Et si on remettait le sens au goût du jour ?

J'ai trouvé le sens de la raison qui m'entraîne
À chaque pas sur le devant de la scène
J'ai trouvé le sens de la vie que je mène
Et je l'aime 

Avez-vous trouver l’auteur de ces rimes ? Non ce n’est pas Irvin Yalom le psychologue existentialiste, mais Tal, la chanteuse Française. Ok, je démarre cet article de manière ironique, mais toujours est-il que Tal a raison, et cet article va vous le prouver !

La question du sens

« Je ne fais pas ce métier pour offrir des matchs ennuyeux qui endorment les supporters. Je veux qu’il y ait de la vie et des émotions dans nos matchs. Je veux qu’on offre des matchs mémorables aux supporters. Je veux que les supporters soient excités à l’idée de voir nos matchs. Ces intentions sont au coeur de ma philosophie »

Jürgen Klopp

Il y a quelques jours, on me posait la question de ce qui m’animait dans mon métier de préparateur mental. Et là, je me suis dit : « c’est vrai ça, qu’est-ce qui m’anime réellement ? » Sans trop réfléchir longuement, deux notions sont apparues : équilibre et sens. Voilà mes leitmotivs dans chaque accompagnement. Optimiser l’équilibre émotionnel et amener l’athlète à donner du sens à sa pratique et son fonctionnement intérieur. Parce que cela fait échos à mes valeurs : comprendre, se dépasser et être libre (Pile au moment où j’écris ces lignes, le soleil m’envoie quelques filets de lumière à travers le ciel chargé de nuages… un signe du destin ?).

Comme l’écrit Pierre Cousineau dans la préface du livre « Le piège du bonheur » de Russ Harris, « autant notre physiologie a besoin d’eau, de nourriture et d’air, autant notre psychisme humain a besoin de sens ». Ce à quoi Sébastien Bohler ajoute : « Le besoin de sens naît du besoin de contrôle. Il est une émanation de notre désir de survie » dans son livre « Où est le sens ». C’est ainsi et ce n’est pas votre cortex cingulaire qui vous dira le contraire. Prendre la décision d’aller vers la direction choisie en fonction de vos objectifs, c’est savoir ce qui vous guide dans votre intérieur profond. Connaître cette raison d’être profonde peut passer par l’étape de l’isolement. Cette période où vous avez besoin de vous recentrer sur vous-même pour mieux vous écouter et ne pas être en proie à tout ce qui vous attire hors de votre direction. Cela peut paraître mystique à première vue, comme ce brouillard épais un bon matin d’automne.  Mais, au fur et à mesure que votre écoute s’affine, le brouillard se lève et vous voyez de plus en plus loin devant vous. Vous développez cette faculté intrinsèque de juger, de percevoir ce qui est essentiel pour vous, votre pratique sportive et votre vie en générale. La question à vous poser est la suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que je désire vraiment ?

Plus largement, le sens de la vie vient de la psychologie existentielle. Et il n’est pas forcément aisé de se pencher sur la question du sens. Cela peut être une question vertigineuse, provoquant un déséquilibre. Peut-être que le caractère sérieux de cette question fait surgir des peurs face auxquelles vous ne souhaitez pas être confronté.e. Mais tout se passe à l’intérieur. Et cet intérieur, vous seul pouvez le percevoir, et le comprendre. C’est pour cette raison que Viktor Frankl, survivant des camps de concentration durant la seconde guerre mondiale et créateur de la logothérapie, associe la recherche de sens avec les notions de liberté et de responsabilité.

Créer cet alignement en soi et avec les autres à travers vos objectifs, c’est s’offrir le droit de jouir de la vie dans son entièreté, y compris avec ses périodes de souffrance. Donner du sens à sa pratique et plus largement à sa vie, c’est établir une cohérence grâce à une signification et une direction, avec authenticité. La signification correspond à vos valeurs. La direction correspond à votre but. Comprenez que lorsque vous donnez du sens, vous accordez vos valeurs avec votre but. Tel un musicien, la partition que vous jouez est de plus en plus juste. Elle résonne agréablement dans vos oreilles et celles de ceux qui vous écoutent. Pour autant, vous ne percevrez peut-être pas cette douce mélodie directement. Car le sens s’évalue rétrospectivement. Ainsi, vous vous rendez compte après quelques mois ou quelques années si vous avez su être cohérent, au regard de vos actions. Vous ressentirez à ce moment précis que vous êtes à votre juste place. Vous ressentirez ce regain d’énergie et cette satisfaction personnelle d’avoir su vous écouter pour agir comme vous le vouliez, à chaque instant.  

Anatomiquement parlant, la question du sens a été renvoyée au cortex cingulaire antérieur. En effet, notre système d’anticipation est fait pour que nous lui répondions favorablement. Or, dès que nous n’obtenons pas ce qui était prévu, le cortex cingulaire antérieur sonne l’alerte car il ne trouve pas de sens à ce qu’il vient de se passer. Pour cette raison, en prenant la victoire comme seul sens à sa pratique sportive, vous aurez bien plus de chance de perturber votre cortex cingulaire antérieur car vous ne maîtrisez pas toutes les composantes et vous ne pouvez pour ainsi dire, tout anticiper. Par ailleurs, la question du sens ne concerne pas que le système d’anticipation lié au cortex cingulaire antérieur. Bien que le sens soit toujours logé dans cette zone, le sens à connotation existentiel permettrait également de diminuer l’activité d’alerte du cortex cingulaire antérieur. La philosophie ou la religion permettraient notamment d’abaisser le niveau d’alerte du cortex cingulaire antérieur grâce à leurs différentes questions existentielles et leurs croyances. En d’autres termes, croire en un sens plus vaste et plus grand que soi protégerait le cortex cingulaire antérieur. Car chaque chose aurait une signification. Comme l’écrit Sébastien Bohler, « Nous semblons d’une certaine manière biologiquement programmé pour chercher du sens dans le monde qui nous entoure. Dès qu’on nous propose un cadre d’interprétation de la réalité à la fois globale et stable, nos niveaux d’angoisse reculent ». Il n’est donc pas étonnant de voir beaucoup d’athlètes avec des croyances religieuses. Cela les aide à surmonter les difficultés et à croire en leur bonne étoile. Moi qui me posais la question de la religion lorsque je voyais le footballeur Brésilien Kaka célébré religieusement ses buts avec les bras et la tête levés vers le ciel, me voilà avec une bonne partie de la réponse.

La perte de sens

Perdus, sans s’entendre sur notre but, on s’ennuie fort, on se tue.

Angèle

Vous allez vous dire : il est d’humeur musicale pour cet article. Toujours est-il que les textes de chanson nous confie bien souvent des messages universels qu’il est bon d’entendre réellement de temps à autre. Il est important de comprendre que donner du sens est vraiment personnel. Et que l’absence de sens amène à la dérive. Le monde du sport n’y échappe évidemment pas. En créant toujours plus de récompenses et en survalorisant ces récompenses (financières, matérielles, …), l’athlète peut très vite perdre le sens qu’il donnait autrefois à sa pratique. Manipulé.e, l’athlète tombe dans les méandres d’une quête impatiente des récompenses extérieures à sa pratique. L’ego s’agite. Le stress se ressent. Finalement, à force de vouloir créer de la stabilité à travers ces récompenses, le paradoxe se met en place : l’instabilité règne dans votre cerveau. L’estime de soi s’étiole à force de chercher à se soulager par des récompenses extérieures. Sébastien Bohler a raison : « A défaut d’être, on se rabat sur l’avoir » pour donner du sens à sa pratique et se sentir exister aux yeux de tous. Et oui, l’ « Avoir » vous donne le sentiment de réduire les incertitudes et d’être accepté. Ce qui apaise le cortex cingulaire sur l’instant T, mais pas sur le long terme. Le piège se referme.

Mais alors, que se passe-t-il dans votre pratique si vous perdez le sens que vous lui avez accordé autrefois ? Que se passe-t-il si les buts fixés sont trop influencés par la société et n’ont pas été choisi librement par vous-même ? Que se passe-t-il si vous vous faites manipuler inconsciemment pour tendre vers toujours plus de récompenses extérieures ? Quelle est votre identité ? quelle est votre essence ? Quelle joie y a-t-il encore à pratiquer ? Sans le sens, vous êtes perdu. Perdu dans le temps, perdu dans vos pensées, vos émotions, vos actions. Et c’est ce qu’a compris l’un des athlètes que j’accompagne, suite à sa victoire sur une compétition majeure. Sollicité pour augmenter sa visibilité sur les réseaux sociaux et, à termes, attirer des sponsors, il a choisit de ne pas donner suite car ce qu’il aime avant tout, c’est pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer son sport. C’est ce qui l’anime au plus profond. Faire plus de story instagram et perdre en temps de pratique n’était pas de son goût. Il n’y avait pas de sens derrière tout ça. Et saper le besoin de sens à l’humain revient à ne pas vous assurer tout en faisant le funambule à 300m de haut. La chute peut être vertigineuse. Voir que le sol se dérobe sous vos pieds fait monter l’effroi, des pieds à la tête, avec le sentiment qu’il n’y a plus aucun contrôle sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. Ne pas donner de sens, ou plutôt, être guidé.e par le sens que donne votre ego ou une autre personne à votre pratique peut pousser à ressentir un profond sentiment de frustration. Vous êtes le vagabond de votre pratique en étant inactif ou impulsif (dimension de la rigidité psychologique). Vous êtes cette personne errante sans signification ni direction. Vous ressentez parfois l’euphorie de la récompense, mais cette dernière est très vite remplacée par des émotions telles que l’inquiétude, l’ennui, l’apathie et le sentiment du vide. Une question taraude : Mais pourquoi je fais tout ça ?

La clarté dans les valeurs

Une vie axée sur des valeurs est toujours plus enrichissante qu’une vie axée sur des buts, car nous pouvons en profiter pendant que nous cheminons vers nos buts.

Russ Harris

Donner du sens est clairement le coup d’envoi d’une promesse que vous vous faites à vous-même pour atteindre vos objectifs. C’est une activation comportementale grandement influencée par vos valeurs. Ces dernières sont une orientation, représentant l’un des six principes fondamentaux de la thérapie de l’Acceptation et de l’Engagement. Selon Russ Harris, les valeurs sont « Les désirs les plus chers à notre cœur, ce que nous souhaitons être, ce que nous souhaitons défendre et la façon dont nous voulons échanger avec le monde qui nous entoure ». Elles déterminent les forces et les qualités que nous voulons développer et la vie que nous voulons vivre. Elles ne dépendent ni du contexte, ni des normes. Dans la thérapie de l’ACT, les valeurs sont comparées à une boussole. Elles vous donnent un cap, une direction à suivre. Elles vous poussent à être dans l’effort et vous dépasser. Elles sont ce qui vous constitue au plus profond de vous et qui vous permet d’avancer de manière équilibrée et cohérente. Elles sont puissantes et diffèrent des objectifs car vous avez toujours accès à vos valeurs. Les objectifs sont une échéance. Les valeurs, elles, ne s’atteignent pas. Elles vous accompagnent. Lorsque vous êtes en déconnexion avec vos valeurs, vous le ressentez (Crispation, tristesse, frustration, etc.). Pour vous recentrer, vous pouvez toujours avoir cette réflexion : Je m’imagine vers la fin de ma vie, assis sur une chaise, en train de me remémorer mes années écoulées. Quelles valeurs aurais-je aimé incarner durant ma vie ? Quelles valeurs m’aura rendu fier(e) et satisfait(e) de mon parcours de vie ? Quelles valeurs aura donné le plus de sens à ma vie ?

Les motivations intrinsèques

Donner du sens passe clairement par vos motivations intrinsèques. Les motivations intrinsèques sont liées au plaisir pur de la pratique de votre sport et peut vous apporter de la stimulation (émotions et sensations positives), de la connaissance (sur vous-même, sur des spécificités de votre sport et de son environnement) et un sentiment d’accomplissement personnel (se dépasser, franchir des obstacles difficiles, etc.). En effet, « lorsque les gens sont motivés intrinsèquement, ils se développent et grandissent. Plus précisément, les gens qui sont mus par une motivation intrinsèque font preuve d’initiative, poursuivent leurs intérêts, agissent de manière spontanée et créative, font des efforts pour apprendre de nouvelles choses et pour se développer et développer de nouvelles capacités, traitent les informations de manière approfondie et conceptuelle, font preuve de persévérance et affichent plus d’émotions positives, de vitalité et de bien-être. » (« C’est pas mal hein !? », comme dirait ma fiancée). Les motivations intrinsèques sont intimement liées avec les besoins psychologiques de chacune et de chacun (autonomie, compétence et affiliation). L’autonomie correspond au besoin de faire vos propres choix quand vous le souhaitez et comme vous le voulez. L’autonomie met en avant le besoin de décider de l’intérêt que vous portez à une activité particulière et ayant du sens pour vous. Vous n’êtes pas contrôlé.e par l’environnement externe. Le besoin de compétence est quant à lui « le besoin psychologique qui génère la volonté de rechercher des défis optimaux, d’y faire face et de fournir des efforts persévérants et une réflexion stratégique afin de les maîtriser. » le troisième et dernier besoin psychologique de l’affiliation s’apparente davantage au besoin d’être en interaction avec les autres, de se sentir intégré.e et aimé.e au sein de son environnement. Il règne une sorte d’intérêt mutuel et du souci de l’autre dans le besoin de l’affiliation. Lorsque ces besoins psychologiques sont remplis dans l’activité que vous avez librement choisie, il y a de grandes chances que vous soyez motivé intrinsèquement. Ce qui aura pour conséquence d’élever votre niveau d’engagement, mais aussi votre créativité, votre curiosité, votre intérêt, votre dynamisme, vos capacités d’apprentissage et plus globalement votre bien-être.

L’intérêt et la joie : les deux principales émotions de la motivation intrinsèque

C’est parce que nous grandissons au niveau de l’être,

et non de l’avoir, que nous sommes dans la joie »

Frédéric Lenoir

Explorer. Enquêter. Rechercher. Mettre en lien. Constamment. Par le simple prisme du plaisir d’apprendre et de progresser en termes de connaissances et de compétences. Voilà ce qu’est l’intérêt que vous portez à votre pratique sportive. C’est découvrir pour répondre à la nouveauté et à l’incertitude. En tant qu’athlète, l’intérêt vous permet de vous engager dans une découverte insatiable de tout ce qui vous fera progresser techniquement, tactiquement, physiquement et mentalement. C’est accorder de l’importance à toutes les informations et détails nécessaires à votre bien-être et votre performance. Évidemment, par son côté insatiable, cela peut engendrer de la fatigue émotionnelle et cognitive. Si vous n’avez pas assez d’intérêt pour votre pratique sportive, cette fatigue ne sera pas suivie d’un réengagement dans l’exploration et la recherche. A l’inverse, un fort intérêt fera office de socle motivationnel pour remonter à l’étrier et persévérer dans votre soif de progression. Ainsi, chaque découverte réalisée grâce à votre intérêt sera constamment suivie de moments de joie. Ces moments seront parfois furtifs, parfois plus longs. Toujours est-il que l’intérêt et la joie sont indissociables car la découverte est un accomplissement, un progrès que la joie vient récompenser en livrant son côté tantôt euphorique, tantôt apaisant. Cette joie facilite également votre engagement et réenclenche le processus d’intérêt par l’intermédiaire du jeu et de la créativité. Comme le dit si bien l’expression « se prendre au jeu », c’est porter un intérêt fort à votre pratique sportive et être pleinement focus dans la tâche, dans un esprit de gaieté et de légèreté. Ce cercle vertueux peut vous amener très loin. C’est ce que tou.tes les grand.es champion.nes ont fait : découvrir, sans cesse, et se nourrir de petits moments de joie pour progresser.

Conclusion

Donner du sens est un besoin fondamental de l’être humain. Le sens permet de suivre un chemin choisit, un chemin qui est propre à soi et qui doit vous correspondre. Il est un moteur universel pour s’accomplir personnellement et être fier.e de soi quand il sera venu le temps de regarder dans le rétroviseur de votre vie. Accompagner les athlètes à donner du sens à ce qu’ils font est ce qui m’anime profondément. Il émane de ma nature et de ma personnalité comme une évidence de créer du sens pour comprendre, se dépasser et être libre. Dès lors, je vous encourage à donner du sens à ce que vous faites, au travers de vos valeurs et de vos motivations intrinsèques. Bien que chaque athlète ait une ambition extrinsèque de titre ou de récompense pour laisser une trace aux yeux des autres, la seule et unique trace qui compte n’est pas ce but mais tout l’intérêt et la joie que vous aurez ressenti durant votre carrière, dans un écosystème où vous aurez pu révéler l’ensemble de vos capacités.

Le pouvoir de l’alliance entre émotions et rationalité

Un pilote de moto Rallye que j’accompagne en ce moment-même a inspiré cet article. En débriefant sur son dernier rallye remporté au Maroc dans sa catégorie, ce pilote m’a montré par A+B que l’émotionnalité et la rationnalité ne sont pas deux adversaires devant se combattre mais bel et bien deux partenaires au service d’un seul et même leitmotiv : Atteindre l’objectif visé.

Intelligence émotionnelle

« La question n’est pas de savoir si je dois suivre mes affects ou ma raison mais quels sont les affects qui doivent guider mon action. »

Arne Naess

Je vais là vous décrire une notion de psychologie développée par Daniel Goleman s’intitulant : intelligence émotionnelle. Selon Goleman, « Toutes les émotions sont des incitations à l’action ; ce sont des plans instantanés pour faire face à l’existence que l’évolution a instillée en nous. D’ailleurs, le terme « émotion » se composent du verbe latin motere, voulant dire « mouvoir », et du préfixe é, qui indique un mouvement vers l’extérieur, et cette étymologie suggère bien une tendance à agir ». Cette intelligence émotionnelle se cultive en partie par la méditation de pleine conscience (mais pas que !) et grâce à laquelle vous vous ouvrez directement à ce que vous ressentez. L’intelligence émotionnelle entre complètement dans le cadre de la flexibilité psychologique tant elle vous permet de vous adapter aux situations et aux personnes que vous rencontrez. Car, tout comme nous ne pouvons annihiler les émotions dites négatives (elles constituent aussi notre vie), nous ne pouvons pas non plus répondre à la doctrine d’effacer la part émotionnelle de notre cerveau au profit de la rationalité. Il est une nouvelle fois question d’équilibre et de complémentarité. Les émotions et les systèmes cérébraux auxquels elles se rattachent ne peuvent pas être mis de côté. Elles participent et nous permettent d’intégrer cette part motivationnelle et passionnelle dans ce que nous faisons. Aucun choix ne peut être fait sans affect (émotion). Daniel Goleman parle de deux cerveaux : le cerveau rationnel et le cerveau émotionnel. L’équilibre entre ces deux protagonistes de la vie mentale est tout bonnement bénéfique. Comme l’écrit Daniel Goleman, « le fait de pouvoir canaliser ses émotions dans un but donné est une aptitude primordiale. Dominer ses pulsions ou de retarder la satisfaction de ses désirs, de contrôler son humeur afin de faciliter la pensée au lieu de l’entraver, de se motiver à persévérer sans se laisser décourager par les échecs, de réussir à atteindre l’état de fluidité et d’être plus efficace, tout cela souligne le pouvoir des émotions de nous guider dans ce que nous entreprenons ».

Les émotions sont normales et universelles

« Lorsqu’un homme a appris, pas sur le papier, comment rester seul avec sa souffrance, comment surmonter son désir de fuite, il lui reste peu à apprendre. »

A. Camus

L’intelligence émotionnelle permet de développer des capacités en termes de prise de conscience et d’acceptation de la présence de toutes les émotions (y compris les émotions désagréables ou douloureuses). Ainsi, vous ne perdez pas de temps à les refouler ou à les alimenter inconsciemment, car vous savez que tout est une question de normalité.

« Ce qui est le plus personnel est aussi ce qu’il y a de plus général »

Carl Rogers

Lorsque vous ressentez de la peur, vous vous sentez régulièrement différent.e des autres et très régulièrement seul.e dans votre situation. Comme si votre propre monde était dysfonctionnel et que quelque chose clochait chez vous. Pour autant, retenez bien que la peur que vous ressentez est belle et bien présente chez vos adversaires. La peur est, comme je le disais, liée à l’instinct de survie. Elle est donc normale. Puisque chaque humain est doté d’un instinct de survie, elle est fondamentalement universelle.

Ainsi, lorsque vous évoquez avec courage une peur avec un.e proche ou un.e partenaire d’entraînement et que cette personne vous répond : « moi aussi je ressens cela », un soulagement et du réconfort apparaissent. Votre solitude s’efface. Vous ne vous sentez plus différent.e des autres. Les épaules retombent. Les nœuds se dénouent. Un sentiment de toute-puissance est annihilé. Ces moments révèlent votre humanité partagée. Une humanité imparfaite, mais satisfaisante pour ce qu’elle offre. Pour votre plus grand bien. Bien que vous ayez le devoir de faire face à la solitude pour comprendre vos propres peurs, n’oubliez pas que votre âme solitaire se lie d’amitié et de compassion avec les autres lorsque vous comprenez que vos peurs les habitent également. Ici s’ouvre un champ plus vaste où règne l’immensité de l’humanité et de la fragilité commune. Quand vient ce moment, vous ne résistez plus et devenez un peu plus libre.

L’impermanence des émotions

« Quand tu es agité, réfléchi sur l’impermanence,

voit l’aspect éphémère des projets et des pensées.

Ton esprit se calmera de lui-même »

Marion Chaygneaud-Dupuy

Si la méditation de pleine conscience peut vous apprendre une notion importante au sujet des émotions, c’est bien leur impermanence. Dans votre pratique sportive, vous devez faire face à un panel incroyable de situations, ce qui constitue un vivier considérable d’émotions. C’est pourquoi, pratiquer la méditation de pleine conscience vous aide à devenir intelligent.e émotionnellement car vous faites l’expérience de percevoir les émotions comme des messagers qui ne sont que de passage. La métaphore des nuages dans le ciel est d’ailleurs la métaphore la plus utilisée pour comprendre l’impermanence des émotions. Le ciel, c’est vous. Quant aux nuages, ils correspondent aux émotions qui vous traversent. Tantôt blancs, tantôt gris. Peu importe. Car ces nuages émotionnels ne restent pas… sauf si vous vous y accrochez. Dans ce cas, tout un travail de défusion cognitive sera à l’ordre du jour.

Les émotions positives

Selon Fredrickson (2009), la positivité est le porte-drapeau des émotions positives. Elle représente l’intérêt, la joie, la gratitude, l’espoir, la sérénité, la fierté, l’amusement, l’inspiration, l’émerveillement et l’amour. J’ai souhaité vous parler de ce porte-drapeau car être pleinement conscient.e de cette positivité et des émotions qui en découlent peuvent vous permettre de développer la réalisation de soi. Nous savons aujourd’hui qu’une émotion négative prend davantage de place qu’une émotion positive. En d’autres termes, on retient plus facilement l’émotion négative que l’émotion positive. Cela induit donc la question : à partir de quel moment l’émotion positive peut l’emporter sur l’émotion négative ? La réponse est donnée dans la théorie « construction-élargissement[3] » de Fredrickson (2009). Il semblerait non pas qu’il soit question du moment mais plutôt du nombre d’émotions. Selon Fredrickson, lorsque vous faites une expérience, la condition nécessaire pour développer votre positivité est que les émotions positives doivent être trois fois plus nombreuses que l’émotion négative. Le score doit être proportionnel à 3-1 à la fin du match. Ainsi, cette condition permet de basculer de la stagnation à l’épanouissement car elle offre l’opportunité aux émotions positives de s’additionner et de se renforcer mutuellement. Et cet épanouissement sera marqué au travers de trois ressources : les ressources mentales qui facilitent l’apprentissage, les ressources physiques qui facilite la santé et les ressources sociales qui facilitent les relations.

Par cette démonstration, être pleinement conscient.e de vos émotions positives se révèle être une clé importante pour votre pratique sportive. Cela vous permettra d’élargir votre attention, d’être plus flexible mentalement, de faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et de résoudre plus facilement des problèmes grâce à votre créativité et votre appétence pour l’exploration et le jeu.

Être un surfeur aguerri

Si, en pleine crise de négativité, vous réussissez à réaliser que « En ce moment, je suis train de me créer de la souffrance », cela suffira à vous élever au-dessus des états et des réactions de l’ego. Cela vous amènera à d’infinies possibilités, à d’autres façons plus intelligentes de composer avec toute situation donnée. »

Eckhart Tolle

Il est vrai que lorsque la peur n’est pas présente, tout est plus calme et paisible. Comme un lac silencieux un beau matin d’automne. En revanche, quand vient ses vagues, elle forme des remous jusqu’à parfois tout emporter. Elle crée des vagues submersives sur lesquelles vous tentez de surfer. Mais il n’est jamais simple de surfer au départ. Appréhender ces vagues et se laisser porter par le courant demande de la lucidité et de la pratique. Vous ne vous mettez pas debout sur la planche en un claquement de doigts. Vous commencez d’abord sur le sable, en sécurité. Vous automatisez les gestes. Vous observez des surfeurs aguerris. Vous comprenez de plus en plus ce sur quoi il faut se focaliser. L’équilibre est en train de se créer.

Et puis vient le moment où vous vous jetez à l’eau. D’abord les petites vagues. Un peu d’adrénaline. Quelques chutes sans gravité. Quelques essais réussis aussi. Arrive les petites joies. Arrive la confiance. Alors, vous vous frottez à des vagues de plus en plus grandes. De plus en plus puissantes. De nouvelles chutes. Des chutes maîtrisées, parfois. L’éveil des sens est en adéquation avec le danger potentiel. Vous essayez de tout capter pour être prêt.e à vous lancer. Si vous vous jetez à corps perdu sans analyser, la prochaine vague saura rappeler qui est la plus forte.

Un surfeur aguerri connaît l’océan. Il sait et voit au loin la formation des vagues. Il sait exactement lesquelles vont lui permettre de prendre du plaisir à glisser. Il a étudié les vagues avant de s’y frotter. Un surfeur aguerri sait transformer le danger potentiel d’une vague en une opportunité de joie. A ce moment, il n’y a plus le surfeur et la vague. Ils ne font qu’un en se coordonnant. Le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel ne font qu’un.

C’est ainsi que vous pouvez vous comporter avec vos émotions. Surfer sur la vague de vos émotions vous permet de vous approprier ce moment à votre façon. Tel un surfeur aguerri. Pour vous donner un exemple, et comme je vous le précisait au début de cet article, j’accompagne en ce moment-même un pilote de moto Rallye ayant remporté le rallye du Maroc dans sa catégorie dernièrement. Après avoir débriefé sur ce rallye, il s’est avéré que ce pilote avait excellemment gérer mentalement. Pourquoi ? car il a su tirer profit de ses émotions pour les convertir rationnellement en action positive et productive. Bien évidemment, tout est perfectible et se doit de l’être pour un pilote de cette trempe (Objectif : Dakar). Toujours est-il que les exemples qu’il m’a cité en séance prouve que l’émotionnalité engendrée par les situations se doit être constamment convertit en dose de rationalité pour atteindre l’objectif. De ses propres mots, il était tout le temps « en mode régulation émotionnelle ». Et oui, quand vous devez gérer la fatigue (lever entre 4h et 5h du matin), préparer la moto avec votre team, gérer les problèmes mécaniques, gérer les imprévus (départ avancé d’une heure par exemple, sans avoir été préalablement prévenu), gérer les conditions de course et les 10h/jour sur la moto, dans le désert, en passant par tous les check-points sans en oublier un seul (rater un check-point équivaut à une pénalité de temps), ou encore gérer les médias qui vous sollicitent constamment, savoir écouter ses émotions pour les transformer rationnellement en une graine efficace de productivité est une condition sine qua-non de réussite.  

Conclusion

Quand cela se passe excellement bien comme pour ce pilote, vous ressortez bien évidemment complètement vidé.e de votre énergie, mais aussi heureux. Et c’est bien là l’essentiel. Non pas pour la place de numéro 1 acquise durant ce rallye, mais bel et bien pour « devenir une meilleure version de soi-même » comme l’aime à dire ce pilote. Et cela passe par l’alliance de ce qui nous constitue : le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel.  

Faites-vous preuve de gratitude ?

27 Août 2021.

Deux titres de champion.ne de France, deux athlètes accompagnées qui sont ensuite parties au J.O de Tokyo 2021 pour vivre leur rêve, des remerciements pour la progression sur l’aspect mental que certaines et certains ressentent, des remerciements simples sur l’apport de la préparation mentale en termes de connaissance de soi. Au-delà des résultats qui peuvent gonfler un ego, Je me rends compte en regardant dans le rétro de l’année 2020-2021 que la qualité prime sur la quantité. Je n’ai pas accompagné beaucoup d’athlètes, (et cela me va très bien), mais j’ai accompagné de vrai.es athlètes. Des athlètes qui s’engagent et qui sont avant tout motivé.es par l’idée de progresser. Qui sont curieux.se et qui acceptent de tester des exercices qui ne leur sont pas communs. Qui sont capables d’avoir une analyse sur ce qui est pertinent pour eux.elles ou non. Qui sont capable de se dévoiler et d’en dire un peu plus à chaque fois. Cela demande du courage. Et je suis sincèrement reconnaissant de la confiance que ces athlètes m’ont accordée. Ils et elles m’ont fait grandir et progresser en tant que préparateur mental. Certains de ces accompagnements sont encore en cours. Mais il va de soi qu’à un moment donné, nos chemins se séparent. Restent alors de cette séparation des souvenirs d’accompagnement et de tout le processus qu’il comprend. Je ne citerai pas leur nom, mais merci à vous, vous ne savez pas à quel point vous éclairez ma vision de la préparation mentale et de ce qui me motive réellement.


Être reconnaissant. Ressentir de la gratitude. S’émerveiller de petites choses. Voilà une idée que l’ego n’aime pas. Son but étant la séparation et la division, il n’est pas bien à l’aise avec cette idée incongrue d’être reconnaissant envers des personnes ou de ce qui constitue ce monde (un paysage par exemple). Cette idée paraît toujours un peu farfelue au départ pour les athlètes. Ils se demandent légitimement en quoi se rappeler et écrire sur un journal, le soir, trois choses dont ils sont reconnaissant va les aider à répondre à leur demande de gestion du stress et hausser leur performance. Cette idée de gratitude paraît effectivement un peu perchée pour notre biais de négativité. Ce biais de négativité est un biais cognitif orientant notre perception d’une certaine manière en fonction de vos réussites et de vos échecs. En d’autres termes, vous minimisez vos réussites par ces deux mots typiques : « Oui mais » et vous maximalisez vos échecs. Sauf que, plus nous renforçons ce biais de négativité, moins nous sommes capables d’être reconnaissant envers les ressources qui nous entoure. Puisque notre attention est instinctivement focalisée sur ce qui ne va pas, elle ne prendra pas forcément le temps de voir ce qu’il y a de positif en nous ou autour de nous. En ressentant de la gratitude, nous faisons ainsi en quelque sorte le ménage dans notre cerveau. On le dépoussière de ce biais de négativité pour le rendre un peu plus propre. Cela permet de créer une nouvelle base de données dans notre cerveau en compilant des émotions positives grâce à ce(ux) qui nous entoure. La gratitude ne change pas tout mais elle est une aide pour voir davantage les choses positives dont nous pouvons être reconnaissant, sans pour autant exclure notre devoir de voir aussi sincèrement ce qui ne va pas.

Vous allez me dire : Mais ça convient vraiment à tout le monde ? A vous d’essayer ! Je pense que chacune et chacun doit essayer et sentir ce qui est bon pour soi. Je ne suis pas là pour vous convaincre. Ce qui compte est toujours votre intention et votre engagement. Votre mindset. Il ne faut pas s’obliger à ressentir de la gratitude et remplir un journal comme une injonction, ou comme une liste de course. Ressentir de la gratitude a pour principe de se connecter avec l’émotion que vous ressentez quand vous êtes reconnaissant. C’est cette connexion qui compte. Car vous serez convaincu que vous êtes reconnaissant à l’égard de ce que vous notez. Et si vous ne vous sentez pas de tenir un journal de gratitude, essayez-le dans une discussion avec vos proches ou vos coéquipiers. Cela remplira vos discussions de joie et d’optimisme ! Personnellement, je me rends compte que mon plan B à ce journal est notre discussion du soir avec ma fiancée. En nous racontant notre journée, on repère plus facilement ce qui s’est bien passé et ce(ux) vers quoi (qui) nous sommes reconnaissants.

L’adversaire du jour : l’habituation hédonique

Lorsque les athlètes remplissent le journal de gratitude, leur réaction peut avoir l’effet inverse et se résumer à cette phrase : « Je n’ai rien vu de positif ». Voilà une idée bien fausse ! votre cerveau vous joue des tours car il a l’impression de vivre toujours la même chose. La routine comme elle est appelée dans le jargon. C’est ce qui s’appelle l’habituation hédonique. Ceci est la capacité à s’habituer et par conséquent, à rechercher constamment la nouveauté et à en vouloir toujours plus pour ressentir toujours plus de plaisir. Une victoire en appelle une autre, plus grande, plus forte. Comme nous sommes des êtres de croissance, le circuit de la récompense logé dans votre cerveau n’a pas de fin et nous conditionne à le respecter. Que ce soit le temps de pratique, le graal olympique ou les toutes dernières chaussures de course, cela ne suffit pas à contenter notre cerveau pour toujours. Ce dernier a besoin de nouveauté. La soif de nouveauté et d’en avoir toujours plus vous empêche de concevoir ces petits moments du quotidien comme des choses positives de votre vie qui vous font avancer. Le café du matin, le soleil qui vous réchauffe le visage, une discussion, un regard, un sourire, une tape dans la main de votre coéquipier ou votre entraîneur… Il y en a tellement !

Prenons encore un peu plus de recul pour comprendre cette habituation hédonique. Contrer l’habituation hédonique et ressentir de la gratitude, c’est mieux remarquer ce que nous possédons déjà (et un coucher de soleil, vous l’aurez toujours !) plutôt que de toujours fantasmer sur les choses qui vous manque ou de rechigner sur ce qui ne va pas. Or, dans notre société occidentale (de consommation), la gratitude n’est pas forcément bien vue car elle va à l’opposé du principe de consommation qui alimente cette habituation hédonique. Puisque la société de consommation cultive le manque et l’attrait pour la possession, cela incite chacune et chacun à toujours ressentir des émotions désagréables telles que l’ego nous le fait sentir. Jalousie, envie, colère, peur de manquer, etc. Voilà des émotions que l’ego adore. Ainsi, l’ego vous pousse à ne pas ressentir de la gratitude mais plutôt à être dans cette course folle de la possession et d’en avoir toujours plus, sans être reconnaissant.e de ce que vous possédez déjà. Que ce soit des victoires, de belles voitures, des beaux vêtements ou que sais-je, le principe est le même. De son côté, la gratitude nous permet d’être davantage satisfait de ce que nous avons. Elle ne nous pousse plus à être un « consommateur invétéré » et apaise cette impression de manque et d’habituation hédonique. Scientifiquement, il a été démontré que ressentir de la gratitude permet une augmentation du degré de satisfaction de la vie et de l’optimisme. Elle permet également une diminution du stress, de l’anxiété et des maux somatiques tels que les maux de tête et les maux de ventre (et oui, l’ego s’apaise quand vous vous décentrez de vous-même de manière positive !).

Gratitude collective

Dans un contexte sportif, ressentir de la gratitude collectivement permet d’accroître l’esprit d’équipe, l’entraide et la coopération. On reconnaît l’autre et ses efforts pour nous aider et nous soutenir. Cette reconnaissance vous pousse intimement à en faire autant. Cela crée une chaîne de gratitude non négligeable dans un collectif. Tape dans la main, encouragement, félicitations, remerciements au kiné, … Tout est bon à prendre tant qu’il y a de la sincérité dans cette gratitude.

La gratitude collective peut aussi concerner vos adversaires. En définissant vos adversaires comme vos alliés vous aidant à progresser, vous pouvez ressentir de la gratitude envers eux. (Peut-être pas sur le moment du match lorsqu’il vous mène la vie dure, je vous l’accorde !) Cette gratitude calme cet ego et vous pousse à revenir dans la tâche, pour vous dépasser et chercher vos limites, comme l’explique  Stéfanos Tsitsipás sur Rafael Nadal, après leur finale au tournoi de Barcelone en Avril 2021 : « C’est un vrai compétiteur sur le court. Il déteste perdre. Il déteste perdre plus que n’importe qui d’autre. Je n’ai jamais vu personne d’autre se battre comme ça. Il me rend la vie tellement difficile sur le court. Je suis là pour accepter ses conditions et affronter son désir de se battre. Ça fait aussi de moi un meilleur joueur et je peux voir où sont mes limites. »

Faire preuve de gratitude augmente votre positivité

Selon Fredrickson (2009), la positivité est le porte-drapeau des émotions positives. Elle représente l’intérêt, la joie, la gratitude, l’espoir, la sérénité, la fierté, l’amusement, l’inspiration, l’émerveillement et l’amour. J’ai souhaité vous parler de ce porte-drapeau car être pleinement conscient de cette positivité et des émotions qui en découlent peuvent vous permettre de développer la réalisation de soi. Nous savons aujourd’hui qu’une émotion négative prend davantage de place qu’une émotion positive. En d’autres termes, on retient plus facilement l’émotion négative que l’émotion positive. Cela induit donc la question : à partir de quel moment l’émotion positive peut l’emporter sur l’émotion négative ? La réponse est donnée dans la théorie « construction-élargissement de Fredrickson (2009). Il semblerait non pas qu’il soit question du moment mais plutôt du nombre d’émotions. Selon Fredrickson, lorsque vous faites une expérience, la condition nécessaire pour développer votre positivité est que les émotions positives doivent être trois fois plus nombreuses que l’émotion négative. Le score doit être proportionnel à 3-1 à la fin du match. Ainsi, cette condition permet de basculer de la stagnation à l’épanouissement car elle offre l’opportunité aux émotions positives de s’additionner et de se renforcer mutuellement. Et cet épanouissement sera marqué au travers de trois ressources : les ressources mentales qui facilitent l’apprentissage, les ressources physiques qui facilite la santé et les ressources sociales qui facilitent les relations.

Par cette démonstration, être pleinement conscient de vos émotions positives et être reconnaissant de ce qu’il y a de positif autour de nous (personnes, situations) se révèlent être deux clés importantes pour votre pratique sportive. Cela vous permettra d’élargir votre attention, d’être plus flexible mentalement, de faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et de résoudre plus facilement des problèmes.

Exercice

Dire merci

Lors du programme de méditation de pleine conscience MBSR, la personne en charge de ce programme avait pour rituel de dire merci en souriant à chaque fin de prise de parole d’un.e membre d’un groupe. Ce rituel apportait beaucoup de chaleur et de soutien. En sport, nous voyons toujours les remerciements après la performance. Et si vous preniez un temps d’avance ? L’exercice que je vous propose là consiste à vous rappeler d’une (ou plusieurs) personne.s importante.s à vos yeux. Cette(ces) personne.s vous apporte.nt au quotidien. Elle.s vous offre.nt du soutien, du rire, de l’écoute quand vous en avez besoin. Elle est présente depuis quelques temps, voir depuis toujours. Il est venu le temps de la.les remercier. Prenez un stylo et un crayon, et écrivez votre message de remerciement, signe de votre gratitude pour elle.s. Pour vous aider, vous pouvez répondre à la question[1] : « Dans ce bonheur que je suis en train de ressentir, qu’est-ce que je dois aux autres ? ». Soyez bref ou soyez long, peu importe. Le plus important est ce qui se trouve dans votre message. Votre relation en ressortira encore plus grandie.

Conclusion

La gratitude n’est pas incompatible avec les idées de grandeur et avec le fait d’en vouloir toujours plus. Elle est simplement ce pas de côté permettant d’observer toutes les situations ou personnes positives autour de vous, de les reconnaître et, pourquoi pas, de la manifester.  


[1] Question tirée du livre « Tout savoir sur l’ego : Analyser les mécanismes pour les dépasser » d’Anthony Mette. p. 156

Tout est passé beaucoup trop vite.

Cet article est le court témoignage d’une expérience sportive récente, durant laquelle la préparation mentale m’a aidé à aller au bout de mon objectif.

Mercredi 25 août. 9h36. Mon corps est ici mais ma tête est toujours là-bas, dans les montagnes Pyrénéennes. Cet ultra-trail de 120 kms et 7000m de dénivelé positif a marqué de son empreinte ma vie à coup sûr. Je sais que je dois écrire quelque chose pour passer à l’étape suivante.

De flashes en flash, je revois les images de ma course. Je me souviens de décors magnifiques et d’un coucher de soleil inoubliable, de la présence réconfortante de ma fiancée, de mes amis et de ma famille, des sourires et de la bienveillance des bénévoles. Je perçois dans mes mains la chaleur de la tasse de soupe et la texture du haut de mes bâtons pour s’affranchir du dénivelé positif. Je me souviens de cette eau fraîche offerte par une dame, coulant d’un tuyau, et permettant à tous les coureurs de tremper pleinement leur casquette pour refroidir un crâne en surchauffe. Je visualise certains visages, hagards, emportés par les pensées et sans doute, quelques questionnements. Je vois aussi des visages déterminés et souriants. Je visualise des corps allongé à même le sol, rechargeant leur batterie humaine. Je sens à nouveau les larmes monter lorsque je repense à cet instant clé. Cet instant est celui où, lassé par les efforts et les pensées insatiables qui me disent : « pourquoi tu fais ça ? », je visualise ma fiancée, et mes ami.es à l’arrivée (je ne sais pas qu’il y aurait aussi ma famille). Je suis, environ, au kilomètre 80. Cet instant est magnifique tant il allie rationalité et émotionnalité. La partie rationnelle est celle où toutes les fausses raisons d’abandonner pètent en éclats en un instant. Lâcher parce que c’est long ? Foutaise. Lâcher parce que c’est dur ? Connerie. Comment vont les jambes ? Pas de crampes, pas de douleur inquiétante. Comment va l’estomac ? À merveille, il se languit du prochain ravitaillement. Trop fatigué pour mettre du rythme ? Faire une sieste de 10 minutes (et mettre un réveil au cas où, il ne s’agirait pas de se réveiller deux heures plus tard). Après cette enquête interne, le constat rationnel est simple : je peux avancer, continuer à m’alimenter normalement, mettre du rythme et lever le nez pour regarder l’horizon de temps en temps.

Au fur et à mesure des lignes couchées sur ce papier, je me rends compte que la partie rationnelle représente les étapes clés pour aller vers la partie émotionnelle : celle d’un objectif accompli, le cœur léger et rempli de joie. Cette joie de partager un moment unique avec celles et ceux que j’aime. Le bonus surprise viendra de cette tape dans la main de la part de mon entraîneur en guise de félicitations quelques mètres avant l’arrivée. Tout était finalement réuni pour une arrivée réussie. Entre dépassement de soi, compréhension de soi, liberté et partage, je peux vous dire maintenant, à tête reposée, pourquoi je fais ça, et à quel point j’ai envie d’y retourner. Parce que tout est passé beaucoup trop vite et que, finalement, 30h25, est un moment éphémère hors du commun dont je pourrais me souvenir avec allégresse et sérénité toute ma vie.

« JUGER, C’EST NE PAS COMPRENDRE » : COMMENT REGAGNER UN CALME INTÉRIEUR DANS UNE PÉRIODE TROP BRUYANTE

Ce week-end était l’heure d’un de mes défis de l’année. Cumuler 87 kilomètres et 5400m de dénivelé positif en deux courses de trail. Au-delà de ces chiffres, l’un des moments qui m’a sauté aux yeux tant il est paradoxal avec ce que nous vivons en ce moment a été un moment de pur calme. A ce moment du deuxième jour de course, nous étions, je crois, 5 traileurs en haut de la montagne, à marcher dans le silence, les uns derrière les autres. Se retrouver avec soi-même, ses pensées, ses émotions, son effort, dans le silence le plus absolu, est toujours un moment magique (et difficile, parfois). Dès lors, une fois que ce week-end fut terminé, revenir dans ce monde où certains font preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid) m’a clairement fatigué. Une sorte d’agitation collective et de forte réactivité émotionnelle se met en place. L’insécurité troublante fait naître la peur et l’apparition d’un panel de jugements. Il règne une mode dans laquelle chacune et chacun prend pour argent comptant ses pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. La fatigue cumulée du week-end n’aidant pas, des émotions désagréables sont apparues. Puis, comme d’habitude, un regain d’énergie pointe le bout de son nez pour transformer ce moment désagréable en quelque chose de productif. Comme le dit le proverbe chinois : « vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leur nid dans vos cheveux. » Cet article en est donc le fruit. Il juxtapose une situation actuelle à ce que vous pouvez rencontrer en tant qu’athlète dans votre pratique sportive.

Les jugements de l’ego

« Il n’y a rien de bien ou de mal en soi. C’est la pensée qui en fait un bien et un mal. »

Shakespeare

Si je devais résumer l’ego en une phrase, ce serait celle-ci : « Oui, je suis là, regardez-moi, je vous montre et vous prouve que j’existe. » C’est la petite voix qui s’agite dans votre cerveau, vous alertant sur un potentiel danger ou sur une potentielle opportunité vis-à-vis des autres. L’ego s’est extrêmement développé ces dernières années dans les sociétés occidentales, étant donné l’avènement des réseaux sociaux, du culte de l’individualisme et de la compétition. Sa première caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente. Il pose ses pièges un à un, sournoisement, sans que vous ne vous en rendiez compte. Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental. Pourtant, rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître à bord. Lorsque vous êtes habité par un jugement que vous portez sur une situation ou sur vous-même, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de ce jugement. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. » (Donc, « MON avis sur la situation du COVID ») (Ce à quoi quelqu’un me répondra : « On dit « LA Covid »…). De son côté, Anthony Mette nous prévient : « plus votre ego est développé, plus les potentiels problèmes seront nombreux. Plus vous allez cogiter, mentaliser, plus vous allez ruminer le passé et chercher à anticiper (contrôler) l’avenir. À cela, vous allez y mêler des émotions négatives. » 

Lorsque l’ego prend place, vous allez juger la situation, les autres, ou vous juger vous-même (soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait). L’ego fait intervenir le moi pensant pour vous juger. Et il n’y a pas pire moment que lors d’un « putsch amygdalien » pour juger ou vous juger personnellement. Effectivement, le siège des émotions dans le cerveau se nomme : amygdale. Cette zone est située dans le système limbique et l’« une de ses fonctions consiste à détecter instantanément les éléments nouveaux ou les menaces dans notre environnement et à envoyer dans le corps des signaux ultra rapides qui initient une réaction de combat ou de fuite » explique Susan Cain. En situation de stress, les sens sont en éveils grâce à différentes hormones : le cortisol, l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones permettent de réagir rapidement à une situation de stress et de rétablir l’homéostasie du corps (l’équilibre). Les stratégies archaïques se mettent en place. De manière réflexe et adaptative, vous essayez de vous protéger d’une situation qui vous menace (ou plutôt, que vous percevez comme menaçante). Sous l’emprise de la peur ou de la colère, l’amygdale est en état d’alerte et inhibe l’activité d’autres régions du cerveau comme le cortex préfrontal. Ce dernier peut vous permettre de vous adapter à la situation qui se présente à vous et de prendre des décisions pleines de sang-froid. Comprenez donc que l’amygdale est à la base de l’instinct de survie et nous pousse à juger constamment les situations comme bonnes ou mauvaises pour soi.

De ce fait, il y a à reconnaître que chacune et chacun juge sur ce qu’elle. il fait ou sur ce que les autres font. Personnellement, cette vérité m’est difficile à accepter (mais j’y travaille !). Car elle m’éloigne d’une valeur qui me tient à cœur : comprendre et faire comprendre. Le jugement est peut-être la chose que je déteste fondamentalement le plus car il sonne comme un couperet hâtif et ne laisse pas la place à la compréhension et au factuel. Bien sûr, le jugement à ce pouvoir intégrateur car juger avec son semblable quelqu’un d’autre ou une situation peut avoir l’avantage de tisser du lien.  Mais cela crée également une scission. Et c’est ce que l’ego adore faire. Alimenter le sentiment de séparation avec les autres et se donner raison.

Eteignez les médias catastrophes et offrez-vous des pauses

« Quand nous marquons un temps d’arrêt, nous ne savons pas ce qui va se passer après. Mais en bousculant nos comportements habituels, nous nous donnons la possibilité de répondre de manière inédite et créative à nos désirs et à nos peurs. »

Tara Brach 

Lorsque nous nous baladons en forêt ou randonnons en montagne, je dis régulièrement à ma fiancée : « Ecoute ». Elle me regarde et sourit. Car elle sait qu’à sa question : « Quoi ? » je répondrais ces deux prochains mots : « le silence ». J’adore ces moments car je suis de l’avis de John Kedge : « Nous n’avons pas à craindre le silence, nous pouvons l’aimer. ». D’ailleurs, les parents disent couramment de leur enfant : « Quand je ne l’entends plus, c’est mauvais signe. » Mais pour l’enfant, le silence est le signe qu’il est heureux et pleinement focus à sa tâche (un beau dessin sur les murs fraîchement repeints !).

En tant qu’athlète, il est primordial de calmer le flux incessant de jugements et entrer dans un espace mental serein. Ce temps de pause permet d’établir une nouvelle relation avec l’environnement et votre intérieur. Les informations internes et externes sont neuves. Une cohérence avec le monde et vous-même se crée pour agir différemment. Ce silence met un olà à vos rythmes de vie, influencé par le jugement, la vitesse et le zapping. Il vous permet de ralentir et de respirer. Et quand tout va trop vite, cela peut faire un bien fou ! Psychologiquement, cela s’explique par le petit goulet d’étranglement que vous avez dans votre cerveau et qui n’est autre que le cortex préfrontal. Cette zone du cerveau permet de prendre les informations les unes après les autres. Lorsque vous vous offrez des pauses, le cerveau se calme et se petit goulet n’est plus alimenté. A l’inverse, si vous vous surchargé d’informations, cela créera un bouchon d’informations appelé : charge mentale. Cette charge peut causer du stress, de la fatigue et le sentiment de ne pas y arriver.

Je le reconnais volontiers, la pratique de la pause et du silence qui l’accompagne n’est pas dans la nature humaine et peut être perturbante les premières fois. Mais il est clair que le silence durant un moment de pause est magique à qui sait le reconnaître. Il est une clé pour aiguiser la perception de ce qui se passe en vous. Il permet de capter le flux incessant de vos jugements sur les autres, sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. En d’autres termes, votre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet et qu’elle ne se laisse pas balader par vos jugements. Vous utilisez votre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte. Il y a à présent compréhension consciente. Et cela fait toute la différence car être conscient, c’est affaiblir l’ego. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par vos jugements intempestifs. Vous vous permettez dès lors de remplir deux dimensions de l’acceptation : le non-jugement et le non-attachement.

Le non-jugement

La dimension du non-jugement est centrale car elle permet de :

  • ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises.
  • agir en toute conscience, peu importe l’expérience.

Ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises permet d’être en accord avec un principe clé de l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy), une thérapie cognitivo-comportementale qui part du postulat que la recherche du bonheur provoque une erreur fondamentale : Elle exige de ne retenir que les émotions agréables de la vie et d’exclure ce qui constitue aussi en partie la vie : la douleur et les souffrances. Or, Russ Harris le dit très bien lui-même dans son livre « Le piège du bonheur » : « Pour vivre une vie riche, il faut vivre toute la gamme des émotions humaines. » Et Emelie Forsberg, championne du monde de trail, nous le prouve par ses mots expliquant ses ressentis à la suite d’une grave blessure rencontrée durant sa carrière : « J’avais voulu être triste et abattue. Car si je ne l’avais pas été, où aurais-je trouver la force de continuer ? Quel sens aurait eu ma vie ? Dans l’obscurité, je me suis laisser aller au découragement, et en arriver là m’apparut inestimable. Oui, cela peut sembler étrange, mais j’ai apprécié ce temps de souffrance et de complainte. Car je savais que je pourrais un jour sortir de cette chambre noire et revoir la lumière, et là était l’essentiel. » Je trouve ce postulat extrêmement libérateur tant il amène à penser que ressentir chacune de vos émotions est avant tout une fonction physiologique normale. Vous n’êtes pas en tort de ressentir telle ou telle émotion. Je partage complètement le point de vue de l’ACT concernant le fait que nous avons la fâcheuse tendance à ne vouloir retenir que nos émotions agréables. Et donc à constamment juger ce qui est bon ou mauvais pour tenter en vain de ne retenir que le bon.

Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation, ni vos pensées, ni vos émotions, ni vos sensations. Ce qui vous permet d’agir en toute conscience, peu importe l’expérience. Le non-jugement est finalement ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Cela vous permet d’être totalement ouvert. Ainsi, soyez toujours attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes. Car juger revient à vouloir garder un certain contrôle de la situation et créer une sorte de cohérence interne. En jugeant, vous créez votre propre vérité de la situation et de votre être, sans faire ce pas de côté. « Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure » écrit Don Miguel Ruiz dans « Les quatre accords toltèques ». Voilà pourquoi il est bon de laisser aller et venir les jugements comme le recommande la méditation de pleine conscience et de toujours se poser ces questions : ce jugement est-il utile pour ma progression ? Ce jugement n’est-il pas plutôt qu’une supposition ? Est-il assez important pour que j’y accorde autant d’attention et que je le transmette aux autres sans leur faire de mal ?

Pour mieux comprendre, voici une petite histoire :

C’est l’histoire d’un homme qui avait gagné une voiture chère à la loterie. Sa famille et ses amis, tous très contents pour lui, était venu célébrer chez lui. « N’est-ce pas formidable ? » disaient-ils.  « Quelle chance tu as ! » L’homme sourit en disant : « Peut-être. » Pendant quelques semaines, il eut beaucoup de plaisir à conduire sa voiture. Un jour, un conducteur ivre entra en collision avec lui à une intersection et il se retrouva à l’hôpital avec de multiples blessures. Sa famille ses amis vinrent le voir. « Quelle malchance ! » lui dirent ils. De nouveaux, l’homme sourit en disant : « peut-être. » Alors qu’il se trouvait encore à l’hôpital, il y’a eu un glissement de terrain et sa maison fut emporté dans la mer. Une fois de plus, ses amis vinrent le voir le lendemain et lui dirent : « quelle chance que tu te sois encore trouvé à l’hôpital ! » et lui, de dire de nouveau : « peut-être. ».

Le peut-être de cet homme sage est signe que celui-ci refuse de juger quoi que ce soit et qu’il laisse le cours de la vie se poursuivre, sans que cela ne le touche émotionnellement. Ce refus de juger quoi que ce soit est une dimension de l’acceptation. L’acceptation est définie par Tara Brach comme « Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Cette contemplation passe par la métacognition. La métacognition correspond à l’un des six principes fondamentaux de l’ACT : le soi comme contexte. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même pour reconnaître ce qui se déroule en vous, et identifier les pièges de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. La métacognition permet de prendre conscience de votre moi pensant (la fameuse radio qui tourne en boucle dans votre cerveau). Si ce MOI pensant diffuse des informations inutiles (jugements), alors le moi observateur a pour tâche de laisser filer cette information. Par exemple, « Je dois contrôler mes émotions pour ne pas me montrer faible », « la préparation mentale, c’est pour les personnes faibles » ou « je suis un homme, je n’ai pas à avoir peur » sont autant de scénario du moi pensant qu’il est bon de reconnaître comme inutile et de laisser filer. En revanche, si le moi pensant diffuse de l’information utile, le moi observateur va alors accorder toute son attention à cette information. Ainsi, la métacognition est superbe dans ce qu’elle vous apprend sur le moment présent. Elle permet de court-circuiter le cycle des réactions automatiques et inconscientes et de faire ce pas de côté par rapport à ce que vous pensez. Vous n’êtes plus dans le soi conceptualisé. En d’autres termes, vous ne conceptualisez pas la situation ou ce que vous êtes d’une manière trop rigide. Vous n’êtes plus identifié à vos jugements de manière réductrice et limitée. Ceci est la base pour répondre avec lucidité dans une situation agréable ou non, et pour créer de nouvelles habitudes.

Le non-attachement

le pouvoir d’attraction de vos pensées et de vos émotions est tellement fort que vous les prenez pour des faits. C’est à ce moment précis qu’il est important de défusionner cognitivement et ne pas prendre vos pensées ou vos émotions trop au sérieux, de ne pas les voir comme trop importantes ou comme la vérité pure. L’ACT vous recommande plutôt de faire ce pas de côté et de prendre vos pensées comme des « histoires » que vous vous racontez. Ces histoires (qui ne s’arrêtent jamais soit dit en passant) ne sont pas forcément des faits mais plutôt des opinions ou des jugements avec lesquels il est bon de se détacher s’ils ne vous sont pas utiles (Si vous êtes dans l’indécision, vous pouvez simplement répondre à cette question : Qu’est-ce que j’ai à gagner que de croire à cette histoire ?). Par exemple : Imaginez que vous ratiez plusieurs lancer-franc et que la pensée « Je suis vraiment mauvais » s’infiltre dans votre cerveau. Peut-être qu’effectivement, vous ne vous êtes pas montré à la hauteur. Mais posez-vous toujours la question de l’utilité de l’histoire que vous vous racontez pour vos futures actions. Cela permet de vous libérer de cette emprise mentale pour vous concentrer à nouveau sur ce qui vous importe et agir efficacement. Un autre exemple me vient tête : un athlète que j’accompagne à ce jour fait de la voltige Unlimited. Autrement dit, il réalise un programme de figures avec son avion dans un périmètre défini et dans un temps imparti (Si vous ne voyez toujours pas ce qu’est ce sport, allez voir sur Youtube, c’est très impressionnant !). Lors de ses compétitions, une situation le stressait régulièrement : Lorsqu’il se retrouvait au moment du repas à table avec un concurrent révisant son programme, cela pouvait le mettre dans un état de stress et de cogitation important. Il a beau être champion du monde, il peut aussi être assailli par des pensées parasites le faisant douter. Je lui ai donc proposer de trouver un titre à ses pensées et qu’il formula en souriant comme tel : « C’est l’histoire du gars qui croît que la compet’ se joue à table ». Ce titre lui permet ainsi de défusionner avec ses pensées et de prendre du recul. Voilà donc un autre principe fondamental : la défusion. Selon Russ Harris, la défusion ne vise pas à banaliser vos difficultés ou à faire disparaître vos pensées mais justement à « vous libérer du despotisme de vos pensées ; à dégager du temps, de l’énergie et de l’attention que vous pourrez consacrer à des activités valables au lieu de broyer du noir ». L’objectif n’est pas de vous sentir bien (stratégie de contrôle) mais de vous sentir en capacité d’établir de nouvelles actions. En compétition, cela peut faire la différence car vous comprenez que les pensées ne contrôlent pas et n’influencent pas obligatoirement vos comportements.

Conclusion

J’ai écrit cet article dans un sursaut d’émotion. Je partage cette pensée personnelle dans l’idée de faire comprendre que les jugements font, certes, bel et bien parti de la vie de toutes et tous, mais qu’une autre voie existe aussi. Celle d’une pause, celle d’un silence partagé à plusieurs en haut d’une montagne, celle du non-jugement et du non-attachement, pour mieux se comprendre soi, son environnement et l’altérité. S’imposer des jugements à soi ou à son environnement est une sorte de poison émotionnel où nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez. Pour vous, en tant qu’athlète, je vous souhaite de faire ce pas de côté pour agir consciemment et efficacement, sans porter le poids lourd de vos jugements, synonyme d’ego recherchant à satisfaire sa sécurité et son besoin de toujours avoir raison.  

L’estime de soi et « Le secret des performants »

Je suis un adepte inconditionnel de l’effet que procure le message d’un livre. Celui de Fanny Nusbaum, « Le secret des performants » ne m’aura pas laissé indifférent. Je l’ai adoré comme j’avais apprécié son livre précédent : « les philo-cognitifs ». Parce qu’il est novateur. Parce qu’il bouscule les codes en parlant différemment de l’intelligence. Parce qu’il offre des perspectives nouvelles pour être en état d’intelligence et, par conséquent, être performant. Parce qu’il témoigne de l’indispensabilité d’être dans un écosystème qui nous correspond pour exposer ses capacités et performer. Parce que ce livre décrypte les piliers des performants, à savoir : l’énergie, la conscience et les émotions. Parce qu’il m’a mis quelques claques personnelles aussi. Je ne pouvais que vous le partager en me proposant de faire un pont entre « Le secret des performants » et l’estime de soi.

Définition de l’estime de soi

« Ce qu’un homme pense de lui-même, voilà ce qui règle ou plutôt indique son destin. »

Henry David Thoreau

La préparation mentale vient toucher au cœur de cette habileté psychologique de base. Estimer, c’est déterminer ou attribuer de la valeur à quelque chose, l’évaluer, la juger, l’apprécier. L’estime de soi se résulte de la comparaison entre l’image de soi et le soi idéal. Plus l’écart est grand, moins l’estime de soi est élevée. L’image de soi est la représentation de soi-même à travers vos attributs physiques, vos qualités intellectuelles, vos habiletés sociales et vos caractéristiques affectives. Elle se construit à partir des expériences, des réussites, des échecs et de ce que les autres pensent et disent de vous. L’image de soi est donc ce que vous êtes ou ce que vous pensez être tandis que le soi idéal est ce que vous souhaitez être ou ce que les autres souhaiteraient que vous soyez.

Les facteurs d’influence négatifs de l’estime de soi

Dans ce monde où chacun a un avis sur tout, tout en ne sachant pertinemment que peu de choses, l’estime de soi peut être ébranlée chaque jour. « Ça c’est bien », « ça ce n’est pas bien », « lui il n’aurait pas dû faire comme ça ». Blablabla… Effectivement, l’estime de soi peut être affaiblit par les « influences sociales » (#réseauxsociaux). Ces influences sociales sont représentées par votre statut, vos performances, votre apparence ou encore la soif de pouvoir. Ces influences sociales viennent ainsi bousculer l’ego et l’identité personnelle rattachée. Certaines manifestations visibles vont alors apparaître : Se conformer pour se faire accepter et apprécier, se comparer aux autres, se donner raison et donner tort à l’autre, vouloir être le meilleur à tout prix, réagir émotionnellement de manière disproportionnée, etc. L’autre grand influent de l’estime de soi est le passé (l’éducation, les événements de vie, etc.). Des personnes, des mots, des situations, ou encore des images peuvent vous avoir marqué au fer rouge. 

Selon le niveau d’impact négatif de ces facteurs d’influence, cela peut aller jusqu’à engendrer « une obsession de soi, des tensions intérieures, du négativisme, et le déclenchement de mécanismes de défense pour protéger l’estime de soi ». La question qui revient en boucle chez les personnes en manque d’estime de soi est : Suis-je assez ? Assez grand, assez fort, assez sensible, assez intelligent, assez technique, assez compétent, etc… Il règne une sorte de quête d’idéal normative et de perfection qui va, à petit feu, allumé en vous un sentiment d’anormalité. Un sentiment qui dévore s’il n’est pas reconnu pour ce qu’il est. Vous verrez plus loin dans cet article que les performants ne sont pas de cette trempe et qu’ils inspirent davantage qu’ils ne se laissent influencer. Et ce, même malgré le fait que leur passé ait créé des blessures personnelles. Sachez qu’il n’est pas obligatoire d’avoir une haute estime de soi pour performer. Certains performent justement dans l’idée de combler une faille.  Mais leur ego est tranquille car ils sont animés différemment. Ils sont passionnés. Peu importe leur niveau d’estime de soi, les performants agissent avec passion. C’est ce qui donne du sens à leur vie.

Une quête

Spécifiquement, rien ne différencie l’estime de soi et la performance. Les deux sont liées par une quête. Une quête où vous souhaitez tirer le meilleur de vous-même. Les quêtes de l’estime de soi et de la performance sont devenues monnaies courantes aujourd’hui. Mais une quête extrême peut être contre-productive. Plus l’athlète se centre sur l’ego, plus l’estime de soi est instable. Et plus l’athlète se centre sur l’ego, moins il sera performant. Autrement dit, en vous centrant à l’extrême sur vous-même, vous cherchez à défendre votre image par des mécanismes de défense dysfonctionnels (évitement, retrait, déni, projection, fantasmes, compensation, etc.). Cela vous coupe du reste du monde. Un juste équilibre s’impose.

L’estime de soi nécessite de se comprendre et de s’accepter dans un premier temps, puis de s’oublier dans un second temps. C’est le même principe pour atteindre un état de performance. Et c’est ce que Fanny Nusbaum propose à travers deux temps : le temps du conditionnement et le temps de concrétisation. En sport, comprenez-les comme le temps d’entraînement et le temps de compétition. Le premier permet de vous centrer sur vous-même pour développer la connaissance de soi et mettre en place des stratégies, tandis que le second permet de s’oublier en agissant pleinement et efficacement. Ces deux temps vous permettent d’aller vers l’état de performance, c’est-à-dire d’être en état d’intelligence. Jusque à ce jour, il était plutôt question d’associer l’intelligence avec les capacités de raisonnement. Mais selon Fanny Nusbaum, l’intelligence est un état qui regrouperait trois catégories de capacités : le savoir-être (la personnalité), le savoir-faire (les aptitudes) et le savoir (le raisonnement). Pour être en état d’intelligence, il faut donc être capable de mettre en pratique l’ensemble de ces capacités et de les exposer aux yeux de tous dans un écosystème choisi.

Temps du conditionnement

Pour entrer en état d’intelligence et donc de performance, il vous faut identifier votre écosystème dans lequel vous allez pouvoir révéler vos capacités. Voilà un premier pas important pour l’estime de soi. Cet écosystème fait écho à l’histoire que vous avez choisie de vous raconter. Cette histoire qui vous fait rêver et qui vous pousse à vous dépasser. Construire son propre mythe comme dirait Fanny Nusbaum. Comme le dit l’expression d’Albert Einstein, « Si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » Ce pauvre poisson aura une bien mauvaise estime de lui-même dans cet écosystème. C’est la même chose pour vous en tant qu’athlète. Vous devez vous sentir à votre aise dans l’écosystème dans lequel vous évoluez (le club, le staff, les partenaires, le lieu d’entraînement, la compétition, etc.). C’est un écosystème physique, environnementale mais aussi psychologique. Il permet d’apprendre sur soi, d’être compris par les personnes qui partagent cet écosystème, de s’apprécier à sa juste valeur et d’agir, peu importe la pression exercée par l’environnement. Un écosystème juste pour soi est un écosystème dans lequel vous pouvez vous exprimer réellement et efficacement. Cela vous permettra de connecter vos deux systèmes cognitifs plus facilement.

Les deux systèmes cognitifs

Explication : Fanny Nusbaum s’inspire des travaux de Daniel Kahneman sur les deux systèmes cognitifs de pensée. Elle nous fait comprendre comment pense et agit un performant à travers les système 1 et 2. Retenez simplement dans un premier temps : Système 1 = inconscience (90% de nos comportements sont régis par cette activité cérébrale inconsciente) et système 2 = conscience (10% de nos comportements sont régis par cette activité cérébrale consciente). J’associerai le temps du conditionnement au système 2 et le temps de concrétisation au système 1. Voyons maintenant leurs caractéristiques respectives.

Lorsqu’une personne est en état de performance, elle est régie par le système 1. Non pas qu’elle n’a pas travaillé le système 2, bien au contraire, mais elle ne s’attarde pas à trop réfléchir. Elle procède inconsciemment, Elle agit de manière intuitive et prend des décisions rapidement, sans se préoccuper du regard des autres. En état de performance, le système 1 met l’ego de côté pour être pleinement dans la tâche. C’est notamment dans ce système que l’athlète peut être en contact avec le flow, cet état de grâce où tout se déroule avec fluidité et efficacité.

Le système 2 est, lui, dans la réflexion, l’analyse, la rationalité. Il agit de manière consciente et est plus coûteux en énergie. Il fonctionne au ralenti, avec méthode et contrôle. Il est dans l’anticipation et la planification. Il calcule les risques. Il a donc un côté important pour la performance. Il a également ce point positif de permettre à chacune et chacun de faire une mise au point sur soi et de prendre du recul. Cependant, les athlètes qui restent trop longtemps dans ce système perdent la connexion avec le monde. Ils pensent trop et ne savent plus comment agir. En étant toujours dans le contrôle de leurs pensées, émotions et comportements, ils ne savent plus comment être dans la tâche. Ils restent centrés sur leur ego et ne se laissent pas emporter par la vague de l’inconscient. Une estime de soi fragile peut être pris au piège de ce système 2. A trop être dans la quête du soi et à penser à l’image que vous renvoyez aux autres, vous restez trop contrôlants, analysez tout le temps et anticipez à outrance.

Les pensées automatiques

Des pensées automatiques sont des pensées/images mentales spontanées, survenant rapidement, émotionnellement chargées et considérées comme valides par le sujet. Elles se présentent sous formes d’interprétations, d’instructions et de prédictions. Lorsque nous travaillons sur l’estime de soi en préparation mentale, l’athlète est régulièrement sujet à des pensées automatiques (système 1) qui lui font interpréter négativement des situations. Ce qui l’empêche d’agir ou de réagir de manière fonctionnelle. L’objectif du préparateur mental est de ramener l’athlète dans le système 2 pour prendre conscience des pensées automatiques dysfonctionnelles du système 1, les analyser et les restructurer/reconditionner pour qu’elles retournent dans le système 1, cette fois-ci modifiées, positives et efficaces. Pour essayer de le dire plus simplement, si vous habituez votre cerveau à vous confronter à la réalité et aux situations de stress, cela deviendra une réaction automatique. Car le système 1 « pioche dans une base de données liées aux expériences passées et fais des statistiques pour établir les bonnes conduites. »

Prenons un exemple. Dans le cadre du Padel (Je précise : Padel = le sport de raquette, sinon, vous n’allez pas comprendre que je parle de set perdu alors que vous vous imaginez en train de pagayer sur l’eau). Vous perdez le 1er set assez sèchement. Le double en face de vous est très fort et vous ne trouvez aucune solution durant le 1er set. Votre partenaire est plus à l’aise et essaie de trouver des solutions pour vous, sans succès. Vient alors la pensée automatique : « Je suis nul, et tout le monde le voit ». Dure pensée pour l’estime de soi ! Vous prenez pour argent comptant cette pensée, et devenez au fur et à mesure, apathique. Inconsciemment, cette pensée vous a laminé le moral et votre détermination.

Comprenez donc que le système 1 est important pour l’état de performance si, et seulement si, il n’est pas parasité par des pensées automatiques dysfonctionnelles, entraînant elles-mêmes des réactions émotionnelles et physiologiques dysfonctionnelles. Comme il a été écrit un peu plus haut, vous prenez pour argent comptant vos pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. Vous les écoutez comme vous écoutez ces personnes faisant preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid). Faire un pas de côté est de ce fait la meilleure alternative pour mieux comprendre. Le système 2 peut vous y aider. Il est ce temps d’entraînement et ce travail de précision nécessaire pour peaufiner votre art (physique et psychologique). Il est ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Il va être utile à l’estime de soi en se centrant sur la connaissance de soi et l’acceptation de soi au travers de différentes techniques maîtrisées par le préparateur mental. Pour ma part, j’utilise des techniques issues de la méditation de pleine conscience, de l’intelligence émotionnelle et de la psychologie positive. Cela permet de travailler sur la régulation des émotions, le non-jugement, la prise de conscience des pensées et émotions à l’instant T mais aussi de prendre soin de soi grâce à l’autocompassion. Le système 2 va également être utile indirectement à l’estime de soi car il vous aide à anticiper et planifier vos actions pour que cela devienne fluide le jour-J. En travaillant la mise en place de routines et des exercices d’attention/concentration, vous donnez le contrôle nécessaire dont votre cerveau a besoin pour pouvoir mieux vous oublier le jour de la compétition (Et ainsi faire taire votre ego car vous ne serez plus centré sur le regard des autres mais purement sur ce que vous faites). Votre estime de vous-même vous en remercie !

Comme je le répète régulièrement en préparation mentale, ce temps du conditionnement nécessite de la patience et de l’engagement. Il se révèle complexe. Mais, comme le cite Fanny Nusbaum, « pour aller vers la simplicité, il faut commencer par la complexité. La simplicité, c’est l’art de toucher juste dans le temps et l’espace. »

Temps de concrétisation

« La performance s’impose ainsi comme le niveau ultime de l’intelligence, celui ou les capacités sont magnifiées au travers d’une action vers l’éternité. » fanny nusbaum

« J’aime le regard habité d’une personne en performance. Et la fluidité avec laquelle tout se compose, tout s’assemble à travers elle. Cette sensation que cet individu est en train de créer l’évidence. C’est un spectacle enchanteur, merveilleux au sens premier du terme : quelque chose se passe qui a à voir avec la magie, et assez peu avec la raison. » Ces mots sont toujours ceux de Fanny Nusbaum. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai vu la performance du biathlète, Emilien Jacquelin, couronné champion du monde pour la deuxième année consécutive le 14 Février 2021 dernier. A la suite de cette performance, il a livré les mots suivants :

« Quitte à finir deuxième, je préfère une course où j’ai pu attaquer et faire le spectacle, qu’une course où je suis bridé et je ne fais pas les choses à ma manière. C’est comme ça que je me fais plaisir, même si des fois, ça me fait manquer de régularité. Mes tirs peuvent sembler dangereux mais je peux vous assurer qu’aujourd’hui (dimanche 14/02/21), c’était tout en contrôle. À vouloir freiner des fois ce côté naturel, je m’y perds. Ça a été le cas sur plein de courses. Quand on laisse faire le naturel, c’est parfois mieux que quand on veut bien faire les choses. » « Je dois rester moi-même plutôt que d’imiter Martin (Fourcade, ndlr) en faisant un tir plus calme

A travers ses mots d’après-course, nous retrouvons le triptyque de la performance : hyperactivité, autonomie émotionnelle et conscience totale. En les reprenant respectivement un par un, vous comprendrez que ce trio est une ode à l’estime de soi.  

L’hyperactivité

Emilien Jacquelin ne s’est pas posé de questions. Et cela s’est vu sur la vitesse d’exécution de son tir supersonique (cf. vidéo en fin d’article : Notamment à 4,20, pour son dernier tir). Comme il le dit, ses tirs ont pu paraître dangereux aux yeux du grand public. Effectivement, d’un œil extérieur, le téléspectateur peut avoir peur que l’athlète fasse preuve d’impulsivité et prenne des risques inconsidérés en ne se montrant pas assez prudent dans ses choix. Mais « la peur est l’amie de la raison ». Et il n’y a pas de place pour la rationalité dans les performances. Emilien Jacquelin, lui, s’est laissé guider par son inconscient. C’est justement cette impulsivité qui l’a amené vers un état de performance « hors norme ». Il a pensé et agit vite, avec intuition et surtout, sans se prendre la tête à se dire mentalement : « Et si… » ou « Oui mais imagine tu rates… » Le système 1 a fait son travail de pilotage automatique. C’est ce qui lui a donné ce sentiment de contrôle.

Du point de vue de l’estime de soi, Emilien Jacquelin n’est pas tombé dans le piège du système 2 : la peur du regard des autres. Une performance doit être approuvée par les autres pour qu’elle soit qualifiée en tant que telle. Cette recherche d’approbation mène régulièrement à la peur lorsqu’elle reste trop longtemps en conscience. De son côté, Emilien Jacquelin est entré en résonnance avec le « grand tout » et a su s’oublier pour être en état de performance, sans pour autant transiger avec ce qu’il est. Il a choisi de ne pas se prendre pour un autre et de ne pas imiter la technique de tir de Martin Fourcade. Il s’est exposé de manière authentique en tirant à sa manière. Il n’existait plus de bonne ou de mauvaise méthode de tir. Plus de notion absolue de bien et de mal. Pas de fonctionnement par principe. Il s’est ouvert à la nouveauté et seule sa propre méthode a vu le jour lors de ce sacre mondial. Il a préféré rester lui-même et prendre des risques pour ressentir ses propres limites. C’est le courage et l’audace d’un performant. Il va de l’avant en toute circonstance. Cela a habillé sa performance d’une élégance à l’état pure. C’était beau, et limpide.

L’autonomie émotionnelle

L’essence même de la motivation d’un performant est la passion. La passion de faire. La passion de ressentir des émotions fortes. Peu importe qu’elles soient agréables ou désagréables, tant qu’elles fassent parti de l’aventure pour atteindre l’objectif. Le performant ne rejette pas la douleur car elle fait du chemin. C’est ce qui s’appelle de la « bonne souffrance ». Il y règne une certaine forme de maîtrise puisque vous êtes le maître à bord pour aller plus loin dans vos efforts et votre capacité à persévérer. Pousser le curseur, encore et encore, outrageusement.

Le performant aime avoir le sentiment que ses émotions soient issues de ses propres comportements, et non dictées par son environnement. Que ces émotions lui donnent cette forte impression d’exister et d’être libre de ses choix. Il est dans l’action et se lance des défis quotidiennement. Il ose. Il s’engage. Il dicte ses propres règles. Comme Emilien Jacquelin lors de son tir. Du point de vue de l’estime de soi, cela lui permet de prendre confiance et de s’affirmer.

Les contradictions

Le performant prend soin de son estime en ayant conscience de ses contradictions. Cela lui permet de s’ouvrir à un panel plus large d’émotions plutôt que d’y résister. L’exemple de l’athlète perfectionniste résume très bien cette idée. A partir du moment où l’athlète comprend qu’il peut se montrer à la fois excellent lors d’une compétition mais aussi moins bon lors d’une autre compétition sans que cela écorche l’image de soi, alors l’athlète devient un peu plus libre. Car il aura accepté cette part de contradictions faisant parti de la nature humaine. L’athlète perfectionniste voit souvent cela comme de la résignation. Il s’inquiète de se laisser aller à la médiocrité. Mais ceci est faux. L’acceptation de vos contradictions développe votre flexibilité mentale car vous développez votre capacité à lâcher-prise sur ce qui n’est pas essentiel ou ce qui n’est pas maîtrisable. Cela vous offre l’opportunité de vous concentrer à nouveau sur l’essentiel, autrement dit la tâche. Etre capable de s’émanciper du regard des autres et de cette idée saugrenue de l’idée bien lisse et parfaite de soi n’est pas chose aisée, je le reconnais volontiers. Mais ne pas s’extraire mentalement des pièges du perfectionnisme a pour conséquence de laisser la place à une rigidité et une fatigue mentale. Ceci empêchant alors toute possibilité d’entrer en état de performance. Un moment parfait ne fera jamais de vous une personne parfaite. Et le performant le reconnaît. Il préfère se montrer entier et authentique plutôt que parfait. C’est ce qui le fait entrer dans ce flow. Il est important d’adopter une hauteur de point de vue par rapport à l’histoire que vous vous racontez. Oui, vous êtes bel et bien porteur de nombreux paradoxes et votre identité n’est qu’une construction personnelle. Vous pouvez être une personne perfectionniste. Cela a ses bons et mauvais côtés, comme toutes choses. Mais vous n’êtes pas seulement cela. Le reconnaître fait du bien à l’estime de soi. Et savoir rire de soi, sans se dénigrer, est un excellent moyen pour accepter ses contradictions.

L’échec

Que le performant attribue son échec à des causes extérieures ou intérieures, qu’importe, il le place surtout comme un élément faisant parti du jeu et de l’aventure. Lorsqu’un échec pointe le bout de son nez, le performant fait le choix de ne pas se comporter en victime. Il ne légitime jamais sa souffrance. Peu importe le niveau d’estime de soi. Il préfère enlacer la difficulté. Il est ouvert aux émotions et situations désagréables. L’athlète performant peut être en proie au doute, mais il ne l’écoute pas plus que nécessaire. C’est ce qui fait sa force. Il se relève sans se morfondre car chaque obstacle est perçu comme un nouveau défi. Quoi de mieux pour l’estime de soi que d’optimiser une situation difficile pour chercher à progresser ? Pour les personnes en déficit d’estime de soi, il est clair que l’échec peut représenter un mal absolu. Travailler sur la vision de l’échec sera donc la meilleure option pour le préparateur mental et la meilleure solution pour l’estime de soi de l’athlète.

La conscience

Souvenez-vous : L’estime de soi peut être influencé négativement par le passé. Lorsque le performant ne se préoccupe plus de ce qu’il y a derrière lui, il protège l’estime de soi de bien de tracas et peut aller de l’avant.

En faisant table rase du passé, le performant est focus sur le moment présent, en pleine conscience. Il est pleinement centré sur la tâche et non sur l’ego. Il est connecté avec le « grand tout ». Comme Emilien Jacquelin. C’est ce que Fanny Nusbaum appelle la conscience totale. C’est l’association des trois consciences : intérieure, diffuse et sélective. Cette recette miracle et cérébrale permet d’être en lien avec soi et ce qui se déroule autour de soi en fonction d’un objectif à atteindre. La conscience intérieure correspond au système 1. Cette conscience intérieure « favorise le contact avec soi-même, ses besoins, ses désirs ». C’est typiquement le réseau de l’imaginaire et de la pensée associative. Cette conscience intérieure permet de penser différemment, hors des normes. Elle permet de se raconter une histoire, en secret, sans que personne ne vienne la contredire. Elle est à l’origine également de l’imagination des fameux scénarios catastrophes que vous créez mentalement lorsque la peur prend le dessus. La conscience intérieure laisse les pensées vagabondées, sans chercher à les contrôler. Si elles sont associées à l’objectif élaboré du système 2, tout va bien. Car elles s’apparentent alors à un ensemble de pensées décomplexées, éloignées de toutes influences. D’où l’importance de la conscience sélective. Celle-ci correspond au système 2. Elle permet de sélectionner les informations pertinentes pour atteindre un objectif et de fonctionner séquentiellement, étape par étape. Elle permet à l’athlète de savoir exactement où aller et comment y aller. La mise en place de routines est un excellent travail pour la conscience sélective. Les biathlètes pratiquent eux-mêmes un sport séquencé : Ski – tir – ski – tir – ski. Quoi de mieux pour la conscience sélective !

Enfin, la conscience diffuse joue son rôle d’intermédiaire entre la conscience intérieure et la conscience sélective. Elle permet de percevoir en soi et autour de soi des informations qui pourraient être importantes pour votre conscience sélective. Elle est selon Fanny Nusbaum, une conscience sans conscience. Sans nous en rendre compte, cette conscience est en alerte permanente pour nous permettre d’identifier des informations utiles à notre objectif et à notre sécurité. La conscience diffuse joue donc un rôle important dans l’état de performance car elle permet de fusionner la conscience intérieure et la conscience sélective en une conscience totale. Cette conscience totale permet de prendre des décisions rapidement et d’être fluide dans ses actions (système 1), tout en sélectionnant les informations pertinentes pour atteindre l’objectif planifié (système 2). Et pour l’estime de soi, la conscience totale est vectrice de liberté.

Conclusion

« La performance se pose, en effet, comme un savant mélange d’interconnexion avec le monde et de voyage en soi. » Fanny Nusbaum

A travers cet article, j’ai souhaité créer un pont entre les caractéristiques d’un performant et l’estime de soi. Que le performant ait un niveau d’estime de soi faible ou élevé, là n’est pas l’important. Les performants nous montre que la passion donne davantage une raison d’être que la quête extrême lié à l’estime de soi. La passion pousse le performant à vouloir réussir quelque chose de plus grand pour transcender la peur de la mort. Leur souhait est de laisser une trace après leur passage. Ces envies de grandeur, plus que de bonheur, les caractérise fortement. Je ne sais pas si l’humilité les caractérise. Peut-être. Car ils savent souvent reconnaître leur zone de progression. Cette faculté à rester humble est très importante pour l’estime de soi et doit le rester chez les performants. André Comte-Sponville l’écrit très bien : « L’homme humble ne se croit – ou ne se veut – pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire – ou de se vouloir – supérieur ». L’ego pousse à essayer de se faire plus grand que les autres. Et je ne crois pas que ce soit la flamme qui anime le cœur du performant passionné. En tous les cas, je ne l’espère pas. Car il y aura toujours meilleur que soi. C’est purement le cycle de la vie.

Je crois que s’inspirer de la nature des performants est une clé pour l’estime de soi. Parce que cela peut vous permettre de comprendre que la tâche est plus importante que l’ego. Parce que trouver une activité qui vous passionne peut permettre de développer l’estime de soi. Parce que développer les deux systèmes cognitifs peut vous offrir la possibilité de prendre soin de vous et de vous oublier également. Parce que vous avez ces capacités et que vous pouvez les mettre en place en trouvant votre écosystème qui vous est propre. Parce que vous pouvez être en état d’intelligence et porter un regard nouveau sur vous-même. Parce qu’il y a tant d’autres raisons que je pourrais écrire. Mais cette partie se nomme conclusion et elle est déjà trop longue. Alors je m’arrête, et vous laisse découvrir par vous-même comment « Le secret des performants » peut être un tremplin pour l’estime de soi.

Pierre Guillet, préparateur mental

Pour le plaisir des yeux :

(A 4,20) : Le résumé vidéo du titre de champion du monde d’Émilien Jacquelin en poursuite – L’Équipe (lequipe.fr)

Confiance en soi, bien-être et performance

Le manque de confiance en soi est régulièrement cité par les athlètes de haut-niveau. Comment intervenir avec cette demande ? Quel est l’utilité d’un profil de confiance ? A travers une étude scientifique réalisée avec une nageuse britannique de haut-niveau, retrouvez quelques éléments de réponses ci-dessous :

https://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-confiance-en-soi-bien-être-et-performance/1693756677352325


 

Introduction à l’imagerie mentale dans le sport

Qu’est-ce que l’imagerie mentale ? Comment est-elle utilisée par les athlètes ? Dans quels contextes peut-elle être mise en place ? Voici quelques éléments de réponses ci-dessous :

http://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-introduction-à-limagerie-mentale-dans-le-sport/1678685628859430/

La pleine conscience et la performance sportive

Quelle est la place de la pleine conscience dans la performance sportive ? Quelle peut être son efficacité ? Retrouvez les réponses dans l’article ci-dessous :

http://www.facebook.com/notes/pierre-guillet-préparateur-mental/linstant-scientifique-la-pleine-conscience-et-la-performance-sportive/1664916526903007/