte les piliers des performants, à savoir : l’énergie, la conscience et les émotions. Parce qu’il m’a mis quelques claques personnelles aussi. Je ne pouvais que vous le partager en me proposant de faire un pont entre « Le secret des performants » et l’estime de soi.

Définition de l’estime de soi

« Ce qu’un homme pense de lui-même, voilà ce qui règle ou plutôt indique son destin. » Henry David Thoreau

La préparation mentale vient toucher au cœur de cette habileté psychologique de base. Estimer, c’est déterminer ou attribuer de la valeur à quelque chose, l’évaluer, la juger, l’apprécier. L’estime de soi se résulte de la comparaison entre l’image de soi et le soi idéal. Plus l’écart est grand, moins l’estime de soi est élevée. L’image de soi est la représentation de soi-même à travers vos attributs physiques, vos qualités intellectuelles, vos habiletés sociales et vos caractéristiques affectives. Elle se construit à partir des expériences, des réussites, des échecs et de ce que les autres pensent et disent de vous. L’image de soi est donc ce que vous êtes ou ce que vous pensez être tandis que le soi idéal est ce que vous souhaitez être ou ce que les autres souhaiteraient que vous soyez.

Les facteurs d’influence négatifs de l’estime de soi

Dans ce monde où chacun a un avis sur tout, tout en ne sachant pertinemment que peu de choses, l’estime de soi peut être ébranlée chaque jour. « Ça c’est bien », « ça ce n’est pas bien », « lui il n’aurait pas dû faire comme ça ». Blablabla… Effectivement, l’estime de soi peut être affaiblit par les « influences sociales » (#réseauxsociaux). Ces influences sociales sont représentées par votre statut, vos performances, votre apparence ou encore la soif de pouvoir. Ces influences sociales viennent ainsi bousculer l’ego et l’identité personnelle rattachée. Certaines manifestations visibles vont alors apparaître : Se conformer pour se faire accepter et apprécier, se comparer aux autres, se donner raison et donner tort à l’autre, vouloir être le meilleur à tout prix, réagir émotionnellement de manière disproportionnée, etc. L’autre grand influent de l’estime de soi est le passé (l’éducation, les événements de vie, etc.). Des personnes, des mots, des situations, ou encore des images peuvent vous avoir marqué au fer rouge. 

Selon le niveau d’impact négatif de ces facteurs d’influence, cela peut aller jusqu’à engendrer « une obsession de soi, des tensions intérieures, du négativisme, et le déclenchement de mécanismes de défense pour protéger l’estime de soi ». La question qui revient en boucle chez les personnes en manque d’estime de soi est : Suis-je assez ? Assez grand, assez fort, assez sensible, assez intelligent, assez technique, assez compétent, etc… Il règne une sorte de quête d’idéal normative et de perfection qui va, à petit feu, allumé en vous un sentiment d’anormalité. Un sentiment qui dévore s’il n’est pas reconnu pour ce qu’il est. Vous verrez plus loin dans cet article que les performants ne sont pas de cette trempe et qu’ils inspirent davantage qu’ils ne se laissent influencer. Et ce, même malgré le fait que leur passé ait créé des blessures personnelles. Sachez qu’il n’est pas obligatoire d’avoir une haute estime de soi pour performer. Certains performent justement dans l’idée de combler une faille.  Mais leur ego est tranquille car ils sont animés différemment. Ils sont passionnés. Peu importe leur niveau d’estime de soi, les performants agissent avec passion. C’est ce qui donne du sens à leur vie.

Une quête

Spécifiquement, rien ne différencie l’estime de soi et la performance. Les deux sont liées par une quête. Une quête où vous souhaitez tirer le meilleur de vous-même. Les quêtes de l’estime de soi et de la performance sont devenues monnaies courantes aujourd’hui. Mais une quête extrême peut être contre-productive. Plus l’athlète se centre sur l’ego, plus l’estime de soi est instable. Et plus l’athlète se centre sur l’ego, moins il sera performant. Autrement dit, en vous centrant à l’extrême sur vous-même, vous cherchez à défendre votre image par des mécanismes de défense dysfonctionnels (évitement, retrait, déni, projection, fantasmes, compensation, etc.). Cela vous coupe du reste du monde. Un juste équilibre s’impose.

L’estime de soi nécessite de se comprendre et de s’accepter dans un premier temps, puis de s’oublier dans un second temps. C’est le même principe pour atteindre un état de performance. Et c’est ce que Fanny Nusbaum propose à travers deux temps : le temps du conditionnement et le temps de concrétisation. En sport, comprenez-les comme le temps d’entraînement et le temps de compétition. Le premier permet de vous centrer sur vous-même pour développer la connaissance de soi et mettre en place des stratégies, tandis que le second permet de s’oublier en agissant pleinement et efficacement. Ces deux temps vous permettent d’aller vers l’état de performance, c’est-à-dire d’être en état d’intelligence. Jusque à ce jour, il était plutôt question d’associer l’intelligence avec les capacités de raisonnement. Mais selon Fanny Nusbaum, l’intelligence est un état qui regrouperait trois catégories de capacités : le savoir-être (la personnalité), le savoir-faire (les aptitudes) et le savoir (le raisonnement). Pour être en état d’intelligence, il faut donc être capable de mettre en pratique l’ensemble de ces capacités et de les exposer aux yeux de tous dans un écosystème choisi.

Temps du conditionnement

Pour entrer en état d’intelligence et donc de performance, il vous faut identifier votre écosystème dans lequel vous allez pouvoir révéler vos capacités. Voilà un premier pas important pour l’estime de soi. Cet écosystème fait écho à l’histoire que vous avez choisie de vous raconter. Cette histoire qui vous fait rêver et qui vous pousse à vous dépasser. Construire son propre mythe comme dirait Fanny Nusbaum. Comme le dit l’expression d’Albert Einstein, « Si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » Ce pauvre poisson aura une bien mauvaise estime de lui-même dans cet écosystème. C’est la même chose pour vous en tant qu’athlète. Vous devez vous sentir à votre aise dans l’écosystème dans lequel vous évoluez (le club, le staff, les partenaires, le lieu d’entraînement, la compétition, etc.). C’est un écosystème physique, environnementale mais aussi psychologique. Il permet d’apprendre sur soi, d’être compris par les personnes qui partagent cet écosystème, de s’apprécier à sa juste valeur et d’agir, peu importe la pression exercée par l’environnement. Un écosystème juste pour soi est un écosystème dans lequel vous pouvez vous exprimer réellement et efficacement. Cela vous permettra de connecter vos deux systèmes cognitifs plus facilement.

Les deux systèmes cognitifs

Explication : Fanny Nusbaum s’inspire des travaux de Daniel Kahneman sur les deux systèmes cognitifs de pensée. Elle nous fait comprendre comment pense et agit un performant à travers les système 1 et 2. Retenez simplement dans un premier temps : Système 1 = inconscience (90% de nos comportements sont régis par cette activité cérébrale inconsciente) et système 2 = conscience (10% de nos comportements sont régis par cette activité cérébrale consciente). J’associerai le temps du conditionnement au système 2 et le temps de concrétisation au système 1. Voyons maintenant leurs caractéristiques respectives.

Lorsqu’une personne est en état de performance, elle est régie par le système 1. Non pas qu’elle n’a pas travaillé le système 2, bien au contraire, mais elle ne s’attarde pas à trop réfléchir. Elle procède inconsciemment, Elle agit de manière intuitive et prend des décisions rapidement, sans se préoccuper du regard des autres. En état de performance, le système 1 met l’ego de côté pour être pleinement dans la tâche. C’est notamment dans ce système que l’athlète peut être en contact avec le flow, cet état de grâce où tout se déroule avec fluidité et efficacité.

Le système 2 est, lui, dans la réflexion, l’analyse, la rationalité. Il agit de manière consciente et est plus coûteux en énergie. Il fonctionne au ralenti, avec méthode et contrôle. Il est dans l’anticipation et la planification. Il calcule les risques. Il a donc un côté important pour la performance. Il a également ce point positif de permettre à chacune et chacun de faire une mise au point sur soi et de prendre du recul. Cependant, les athlètes qui restent trop longtemps dans ce système perdent la connexion avec le monde. Ils pensent trop et ne savent plus comment agir. En étant toujours dans le contrôle de leurs pensées, émotions et comportements, ils ne savent plus comment être dans la tâche. Ils restent centrés sur leur ego et ne se laissent pas emporter par la vague de l’inconscient. Une estime de soi fragile peut être pris au piège de ce système 2. A trop être dans la quête du soi et à penser à l’image que vous renvoyez aux autres, vous restez trop contrôlants, analysez tout le temps et anticipez à outrance.

Les pensées automatiques

Des pensées automatiques sont des pensées/images mentales spontanées, survenant rapidement, émotionnellement chargées et considérées comme valides par le sujet. Elles se présentent sous formes d’interprétations, d’instructions et de prédictions. Lorsque nous travaillons sur l’estime de soi en préparation mentale, l’athlète est régulièrement sujet à des pensées automatiques (système 1) qui lui font interpréter négativement des situations. Ce qui l’empêche d’agir ou de réagir de manière fonctionnelle. L’objectif du préparateur mental est de ramener l’athlète dans le système 2 pour prendre conscience des pensées automatiques dysfonctionnelles du système 1, les analyser et les restructurer/reconditionner pour qu’elles retournent dans le système 1, cette fois-ci modifiées, positives et efficaces. Pour essayer de le dire plus simplement, si vous habituez votre cerveau à vous confronter à la réalité et aux situations de stress, cela deviendra une réaction automatique. Car le système 1 « pioche dans une base de données liées aux expériences passées et fais des statistiques pour établir les bonnes conduites. »

Prenons un exemple. Dans le cadre du Padel (Je précise : Padel = le sport de raquette, sinon, vous n’allez pas comprendre que je parle de set perdu alors que vous vous imaginez en train de pagayer sur l’eau). Vous perdez le 1er set assez sèchement. Le double en face de vous est très fort et vous ne trouvez aucune solution durant le 1er set. Votre partenaire est plus à l’aise et essaie de trouver des solutions pour vous, sans succès. Vient alors la pensée automatique : « Je suis nul, et tout le monde le voit ». Dure pensée pour l’estime de soi ! Vous prenez pour argent comptant cette pensée, et devenez au fur et à mesure, apathique. Inconsciemment, cette pensée vous a laminé le moral et votre détermination.

Comprenez donc que le système 1 est important pour l’état de performance si, et seulement si, il n’est pas parasité par des pensées automatiques dysfonctionnelles, entraînant elles-mêmes des réactions émotionnelles et physiologiques dysfonctionnelles. Comme il a été écrit un peu plus haut, vous prenez pour argent comptant vos pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. Vous les écoutez comme vous écoutez ces personnes faisant preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid). Faire un pas de côté est de ce fait la meilleure alternative pour mieux comprendre. Le système 2 peut vous y aider. Il est ce temps d’entraînement et ce travail de précision nécessaire pour peaufiner votre art (physique et psychologique). Il est ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Il va être utile à l’estime de soi en se centrant sur la connaissance de soi et l’acceptation de soi au travers de différentes techniques maîtrisées par le préparateur mental. Pour ma part, j’utilise des techniques issues de la méditation de pleine conscience, de l’intelligence émotionnelle et de la psychologie positive. Cela permet de travailler sur la régulation des émotions, le non-jugement, la prise de conscience des pensées et émotions à l’instant T mais aussi de prendre soin de soi grâce à l’autocompassion. Le système 2 va également être utile indirectement à l’estime de soi car il vous aide à anticiper et planifier vos actions pour que cela devienne fluide le jour-J. En travaillant la mise en place de routines et des exercices d’attention/concentration, vous donnez le contrôle nécessaire dont votre cerveau a besoin pour pouvoir mieux vous oublier le jour de la compétition (Et ainsi faire taire votre ego car vous ne serez plus centré sur le regard des autres mais purement sur ce que vous faites). Votre estime de vous-même vous en remercie !

Comme je le répète régulièrement en préparation mentale, ce temps du conditionnement nécessite de la patience et de l’engagement. Il se révèle complexe. Mais, comme le cite Fanny Nusbaum, « pour aller vers la simplicité, il faut commencer par la complexité. La simplicité, c’est l’art de toucher juste dans le temps et l’espace. »

Temps de concrétisation

« La performance s’impose ainsi comme le niveau ultime de l’intelligence, celui ou les capacités sont magnifiées au travers d’une action vers l’éternité. » fanny nusbaum

« J’aime le regard habité d’une personne en performance. Et la fluidité avec laquelle tout se compose, tout s’assemble à travers elle. Cette sensation que cet individu est en train de créer l’évidence. C’est un spectacle enchanteur, merveilleux au sens premier du terme : quelque chose se passe qui a à voir avec la magie, et assez peu avec la raison. » Ces mots sont toujours ceux de Fanny Nusbaum. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai vu la performance du biathlète, Emilien Jacquelin, couronné champion du monde pour la deuxième année consécutive le 14 Février 2021 dernier. A la suite de cette performance, il a livré les mots suivants :

« Quitte à finir deuxième, je préfère une course où j’ai pu attaquer et faire le spectacle, qu’une course où je suis bridé et je ne fais pas les choses à ma manière. C’est comme ça que je me fais plaisir, même si des fois, ça me fait manquer de régularité. Mes tirs peuvent sembler dangereux mais je peux vous assurer qu’aujourd’hui (dimanche 14/02/21), c’était tout en contrôle. À vouloir freiner des fois ce côté naturel, je m’y perds. Ça a été le cas sur plein de courses. Quand on laisse faire le naturel, c’est parfois mieux que quand on veut bien faire les choses. » « Je dois rester moi-même plutôt que d’imiter Martin (Fourcade, ndlr) en faisant un tir plus calme

A travers ses mots d’après-course, nous retrouvons le triptyque de la performance : hyperactivité, autonomie émotionnelle et conscience totale. En les reprenant respectivement un par un, vous comprendrez que ce trio est une ode à l’estime de soi.  

L’hyperactivité

Emilien Jacquelin ne s’est pas posé de questions. Et cela s’est vu sur la vitesse d’exécution de son tir supersonique (cf. vidéo en fin d’article : Notamment à 4,20, pour son dernier tir). Comme il le dit, ses tirs ont pu paraître dangereux aux yeux du grand public. Effectivement, d’un œil extérieur, le téléspectateur peut avoir peur que l’athlète fasse preuve d’impulsivité et prenne des risques inconsidérés en ne se montrant pas assez prudent dans ses choix. Mais « la peur est l’amie de la raison ». Et il n’y a pas de place pour la rationalité dans les performances. Emilien Jacquelin, lui, s’est laissé guider par son inconscient. C’est justement cette impulsivité qui l’a amené vers un état de performance « hors norme ». Il a pensé et agit vite, avec intuition et surtout, sans se prendre la tête à se dire mentalement : « Et si… » ou « Oui mais imagine tu rates… » Le système 1 a fait son travail de pilotage automatique. C’est ce qui lui a donné ce sentiment de contrôle.

Du point de vue de l’estime de soi, Emilien Jacquelin n’est pas tombé dans le piège du système 2 : la peur du regard des autres. Une performance doit être approuvée par les autres pour qu’elle soit qualifiée en tant que telle. Cette recherche d’approbation mène régulièrement à la peur lorsqu’elle reste trop longtemps en conscience. De son côté, Emilien Jacquelin est entré en résonnance avec le « grand tout » et a su s’oublier pour être en état de performance, sans pour autant transiger avec ce qu’il est. Il a choisi de ne pas se prendre pour un autre et de ne pas imiter la technique de tir de Martin Fourcade. Il s’est exposé de manière authentique en tirant à sa manière. Il n’existait plus de bonne ou de mauvaise méthode de tir. Plus de notion absolue de bien et de mal. Pas de fonctionnement par principe. Il s’est ouvert à la nouveauté et seule sa propre méthode a vu le jour lors de ce sacre mondial. Il a préféré rester lui-même et prendre des risques pour ressentir ses propres limites. C’est le courage et l’audace d’un performant. Il va de l’avant en toute circonstance. Cela a habillé sa performance d’une élégance à l’état pure. C’était beau, et limpide.

L’autonomie émotionnelle

L’essence même de la motivation d’un performant est la passion. La passion de faire. La passion de ressentir des émotions fortes. Peu importe qu’elles soient agréables ou désagréables, tant qu’elles fassent parti de l’aventure pour atteindre l’objectif. Le performant ne rejette pas la douleur car elle fait du chemin. C’est ce qui s’appelle de la « bonne souffrance ». Il y règne une certaine forme de maîtrise puisque vous êtes le maître à bord pour aller plus loin dans vos efforts et votre capacité à persévérer. Pousser le curseur, encore et encore, outrageusement.

Le performant aime avoir le sentiment que ses émotions soient issues de ses propres comportements, et non dictées par son environnement. Que ces émotions lui donnent cette forte impression d’exister et d’être libre de ses choix. Il est dans l’action et se lance des défis quotidiennement. Il ose. Il s’engage. Il dicte ses propres règles. Comme Emilien Jacquelin lors de son tir. Du point de vue de l’estime de soi, cela lui permet de prendre confiance et de s’affirmer.

Les contradictions

Le performant prend soin de son estime en ayant conscience de ses contradictions. Cela lui permet de s’ouvrir à un panel plus large d’émotions plutôt que d’y résister. L’exemple de l’athlète perfectionniste résume très bien cette idée. A partir du moment où l’athlète comprend qu’il peut se montrer à la fois excellent lors d’une compétition mais aussi moins bon lors d’une autre compétition sans que cela écorche l’image de soi, alors l’athlète devient un peu plus libre. Car il aura accepté cette part de contradictions faisant parti de la nature humaine. L’athlète perfectionniste voit souvent cela comme de la résignation. Il s’inquiète de se laisser aller à la médiocrité. Mais ceci est faux. L’acceptation de vos contradictions développe votre flexibilité mentale car vous développez votre capacité à lâcher-prise sur ce qui n’est pas essentiel ou ce qui n’est pas maîtrisable. Cela vous offre l’opportunité de vous concentrer à nouveau sur l’essentiel, autrement dit la tâche. Etre capable de s’émanciper du regard des autres et de cette idée saugrenue de l’idée bien lisse et parfaite de soi n’est pas chose aisée, je le reconnais volontiers. Mais ne pas s’extraire mentalement des pièges du perfectionnisme a pour conséquence de laisser la place à une rigidité et une fatigue mentale. Ceci empêchant alors toute possibilité d’entrer en état de performance. Un moment parfait ne fera jamais de vous une personne parfaite. Et le performant le reconnaît. Il préfère se montrer entier et authentique plutôt que parfait. C’est ce qui le fait entrer dans ce flow. Il est important d’adopter une hauteur de point de vue par rapport à l’histoire que vous vous racontez. Oui, vous êtes bel et bien porteur de nombreux paradoxes et votre identité n’est qu’une construction personnelle. Vous pouvez être une personne perfectionniste. Cela a ses bons et mauvais côtés, comme toutes choses. Mais vous n’êtes pas seulement cela. Le reconnaître fait du bien à l’estime de soi. Et savoir rire de soi, sans se dénigrer, est un excellent moyen pour accepter ses contradictions.

L’échec

Que le performant attribue son échec à des causes extérieures ou intérieures, qu’importe, il le place surtout comme un élément faisant parti du jeu et de l’aventure. Lorsqu’un échec pointe le bout de son nez, le performant fait le choix de ne pas se comporter en victime. Il ne légitime jamais sa souffrance. Peu importe le niveau d’estime de soi. Il préfère enlacer la difficulté. Il est ouvert aux émotions et situations désagréables. L’athlète performant peut être en proie au doute, mais il ne l’écoute pas plus que nécessaire. C’est ce qui fait sa force. Il se relève sans se morfondre car chaque obstacle est perçu comme un nouveau défi. Quoi de mieux pour l’estime de soi que d’optimiser une situation difficile pour chercher à progresser ? Pour les personnes en déficit d’estime de soi, il est clair que l’échec peut représenter un mal absolu. Travailler sur la vision de l’échec sera donc la meilleure option pour le préparateur mental et la meilleure solution pour l’estime de soi de l’athlète.

La conscience

Souvenez-vous : L’estime de soi peut être influencé négativement par le passé. Lorsque le performant ne se préoccupe plus de ce qu’il y a derrière lui, il protège l’estime de soi de bien de tracas et peut aller de l’avant.

En faisant table rase du passé, le performant est focus sur le moment présent, en pleine conscience. Il est pleinement centré sur la tâche et non sur l’ego. Il est connecté avec le « grand tout ». Comme Emilien Jacquelin. C’est ce que Fanny Nusbaum appelle la conscience totale. C’est l’association des trois consciences : intérieure, diffuse et sélective. Cette recette miracle et cérébrale permet d’être en lien avec soi et ce qui se déroule autour de soi en fonction d’un objectif à atteindre. La conscience intérieure correspond au système 1. Cette conscience intérieure « favorise le contact avec soi-même, ses besoins, ses désirs ». C’est typiquement le réseau de l’imaginaire et de la pensée associative. Cette conscience intérieure permet de penser différemment, hors des normes. Elle permet de se raconter une histoire, en secret, sans que personne ne vienne la contredire. Elle est à l’origine également de l’imagination des fameux scénarios catastrophes que vous créez mentalement lorsque la peur prend le dessus. La conscience intérieure laisse les pensées vagabondées, sans chercher à les contrôler. Si elles sont associées à l’objectif élaboré du système 2, tout va bien. Car elles s’apparentent alors à un ensemble de pensées décomplexées, éloignées de toutes influences. D’où l’importance de la conscience sélective. Celle-ci correspond au système 2. Elle permet de sélectionner les informations pertinentes pour atteindre un objectif et de fonctionner séquentiellement, étape par étape. Elle permet à l’athlète de savoir exactement où aller et comment y aller. La mise en place de routines est un excellent travail pour la conscience sélective. Les biathlètes pratiquent eux-mêmes un sport séquencé : Ski – tir – ski – tir – ski. Quoi de mieux pour la conscience sélective !

Enfin, la conscience diffuse joue son rôle d’intermédiaire entre la conscience intérieure et la conscience sélective. Elle permet de percevoir en soi et autour de soi des informations qui pourraient être importantes pour votre conscience sélective. Elle est selon Fanny Nusbaum, une conscience sans conscience. Sans nous en rendre compte, cette conscience est en alerte permanente pour nous permettre d’identifier des informations utiles à notre objectif et à notre sécurité. La conscience diffuse joue donc un rôle important dans l’état de performance car elle permet de fusionner la conscience intérieure et la conscience sélective en une conscience totale. Cette conscience totale permet de prendre des décisions rapidement et d’être fluide dans ses actions (système 1), tout en sélectionnant les informations pertinentes pour atteindre l’objectif planifié (système 2). Et pour l’estime de soi, la conscience totale est vectrice de liberté.

Conclusion

« La performance se pose, en effet, comme un savant mélange d’interconnexion avec le monde et de voyage en soi. » Fanny Nusbaum

A travers cet article, j’ai souhaité créer un pont entre les caractéristiques d’un performant et l’estime de soi. Que le performant ait un niveau d’estime de soi faible ou élevé, là n’est pas l’important. Les performants nous montre que la passion donne davantage une raison d’être que la quête extrême lié à l’estime de soi. La passion pousse le performant à vouloir réussir quelque chose de plus grand pour transcender la peur de la mort. Leur souhait est de laisser une trace après leur passage. Ces envies de grandeur, plus que de bonheur, les caractérise fortement. Je ne sais pas si l’humilité les caractérise. Peut-être. Car ils savent souvent reconnaître leur zone de progression. Cette faculté à rester humble est très importante pour l’estime de soi et doit le rester chez les performants. André Comte-Sponville l’écrit très bien : « L’homme humble ne se croit – ou ne se veut – pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire – ou de se vouloir – supérieur ». L’ego pousse à essayer de se faire plus grand que les autres. Et je ne crois pas que ce soit la flamme qui anime le cœur du performant passionné. En tous les cas, je ne l’espère pas. Car il y aura toujours meilleur que soi. C’est purement le cycle de la vie.

Je crois que s’inspirer de la nature des performants est une clé pour l’estime de soi. Parce que cela peut vous permettre de comprendre que la tâche est plus importante que l’ego. Parce que trouver une activité qui vous passionne peut permettre de développer l’estime de soi. Parce que développer les deux systèmes cognitifs peut vous offrir la possibilité de prendre soin de vous et de vous oublier également. Parce que vous avez ces capacités et que vous pouvez les mettre en place en trouvant votre écosystème qui vous est propre. Parce que vous pouvez être en état d’intelligence et porter un regard nouveau sur vous-même. Parce qu’il y a tant d’autres raisons que je pourrais écrire. Mais cette partie se nomme conclusion et elle est déjà trop longue. Alors je m’arrête, et vous laisse découvrir par vous-même comment « Le secret des performants » peut être un tremplin pour l’estime de soi.

Pierre Guillet, préparateur mental

Pour le plaisir des yeux :

(A 4,20) : Le résumé vidéo du titre de champion du monde d’Émilien Jacquelin en poursuite – L’Équipe (lequipe.fr)

Mon attention est focalisée sur mes objectifs et je fais abstraction du reste.

Nouvel article, écrit pour Focus, L’école de Préparation Mentale sur le thème de l’attention/concentration !

➡️ Alors comment pouvez-vous apprendre à vous concentrer ? Quels sont les freins de l’attention et comment les reconnaître ? Comment focaliser votre attention sur ce qui est pertinent pour votre bien-être et votre performance sportive ? Vous trouverez toutes les réponses à ces questions dans cet article ! (Lien ci-dessous).

Mon attention est focalisée sur mes objectifs et je fais abstraction du reste (focus-formations.com)

✏️ Article utilement et joliment illustré par Sur les murs (Nathalie Latrille)

Bonne lecture !

Pierre Guillet, préparateur mental

Le perfectionnisme (2/3)

En psychologie du sport, il existe deux types de perfectionnisme : le perfectionnisme fonctionnel et le perfectionnisme dysfonctionnel (ou névrotique). Ces deux formes de perfectionnismes se chevauchent et viennent influencer l’une et l’autre chez un même athlète. Vous avez pu identifier les caractéristiques et pièges du perfectionnisme dysfonctionnel dans le premier article. Dans l’article suivant, vous retrouverez la face positive du perfectionnisme et ce qui le caractérise. Lorsque les athlètes perfectionnistes sont centrés sur ce côté fonctionnel, leur santé mentale est davantage préservée. Ils progressent dans une atmosphere intèrieur plus sereine.

Quel est le rôle de l’effort, et de la conscience ? Quelles sont les stratégies adoptées par rapport au profil dysfonctionnel ? Quelles conséquences cela a-t-il sur les émotions ? Quelle est finalement la base de la pratique du perfectionniste ? Ce sont autant de sujets liés au perfectionnisme fonctionnel que vous allez découvrir.

Le perfectionnisme fonctionnel

Don’t worry, be happy

Le perfectionnisme dysfonctionnel prenant généralement le dessus, je vois plutôt le perfectionnisme fonctionnel comme la partie immergée de l’iceberg. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’intellect ce que le perfectionnisme fonctionnel est au cœur et à la confiance. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’ego ce que le perfectionnisme fonctionnel est à l’expérience. Il faut apprendre à canaliser le premier pour permettre au second d’éclore. Il faut apprendre à se désidentifier de l’ego pour être une nouvelle personne, à chaque instant. Car non, l’ego, ce n’est pas vous, bien qu’il vous fasse penser le contraire. Un sentiment d’harmonie se crée à cet instant.

« Il ne faut pas se leurrer. Je sais que je serai toujours tendu comme une arbalète avant un match et frustré comme personne à la fin. Mais au moins, je commence à percevoir le monde tel qu’il est et la place que j’y occupe. Je vois qu’il y a quelque chose de plus profond, de plus important et de plus durable que le jeu ou que moi-même. » Jonny Wilkinson

Sur ce versant du perfectionnisme, vous avez un goût prononcé pour l’effort, le progrès, la recherche de solutions, dans l’espoir de réussir. Cela génère un sentiment de confiance de soi, utile pour aller vers de petites et grandes réussites. Ces dernières alimentent au fur et à mesure le sentiment de confiance en soi. Bonjour cercle vertueux. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de cette dernière, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux pour vous. Mais vous faites le choix de l’expérience plutôt que la connaissance pure, parfois illusoire. L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement dû à la détresse émotionnelle ne fait plus parti du vocabulaire. L’instinct premier est d’être dans l’effort sans se remettre en question de manière globale. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement. Cette notion d’effort démarre très tôt dans votre vie, comme le déclare Jonny Wilkinson : « La plupart des garçons essaient une fois ou deux puis il passe à autre chose, que la balle passe, ou pas. En ce qui me concerne, je ne peux pas me contenter de ça. Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. »

La conscience

« Je comprends que je suis en train de me connaître de façon plus intime, en d’autres termes, j’approche ma spiritualité et cela est plus important que de m’épanouir sur un terrain de rugby. Et, ce n’est pas trop tôt, je commence à reprendre des forces, tout en découvrant une infime partie de moi-même dont j’ignorais tout. » Jonny Wilkinson

Je pense que je ne parlerai jamais assez de la conscience que vous mettez dans vos actions, accompagnées de vos intentions. L’inconscience est pertinente pour des gestes automatiques, qui vont faciliter la performance. Mais elle est aussi source de grand désarroi lorsqu’il s’agit des pensées et émotions vous faisant agir n’importe comment, sans que vous ayez le sentiment de contrôler quoi que ce soit. Amener de la conscience dans ce que vous faites, c’est faire le choix de poser votre attention sur ce qui est bon et utile pour vous. Vous n’êtes pas guidé par des pulsions de l’ego puisque vous êtes le maître à bord. Jonny Wilkinson fut stupéfait lorsqu’il pris conscience de ses pulsions liées à l’ego :

« Quel choc. Quelle incroyable pensée. Je comprends si bien. Surtout si je rapporte cela au rugby. Avant les matchs, je me soucie de ce qu’il va bien pouvoir arriver et de tout ce qui pourrait aller de travers, ainsi que de mon besoin de perfection. Mais je ne me sens pas mieux pour autant. Je me tue à réfléchir en boucle sur ce que j’aurais dû faire de mieux et comment cela aurait pu changer le cours du jeu. »

La conscience vous permet d’amener votre attention sur l’effort que vous produisez. Vous êtes dans le défi plutôt que dans la peur. L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. L’effort se moque de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. L’effort se mélange avec les éléments et est pleinement focus grâce à vos sens en éveil. Ces derniers sont orientés vers la pratique, pas vers des scénarios catastrophes. L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes, pas pour ce que les autres veulent que vous soyez. Vous n’êtes plus inquiet de ne pas atteindre la perfection. Vous vivez l’expérience et ne résistez plus aux tourments de l’ego.

Les stratégies d’adaptation

« J’aspire toujours à la perfection parce qu’elle me donne la possibilité d’être au-dessus des autres sur le terrain. Je comprends mieux que je ne suis pas parfait et je m’y fais très bien désormais. » Jonny Wilkinson

N’étant pas centré sur vos inquiétudes, vous faites preuve de flexibilité. En ce sens, la rigidité du perfectionnisme dysfonctionnel se transforme en une capacité d’adaptation chez le perfectionnisme fonctionnel. Le besoin de contrôle est toujours omniprésent, mais diriger d’une manière plus efficiente. Cela réside dans le contrôle de vos émotions, pour agir rationnellement. Les peurs sont identifiées et ne prédominent plus. L’estime de soi n’est pas fragilisé par les coups de boutoirs de vos jugements et vos autocritiques. Elle se stabilise grâce à une réorientation de votre attention vers ce que vous faites. Grâce à cela, votre valeur personnelle n’est pas remise en question à chaque fois que vous échouez. Vous vous connaissez davantage et cela fait la différence.

En termes d’objectifs, vous établissez, selon le modèle 2×2, des objectifs plus sains pour votre progression :

  • Approche-performance qui est votre motivation pour démontrer une compétence normative (par exemple, atteindre 95% de réussite en pénalité en match)
  • Approche-maîtrise représentant votre motivation pour atteindre une compétence absolue ou intrapersonnelle (par exemple, maîtriser le coup de pied à 45m des poteaux).

Concernant les objectifs, Jonny Wilkinson répertoriait tout dans un cahier. Lorsqu’il était enfant, ses objectifs étaient même illustrés par des dessins, modélisant ses pénalités entre les poteaux. Il prenait également des notes sur ce que les meilleurs joueurs faisaient pour les imiter. Comme il dit « Tout ce que je veux, c’est copier ce geste. Je sais que je dois taper aussi bien de mon pied droit que du gauche, je veux que ce soit aussi parfait. » Et il répétait les gestes, inlassablement. Avec un ballon, ou n’importe quel matériel qu’il avait sous la main. Ce qui comptait pour lui était de continuer à s’entraîner pour remplir ses objectifs élevés. Et vous, utilisez-vous un cahier pour mettre vos objectifs au propre, afin d’avoir une vision claire de ce que vous souhaitez réaliser ?

En bon perfectionniste, votre stratégie est aussi de préparer consciencieusement votre match ou votre compétition selon un ordre d’actions très précises. Car oui, votre esprit ne vous laisse jamais tranquille. Ces routines vous permettent de ne pas réfléchir ou cogiter sur d’éventuels scénarios catastrophes car vous êtes pleinement focalisé sur ce que vous êtes en train de faire à un instant T. Ces routines vous donnent des repères mentaux, physiques, et environnementaux et vous permettent d’agir sur ce que vous pouvez contrôler. Chaque action, qu’elle soit mentale ou physique, est menée pour une raison précise. Votre souci du détail dévoilent un niveau de professionnalisme suscitant l’admiration chez les adversaires ou chez les fans. Vos partenaires ou entraîneurs ne sont, quant à eux, plus étonné de votre travail millimétré.

Les émotions positives

« Je veux en savoir plus sur moi-même, savoir pourquoi je me bats contre la terre entière au lieu d’en tirer parti. Pour arriver à cela, je réalise qu’il faut que j’apprenne à être plus en empathie, à assouplir mes opinions et mes jugements. » Jonny Wilkinson.

Vos jugements et autocritiques laissent place à quelque chose de plus sain. Sur ce versant du perfectionnisme, vous vous nourrissez d’affects positifs et êtes plus satisfait de la vie. Il ne s’agit pas de vivre dans un monde imaginaire de bisounours où vous vous efforcez de penser que tout va bien. Vous comprenez que votre vie d’athlète est faite de moments désagréables mais aussi de moments agréables qu’il faut savoir vivre pleinement. Être sur le terrain, se dépasser (seul ou à plusieurs), sentir le matériel dans ses mains ou dans ses pieds, ressentir l’ambiance d’un stade, voir le visage de ses partenaires ou de son entraîneur, etc. Ce sont des petits moments dont vous prenez à nouveau conscience car vous n’êtes plus centré sur votre ego. Vous ouvrez les yeux sur ce qu’il se passe autour de vous. Cette ouverture au monde et aux autres vous fait prendre une bouffée d’air frais. Le petit monde de l’ego, bien qu’utile pour donner un élan et la soif de victoire, n’a plus le pouvoir et ne vous emprisonne plus dans la croyance « Si je ne fais pas ça, ça ira mal. » ou « Les gens vont voir si j’échoue, il ne faut surtout pas que cela arrive. » Ces croyances, attirant une multitude de pensées, d’émotions et de comportements, sont reconnus comme des distracteurs et ne vous influencent plus. Les nombreuses sollicitations de ces distractions internes ne perturbent plus votre équilibre.

Les émotions positives passent également par votre discours interne, bien plus positif et prolifique. Vous n’êtes plus absorbé par la croyance que se dire des choses positives relève de la naïveté et de l’improductivité. Vous utilisez ce discours interne pour vous mettre en confiance. Vous connaissez les mots clés qui vous mettent dans une bulle de calme et de sérénité. Vous savez ce que vous devez écrire sur un petit bout de papier ou sur votre matériel pour insuffler un vent frais et positif dans chaque action que vous menez.

Conclusion : L’amour de votre pratique

« Tout le monde doit traverser une nuit obscure pour atteindre le lever du soleil ».

Il est vrai qu’en tant que préparateur mental, cette citation représente ma philosophie d’accompagnement. Vous amenez à avoir la capacité de toucher et vivre ce qui fait mal, mais également connaître ce qu’il y a de meilleur en vous. C’est ce qui réside dans le perfectionnisme. Avoir la capacité de comprendre son côté dysfonctionnel pour tirer le meilleur du côté fonctionnel. Toucher l’obscure peut être douloureux, mais nécessaire. Les pièges sont identifiés un à un, grâce à la conscience. Ces instants de conscience vous amènent à réfléchir et agir d’une manière neuve, qui vous ressemble un peu plus. Pour vous illustrer cela, j’ai fait le souhait de conclure sur l’essence de votre pratique respective. Dans un prochain article, je proposerai des pistes de travail pour les personnes perfectionnistes, souhaitant donner l’avantage au perfectionnisme fonctionnel.

« Quand vous tombez amoureux, tout est beau, car dans ces moments-là, vous ne posez aucune condition. Deux personnes se rapprochent l’une de l’autre inconditionnellement. » Osho

Inconditionnellement. Mot clé. Pas de condition ne signifie donc pas : « Je te donne cela, mais tu dois me donner cela en échange. » En sport, cela peut se construire sous la forme « Je me donne à chaque entraînement, je fais des sacrifices parfois, alors oui, toi mon sport que j’aime, tu dois me donner des résultats, sinon je serais malheureux et je t’abandonnerais. » Mais l’amour de votre pratique n’est pas ce chantage. Il est bien plus. Il y a de l’innocence pure dans ce que vous faites. Vous ne le faites pas pour quelque chose, vous le faites simplement. Parce que vous aimez juste faire cela. Lorsque vous tombez amoureux de votre sport, vous l’acceptez sous toutes ses formes. Vous acceptez les éléments qui l’entoure, le matériel utilisé, les sensations ressentis. De la douleur à la joie, vous faites l’expérience de ce que vous pouvez vivre dans une vie. Des situations difficiles aux joies personnelles ou collectives de s’être dépasser. L’amour vous construit en tant qu’homme et femme vers ce que vous êtes réellement. Il n’y a pas d’ego dans l’amour. Votre existence ne dépend pas de cet ego infatigable, qui en veut toujours plus, pour se complaire et être reconnu aux yeux des autres. L’amour de votre pratique est régie par l’humilité de comprendre ses zones de progression. Votre existence se lie à cet amour solitaire que vous menez avec votre sport. Mettez de l’intention, Vivez la spontanéité, ressentez la fraîcheur d’un bon matin d’entraînement, transcendez la douleur, dépassez vos limites, contemplez le sourire de vos partenaires, écoutez votre cœur mais également les conseils d’un entraîneur. Déployez vos forces. Accueillez votre vulnérabilité. Accepter de vous perdre en chemin. Laissez la peur, la tristesse ou la colère envoyer leur message naturel. Mettez à profit votre énergie. Prenez le temps d’être indulgent avec cette énergie. Parcourez le silence. Faites confiance à vos intuitions et votre sensibilité. Pensez moins. Cherchez moins d’explications. Allez de l’avant. Surfez sur vos défis. Jouez. Soyez vous-mêmes. Ceci est l’amour de votre pratique, le cœur de votre existence à un instant précis. Il n’y a pas de fin, pas de frontières, pas de conséquences d’un quelconque résultat. Il n’y a pas de jugements, juste un éternel recommencement. Il n’y a pas de chaînes, juste de la liberté.

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Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels, « Focus Consultants »

Combattre la propagation de l’ego en compétition

Article écrit pour Focus Consultants, apparu le 2 Mai 2020.

L’ego se dévoile très couramment lors des compétitions. IL est générateur de stress et conduit à des pensées et émotions pouvant venir perturber l’équilibre de l’athlète.  Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental.  Mais qu’est-ce que l’ego ?  Comment se manifeste-t-il et quels sont ses freins pour votre bien-être et votre performance ? Comment s’immuniser contre sa propagation et rétablir votre bien-être ?

Rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître. Lorsque vous êtes habité par une pensée ou une émotion, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de cette entité. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle décrit minutieusement dans son livre « Nouvelle Terre » et l’associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. »

L’ego et ses caractéristiques      

A travers le voile de notre perception, nous construisons notre identité de manière réductionniste et illusoire en nous identifiant directement à ce « Je ».  Cela signifie que plus nous nous identifions à nos pensées, à nos émotions ou encore à nos possessions (palmarès), plus notre identité utilisera ces identifications pour se renforcer. Or, ces identifications ne représentent pas ce que vous êtes « par essence », comme nous le mentionne Eckhart Tolle.

Pour vous citer un exemple, si Diego Schwartzman, tennis professionnel, s’était identifié à sa taille (1m70) dans sa pratique du tennis, il aurait réduit son identité à sa petite taille et n’aurait jamais pu atteindre le niveau mondial. Il ne s’est pas fait piéger par la pensée de type « Je suis trop petit par rapport aux autres joueurs de tennis pour être pro. » Voici ce qu’en dit le principal intéressé dans une interview : « Je dois encore améliorer beaucoup de choses car les joueurs plus grands sont plus puissants que moi, mais je ne pense pas à ma taille ou à celle de mes adversaires sur le court. J’essaye juste d’être concentré et rien d’autre. »

Notre ego, par l’identification (aussi appelé fusion dans la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement), peut représenter un danger pour nous-mêmes car sa caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente.

Sans nous en rendre compte, nous créons des rôles et des histoires aux travers de nos identifications. D. Schwartzmann se serait raconté une histoire en se disant qu’il est trop petit. Ces rôles sont joués pour répondre à la pensée inconsciente « je ne suis pas assez ». Plus important encore, nous prenons ces rôles très au sérieux, ce qui peut annihiler complètement le sentiment de légèreté. Votre sourire et votre optimisme à l’entraînement se volatilise en compétition. Comme si un orage allait éclater juste au-dessus de votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego personnel se compare aux autres.

L’ego se nourrit de la négativité. Autrement dit, lorsque vous fusionnez avec une pensée ou une émotion négative, vous la percevez comme partie intégrante de vous-même. Votre perception personnelle est réduite à cette identification (« Je suis trop petit », « je ne suis pas assez compétent », « Je ne suis pas fait pour ce sport vu mes résultats », « Je vais perdre contre cet adversaire, c’est sûr, il est trop fort », etc.). Vous prenez cette identification pour la réalité et vous êtes dans l’incapacité de prendre le recul nécessaire. Cette notion est très importante à comprendre. Vous n’êtes pas que le petit contenu de cette identification. Mais il vous persuade de l’inverse en vous possédant. En se répétant sans cesse dans votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego se compare aux autres. « Untel est plus adroit », « je ne serais jamais comme lui ou comme elle », « Elle va plus vite que moi ». Si ce besoin de comparaison n’est pas reconnu et que celui-ci dirige votre pratique sportive, cela devient dangereux. Vous en oubliez les fondamentaux de votre pratique. Travailler, progresser, échouer, réessayer, réussir, apprendre, comprendre, se connaître, se dépasser, faire avec ses capacités du moment.

A l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout.

Autre point important, l’ego est conditionné par le passé ou se projette dans le futur. Le moment présent n’est pas sa tasse de thé. Pourquoi ? Car à l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout. L’ego a cette facilité d’envoyer des petites pensées rappelant la dernière compétition qui s’est mal déroulée. Ou alors, sur ce qu’il peut se passer de moins bon lors de la prochaine compétition.

Pour terminer avec la présentation peu flatteuse du portrait de l’ego, notez qu’il est générateur de stress. Comme dit dans la méditation EGO/tâche du programme sport et mental sur Petit Bambou, l’ego « a la particularité d’activer nos défenses ». Ces défenses déclenchent des stratégies parfois inadaptées pour votre bien-être et votre performance.

Le virus de l’ego en compétition

La compétition est un lieu propice pour que le virus de l’ego se propage. L’ego déploie son régiment de pensées, d’émotions et de sensations corporelles associées. Il vous fait vous sentir différent de vos entraînements. Quelque chose cloche mais vous ne savez pas identifier encore ce qui vous possède, vous habite. Une bataille se met en place dans votre tête. Votre état vous déplait, mais vous ne savez pas quoi faire de cet état. Le fuir ne fonctionne pas, tromper le cerveau en se disant que tout va bien, non plus.  

Des « symptômes » somatiques font leur apparition la semaine précédant la compétition, et ce jusqu’au jour J.  Des symptômes tels que la boule au ventre, des petites bouffées de chaleur ou des tremblements. Le corps réagit à l’échéance qui va arriver. Vient également une agitation mentale qui se met doucement en place, jusqu’à parfois vous faire perdre quelques heures de sommeil. Des questions fusent, des images apparaissent, le désordre règne.  L’ego est en train de gagner du terrain secrètement, en posant un à un ses pièges.  

Cet ego est donc comme un virus qui se propage silencieusement lors de sa période d’incubation. Il s’installe, prend ses marques dans votre corps et votre tête. Il vient déséquilibrer l’édifice en déclarant des symptômes petit à petit.

Première clé mentale: Votre niveau d’attention (ou niveau de conscience)

Conscient d’être atteint par un virus, vous commencez à prendre soin de vous pour rétablir l’équilibre. Vous mettez en place de petites actions pour aller mieux. Et ce, dans l’espoir de ressentir à nouveau un certain bien-être général. Vous êtes l’acteur de votre rétablissement.

Avant ou pendant la compétition, votre responsabilité est de noter consciemment ce qui vous obsède(nt). Pourquoi pas en la mettant sur papier (si c’est avant la compétition bien sûr). Ecrire est l’une des actions principales que je préconise chez les athlètes que j’accompagne.  L’écriture permet de se poser avec soi-même, et de libérer des émotions au travers de mots. Une fois écrit, leur poids s’allège dans le cerveau.  Peut-être sont-ce des pensées liées la performance, à vos adversaires, ou bien encore sur le regard des autres. Peut-être vous rendrez vous compte d’un scénario catastrophe qui s’installe inconsciemment dans votre tête avec des « Et si… ». Ce scénario catastrophe créant de la peur au plus profond de vous. Scénario dans lequel vous allez réduire votre identité au résultat terrible imaginé. L’ego prend l’avantage. Virus 1 – vous 0.

La première clé mentale pour venir égaliser rapidement est la prise de conscience. Virus 1 – Vous 1. La prise de conscience arrive en élevant votre niveau d’attention. Tel un scientifique, vous observez en toute conscience l’ego poser ses pièges.  Rappelez-vous que l’ego n’aime pas le moment présent car il est complètement à découvert, vulnérable aux assauts de votre conscience. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même. Sa pratique consiste à poser votre attention sur le moment présent. Et ce, sans émettre de jugement. Dans le monde du sport, les recherches scientifiques sont en train de montrer toute son efficacité. Grâce à un entraînement régulier, elle aide les athlètes à être complètement focus sur ce qu’ils doivent faire le jour-J. Le vagabondage des pensées telles que celles de l’ego est reconnu, mais il n’est plus un ennemi.

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder.

Revenons à présent à notre match. Le rapport de force est en train de changer de camp et il reste du temps pour prendre l’avantage. Du mieux que vous le pouvez, vous allez commencer à prendre soin de vous. Vous acceptez que le virus soit bien présent. Et ce, sans qu’il ne vous domine.

Deuxième clé mentale: L’acceptation

A la suite de la prise de conscience des pièges de l’ego, vient l’acceptation. Lorsque vous serez entraînés à ces deux clés mentales, à cet instant précis, vous serez immunisé pour la compétition suivante. Vous avez toujours ce virus en vous, mais votre tête et votre corps ont établi une nouvelle relation avec lui. L’ego et sa petite voix dans votre tête ne s’en ira pas, heureusement pour les athlètes souhaitant être des champions. C’est ce petit plus qui pousse à la victoire. Mais il ne déséquilibre plus, il ne vous domine plus. Vous savez le reconnaître et le laisser passer pour vous concentrer sur ce qui est pertinent pour votre performance.

Exercice métaphorique : Non-acceptation VS Acceptation

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder. La seconde clé est donc l’acceptation.  Je vous propose de faire un exercice introductif.  Programmez votre chronomètre sur votre montre ou votre smartphone sur 5 minutes.  Puis fermez le poing aussi fort que possible et lancez le décompte des 5 minutes.  Forcez autant que vous le pouvez. Si vous ressentez un relâchement, remettez de la force.  Vous allez probablement ressentir une douleur dans votre bras et se diffusant dans l’ensemble de votre corps.  Vous allez penser que c’est douloureux, la fatigue va vous donner envie d’ouvrir le poing.  Inconsciemment même, le poing va s’entrouvrir car la douleur est trop forte.  C’est un appel du cerveau à prendre soin de vous en lâchant prise.

C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est.

Au bout de 5 minutes, relâchez tout doucement votre main en ouvrant progressivement.  Ressentez-vous à quel point l’ouverture libère alors que la fermeture engendre douleurs physiques, tensions, et pensées désagréables ?  Lorsque vous ouvrez, la souffrance s’efface et les pensées se calment. Ce petit exercice vous montre deux stratégies.  En étant fermé aux expériences désagréables telles que les pensées, émotions et sensations corporelles liées à l’ego, une lutte s’installe.  Vous tentez de tirer la corde de plus en plus fort pour aller mieux mais rien n’y fait.  Vous usez de l’énergie physique et mentale, ce qui entraîne au bout d’un certain temps un mal-être.  Vous êtes à ce moment possédé par l’ego. Il vous tient.  

En vous ouvrant au caractère désagréable que l’ego transmet, l’énergie est économisée. Vous avez tout le luxe de pouvoir agir en toute conscience.  Vous n’êtes plus un problème, la relation avec votre corps et votre mental est plus spacieuse. Cet exercice métaphorique est efficace pour comprendre la différence entre le choix de résister et le choix de s’ouvrir, d’accepter. C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est. C’est une formidable alternative à la résistance. La résistance amène à la contraction interne. Vous êtes une coquille qui se referme. L’ouverture vous fait respirer un bon bol d’air frais.

Définition de l’acceptation

L’acceptation est sans doute la notion la plus difficile à faire comprendre aux athlètes que j’accompagne. Elle a aussi été une très grande découverte d’un point de vue personnel. Seul l’établissement d’une attitude et d’une relation nouvelle avec l’expérience fait comprendre ce qu’est l’acceptation. Les mots lus ne font pas vivre l’expérience de l’acceptation. Il n’y a pas de côté intellectuel, simplement expérientiel. Dans notre culture occidentale, accepter est représenté comme se résigner, se soumettre, abandonner son sentiment de pouvoir. Ce qui peut créer de la peur car vous avez le sentiment de ne plus rien maîtriser. Il y a ce sentiment caché d’impuissance. Cette représentation que « si j’accepte de perdre ou de faire des erreurs, alors je ne serais jamais un champion ». Mais l’acceptation telle qu’elle nous est expliquée par la méditation de pleine conscience n’est pas ces représentations.

Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité.

« Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Tara Brach définit l’acceptation comme telle. Cette contemplation est une pause pour prendre conscience de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. Ce temps d’arrêt est nécessaire pour répondre avec authenticité et créativité.  Cette pause est la mi-temps du match.  Vous vous calmez. Vous prenez conscience de ce qu’il se passe en vous. Puis, vous mettez de nouvelles stratégies en place. L’acceptation induit un changement par l’action plus juste.  

Les trois dimensions de l’acceptation

Le non-jugement, la non-résistance, et le non-attachement représentent les trois dimensions de l’acceptation. Ces trois dimensions vous conduit à ne pas être la proie de vos pensées et émotions. Elles vous aident à être un peu plus libre dans le choix de vos futures actions.

Lorsque l’ego prend place, vous allez potentiellement vous juger. Soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait.  Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation.  Ainsi, soyez attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes.  En accordant de l’importance à vos jugements (« je suis mauvais », « je ne vais pas y arriver »), vous altérez votre confiance.

En permettant intentionnellement aux expériences désagréables d’être, vous respectez la dimension de la non-résistance. Vous ouvrez un champ d’action pour y répondre qui ne sera plus de l’ordre de la réaction automatique. Vous vous dites simplement : « c’est OK, je n’ai pas d’autres choix que de vivre cette situation. »

Le non-attachement se caractérise comme laisser aller chaque expérience interne et externe, sans vous y accrochez.  Se dire « J’ai la pensée que je vais échouer » est différent de « Je vais échouer ».  Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité permet de prendre une distance nécessaire. Ce pas de côté offre la possibilité de se détacher de vos jugements. A l’inverse, en vous attachant, vous donnez de l’importance. La bulle devient de plus en plus grosse jusqu’à prendre toute la place dans votre mental.  Comme deux aimants qui ne forment plus qu’un. Les pensées et émotions liées à l’ego vous attirent pour fusionner complètement avec vous et vous perturber.

Accepter revient donc à ne pas juger, à ne pas résister, et à ne pas vous attacher.  Cela vous permet de prendre soin de vous indirectement en annihilant la cogitation mentale. Vous pourrez répondre aux situations de compétition avec clairvoyance. Votre intelligence et votre instinct de survie vous fait progressivement oublier votre innocence et la joie pure de pratiquer. En compétition, il est courant que votre attention se porte sur tous les dangers possibles. Servez-vous de votre intelligence pour ne pas être possédé par ces dangers, ces peurs, ces colères. Utilisez-la à bon escient, pour davantage prendre soin de vous. Le bien-être amène à la performance.

Conclusion

Finalement, cette période de confinement est comparable à une compétition. La solution est de symboliquement « Restez chez-vous », centré sur vos valeurs en étant l’athlète que vous souhaitez être. Cet(te) athlète avec des ressources et des points forts sur lesquels s’appuyer. Cet(te) athlète ayant des stratégies mentales spécifiques travaillées en entraînement telles que vos routines pré-compétitives. A partir de ce moment, rien ne vous possèdera, pas même l’ego. Virus 1 – Vous 2. Coup de sifflet final.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Le choix de l’optimisme : La clé mentale face a la crise

22 Octobre 2019. Je me demande bien quelle est cette apathie qui traverse le corps et l’esprit. Quel est son message, son essence, sa finalité ? Le sentiment d’un vide après une période de tempête qui a tout balayé sur son passage, laissant désordre et chantier à reconstruire. Un coup a été reçu, déséquilibrant toute la stabilité du corps et de l’esprit. Qu’y a-t-il de plus énigmatique que cet instant succédant la tempête ? Les questions qui se suivent et se répètent parfois, auxquelles nous tentons de répondre avec des zestes de rationalité face à l’irrationalité. Le mystère est entier. Le chantier est grand. Le changement se profile. Les plans sont à dessiner, hier n’existera plus jamais, tout comme cette tempête. Chacune de ces tempêtes est unique. Sa force de frappe est à chaque fois singulière et éphémère. La reconstruction commence maintenant. L’apathie s’envolera bientôt, si sa liberté est respectée. Maintenant est le début d’un lendemain plus heureux.

Ce lendemain plus heureux peut espérer montrer le bout de son nez grâce à ce que la psychologie positive à mis en avant depuis quelques années : l’optimisme. C’est en lisant l’article de la revue cerveau & psycho que l’envie m’a prise d’écrire à ce sujet. J’ai ensuite regardé « A la recherche de l’optimisme » pour m’inspirer. Puis j’ai feuilleté mon carnet de notes et j’ai remis la main sur ce texte datant d’octobre. Je crois qu’il ne pouvait pas mieux tomber. La crise actuelle est une période inédite, tant pour les athlètes que le monde entier. Chacun voit sa vie transformée, bousculée. Mais peut-être est-ce un temps pour voir le bon côté des choses ? 😊

Vous connaissez peut-être ces chiffres suivants, mais il est bon de les rappeler. Les scientifiques se sont intéressés à notre capacité d’accroître notre bonheur. Ainsi, il a été démontré que trois facteurs permettaient de développer notre bonheur :

  • Votre part de génétique (50%)
  • Vos conditions de vie (10%)
  • Vos actions (40%)

Un optimiste dirait que le pourcentage de nos actions est énorme et que c’est encourageant. Un pessimiste dirait que ce n’est pas la moitié de 100% et que c’est insuffisant. Tout est une question de choix. Cette période de confinement vous pousse également à prendre des décisions quotidiennes pour la vivre au mieux. L’optimisme peut vous aider à faire de ce moment de vie inédit, une opportunité.

La sélection des informations par le cerveau

En cette période, qu’est-ce qui vous fait du bien ? Qu’est-ce qui vous procure joie, apaisement, sérénité, espoir ? Savoir repérer la douceur d’un moment qui vous fait du bien donne du baume au cœur. Il y a cette sensation de vie qui parcours le corps. Une énergie qui vous porte. Ce sont de brefs moments qui s’envolent, s’étiolent dans le temps qui n’est plus. C’est un moment perdu à jamais. Il peut être gravé en mémoire pour des jours, des mois, pour toujours. Reconnaître le bien qui nous arrive, c’est explorer à nouveau avec gratitude que la vie nous offre de petits et grands moments. Cette gratitude est la contrebalance de ce qui peut nous arriver de moins joyeux. Pourtant tout aussi éphémère que le bien, le mal peut avoir cette capacité de s’ancrer plus longtemps sur nos mines déconfites. Peut-être avons-nous un rôle à jouer pour ne pas rester attacher aux moments douloureux ? Sans nul doute. Ouvrir la main, sentir la corde de la résistance glisser entre les doigts et laisser la colère ou la tristesse s’en aller. Lâcher prise. L’émotion désagréable était bien là, elle est passée livrer son message. Inutile de garder ce message trop longtemps. Laisser aller. Car d’autres moments de joie attendent leur tour pour éclore comme une nouvelle fleur de printemps. Dans ces moments moins drôles tel que la situation actuelle, l’optimisme peut être là, bien présent.

Faire le choix de l’optimisme lors d’une crise assure des effets secondaires bénéfiques. De son côté, le pessimisme vous bloque dans ses certitudes sombres. Votre cerveau et votre corps sont régit par l’équilibre. Ainsi, votre cerveau accorde de l’importance à ce que vous choisissez pour créer un alignement. Le cerveau s’en fou de ce que vous choisissez. Son but à lui est de créer un équilibre et de l’harmonie pour ne pas déstabiliser le système. En choisissant l’optimisme, votre cerveau s’accorde en réalisant 3 étapes (le cerveau du pessimiste fait le même processus) :

  • Filtration de l’information
  • Distorsion de l’information
  • Généralisation de l’information

Ainsi, le pessimisme vous pousse à regarder du matin au soir les informations et faits divers. Le pessimisme pousse à commenter sans cesse, sans plan d’action derrière. Il se nourrit de tout ce qui va être en accord avec lui (le négatif). L’optimisme pousse davantage à l’action en sélectionnant les informations pertinentes et utiles pour créer un nouveau lendemain. Par exemple, une compétition ratée pousse un pessimiste à généraliser les futures compétitions comme de potentiels échecs. De son côté, l’optimiste ne se laisse pas prendre par l’émotionnalité négative de la situation. Il va plutôt être proactif, en recherches de nouveauté pour progresser. Il développe l’épanouissement et l’accomplissement de soi.

La notion de crise

« Nous ne voyons pas combien il serait important que nous soyons bouleversés, dans un état de grande incertitude intérieure, privés de nos points d’appui. Car n’est-il pas vrai que l’on ne peut découvrir, percevoir, comprendre, que dans l’insécurité ? »

Krishnamurti, La première et dernière liberté

A la question « Qu’est-ce qu’une crise ? », Edgar Morin donne une réponse simple et limpide dans son livre « La crise » : « C’est l’accroissement du désordre et de l’incertitude au sein d’un système (individuel ou collectif). » La crise vient donc déséquilibrer et semer la pagaille. Le doute s’installe. Des questions fusent. Des réponses manquent à l’appel.

La crise fait partie intégrante des changements et transitions de la vie d’un athlète. Elle nous rappelle à quel point nous ne contrôlons pas totalement la vie. Etre complètement avec cette incertitude du futur, c’est faire corps avec l’incontrôlable et laisser des peurs subvenir, sans leur laisser une place trop importante. Cette notion est essentielle car les peurs peuvent vous submerger. Ces peurs vous prennent par la main pour vous raccompagner et vous dire : « A quoi bon… » ou bien « Et maintenant ? ». Cette crise vous met face à vous-même, et potentiellement à vos peurs.

La peur alimente le pessimisme. Celui-ci vous dirige doucement mais sûrement vers la sécurité, le confort. Il n’y a pas de prise de risque avec le pessimisme. Juste de la colère, de la révolte sans lendemain. Il y règne un sentiment de tristesse ambiante. Comme le cite Catherine Testa dans son livre « Osez l’optimisme », « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » (Alain). Cette citation va de pair avec ce qu’a développé Fredrickson : « Broaden and build model ». Rebecca Shankland l’a traduit comme « élargir et construire ». En ce sens, les émotions positives procurées par l’optimisme vous embarquent dans un processus. Elles entraînent un élargissement de l’empan attentionnel. Ce dernier va entraîner une augmentation de vos capacités à résoudre les problèmes. Magnifique non ?

Aujourd’hui, les objectifs sont à l’arrêt, la progression est en berne. En berne ? Pas si sûr. Car chaque crise tient son lot d’enseignements pour le futur. Négatif ou positif ? A vous de voir. En tant qu’athlète, vous êtes régulièrement confronté à des situations de crise, de déséquilibre. Que cela soit une blessure, un échec en compétition, un niveau qui stagne sans savoir pourquoi, un changement d’entraîneur ou de club. Vivre le déséquilibre pleinement est un élément important car vous savez que lors de la prochaine tempête, vous saurez y faire. Choisir le camp de l’optimisme peut contribuer à vous faire progresser.

Le choix de l’optimisme

« Le facteur décisif, c’est la décision. La liberté de choix en dépit des conditions. Je veux agir librement comme un être responsable, c’est-à-dire comme un être humain, malgré les pires conditions. Songez à ceux qui ont vécu des années durant comme prisonniers dans des camps pendant la guerre. […]. Ce que l’on doit faire savoir, c’est que les gens sont libres. Et si vous observez et étudiez la vie de ces gens avec un regard détaché de scientifique, vous voyez des êtres totalement déterminés et soumis à ces conditions, sans voir la liberté et la responsabilité. La responsabilité d’eux-mêmes, la responsabilité de faire quelque chose. Le désespoir, c’est la souffrance dépourvue de sens. Tant qu’un individu ne peut trouver aucun sens à son désespoir, il sera certainement plongé dans la souffrance, voir poussé au suicide. Et à l’instant où il voit un sens à son désespoir, il peut le transformer en accomplissement. Il peut transformer sa tragédie en triomphe personnel » (Viktor, Frankl).

Être libre de ses choix est une responsabilité importante. Je vous invite à regarder la finale du concours d’éloquence dans le film magistral « Banlieusards », dans lequel Lisa et Soulaymaan se renvoie des joutes sur le thème de la responsabilité, évoquant la guerre de la vie et qui se clôture magnifiquement par la réplique de Souleymann : « Je ne laisserai ni à vous, ni à l’état le pouvoir de décider pour moi. Victime ou soldat, gardez bien en mémoire lequel de ces deux fut mon choix ».

Vous prenez des décisions chaque jour, aussi petites soient-elles. Comprenez bien que le processus de décision est graduel, et que chaque décision ouvre la porte à une autre. « Que vos choix reflètent vos espoirs et non vos peurs » disait Mandela. Avant de décrire les étapes de l’optimisme, voici ce qu’il n’est pas. Cela coupera l’herbe sous le pied aux pessimistes 😉.

Les fausses idées sur l’optimisme

L’optimisme ne revient pas à dire que tout est parfait et qu’il pousse à être en plein déni de ce qu’il peut se passer de désagréable. Bien sûr que cette situation incroyable génère des pensées et des émotions désagréables. Bien sûr que chaque athlète est plus heureux dans son élément. En tant que traileur confiné dans un appartement dans le centre de Bordeaux, j’ai connu des moments plus folichons. Encore que, je commence vraiment à aimer ce confinement parce qu’il m’offre tout le temps pour écrire. L’optimisme permet de faire de la place aux faiblesses, aux défauts, aux expériences désagréables, tout en apportant sa vitalité pour aller bien.

L’optimisme, ce n’est pas non plus faire tapi avec une main de 2 et 4 en se disant que ça va passer, sans avoir vu ne serait-ce que le flop. L’optimisme s’accompagne volontiers de la lucidité et de l’intelligence émotionnelle. Il est plus complet que la simple méthode Coué. Le cerveau n’est pas facile à duper. Cela me fait penser aux athlètes me témoignant qu’ils essayaient de se convaincre que tout allait bien pour contre-carrer le stress ressenti en compétition. Cette stratégie était complètement dysfonctionnelle et ils le sentaient. Ils oubliaient une partie majeure de l’expérience. L’accepter pour s’adapter.

Donner du sens et se recentrer sur ses ressources

Faire preuve d’optimisme revient à prendre des décisions dans le sens de vos valeurs et aspirations profondes pour votre futur. Tout en ayant conscience de vos limites et des risques. Vous créez du sens et de la cohérence entre ce qui vous anime et ce qui vous arrive.

M. Seligman nous fait part que la recherche de sens est un facteur répondant à un bonheur plus durable que la recherche de plaisir. Donner du sens à cette crise et à ce que vous pouvez en tirer de positif est donc essentiel. Vous recentrer sur l’essentiel peut passer par l’étape de l’isolement (nous ne serions pas en période confinement ?). Cette période où nous avons besoin de nous recentrer sur nous-même. Cela peut paraître mystique à première vue, comme ce brouillard épais un bon matin d’automne. La question à vous poser est la suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment retirer de cette situation ? Peut-être qu’aucune réponse ne surgit directement. Peut-être qu’un « je ne sais pas » va se prononcer, en guise d’évitement. Ce n’est pas grave. En cette période, vous avez le temps. Appuyez-vous sur vos valeurs, vos qualités et vos ressources extérieures pour répondre à cette question.

S’adapter et rechercher des solutions

Le pessimisme réduit l’étau jusqu’à modeler une rigidité mentale vous empêchant d’agir. L’optimisme est quant à lui associé à la flexibilité mentale. L’optimisme incite à faire preuve de sincérité envers soi en cohabitant pleinement avec les émotions désagréables. Je vous ai fait part dans mon dernier article de ce qu’est l’acceptation. Il est aujourd’hui impératif d’accepter cette crise inédite pour imaginer un lendemain plus heureux. Comme le cite R. Lavillenie dans le podcast « Le corps et l’esprit » (disponible sur Spotify) s’adapter revient à « accepter de lâcher prise sur 2-3 trucs parce que je sais que derrière, je vais être capable de m’en servir et de pouvoir l’exploiter pour être encore meilleur, ou espérer être encore meilleur par la suite ». L’optimisme invite à s’adapter à la situation en s’y ouvrant. Et puisque l’optimisme est tourné vers un futur meilleur, cela induit l’apparition d’une recherche de solutions.

Comme à la suite d’une compétition ratée, cette crise actuelle vous pousse à élaborer de nouvelles stratégies et à être créatif. Catherine Testa nous parlait de volonté concernant l’optimisme. La volonté naît dans l’action. Vous ne pouvez plus vous entraîner de manière normale, qu’est-ce que vous pouvez mettre en place ? J’ai pu échanger avec les athlètes que j’accompagne sur leur adaptation à cette situation. L’Homme a cette capacité de s’adapter à toute situation grâce à son intelligence depuis le début des temps.

La recherche de solutions peut aussi pencher du côté des sphères de votre vie pour lesquelles vous avez moins de temps lorsque vous tournez à plein régime. Cette période peut vous conduire à prendre du temps pour vous et pour vos proches. Cette crise est une opportunité folle pour ralentir dans ce monde où vous vivez à 100 km/h. C’est sans doute l’occasion de vous adonner à de nouvelles activités, d’autres passions que le sport. Le sport est un pilier mais il ne peut pas être le seul. D’autres piliers ont pour tâche d’équilibrer le système en période de crise. Au-delà du travail ou de votre projet scolaire, il y a également la famille, les loisirs, les amis, votre amoureux ou amoureuse. C’est le moment de vous y consacrer davantage !

L’optimisme est contagieux

L’optimisme est aussi extrêmement lié à votre relation aux autres. Le comportement adopté par les personnes prises dans les pièges de l’ego est autocentré (article en attente de publication sur le site de FOCUS formations). C’est souvent ce qu’il se passe quand vous n’allez pas bien. En ce sens, le pessimiste y va toujours de son commentaire négatif et crée une séparation avec les autres car il souhaite avoir raison. Il a besoin d’être vu, entendu. Cela le conforte dans son cocon improductif. En revanche, l’optimiste va plutôt se tourner vers les autres. Il adopte des comportements prosociaux. L’optimiste inspire et donne de l’énergie. Grâce à ses actions, une contagion émotionnelle s’instaure. Enfin une contagion positive me direz-vous 😉. L’optimiste inspire car il réveille vos rêves, vos désirs. Il crée un élan que très souvent la peur retient en cours de route. L’optimiste n’a pas peur de voir que le chemin est semé d’embûches car il sait que sa persévérance et sa ténacité vont faire la différence. L’optimiste rebondit après les échecs et désir jusqu’au bout, malgré la présence des doutes. Après le portrait peu flatteur de l’ego, voilà un portrait bien plus flatteur de l’optimisme !

Heureusement, l’optimisme s’apprend.

Je vous propose ici quelques pistes d’exercices afin d’apprendre l’optimisme.

La méditation de pleine conscience

Comme l’indique Sébastien Boehler, l’activité de l’optimisme et de la méditation de pleine conscience se situe dans l’hémisphère gauche de notre cerveau. Tandis que le pessimisme trouverait sa place dans l’hémisphère droit. Ainsi, la pratique de la méditation de pleine conscience régulière permettrait de développer l’optimisme. Sans doute grâce à son principe phare : l’acceptation des pensées, émotions et sensations corporelles, sans jugement. En ne vous attachant pas aux pensées ou émotions désagréables, vous ne créez pas cette humeur du pessimiste. Vous avez l’esprit clair pour agir selon vos valeurs et vos désirs profonds.

L’application de méditation de pleine conscience « Petit Bambou » propose le programme « s’offrir du positif ». Ce programme de psychologie positive vous permet de mettre un pied dans ce qu’il y a de bon en vous. Et cela fait tout simplement du bien.

Exercice de l’autobiographie future

L’écriture a cette faiblesse de mettre des mots sous silence. Ils sont sous notre nez, attendant sagement que notre attention se pose sur eux, pour finalement, nous ouvrir les yeux.

Lorsque vous êtes dans une situation d’incertitude et de doute quant à l’avenir, écrivez votre autobiographie future en étant aussi précis que possible sur ce qui vous anime, ce que vous souhaitez réellement, les étapes à entreprendre, vos motivations, la personne que vous allez être en atteignant vos objectifs, les émotions ressenties, les personnes qui vous entourent, les opportunités que cela va déclencher… Vous pouvez également imaginer des imprévus, des difficultés, et vos réactions face à celle-ci, faisant partie intégrante de la réalisation des objectifs. Ecrivez en formulant vos verbes au futur. Soyez indulgent et patient, le but de cet exercice est de créer une vision et d’apporter un peu plus de certitudes et de cohérence. Lorsque vous avez terminé, posez votre crayon et votre feuille, et fermez les yeux. Prenez quelques instants de calme pour vous connecter à votre respiration, puis pour ressentir l’énergie dans votre corps. Laissez aller et venir les images survenant de cet exercice. Et pour clôturer, esquissez un léger sourire. (Car un sourire induit a le même effet qu’un sourire réel pour notre cerveau !)

Avoir de la gratitude : Dire merci

En cette période, il peut être bon de prendre conscience des petits moments agréables de vos journées en les répertoriant dans un journal chaque soir. Cumuler ses petits moments permet de vous ouvrir et d’avoir une conscience élargie de ce qui peut se passer de bon dans votre journée. Vous ne banalisez plus le bien. Vous le reconnaissez et cela fait une belle différence.

Aussi, lors du programme de pleine conscience MBSR, la personne en charge de ce programme avait pour rituel de dire merci en souriant à chaque fin de prise de parole d’un(e) membre d’un groupe. Ce rituel apportait beaucoup de chaleur et de soutien. L’exercice que je vous propose consiste à vous rappeler une personne importante à vos yeux. Cette personne vous apporte au quotidien. Elle vous offre du soutien, du rire, de l’écoute quand vous en avez besoin. Elle est présente depuis quelques temps, voir depuis toujours. Il est venu le temps de la remercier. Prenez un stylo et un crayon, et écrivez-lui pour la remercier. Soyez bref ou soyez long, peu importe. Le plus important est ce qui se trouve dans votre message. Votre relation en ressortira encore plus grandie. Tony Parker soutient cette idée : « […] Tout l’amour que l’on montre à nos proches et à nos amis, je pense que ça, c’est ce qu’il faudra qu’on garde même après le corona ».

Conscience cosmique

« Je me sens pas le plus chanceux mais c’est pas moi le plus à plaindre. J’ai compris les règles du jeu, ma vie c’est moi qui vais la peindre. »

Grand corps malade, Je dors sur mes 2 oreilles

Pour terminer sur ces quelques exercices, je vous invite à être cet astronaute, voyant la situation sur l’ensemble de la planète. Cette conscience cosmique peut faire apparaître un sentiment de compassion. La compassion signifie « souffrir avec ». L’ensemble des humains de la planète vit cette crise. Tous les athlètes ont vu leurs objectifs tombés ou reportés. Mais ces objectifs se mettent au second plan lorsqu’il s’agit de la santé de chacun d’entre nous. Il y a des situations plus difficiles, ailleurs dans le monde. Restez optimiste quant à la réalisation de vos objectifs. Aujourd’hui est juste le moment d’être solidaire et de prendre soin de vous.

Conclusion

« Alors quand ce virus partira comme il est venu, que restera-t-il de tous ses effets secondaires ? Qu’est-ce qu’on aura gagné avec tout ce qu’on a perdu ? »

Grand corps malade, Effets secondaires

Laissez-vous porter par l’espoir d’un meilleur lendemain. Et ce, tout en restant actif durant cette période. Une crise est faite pour apprendre. Apprenez sur vous, apprenez à travers les livres, apprenez grâce aux autres, apprenez grâce à vos actions. Méditez, jouez, respirez, lisez, riez, remerciez, jardinez, travaillez, parlez, écoutez, écrivez, visualisez, imaginez, créez. Tous ces verbes d’action vous poussent à apprendre. Pas celui de ruminer. Soyez OK avec les pensées et émotions désagréables, mais ne les laissez pas gouverner. Choisissez de nourrir l’optimisme. Le jour où toute cette période sera derrière vous, vous pourrez dire : j’en ai fait une opportunité.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Sitographie

Bibliographie

  • Edgar Morin, « Pour une crisologie »