Et si on remettait le sens au goût du jour ?

J'ai trouvé le sens de la raison qui m'entraîne
À chaque pas sur le devant de la scène
J'ai trouvé le sens de la vie que je mène
Et je l'aime 

Avez-vous trouver l’auteur de ces rimes ? Non ce n’est pas Irvin Yalom le psychologue existentialiste, mais Tal, la chanteuse Française. Ok, je démarre cet article de manière ironique, mais toujours est-il que Tal a raison, et cet article va vous le prouver !

La question du sens

« Je ne fais pas ce métier pour offrir des matchs ennuyeux qui endorment les supporters. Je veux qu’il y ait de la vie et des émotions dans nos matchs. Je veux qu’on offre des matchs mémorables aux supporters. Je veux que les supporters soient excités à l’idée de voir nos matchs. Ces intentions sont au coeur de ma philosophie »

Jürgen Klopp

Il y a quelques jours, on me posait la question de ce qui m’animait dans mon métier de préparateur mental. Et là, je me suis dit : « c’est vrai ça, qu’est-ce qui m’anime réellement ? » Sans trop réfléchir longuement, deux notions sont apparues : équilibre et sens. Voilà mes leitmotivs dans chaque accompagnement. Optimiser l’équilibre émotionnel et amener l’athlète à donner du sens à sa pratique et son fonctionnement intérieur. Parce que cela fait échos à mes valeurs : comprendre, se dépasser et être libre (Pile au moment où j’écris ces lignes, le soleil m’envoie quelques filets de lumière à travers le ciel chargé de nuages… un signe du destin ?).

Comme l’écrit Pierre Cousineau dans la préface du livre « Le piège du bonheur » de Russ Harris, « autant notre physiologie a besoin d’eau, de nourriture et d’air, autant notre psychisme humain a besoin de sens ». Ce à quoi Sébastien Bohler ajoute : « Le besoin de sens naît du besoin de contrôle. Il est une émanation de notre désir de survie » dans son livre « Où est le sens ». C’est ainsi et ce n’est pas votre cortex cingulaire qui vous dira le contraire. Prendre la décision d’aller vers la direction choisie en fonction de vos objectifs, c’est savoir ce qui vous guide dans votre intérieur profond. Connaître cette raison d’être profonde peut passer par l’étape de l’isolement. Cette période où vous avez besoin de vous recentrer sur vous-même pour mieux vous écouter et ne pas être en proie à tout ce qui vous attire hors de votre direction. Cela peut paraître mystique à première vue, comme ce brouillard épais un bon matin d’automne.  Mais, au fur et à mesure que votre écoute s’affine, le brouillard se lève et vous voyez de plus en plus loin devant vous. Vous développez cette faculté intrinsèque de juger, de percevoir ce qui est essentiel pour vous, votre pratique sportive et votre vie en générale. La question à vous poser est la suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que je désire vraiment ?

Plus largement, le sens de la vie vient de la psychologie existentielle. Et il n’est pas forcément aisé de se pencher sur la question du sens. Cela peut être une question vertigineuse, provoquant un déséquilibre. Peut-être que le caractère sérieux de cette question fait surgir des peurs face auxquelles vous ne souhaitez pas être confronté.e. Mais tout se passe à l’intérieur. Et cet intérieur, vous seul pouvez le percevoir, et le comprendre. C’est pour cette raison que Viktor Frankl, survivant des camps de concentration durant la seconde guerre mondiale et créateur de la logothérapie, associe la recherche de sens avec les notions de liberté et de responsabilité.

Créer cet alignement en soi et avec les autres à travers vos objectifs, c’est s’offrir le droit de jouir de la vie dans son entièreté, y compris avec ses périodes de souffrance. Donner du sens à sa pratique et plus largement à sa vie, c’est établir une cohérence grâce à une signification et une direction, avec authenticité. La signification correspond à vos valeurs. La direction correspond à votre but. Comprenez que lorsque vous donnez du sens, vous accordez vos valeurs avec votre but. Tel un musicien, la partition que vous jouez est de plus en plus juste. Elle résonne agréablement dans vos oreilles et celles de ceux qui vous écoutent. Pour autant, vous ne percevrez peut-être pas cette douce mélodie directement. Car le sens s’évalue rétrospectivement. Ainsi, vous vous rendez compte après quelques mois ou quelques années si vous avez su être cohérent, au regard de vos actions. Vous ressentirez à ce moment précis que vous êtes à votre juste place. Vous ressentirez ce regain d’énergie et cette satisfaction personnelle d’avoir su vous écouter pour agir comme vous le vouliez, à chaque instant.  

Anatomiquement parlant, la question du sens a été renvoyée au cortex cingulaire antérieur. En effet, notre système d’anticipation est fait pour que nous lui répondions favorablement. Or, dès que nous n’obtenons pas ce qui était prévu, le cortex cingulaire antérieur sonne l’alerte car il ne trouve pas de sens à ce qu’il vient de se passer. Pour cette raison, en prenant la victoire comme seul sens à sa pratique sportive, vous aurez bien plus de chance de perturber votre cortex cingulaire antérieur car vous ne maîtrisez pas toutes les composantes et vous ne pouvez pour ainsi dire, tout anticiper. Par ailleurs, la question du sens ne concerne pas que le système d’anticipation lié au cortex cingulaire antérieur. Bien que le sens soit toujours logé dans cette zone, le sens à connotation existentiel permettrait également de diminuer l’activité d’alerte du cortex cingulaire antérieur. La philosophie ou la religion permettraient notamment d’abaisser le niveau d’alerte du cortex cingulaire antérieur grâce à leurs différentes questions existentielles et leurs croyances. En d’autres termes, croire en un sens plus vaste et plus grand que soi protégerait le cortex cingulaire antérieur. Car chaque chose aurait une signification. Comme l’écrit Sébastien Bohler, « Nous semblons d’une certaine manière biologiquement programmé pour chercher du sens dans le monde qui nous entoure. Dès qu’on nous propose un cadre d’interprétation de la réalité à la fois globale et stable, nos niveaux d’angoisse reculent ». Il n’est donc pas étonnant de voir beaucoup d’athlètes avec des croyances religieuses. Cela les aide à surmonter les difficultés et à croire en leur bonne étoile. Moi qui me posais la question de la religion lorsque je voyais le footballeur Brésilien Kaka célébré religieusement ses buts avec les bras et la tête levés vers le ciel, me voilà avec une bonne partie de la réponse.

La perte de sens

Perdus, sans s’entendre sur notre but, on s’ennuie fort, on se tue.

Angèle

Vous allez vous dire : il est d’humeur musicale pour cet article. Toujours est-il que les textes de chanson nous confie bien souvent des messages universels qu’il est bon d’entendre réellement de temps à autre. Il est important de comprendre que donner du sens est vraiment personnel. Et que l’absence de sens amène à la dérive. Le monde du sport n’y échappe évidemment pas. En créant toujours plus de récompenses et en survalorisant ces récompenses (financières, matérielles, …), l’athlète peut très vite perdre le sens qu’il donnait autrefois à sa pratique. Manipulé.e, l’athlète tombe dans les méandres d’une quête impatiente des récompenses extérieures à sa pratique. L’ego s’agite. Le stress se ressent. Finalement, à force de vouloir créer de la stabilité à travers ces récompenses, le paradoxe se met en place : l’instabilité règne dans votre cerveau. L’estime de soi s’étiole à force de chercher à se soulager par des récompenses extérieures. Sébastien Bohler a raison : « A défaut d’être, on se rabat sur l’avoir » pour donner du sens à sa pratique et se sentir exister aux yeux de tous. Et oui, l’ « Avoir » vous donne le sentiment de réduire les incertitudes et d’être accepté. Ce qui apaise le cortex cingulaire sur l’instant T, mais pas sur le long terme. Le piège se referme.

Mais alors, que se passe-t-il dans votre pratique si vous perdez le sens que vous lui avez accordé autrefois ? Que se passe-t-il si les buts fixés sont trop influencés par la société et n’ont pas été choisi librement par vous-même ? Que se passe-t-il si vous vous faites manipuler inconsciemment pour tendre vers toujours plus de récompenses extérieures ? Quelle est votre identité ? quelle est votre essence ? Quelle joie y a-t-il encore à pratiquer ? Sans le sens, vous êtes perdu. Perdu dans le temps, perdu dans vos pensées, vos émotions, vos actions. Et c’est ce qu’a compris l’un des athlètes que j’accompagne, suite à sa victoire sur une compétition majeure. Sollicité pour augmenter sa visibilité sur les réseaux sociaux et, à termes, attirer des sponsors, il a choisit de ne pas donner suite car ce qu’il aime avant tout, c’est pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer son sport. C’est ce qui l’anime au plus profond. Faire plus de story instagram et perdre en temps de pratique n’était pas de son goût. Il n’y avait pas de sens derrière tout ça. Et saper le besoin de sens à l’humain revient à ne pas vous assurer tout en faisant le funambule à 300m de haut. La chute peut être vertigineuse. Voir que le sol se dérobe sous vos pieds fait monter l’effroi, des pieds à la tête, avec le sentiment qu’il n’y a plus aucun contrôle sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. Ne pas donner de sens, ou plutôt, être guidé.e par le sens que donne votre ego ou une autre personne à votre pratique peut pousser à ressentir un profond sentiment de frustration. Vous êtes le vagabond de votre pratique en étant inactif ou impulsif (dimension de la rigidité psychologique). Vous êtes cette personne errante sans signification ni direction. Vous ressentez parfois l’euphorie de la récompense, mais cette dernière est très vite remplacée par des émotions telles que l’inquiétude, l’ennui, l’apathie et le sentiment du vide. Une question taraude : Mais pourquoi je fais tout ça ?

La clarté dans les valeurs

Une vie axée sur des valeurs est toujours plus enrichissante qu’une vie axée sur des buts, car nous pouvons en profiter pendant que nous cheminons vers nos buts.

Russ Harris

Donner du sens est clairement le coup d’envoi d’une promesse que vous vous faites à vous-même pour atteindre vos objectifs. C’est une activation comportementale grandement influencée par vos valeurs. Ces dernières sont une orientation, représentant l’un des six principes fondamentaux de la thérapie de l’Acceptation et de l’Engagement. Selon Russ Harris, les valeurs sont « Les désirs les plus chers à notre cœur, ce que nous souhaitons être, ce que nous souhaitons défendre et la façon dont nous voulons échanger avec le monde qui nous entoure ». Elles déterminent les forces et les qualités que nous voulons développer et la vie que nous voulons vivre. Elles ne dépendent ni du contexte, ni des normes. Dans la thérapie de l’ACT, les valeurs sont comparées à une boussole. Elles vous donnent un cap, une direction à suivre. Elles vous poussent à être dans l’effort et vous dépasser. Elles sont ce qui vous constitue au plus profond de vous et qui vous permet d’avancer de manière équilibrée et cohérente. Elles sont puissantes et diffèrent des objectifs car vous avez toujours accès à vos valeurs. Les objectifs sont une échéance. Les valeurs, elles, ne s’atteignent pas. Elles vous accompagnent. Lorsque vous êtes en déconnexion avec vos valeurs, vous le ressentez (Crispation, tristesse, frustration, etc.). Pour vous recentrer, vous pouvez toujours avoir cette réflexion : Je m’imagine vers la fin de ma vie, assis sur une chaise, en train de me remémorer mes années écoulées. Quelles valeurs aurais-je aimé incarner durant ma vie ? Quelles valeurs m’aura rendu fier(e) et satisfait(e) de mon parcours de vie ? Quelles valeurs aura donné le plus de sens à ma vie ?

Les motivations intrinsèques

Donner du sens passe clairement par vos motivations intrinsèques. Les motivations intrinsèques sont liées au plaisir pur de la pratique de votre sport et peut vous apporter de la stimulation (émotions et sensations positives), de la connaissance (sur vous-même, sur des spécificités de votre sport et de son environnement) et un sentiment d’accomplissement personnel (se dépasser, franchir des obstacles difficiles, etc.). En effet, « lorsque les gens sont motivés intrinsèquement, ils se développent et grandissent. Plus précisément, les gens qui sont mus par une motivation intrinsèque font preuve d’initiative, poursuivent leurs intérêts, agissent de manière spontanée et créative, font des efforts pour apprendre de nouvelles choses et pour se développer et développer de nouvelles capacités, traitent les informations de manière approfondie et conceptuelle, font preuve de persévérance et affichent plus d’émotions positives, de vitalité et de bien-être. » (« C’est pas mal hein !? », comme dirait ma fiancée). Les motivations intrinsèques sont intimement liées avec les besoins psychologiques de chacune et de chacun (autonomie, compétence et affiliation). L’autonomie correspond au besoin de faire vos propres choix quand vous le souhaitez et comme vous le voulez. L’autonomie met en avant le besoin de décider de l’intérêt que vous portez à une activité particulière et ayant du sens pour vous. Vous n’êtes pas contrôlé.e par l’environnement externe. Le besoin de compétence est quant à lui « le besoin psychologique qui génère la volonté de rechercher des défis optimaux, d’y faire face et de fournir des efforts persévérants et une réflexion stratégique afin de les maîtriser. » le troisième et dernier besoin psychologique de l’affiliation s’apparente davantage au besoin d’être en interaction avec les autres, de se sentir intégré.e et aimé.e au sein de son environnement. Il règne une sorte d’intérêt mutuel et du souci de l’autre dans le besoin de l’affiliation. Lorsque ces besoins psychologiques sont remplis dans l’activité que vous avez librement choisie, il y a de grandes chances que vous soyez motivé intrinsèquement. Ce qui aura pour conséquence d’élever votre niveau d’engagement, mais aussi votre créativité, votre curiosité, votre intérêt, votre dynamisme, vos capacités d’apprentissage et plus globalement votre bien-être.

L’intérêt et la joie : les deux principales émotions de la motivation intrinsèque

C’est parce que nous grandissons au niveau de l’être,

et non de l’avoir, que nous sommes dans la joie »

Frédéric Lenoir

Explorer. Enquêter. Rechercher. Mettre en lien. Constamment. Par le simple prisme du plaisir d’apprendre et de progresser en termes de connaissances et de compétences. Voilà ce qu’est l’intérêt que vous portez à votre pratique sportive. C’est découvrir pour répondre à la nouveauté et à l’incertitude. En tant qu’athlète, l’intérêt vous permet de vous engager dans une découverte insatiable de tout ce qui vous fera progresser techniquement, tactiquement, physiquement et mentalement. C’est accorder de l’importance à toutes les informations et détails nécessaires à votre bien-être et votre performance. Évidemment, par son côté insatiable, cela peut engendrer de la fatigue émotionnelle et cognitive. Si vous n’avez pas assez d’intérêt pour votre pratique sportive, cette fatigue ne sera pas suivie d’un réengagement dans l’exploration et la recherche. A l’inverse, un fort intérêt fera office de socle motivationnel pour remonter à l’étrier et persévérer dans votre soif de progression. Ainsi, chaque découverte réalisée grâce à votre intérêt sera constamment suivie de moments de joie. Ces moments seront parfois furtifs, parfois plus longs. Toujours est-il que l’intérêt et la joie sont indissociables car la découverte est un accomplissement, un progrès que la joie vient récompenser en livrant son côté tantôt euphorique, tantôt apaisant. Cette joie facilite également votre engagement et réenclenche le processus d’intérêt par l’intermédiaire du jeu et de la créativité. Comme le dit si bien l’expression « se prendre au jeu », c’est porter un intérêt fort à votre pratique sportive et être pleinement focus dans la tâche, dans un esprit de gaieté et de légèreté. Ce cercle vertueux peut vous amener très loin. C’est ce que tou.tes les grand.es champion.nes ont fait : découvrir, sans cesse, et se nourrir de petits moments de joie pour progresser.

Conclusion

Donner du sens est un besoin fondamental de l’être humain. Le sens permet de suivre un chemin choisit, un chemin qui est propre à soi et qui doit vous correspondre. Il est un moteur universel pour s’accomplir personnellement et être fier.e de soi quand il sera venu le temps de regarder dans le rétroviseur de votre vie. Accompagner les athlètes à donner du sens à ce qu’ils font est ce qui m’anime profondément. Il émane de ma nature et de ma personnalité comme une évidence de créer du sens pour comprendre, se dépasser et être libre. Dès lors, je vous encourage à donner du sens à ce que vous faites, au travers de vos valeurs et de vos motivations intrinsèques. Bien que chaque athlète ait une ambition extrinsèque de titre ou de récompense pour laisser une trace aux yeux des autres, la seule et unique trace qui compte n’est pas ce but mais tout l’intérêt et la joie que vous aurez ressenti durant votre carrière, dans un écosystème où vous aurez pu révéler l’ensemble de vos capacités.

« JUGER, C’EST NE PAS COMPRENDRE » : COMMENT REGAGNER UN CALME INTÉRIEUR DANS UNE PÉRIODE TROP BRUYANTE

Ce week-end était l’heure d’un de mes défis de l’année. Cumuler 87 kilomètres et 5400m de dénivelé positif en deux courses de trail. Au-delà de ces chiffres, l’un des moments qui m’a sauté aux yeux tant il est paradoxal avec ce que nous vivons en ce moment a été un moment de pur calme. A ce moment du deuxième jour de course, nous étions, je crois, 5 traileurs en haut de la montagne, à marcher dans le silence, les uns derrière les autres. Se retrouver avec soi-même, ses pensées, ses émotions, son effort, dans le silence le plus absolu, est toujours un moment magique (et difficile, parfois). Dès lors, une fois que ce week-end fut terminé, revenir dans ce monde où certains font preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid) m’a clairement fatigué. Une sorte d’agitation collective et de forte réactivité émotionnelle se met en place. L’insécurité troublante fait naître la peur et l’apparition d’un panel de jugements. Il règne une mode dans laquelle chacune et chacun prend pour argent comptant ses pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. La fatigue cumulée du week-end n’aidant pas, des émotions désagréables sont apparues. Puis, comme d’habitude, un regain d’énergie pointe le bout de son nez pour transformer ce moment désagréable en quelque chose de productif. Comme le dit le proverbe chinois : « vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leur nid dans vos cheveux. » Cet article en est donc le fruit. Il juxtapose une situation actuelle à ce que vous pouvez rencontrer en tant qu’athlète dans votre pratique sportive.

Les jugements de l’ego

« Il n’y a rien de bien ou de mal en soi. C’est la pensée qui en fait un bien et un mal. »

Shakespeare

Si je devais résumer l’ego en une phrase, ce serait celle-ci : « Oui, je suis là, regardez-moi, je vous montre et vous prouve que j’existe. » C’est la petite voix qui s’agite dans votre cerveau, vous alertant sur un potentiel danger ou sur une potentielle opportunité vis-à-vis des autres. L’ego s’est extrêmement développé ces dernières années dans les sociétés occidentales, étant donné l’avènement des réseaux sociaux, du culte de l’individualisme et de la compétition. Sa première caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente. Il pose ses pièges un à un, sournoisement, sans que vous ne vous en rendiez compte. Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental. Pourtant, rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître à bord. Lorsque vous êtes habité par un jugement que vous portez sur une situation ou sur vous-même, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de ce jugement. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. » (Donc, « MON avis sur la situation du COVID ») (Ce à quoi quelqu’un me répondra : « On dit « LA Covid »…). De son côté, Anthony Mette nous prévient : « plus votre ego est développé, plus les potentiels problèmes seront nombreux. Plus vous allez cogiter, mentaliser, plus vous allez ruminer le passé et chercher à anticiper (contrôler) l’avenir. À cela, vous allez y mêler des émotions négatives. » 

Lorsque l’ego prend place, vous allez juger la situation, les autres, ou vous juger vous-même (soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait). L’ego fait intervenir le moi pensant pour vous juger. Et il n’y a pas pire moment que lors d’un « putsch amygdalien » pour juger ou vous juger personnellement. Effectivement, le siège des émotions dans le cerveau se nomme : amygdale. Cette zone est située dans le système limbique et l’« une de ses fonctions consiste à détecter instantanément les éléments nouveaux ou les menaces dans notre environnement et à envoyer dans le corps des signaux ultra rapides qui initient une réaction de combat ou de fuite » explique Susan Cain. En situation de stress, les sens sont en éveils grâce à différentes hormones : le cortisol, l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones permettent de réagir rapidement à une situation de stress et de rétablir l’homéostasie du corps (l’équilibre). Les stratégies archaïques se mettent en place. De manière réflexe et adaptative, vous essayez de vous protéger d’une situation qui vous menace (ou plutôt, que vous percevez comme menaçante). Sous l’emprise de la peur ou de la colère, l’amygdale est en état d’alerte et inhibe l’activité d’autres régions du cerveau comme le cortex préfrontal. Ce dernier peut vous permettre de vous adapter à la situation qui se présente à vous et de prendre des décisions pleines de sang-froid. Comprenez donc que l’amygdale est à la base de l’instinct de survie et nous pousse à juger constamment les situations comme bonnes ou mauvaises pour soi.

De ce fait, il y a à reconnaître que chacune et chacun juge sur ce qu’elle. il fait ou sur ce que les autres font. Personnellement, cette vérité m’est difficile à accepter (mais j’y travaille !). Car elle m’éloigne d’une valeur qui me tient à cœur : comprendre et faire comprendre. Le jugement est peut-être la chose que je déteste fondamentalement le plus car il sonne comme un couperet hâtif et ne laisse pas la place à la compréhension et au factuel. Bien sûr, le jugement à ce pouvoir intégrateur car juger avec son semblable quelqu’un d’autre ou une situation peut avoir l’avantage de tisser du lien.  Mais cela crée également une scission. Et c’est ce que l’ego adore faire. Alimenter le sentiment de séparation avec les autres et se donner raison.

Eteignez les médias catastrophes et offrez-vous des pauses

« Quand nous marquons un temps d’arrêt, nous ne savons pas ce qui va se passer après. Mais en bousculant nos comportements habituels, nous nous donnons la possibilité de répondre de manière inédite et créative à nos désirs et à nos peurs. »

Tara Brach 

Lorsque nous nous baladons en forêt ou randonnons en montagne, je dis régulièrement à ma fiancée : « Ecoute ». Elle me regarde et sourit. Car elle sait qu’à sa question : « Quoi ? » je répondrais ces deux prochains mots : « le silence ». J’adore ces moments car je suis de l’avis de John Kedge : « Nous n’avons pas à craindre le silence, nous pouvons l’aimer. ». D’ailleurs, les parents disent couramment de leur enfant : « Quand je ne l’entends plus, c’est mauvais signe. » Mais pour l’enfant, le silence est le signe qu’il est heureux et pleinement focus à sa tâche (un beau dessin sur les murs fraîchement repeints !).

En tant qu’athlète, il est primordial de calmer le flux incessant de jugements et entrer dans un espace mental serein. Ce temps de pause permet d’établir une nouvelle relation avec l’environnement et votre intérieur. Les informations internes et externes sont neuves. Une cohérence avec le monde et vous-même se crée pour agir différemment. Ce silence met un olà à vos rythmes de vie, influencé par le jugement, la vitesse et le zapping. Il vous permet de ralentir et de respirer. Et quand tout va trop vite, cela peut faire un bien fou ! Psychologiquement, cela s’explique par le petit goulet d’étranglement que vous avez dans votre cerveau et qui n’est autre que le cortex préfrontal. Cette zone du cerveau permet de prendre les informations les unes après les autres. Lorsque vous vous offrez des pauses, le cerveau se calme et se petit goulet n’est plus alimenté. A l’inverse, si vous vous surchargé d’informations, cela créera un bouchon d’informations appelé : charge mentale. Cette charge peut causer du stress, de la fatigue et le sentiment de ne pas y arriver.

Je le reconnais volontiers, la pratique de la pause et du silence qui l’accompagne n’est pas dans la nature humaine et peut être perturbante les premières fois. Mais il est clair que le silence durant un moment de pause est magique à qui sait le reconnaître. Il est une clé pour aiguiser la perception de ce qui se passe en vous. Il permet de capter le flux incessant de vos jugements sur les autres, sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. En d’autres termes, votre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet et qu’elle ne se laisse pas balader par vos jugements. Vous utilisez votre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte. Il y a à présent compréhension consciente. Et cela fait toute la différence car être conscient, c’est affaiblir l’ego. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par vos jugements intempestifs. Vous vous permettez dès lors de remplir deux dimensions de l’acceptation : le non-jugement et le non-attachement.

Le non-jugement

La dimension du non-jugement est centrale car elle permet de :

  • ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises.
  • agir en toute conscience, peu importe l’expérience.

Ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises permet d’être en accord avec un principe clé de l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy), une thérapie cognitivo-comportementale qui part du postulat que la recherche du bonheur provoque une erreur fondamentale : Elle exige de ne retenir que les émotions agréables de la vie et d’exclure ce qui constitue aussi en partie la vie : la douleur et les souffrances. Or, Russ Harris le dit très bien lui-même dans son livre « Le piège du bonheur » : « Pour vivre une vie riche, il faut vivre toute la gamme des émotions humaines. » Et Emelie Forsberg, championne du monde de trail, nous le prouve par ses mots expliquant ses ressentis à la suite d’une grave blessure rencontrée durant sa carrière : « J’avais voulu être triste et abattue. Car si je ne l’avais pas été, où aurais-je trouver la force de continuer ? Quel sens aurait eu ma vie ? Dans l’obscurité, je me suis laisser aller au découragement, et en arriver là m’apparut inestimable. Oui, cela peut sembler étrange, mais j’ai apprécié ce temps de souffrance et de complainte. Car je savais que je pourrais un jour sortir de cette chambre noire et revoir la lumière, et là était l’essentiel. » Je trouve ce postulat extrêmement libérateur tant il amène à penser que ressentir chacune de vos émotions est avant tout une fonction physiologique normale. Vous n’êtes pas en tort de ressentir telle ou telle émotion. Je partage complètement le point de vue de l’ACT concernant le fait que nous avons la fâcheuse tendance à ne vouloir retenir que nos émotions agréables. Et donc à constamment juger ce qui est bon ou mauvais pour tenter en vain de ne retenir que le bon.

Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation, ni vos pensées, ni vos émotions, ni vos sensations. Ce qui vous permet d’agir en toute conscience, peu importe l’expérience. Le non-jugement est finalement ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Cela vous permet d’être totalement ouvert. Ainsi, soyez toujours attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes. Car juger revient à vouloir garder un certain contrôle de la situation et créer une sorte de cohérence interne. En jugeant, vous créez votre propre vérité de la situation et de votre être, sans faire ce pas de côté. « Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure » écrit Don Miguel Ruiz dans « Les quatre accords toltèques ». Voilà pourquoi il est bon de laisser aller et venir les jugements comme le recommande la méditation de pleine conscience et de toujours se poser ces questions : ce jugement est-il utile pour ma progression ? Ce jugement n’est-il pas plutôt qu’une supposition ? Est-il assez important pour que j’y accorde autant d’attention et que je le transmette aux autres sans leur faire de mal ?

Pour mieux comprendre, voici une petite histoire :

C’est l’histoire d’un homme qui avait gagné une voiture chère à la loterie. Sa famille et ses amis, tous très contents pour lui, était venu célébrer chez lui. « N’est-ce pas formidable ? » disaient-ils.  « Quelle chance tu as ! » L’homme sourit en disant : « Peut-être. » Pendant quelques semaines, il eut beaucoup de plaisir à conduire sa voiture. Un jour, un conducteur ivre entra en collision avec lui à une intersection et il se retrouva à l’hôpital avec de multiples blessures. Sa famille ses amis vinrent le voir. « Quelle malchance ! » lui dirent ils. De nouveaux, l’homme sourit en disant : « peut-être. » Alors qu’il se trouvait encore à l’hôpital, il y’a eu un glissement de terrain et sa maison fut emporté dans la mer. Une fois de plus, ses amis vinrent le voir le lendemain et lui dirent : « quelle chance que tu te sois encore trouvé à l’hôpital ! » et lui, de dire de nouveau : « peut-être. ».

Le peut-être de cet homme sage est signe que celui-ci refuse de juger quoi que ce soit et qu’il laisse le cours de la vie se poursuivre, sans que cela ne le touche émotionnellement. Ce refus de juger quoi que ce soit est une dimension de l’acceptation. L’acceptation est définie par Tara Brach comme « Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Cette contemplation passe par la métacognition. La métacognition correspond à l’un des six principes fondamentaux de l’ACT : le soi comme contexte. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même pour reconnaître ce qui se déroule en vous, et identifier les pièges de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. La métacognition permet de prendre conscience de votre moi pensant (la fameuse radio qui tourne en boucle dans votre cerveau). Si ce MOI pensant diffuse des informations inutiles (jugements), alors le moi observateur a pour tâche de laisser filer cette information. Par exemple, « Je dois contrôler mes émotions pour ne pas me montrer faible », « la préparation mentale, c’est pour les personnes faibles » ou « je suis un homme, je n’ai pas à avoir peur » sont autant de scénario du moi pensant qu’il est bon de reconnaître comme inutile et de laisser filer. En revanche, si le moi pensant diffuse de l’information utile, le moi observateur va alors accorder toute son attention à cette information. Ainsi, la métacognition est superbe dans ce qu’elle vous apprend sur le moment présent. Elle permet de court-circuiter le cycle des réactions automatiques et inconscientes et de faire ce pas de côté par rapport à ce que vous pensez. Vous n’êtes plus dans le soi conceptualisé. En d’autres termes, vous ne conceptualisez pas la situation ou ce que vous êtes d’une manière trop rigide. Vous n’êtes plus identifié à vos jugements de manière réductrice et limitée. Ceci est la base pour répondre avec lucidité dans une situation agréable ou non, et pour créer de nouvelles habitudes.

Le non-attachement

le pouvoir d’attraction de vos pensées et de vos émotions est tellement fort que vous les prenez pour des faits. C’est à ce moment précis qu’il est important de défusionner cognitivement et ne pas prendre vos pensées ou vos émotions trop au sérieux, de ne pas les voir comme trop importantes ou comme la vérité pure. L’ACT vous recommande plutôt de faire ce pas de côté et de prendre vos pensées comme des « histoires » que vous vous racontez. Ces histoires (qui ne s’arrêtent jamais soit dit en passant) ne sont pas forcément des faits mais plutôt des opinions ou des jugements avec lesquels il est bon de se détacher s’ils ne vous sont pas utiles (Si vous êtes dans l’indécision, vous pouvez simplement répondre à cette question : Qu’est-ce que j’ai à gagner que de croire à cette histoire ?). Par exemple : Imaginez que vous ratiez plusieurs lancer-franc et que la pensée « Je suis vraiment mauvais » s’infiltre dans votre cerveau. Peut-être qu’effectivement, vous ne vous êtes pas montré à la hauteur. Mais posez-vous toujours la question de l’utilité de l’histoire que vous vous racontez pour vos futures actions. Cela permet de vous libérer de cette emprise mentale pour vous concentrer à nouveau sur ce qui vous importe et agir efficacement. Un autre exemple me vient tête : un athlète que j’accompagne à ce jour fait de la voltige Unlimited. Autrement dit, il réalise un programme de figures avec son avion dans un périmètre défini et dans un temps imparti (Si vous ne voyez toujours pas ce qu’est ce sport, allez voir sur Youtube, c’est très impressionnant !). Lors de ses compétitions, une situation le stressait régulièrement : Lorsqu’il se retrouvait au moment du repas à table avec un concurrent révisant son programme, cela pouvait le mettre dans un état de stress et de cogitation important. Il a beau être champion du monde, il peut aussi être assailli par des pensées parasites le faisant douter. Je lui ai donc proposer de trouver un titre à ses pensées et qu’il formula en souriant comme tel : « C’est l’histoire du gars qui croît que la compet’ se joue à table ». Ce titre lui permet ainsi de défusionner avec ses pensées et de prendre du recul. Voilà donc un autre principe fondamental : la défusion. Selon Russ Harris, la défusion ne vise pas à banaliser vos difficultés ou à faire disparaître vos pensées mais justement à « vous libérer du despotisme de vos pensées ; à dégager du temps, de l’énergie et de l’attention que vous pourrez consacrer à des activités valables au lieu de broyer du noir ». L’objectif n’est pas de vous sentir bien (stratégie de contrôle) mais de vous sentir en capacité d’établir de nouvelles actions. En compétition, cela peut faire la différence car vous comprenez que les pensées ne contrôlent pas et n’influencent pas obligatoirement vos comportements.

Conclusion

J’ai écrit cet article dans un sursaut d’émotion. Je partage cette pensée personnelle dans l’idée de faire comprendre que les jugements font, certes, bel et bien parti de la vie de toutes et tous, mais qu’une autre voie existe aussi. Celle d’une pause, celle d’un silence partagé à plusieurs en haut d’une montagne, celle du non-jugement et du non-attachement, pour mieux se comprendre soi, son environnement et l’altérité. S’imposer des jugements à soi ou à son environnement est une sorte de poison émotionnel où nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez. Pour vous, en tant qu’athlète, je vous souhaite de faire ce pas de côté pour agir consciemment et efficacement, sans porter le poids lourd de vos jugements, synonyme d’ego recherchant à satisfaire sa sécurité et son besoin de toujours avoir raison.  

Le silence

Je crois que le silence a un double visage. Je crois qu’il représente la paix mais aussi le metteur en scène de nos peurs. Il nous livre à nous-même. Il nous expose. Il nous met à nu. L’absence de bruit, l’absence de distraction… Ces absences détiennent le pouvoir d’alimenter la relation avec soi, dans son entièreté. Fragilités et capacités mêlées. S’il n’est pas habituellement présent, le silence fait naître le vacarme intérieur. Un vacarme sombre où les angoisses surgissent. Vais-je réussir ? Suis-je assez… ? Tes limites vont-elles te définir à elles seules aux yeux des autres ? La respiration s’accélère, le cœur bat avec résonnance. Cela ressemble à une croisée des chemins où les choix prit face à ces angoisses, ici et maintenant, vont décider du futur. Le silence crée un orchestre désorganisé de pensées et d’émotions. La plus belle symphonie intervient au moment où le silence n’est plus un adversaire. Créer l’alliance avec le silence. Se lier à cet orchestre désorganisé pour le comprendre, se l’approprier. Trouver en chaque pensée et émotion, un musicien venant jouer sa partition. Trouver des accords entre ces musiciens. Prendre du recul, observer et écouter le mariage des partitions. La symphonie apparaîtra lorsque chaque musicien aura trouvé sa place au sein de l’orchestre, avec sa sensibilité et son message. Nous sommes nos propres chefs d’orchestre. Et le silence, notre baguette.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience.

Le silence est magique à qui sait le reconnaître. Il aiguise notre perception. Et la qualité de notre perception influence la propre relation que nous entretenons avec nous-même, mais aussi celle du monde qui nous entoure et avec lequel nous entrons en interaction tous les jours. Notre équilibre personnel et relationnel dépend de nos perceptions et de notre capacité à s’installer dans un silence intérieur pour reconnaître ce qui se passe en nous. En d’autres termes, notre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet face à une situation difficile ou à nous-même, à travers nos pensées, nos émotions et nos comportements. Nous utilisons notre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte, il y a à présent compréhension.

Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience. Et être conscient, c’est affaiblir l’ego. Car un espace se crée. Il n’y a plus de réaction automatique. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par votre colère ou vos peurs. Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste. Retenez bien que la situation est toujours neutre. Seule votre perception et votre qualité de conscience dans le moment présent vous fait juger que cette situation crée votre malheur ou votre bonheur. Percevoir et poser la conscience sur les pensées et les émotions engendrées par la situation, est une première étape pour l’affronter. Vous n’êtes pas vos pensées et vos émotions. Vous êtes la conscience qui se cache derrière le voile des pensées et des émotions. Et qui dit conscience dit affaiblissement de l’ego. Cette conscience vous apporte une liberté et une palette de possibilités car vous n’êtes plus identifié à vos pensées et vos émotions. Vous n’êtes plus en train d’interpréter, de comparer, d’aimer, de ne pas aimer. Vous êtes libre.

Le silence n’est donc pas à craindre. Il apporte conscience et liberté. S’asseoir, méditer en pleine conscience, et accepter ce silence instructeur, c’est apprendre à lire en soi, plus finement.

Pierre Guillet, préparateur mental, Bordeaux

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANT

Représentation du travail mental et autocompassion : Duo gagnant ?

A l’heure où beaucoup d’actions sont mises en place pour l’événement des Jeux Olympiques en France en 2024, il est pertinent de prendre position pour l’intégration des interventions des champs de la psychologie et de la préparation mentale auprès des athlètes. Conscientiser et apprendre à gérer ses activités mentales lors de son épreuve sportive, en entraînement et en compétition, est crucial pour atteindre ses objectifs de performance. Mon année au sein de la formation de préparation mentale dirigée par FOCUS CONSULTANTS, m’a fait comprendre deux aspects du suivi en préparation mentale que je souhaite partager avec vous.

Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

Bon nombre d’athlètes rencontrés ont une demande concernant la confiance en soi et la gestion du stress et des émotions. Les champs de la psychologie et de la préparation mentale, en communion, peuvent répondre à cette demande explicite. Les raisons implicites sont à explorer dans les activités psychiques plus ou moins profondes du cerveau de la personne. Il est honnête de dire que cette exploration peut être une source de peur au départ. La psychologie montre que l’être humain se base sur un système d’équilibre. Travailler sur ces activités cérébrales pour en déceler les pièges et découvrir de nouvelles habitudes cognitives, émotionnelles et comportementales peut déséquilibrer au départ. Cela peut déstabiliser, questionner, et même parfois être culpabilisant de prendre conscience de son fonctionnement psychique, allant des antécédents aux conséquences. Peut-être faut-il rendre cette découverte un peu moins lourde, en la percevant comme un jeu et une ouverture vers de nouvelles perspectives ? Nous avons toutes et tous été enfant et cette âme sera toujours en nous. Cet enfant, qui joue, qui découvre, pas à pas, en apprenant par essai-erreur, en osant malgré la peur. Les habiletés mentales utiles à la performance sont, au même titre que la marche ou la lecture, à développer grâce à un apprentissage intégrant l’attention, un engagement actif, de la répétition et l’acceptation des erreurs. Etre lucide sur son fonctionnement psychique, s’accepter soi-même dans son entièreté (ses qualités, ses fragilités, ses peurs) et se concentrer sur des points attentionnels pertinents sont autant d’étapes à respecter en psychologie et préparation mentale pour améliorer chez l’athlète son bien-être et, à postériori, la performance. Alors, oui, la préparation mentale en communion avec la psychologie, sont des activités à prendre en compte sérieusement par leurs validités scientifiques. Oui, elles doivent avoir un cadre éthique et déontologique pour apporter de la confiance dans la relation avec l’athlète. Mais dans ce cadre sérieux et professionnel, il peut être bon d’apporter une touche ludique afin de changer les représentations cognitives de l’athlète sur le travail mental qu’il(elle) doit effectuer. Les athlètes ont des exigences de toutes parts (personnelles, des entraîneurs, des fédérations, des sponsors et potentiellement des parents). C’est aussi une exigence à se poser que de travailler psychologiquement sur l’approche des entraînements et des compétitions. Mais ce ne doit pas être un fardeau. Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

De plus, aller sur le chemin de la connaissance de soi, grâce aux champs de la psychologie et de la préparation mentale,  peut tout simplement aider à prendre soin de soi. Comme évoqué précédemment, les athlètes ont des exigences personnelles ou extérieures. Les exigences ne s’accouplent pas de manière intuitive avec l’action de prendre soin de soi. Or, dans la théorie scientifique de la psychologie, il a été validé que prendre soin de soi grâce à l’autocompassion permettait de développer une résilience émotionnelle et de mettre son ego en arrière-plan. Une relation bien plus saine est entretenue avec soi-même.

prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance.

La méditation de pleine conscience aide à développer cette autocompassion. Ce courant bouddhiste s’enregistre en psychologie dans la troisième vague des thérapies cognitivo-comportementales et se révèle comme un outil pertinent en préparation mentale. Très en vogue en ce moment, la méditation de pleine conscience permet, selon Jon Kabat-Zinn (P. 55, 2009), de « nous voir et de voir le monde sous des angles nouveaux, d’apprendre à travailler autrement avec notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions, et d’apprendre à rire un peu plus des choses, y compris de nous-mêmes, tout en nous entraînant à trouver et à garder notre équilibre le mieux que nous pouvons ». Par la pratique régulière de la méditation de pleine conscience, l’athlète apprends, par exemple, à conscientiser ses activités mentales et à se rendre compte qu’un nombre massif de pensées apparaît chaque jour dans le cerveau. De ce fait, gérer toutes ses pensées n’est pas aisé, surtout si elles apparaissent lors des compétitions et qu’elles sont liées à du jugement ou de l’autocritique (cet ego qui parle dans votre tête…). Heureusement, plus la personne apprend à reconnaître et accepter les pensées pour ce qu’elles sont et non à les percevoir comme une vérité pure, plus la personne va se détacher de ces dernières. La personne va ainsi lâcher prise avec les pensées qui pouvaient la faire perdre pied et être davantage en capacité de poser son attention dans l’instant présent et de se concentrer sur ce qu’il y a de plus pertinent pour sa performance. Le détachement des pensées amène la personne à prendre soin d’elle-même car la puissance de frappe des pensées limitantes va s’amoindrir. Concrètement, prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance. Ceci nécessite encore de l’entraînement, ne l’oublions pas. Répéter, grâce à l’application Petit Bambou par exemple, des séances de méditation de pleine conscience chaque jour, provoque à long terme, des bienfaits psychologiques pour la personne pratiquante.

En guise de conclusion, je souhaite préciser que la psychologie est une science abstraite. Le cerveau de l’être humain est complexe, et ses activités le sont tout autant. Il n’y a donc pas de solution miracle dans les champs de la psychologie et de la préparation mentale. Travailler vos habiletés mentales en jouant et en méditant demande de l’entraînement et un engagement personnel profond. Mais ne dit-on pas que le JEU en vaut la chandelle ? Alors, foncez vers vos objectifs, mais n’oubliez pas de prendre soin de vous 😊

Exercice d’autocompassion : S’écrire une lettre.

Cet exercice est tiré de ma pratique d’autocompassion lors du programme MSC (mindful self-compassion). Chacun a en lui ce quelque chose qu’il n’aime pas ; une fragilité, une peur, quelque chose occasionnant de la honte, ou le fait se sentir pas assez bon. Je vous propose de réfléchir à quelque chose à propos de vous qui vous fait vous sentir mal (une peur, une habitude malsaine, votre apparence, etc). Lorsque votre situation est choisie, écrivez une lettre comme si vous discutiez avec un ami très cher se débattant dans une situation semblable à la vôtre. Quel mot de compassion et de soutien lui offririez-vous ? Ensuite, lisez la lettre et appliquer ces mots à vous-même.

Pour vous aider :

1. Choisir une situation amenant de l’inconfort ou du stress
2. Ecrire précisément les pensées qui apparaissent lors de cette situation, les émotions qui les accompagnent et les manifestations corporelles (lucidité).
3. Répondre à cette question : Quels conseils je donnerais à un proche rencontrant cette situation ?
– Classer les conseils par ordre de préférence

4. Ecrire la lettre

Mot d’ordre : Indulgence. Cet exercice n’est pas forcément facile à première vue. Ecrivez, faites des brouillons, recommencez, mais surtout, soyez indulgent avec vous-même. Il n’y a pas de performance. Ce sont juste vos mots, pour vous faire du bien, en cas de besoin.

5. Lire votre lettre chaque fois que vous en ressentez le besoin.

 

Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels en préparation mentale,

FOCUS CONSULTANTS

 

Bibliographie :

Kabat-Zinn, J., & André, C. (2009). Au coeur de la tourmente, la pleine conscience: MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness: programme complet en 8 semaines. De Boeck.

Neff, K. D. (2011). Self‐compassion, self‐esteem, and well‐being. Social and personality psychology compass, 5(1), 1-12.

La pleine conscience et la performance sportive

Quelle est la place de la pleine conscience dans la performance sportive ? Quelle peut être son efficacité ? Retrouvez les réponses dans l’article ci-dessous :

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