« JUGER, C’EST NE PAS COMPRENDRE » : COMMENT REGAGNER UN CALME INTÉRIEUR DANS UNE PÉRIODE TROP BRUYANTE

Ce week-end était l’heure d’un de mes défis de l’année. Cumuler 87 kilomètres et 5400m de dénivelé positif en deux courses de trail. Au-delà de ces chiffres, l’un des moments qui m’a sauté aux yeux tant il est paradoxal avec ce que nous vivons en ce moment a été un moment de pur calme. A ce moment du deuxième jour de course, nous étions, je crois, 5 traileurs en haut de la montagne, à marcher dans le silence, les uns derrière les autres. Se retrouver avec soi-même, ses pensées, ses émotions, son effort, dans le silence le plus absolu, est toujours un moment magique (et difficile, parfois). Dès lors, une fois que ce week-end fut terminé, revenir dans ce monde où certains font preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid) m’a clairement fatigué. Une sorte d’agitation collective et de forte réactivité émotionnelle se met en place. L’insécurité troublante fait naître la peur et l’apparition d’un panel de jugements. Il règne une mode dans laquelle chacune et chacun prend pour argent comptant ses pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. La fatigue cumulée du week-end n’aidant pas, des émotions désagréables sont apparues. Puis, comme d’habitude, un regain d’énergie pointe le bout de son nez pour transformer ce moment désagréable en quelque chose de productif. Comme le dit le proverbe chinois : « vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leur nid dans vos cheveux. » Cet article en est donc le fruit. Il juxtapose une situation actuelle à ce que vous pouvez rencontrer en tant qu’athlète dans votre pratique sportive.

Les jugements de l’ego

« Il n’y a rien de bien ou de mal en soi. C’est la pensée qui en fait un bien et un mal. »

Shakespeare

Si je devais résumer l’ego en une phrase, ce serait celle-ci : « Oui, je suis là, regardez-moi, je vous montre et vous prouve que j’existe. » C’est la petite voix qui s’agite dans votre cerveau, vous alertant sur un potentiel danger ou sur une potentielle opportunité vis-à-vis des autres. L’ego s’est extrêmement développé ces dernières années dans les sociétés occidentales, étant donné l’avènement des réseaux sociaux, du culte de l’individualisme et de la compétition. Sa première caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente. Il pose ses pièges un à un, sournoisement, sans que vous ne vous en rendiez compte. Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental. Pourtant, rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître à bord. Lorsque vous êtes habité par un jugement que vous portez sur une situation ou sur vous-même, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de ce jugement. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. » (Donc, « MON avis sur la situation du COVID ») (Ce à quoi quelqu’un me répondra : « On dit « LA Covid »…). De son côté, Anthony Mette nous prévient : « plus votre ego est développé, plus les potentiels problèmes seront nombreux. Plus vous allez cogiter, mentaliser, plus vous allez ruminer le passé et chercher à anticiper (contrôler) l’avenir. À cela, vous allez y mêler des émotions négatives. » 

Lorsque l’ego prend place, vous allez juger la situation, les autres, ou vous juger vous-même (soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait). L’ego fait intervenir le moi pensant pour vous juger. Et il n’y a pas pire moment que lors d’un « putsch amygdalien » pour juger ou vous juger personnellement. Effectivement, le siège des émotions dans le cerveau se nomme : amygdale. Cette zone est située dans le système limbique et l’« une de ses fonctions consiste à détecter instantanément les éléments nouveaux ou les menaces dans notre environnement et à envoyer dans le corps des signaux ultra rapides qui initient une réaction de combat ou de fuite » explique Susan Cain. En situation de stress, les sens sont en éveils grâce à différentes hormones : le cortisol, l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones permettent de réagir rapidement à une situation de stress et de rétablir l’homéostasie du corps (l’équilibre). Les stratégies archaïques se mettent en place. De manière réflexe et adaptative, vous essayez de vous protéger d’une situation qui vous menace (ou plutôt, que vous percevez comme menaçante). Sous l’emprise de la peur ou de la colère, l’amygdale est en état d’alerte et inhibe l’activité d’autres régions du cerveau comme le cortex préfrontal. Ce dernier peut vous permettre de vous adapter à la situation qui se présente à vous et de prendre des décisions pleines de sang-froid. Comprenez donc que l’amygdale est à la base de l’instinct de survie et nous pousse à juger constamment les situations comme bonnes ou mauvaises pour soi.

De ce fait, il y a à reconnaître que chacune et chacun juge sur ce qu’elle. il fait ou sur ce que les autres font. Personnellement, cette vérité m’est difficile à accepter (mais j’y travaille !). Car elle m’éloigne d’une valeur qui me tient à cœur : comprendre et faire comprendre. Le jugement est peut-être la chose que je déteste fondamentalement le plus car il sonne comme un couperet hâtif et ne laisse pas la place à la compréhension et au factuel. Bien sûr, le jugement à ce pouvoir intégrateur car juger avec son semblable quelqu’un d’autre ou une situation peut avoir l’avantage de tisser du lien.  Mais cela crée également une scission. Et c’est ce que l’ego adore faire. Alimenter le sentiment de séparation avec les autres et se donner raison.

Eteignez les médias catastrophes et offrez-vous des pauses

« Quand nous marquons un temps d’arrêt, nous ne savons pas ce qui va se passer après. Mais en bousculant nos comportements habituels, nous nous donnons la possibilité de répondre de manière inédite et créative à nos désirs et à nos peurs. »

Tara Brach 

Lorsque nous nous baladons en forêt ou randonnons en montagne, je dis régulièrement à ma fiancée : « Ecoute ». Elle me regarde et sourit. Car elle sait qu’à sa question : « Quoi ? » je répondrais ces deux prochains mots : « le silence ». J’adore ces moments car je suis de l’avis de John Kedge : « Nous n’avons pas à craindre le silence, nous pouvons l’aimer. ». D’ailleurs, les parents disent couramment de leur enfant : « Quand je ne l’entends plus, c’est mauvais signe. » Mais pour l’enfant, le silence est le signe qu’il est heureux et pleinement focus à sa tâche (un beau dessin sur les murs fraîchement repeints !).

En tant qu’athlète, il est primordial de calmer le flux incessant de jugements et entrer dans un espace mental serein. Ce temps de pause permet d’établir une nouvelle relation avec l’environnement et votre intérieur. Les informations internes et externes sont neuves. Une cohérence avec le monde et vous-même se crée pour agir différemment. Ce silence met un olà à vos rythmes de vie, influencé par le jugement, la vitesse et le zapping. Il vous permet de ralentir et de respirer. Et quand tout va trop vite, cela peut faire un bien fou ! Psychologiquement, cela s’explique par le petit goulet d’étranglement que vous avez dans votre cerveau et qui n’est autre que le cortex préfrontal. Cette zone du cerveau permet de prendre les informations les unes après les autres. Lorsque vous vous offrez des pauses, le cerveau se calme et se petit goulet n’est plus alimenté. A l’inverse, si vous vous surchargé d’informations, cela créera un bouchon d’informations appelé : charge mentale. Cette charge peut causer du stress, de la fatigue et le sentiment de ne pas y arriver.

Je le reconnais volontiers, la pratique de la pause et du silence qui l’accompagne n’est pas dans la nature humaine et peut être perturbante les premières fois. Mais il est clair que le silence durant un moment de pause est magique à qui sait le reconnaître. Il est une clé pour aiguiser la perception de ce qui se passe en vous. Il permet de capter le flux incessant de vos jugements sur les autres, sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. En d’autres termes, votre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet et qu’elle ne se laisse pas balader par vos jugements. Vous utilisez votre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte. Il y a à présent compréhension consciente. Et cela fait toute la différence car être conscient, c’est affaiblir l’ego. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par vos jugements intempestifs. Vous vous permettez dès lors de remplir deux dimensions de l’acceptation : le non-jugement et le non-attachement.

Le non-jugement

La dimension du non-jugement est centrale car elle permet de :

  • ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises.
  • agir en toute conscience, peu importe l’expérience.

Ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises permet d’être en accord avec un principe clé de l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy), une thérapie cognitivo-comportementale qui part du postulat que la recherche du bonheur provoque une erreur fondamentale : Elle exige de ne retenir que les émotions agréables de la vie et d’exclure ce qui constitue aussi en partie la vie : la douleur et les souffrances. Or, Russ Harris le dit très bien lui-même dans son livre « Le piège du bonheur » : « Pour vivre une vie riche, il faut vivre toute la gamme des émotions humaines. » Et Emelie Forsberg, championne du monde de trail, nous le prouve par ses mots expliquant ses ressentis à la suite d’une grave blessure rencontrée durant sa carrière : « J’avais voulu être triste et abattue. Car si je ne l’avais pas été, où aurais-je trouver la force de continuer ? Quel sens aurait eu ma vie ? Dans l’obscurité, je me suis laisser aller au découragement, et en arriver là m’apparut inestimable. Oui, cela peut sembler étrange, mais j’ai apprécié ce temps de souffrance et de complainte. Car je savais que je pourrais un jour sortir de cette chambre noire et revoir la lumière, et là était l’essentiel. » Je trouve ce postulat extrêmement libérateur tant il amène à penser que ressentir chacune de vos émotions est avant tout une fonction physiologique normale. Vous n’êtes pas en tort de ressentir telle ou telle émotion. Je partage complètement le point de vue de l’ACT concernant le fait que nous avons la fâcheuse tendance à ne vouloir retenir que nos émotions agréables. Et donc à constamment juger ce qui est bon ou mauvais pour tenter en vain de ne retenir que le bon.

Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation, ni vos pensées, ni vos émotions, ni vos sensations. Ce qui vous permet d’agir en toute conscience, peu importe l’expérience. Le non-jugement est finalement ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Cela vous permet d’être totalement ouvert. Ainsi, soyez toujours attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes. Car juger revient à vouloir garder un certain contrôle de la situation et créer une sorte de cohérence interne. En jugeant, vous créez votre propre vérité de la situation et de votre être, sans faire ce pas de côté. « Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure » écrit Don Miguel Ruiz dans « Les quatre accords toltèques ». Voilà pourquoi il est bon de laisser aller et venir les jugements comme le recommande la méditation de pleine conscience et de toujours se poser ces questions : ce jugement est-il utile pour ma progression ? Ce jugement n’est-il pas plutôt qu’une supposition ? Est-il assez important pour que j’y accorde autant d’attention et que je le transmette aux autres sans leur faire de mal ?

Pour mieux comprendre, voici une petite histoire :

C’est l’histoire d’un homme qui avait gagné une voiture chère à la loterie. Sa famille et ses amis, tous très contents pour lui, était venu célébrer chez lui. « N’est-ce pas formidable ? » disaient-ils.  « Quelle chance tu as ! » L’homme sourit en disant : « Peut-être. » Pendant quelques semaines, il eut beaucoup de plaisir à conduire sa voiture. Un jour, un conducteur ivre entra en collision avec lui à une intersection et il se retrouva à l’hôpital avec de multiples blessures. Sa famille ses amis vinrent le voir. « Quelle malchance ! » lui dirent ils. De nouveaux, l’homme sourit en disant : « peut-être. » Alors qu’il se trouvait encore à l’hôpital, il y’a eu un glissement de terrain et sa maison fut emporté dans la mer. Une fois de plus, ses amis vinrent le voir le lendemain et lui dirent : « quelle chance que tu te sois encore trouvé à l’hôpital ! » et lui, de dire de nouveau : « peut-être. ».

Le peut-être de cet homme sage est signe que celui-ci refuse de juger quoi que ce soit et qu’il laisse le cours de la vie se poursuivre, sans que cela ne le touche émotionnellement. Ce refus de juger quoi que ce soit est une dimension de l’acceptation. L’acceptation est définie par Tara Brach comme « Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Cette contemplation passe par la métacognition. La métacognition correspond à l’un des six principes fondamentaux de l’ACT : le soi comme contexte. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même pour reconnaître ce qui se déroule en vous, et identifier les pièges de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. La métacognition permet de prendre conscience de votre moi pensant (la fameuse radio qui tourne en boucle dans votre cerveau). Si ce MOI pensant diffuse des informations inutiles (jugements), alors le moi observateur a pour tâche de laisser filer cette information. Par exemple, « Je dois contrôler mes émotions pour ne pas me montrer faible », « la préparation mentale, c’est pour les personnes faibles » ou « je suis un homme, je n’ai pas à avoir peur » sont autant de scénario du moi pensant qu’il est bon de reconnaître comme inutile et de laisser filer. En revanche, si le moi pensant diffuse de l’information utile, le moi observateur va alors accorder toute son attention à cette information. Ainsi, la métacognition est superbe dans ce qu’elle vous apprend sur le moment présent. Elle permet de court-circuiter le cycle des réactions automatiques et inconscientes et de faire ce pas de côté par rapport à ce que vous pensez. Vous n’êtes plus dans le soi conceptualisé. En d’autres termes, vous ne conceptualisez pas la situation ou ce que vous êtes d’une manière trop rigide. Vous n’êtes plus identifié à vos jugements de manière réductrice et limitée. Ceci est la base pour répondre avec lucidité dans une situation agréable ou non, et pour créer de nouvelles habitudes.

Le non-attachement

le pouvoir d’attraction de vos pensées et de vos émotions est tellement fort que vous les prenez pour des faits. C’est à ce moment précis qu’il est important de défusionner cognitivement et ne pas prendre vos pensées ou vos émotions trop au sérieux, de ne pas les voir comme trop importantes ou comme la vérité pure. L’ACT vous recommande plutôt de faire ce pas de côté et de prendre vos pensées comme des « histoires » que vous vous racontez. Ces histoires (qui ne s’arrêtent jamais soit dit en passant) ne sont pas forcément des faits mais plutôt des opinions ou des jugements avec lesquels il est bon de se détacher s’ils ne vous sont pas utiles (Si vous êtes dans l’indécision, vous pouvez simplement répondre à cette question : Qu’est-ce que j’ai à gagner que de croire à cette histoire ?). Par exemple : Imaginez que vous ratiez plusieurs lancer-franc et que la pensée « Je suis vraiment mauvais » s’infiltre dans votre cerveau. Peut-être qu’effectivement, vous ne vous êtes pas montré à la hauteur. Mais posez-vous toujours la question de l’utilité de l’histoire que vous vous racontez pour vos futures actions. Cela permet de vous libérer de cette emprise mentale pour vous concentrer à nouveau sur ce qui vous importe et agir efficacement. Un autre exemple me vient tête : un athlète que j’accompagne à ce jour fait de la voltige Unlimited. Autrement dit, il réalise un programme de figures avec son avion dans un périmètre défini et dans un temps imparti (Si vous ne voyez toujours pas ce qu’est ce sport, allez voir sur Youtube, c’est très impressionnant !). Lors de ses compétitions, une situation le stressait régulièrement : Lorsqu’il se retrouvait au moment du repas à table avec un concurrent révisant son programme, cela pouvait le mettre dans un état de stress et de cogitation important. Il a beau être champion du monde, il peut aussi être assailli par des pensées parasites le faisant douter. Je lui ai donc proposer de trouver un titre à ses pensées et qu’il formula en souriant comme tel : « C’est l’histoire du gars qui croît que la compet’ se joue à table ». Ce titre lui permet ainsi de défusionner avec ses pensées et de prendre du recul. Voilà donc un autre principe fondamental : la défusion. Selon Russ Harris, la défusion ne vise pas à banaliser vos difficultés ou à faire disparaître vos pensées mais justement à « vous libérer du despotisme de vos pensées ; à dégager du temps, de l’énergie et de l’attention que vous pourrez consacrer à des activités valables au lieu de broyer du noir ». L’objectif n’est pas de vous sentir bien (stratégie de contrôle) mais de vous sentir en capacité d’établir de nouvelles actions. En compétition, cela peut faire la différence car vous comprenez que les pensées ne contrôlent pas et n’influencent pas obligatoirement vos comportements.

Conclusion

J’ai écrit cet article dans un sursaut d’émotion. Je partage cette pensée personnelle dans l’idée de faire comprendre que les jugements font, certes, bel et bien parti de la vie de toutes et tous, mais qu’une autre voie existe aussi. Celle d’une pause, celle d’un silence partagé à plusieurs en haut d’une montagne, celle du non-jugement et du non-attachement, pour mieux se comprendre soi, son environnement et l’altérité. S’imposer des jugements à soi ou à son environnement est une sorte de poison émotionnel où nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez. Pour vous, en tant qu’athlète, je vous souhaite de faire ce pas de côté pour agir consciemment et efficacement, sans porter le poids lourd de vos jugements, synonyme d’ego recherchant à satisfaire sa sécurité et son besoin de toujours avoir raison.  

Mon attention est focalisée sur mes objectifs et je fais abstraction du reste.

Nouvel article, écrit pour Focus, L’école de Préparation Mentale sur le thème de l’attention/concentration !

➡️ Alors comment pouvez-vous apprendre à vous concentrer ? Quels sont les freins de l’attention et comment les reconnaître ? Comment focaliser votre attention sur ce qui est pertinent pour votre bien-être et votre performance sportive ? Vous trouverez toutes les réponses à ces questions dans cet article ! (Lien ci-dessous).

Mon attention est focalisée sur mes objectifs et je fais abstraction du reste (focus-formations.com)

✏️ Article utilement et joliment illustré par Sur les murs (Nathalie Latrille)

Bonne lecture !

Pierre Guillet, préparateur mental

Le goût de l’effort

Dimanche matin. Le jour se lève. La paresse guette. La flânerie sous les draps aussi. La fraîcheur des températures alimente l’idée de rester au lit. Manquer un entraînement ne serait pas si grave. Hop hop hop. Chut. Merci cerveau, tu veux me laisser dans le confort d’un nid douillet, mais mon rêve ne sera jamais atteint si je poursuis dans cette lignée. Laisse-moi plutôt dire bonjour au goût de l’effort et me lever, convaincu par les bienfaits de cette séance pour ma progression. Il n’est pas encore l’heure d’abandonner. Pas maintenant, pas aujourd’hui. Chaque jour offre l’opportunité de donner le meilleur de soi-même. Ces derniers mots sont une forme de mantra. Une phrase qui vous amène à être en quête de réponses pour vous améliorer chaque jour. Une phrase qui vous donne la possibilité de vous réinventer et de puiser dans des forces parfois inestimées. Une phrase qui vous fait accepter que votre vie et votre pratique sportive est un chemin dans lequel les douleurs physiques et mentales peuvent devenir vos alliés et vos messagers. Je crois sincèrement que le goût de l’effort est la clé du dépassement de soi et de votre épanouissement personnel. Parce qu’il intègre votre être dans son entièreté. Il vous fait vous sentir vivant. Il sollicite toute votre énergie pour aller vers vos ambitions, vos rêves découpés en objectifs. Il fait abstraction des pièges de l’ego. Vous avez bien évidemment besoin de vos habitudes, qui vous offrent une base de sécurité sur laquelle vous reposer. Mais elles ne doivent pas rester trop longtemps, du moins pas sans des efforts pour créer du renouveau. Comme me l’a confié un athlète, maître des airs avec son avion, il en résulte une quête de soi. Y a-t-il plus beau que cela dans la vie ?

Définition

Par définition, l’effort correspond à l’« activité d’un être conscient qui emploie ses forces pour vaincre une résistance. ». Cet être sait où il veut aller et comment y aller. Il a conscience de ses forces et de ses fragilités. Les forces évoquées sont vos valeurs, vos qualités, vos ressources et vos motivations profondes. Le goût de l’effort est la répétition d’actions se liant intimement avec vos motivations profondes. Ces motivations intrinsèques qui vous poussent à vous entraîner régulièrement et vous engager le plus pleinement possible, comme le déclare Jonny Wilkinson : « Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. » La résistance, c’est la douleur ou son anticipation. Ce sont les émotions désagréables comme la peur ou la colère venant s’immiscer dans votre quête de progression. La résistance, c’est évaluer le dimanche matin que votre séance dans le froid ne sera pas une partie de plaisir et vous convainc de rester au chaud. Comme le dit la joueuse de tennis Simona Halep, « La frontière est mince entre l’état d’esprit positif et le négatif. Et si vous basculer du côté négatif, c’est fini. Vous laissez tomber. »

EGO VS TÂCHE : Quand l’absence de compétition met le goût de l’effort en péril

En début d’accompagnement, un exercice est couramment utilisé pour comprendre ce sur quoi l’athlète se concentre lorsqu’il(elle) pratique son sport. Il(elle) a le choix entre deux catégories : l’ego ou la tâche. L’ego regroupe des items tels que la comparaison aux autres, la confrontation, être le meilleur, être le premier, le narcissisme, l’image de soi, l’identité sociale ou encore gagner pour se sentir plus fort. Cet ego engage un besoin de pouvoir et de supériorité. Pour comprendre ce qu’est l’ego, je vous propose de lire l’article « combattre l’ego en compétition » écrit précédemment vous décrivant toutes ses caractéristiques. La tâche regroupe quant à elle la comparaison avec soi, l’entraînement, la progression, accepter la défaite, accepter sa forme du moment, se connaître, le dépassement de soi ou encore accepter de ne pas être le premier. Il est couramment remarqué que les athlètes se focalisent davantage sur la tâche à l’entraînement. De son côté, l’ego fait son entrée tonitruante lors des compétitions.

Lors de mon tout premier webinaire animé pour la Ligue de Nouvelle-Aquitaine de Badminton en Novembre dernier, il était question de réfléchir aux clés permettant de maintenir la motivation en ces temps de confinement. Cette période complètement inédite est un chamboulement. L’absence de compétition peut engendrer des émotions difficiles et désagréables. Le goût de l’effort peut effectivement en pâtir. C’est vrai quoi, à quoi bon s’entraîner durement s’il n’y a pas la cerise sur le gâteau ? pourquoi s’engager et dépenser autant d’énergie si vous ne pouvez plus faire mousser votre ego en compétition ? Parce que oui, la compétition sert à cela selon Kilian Jornet. Et je suis bien d’accord avec cet avis. La compétition à cette facette égotique durant laquelle les athlètes sont traversés par des sentiments de supériorité et d’infériorité. Chaque athlète vit cela en silence et se laissent subjuguer par ce sentiment de valorisation ou de dévalorisation. Dans une société dans laquelle l’image de soi prend beaucoup de place, la compétition est le chef-lieu pour être reconnu socialement. Cela peut avoir un côté structurant et positif. Chaque humain a besoin de trouver sa place et de recevoir une certaine approbation de la part des autres. Mais si cette quête de reconnaissance prime, vous en oublierez l’essentiel : le goût de l’effort. A mes yeux, cet essentiel est une philosophie de vie permettant de se sentir vivant. Je crois qu’il faut intégrer que chaque période de changement et de bouleversement a un début et une fin. Le jour où la compétition reprendra, il sera assez aisé d’identifier les athlètes ayant persisté à être dans la tâche et à s’entraîner malgré l’absence de compétition. Ces athlètes auront profité de la période pour progresser sur les aspects qu’ils auront choisis. Ils ne se seront pas perdus dans les tourments de l’ego et seront rester dans la tâche. Car oui, dans ce genre de période, il est possible de voir de quelle étoffe est faite votre pratique. Alors, plutôt passion et sensations ou plutôt ego ?

VOS Besoins selon Abraham Maslow

L’ego et sa quête de supériorité n’est absolument rien sans l’effort et le besoin d’autoréalisation et de développement de soi. Comme le soulignait Abraham Maslow, l’humain est guidé par deux catégories de besoin : Le domaine D (« Deficiency ») qui est le besoin de combler des carences (de sécurité, d’affection, d’estime de soi, d’appartenance ou du manque de nourriture) et le domaine B (« Being ») correspondant au besoin de croissance. Le premier est régi par des émotions telles que la peur, l’anxiété, ou des attentes excessives tandis que le second vous amène à vous accepter tel que vous êtes, aimer davantage les autres et vouloir progresser. Le domaine D est sur la défensive tandis que le domaine B est orienté sur vos propres choix en accord avec vos valeurs. L’ego ne répond seulement qu’au domaine D. Il comble simplement une carence et ne vous porte pas vers une croissance et une plénitude personnelle. C’est une logique biologique dont il est essentiel de prendre conscience. Votre cerveau est constamment préoccupé par votre sécurité et veut constamment répondre aux désirs de plaisirs hédonistes de courte durée. Ce fameux désir de victoire et d’admiration qui se répète. Difficile de combler ce manque en ces temps de COVID-19 et d’absence de compétition. Pour être un athlète épanoui dans une quête de progression, il vous faudra penser à vous diriger vers le domaine B et à planifier des objectifs en conséquence. Maslow écrivait : « On peut choisir de revenir vers la sécurité ou d’avancer vers la croissance. La croissance doit être choisie encore et encore ; la peur doit être surmontée encore et encore. » La croissance passe par ce goût de l’effort. Et c’est en tout point de vue ce que je préfère dire aux athlètes que j’accompagne. L’ego a sa propre vision de la réussite. Mais je crois que celle de Romy Schneider est bien plus belle et plus saine pour être dans l’effort et heureux, tout en étant performant :

« Réussir, ce n’est pas toujours ce qu’on croit.
Ce n’est pas devenir célèbre,
Ni riche ou encore puissant.
Réussir, c’est sortir de son lit le matin et être heureux
de ce qu’on va faire durant la journée,
Si heureux qu’on a l’impression de s’envoler.
C’est être avec des gens qu’on aime.
Réussir, c’est être en contact avec le monde
et communiquer sa passion.
C’est se coucher le soir en se disant
qu’on a fait du mieux qu’on a pu.
Réussir, c’est connaître la joie,
la liberté, l’amitié sincère et l’amour.
Je dirais que réussir, c’est Aimer »

Magnifique n’est-ce pas ?

Identifiez vos valeurs et posez vos objectifs

Je crois que cette période est parfaite pour transcender votre goût de l’effort et aller vers cette définition de la réussite. Peut-être même que vous verrez vos futures compétitions importantes comme des « entraînements intensifs » (Dixit Kilian Jornet) ! Vous ne verrez plus la compétition avec la vision dichotomique échec/réussite mais comme un élément clé pour votre progression. Bien sûr, elle vous permettra de vous situer par rapport aux autres, mais vous serez tellement focalisé sur la tâche que vous vous emploierez, avec effort et persévérance, à mettre de nouveaux objectifs en place pour progresser ! Avenir radieux non ?

Evidemment, vous allez me dire qu’il est bien difficile de poser des objectifs en ces temps d’incertitudes importantes. Mais pour maintenir vos efforts dans le temps, vous devez vous poser la question suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Pour vous aider à répondre à cette question, rien de tel que d’intégrer vos valeurs. Voici un petit exercice que j’affectionne particulièrement et qui vous pousse à être dans l’effort et agir :


« Imaginez que vous arrivez à la fin de votre carrière et que vous vous remémoriez les années qui se sont écoulées entre maintenant et ce moment-là. En regardant en arrière, qu’est-ce qui vous a donné la plus profonde satisfaction, joie et contentement ? Quelles sont les valeurs que vous voudriez avoir incarné et qui donneraient le plus de sens à votre pratique sportive ? Des exemples sont le courage, le sens du détail, la persévérance, la curiosité, la générosité dans l’effort, etc. »

Lorsque vous avez choisi vos valeurs, sélectionnez une des valeurs fondamentales que vous voudriez incarner pour cette période inédite. Ecrivez la sous la forme d’un vœu :

Je fais le vœux de …. du mieux que je peux.


Vos valeurs vous permettront de définir des objectifs de maîtrise et de performance. En d’autres termes, vos valeurs représentent votre direction (boussole) et vos objectifs sont votre destination. Exit les objectifs de résultats pour le moment (qui se résument purement à : Gagner). Ces objectifs de maîtrise et de performance sont centrés sur ce que vous pouvez contrôler et mettre en place pour vous améliorer, que ce soit sur les aspects psychologiques, techniques, tactiques, physiques ou bien sociaux. D’un point de vue concret, ils doivent répondre à plusieurs critères pour être pertinent :

  • La clarté : La clarté de vos objectifs vous permettra de les évaluer au fur et à mesure, de manière progressive. Si vous définissez des buts globaux et imprécis, le risque serait de ne pas percevoir vos petits succès et de vous décourager.
  • L’évaluation : Vos objectifs doivent être évaluables, dans lesquels un feedback est possible (chiffre, vidéo, avis de l’entraîneur, analyse graphique, etc.). C’est grâce à ces évaluations que vous capterez vos zones de progression et de changement.
  • Déclinaison dans le temps : Il va être de votre ressort de décliner vos objectifs dans le temps en élaborant des sous-buts à court, moyen et long terme.
  • La difficulté : Les buts définis doivent être difficiles et atteignables pour qu’un nouveau résultat puisse apparaître. Si l’un de vos buts est trop simple, vous n’aurez pas besoin de vous employer physiquement et mentalement puisque vous savez que vous allez réussir facilement. Or, le goût de l’effort vous pousse à aller chercher de nouvelles ressources et essayer.
  • La formulation positive : La formulation de vos objectifs est à prendre en compte. Formuler positivement ses objectifs peut vous permettre d’échapper aux effets paradoxaux de la formulation négative. Si je vous dis de ne pas penser à un ours ou à chien, vous avez sans doute rater l’objectif dans la seconde qui suit.

J’ajouterai à ces critères qu’il est primordial de les écrire pour avoir une trace de votre chemin parcouru et de votre progression. Votre cerveau a tendance à oublier ce chemin. Relire ce chemin parcouru peut donner un nouvel élan de motivation lorsqu’une période de doute s’installe. Pour clôturer sur les objectifs, soyez également capacité de les réévaluer et de les adapter à la situation. Cette période est insaisissable et désarçonne vos repères, alors soyez OK avec le fait que vos objectifs peuvent être chamboulés (Ex : nouveau confinement).

Acceptez la douleur

Littéralement, cela correspond à apprendre à aimer ce qui n’est pas forcément plaisant dans votre pratique. Voilà ce sur quoi va porter ses prochaines lignes. Entre douleurs physiques et mentales (échecs, défaite, etc.), le goût de l’effort tient une place importante. Il permet d’établir de nouvelles relations avec ces douleurs. Il donne une nouvelle perspective à l’aspect de votre pratique et vous pousse à persévérer malgré la présence de ces douleurs.

La douleur physique

Bio-psycho-social. Voilà trois termes que je n’ai cessé d’entendre lorsque ma fiancée kiné s’est formée sur la douleur physique. Bio-psycho-social. La douleur est extrêmement complexe et doit donc être comprise chez chacun selon ce modèle bio-psycho-social. Pour cet article, je ne vais parler que de la dyade psycho-sociale. La douleur étant perçue subjectivement, il existe une variation importante entre chacun. Un changement de croyance à son égard peut être envisagé. D’un point de vue psychologique, il peut résider des pensées et émotions désagréables à l’égard de la douleur entraînant des comportements de fuite ou d’abandon. D’un point de vue social, la société actuelle nous enrhume toute et tous à créer toujours plus de confort et à valoriser l’image de soi. Elle ne met pas en avant le travail de fond qui, pourtant, est bien plus porteur de sens et de sentiment d’accomplissement. Cela peut faire perdre de vue cette notion importante de la douleur dans l’effort que vous déployé. L’illusion d’une quête de soi sans douleur devient trop forte et empêche de mettre en place, pas à pas, les efforts nécessaires.

D’un point de vue actuel, peut-être que cette période vous expose moins à l’effort et que vous allez potentiellement « perdre » un peu de votre niveau initial. Personnellement, c’est ce qui peut m’arriver à chaque confinement. Etant traileur et habitant en ville (sans commentaire), je redécouvre les joies du dénivelé lorsque Mr Macron nous l’y autorise. Et ce n’est pas sans difficulté. Cette période met chacune et chacun à l’épreuve dans ses capacités à être résilient, à faire avec ses capacités du moment, et à ne pas se morfondre sur la baisse possible de niveau. Retrouver le plaisir de se mettre « dans le dur » en séance est la seule chose qui compte. Laisser passer la pensée catastrophe ou la vision pessimiste : « je ne reviendrais jamais à mon niveau ». Se dire : « C’est OK, c’est comme ça, mon niveau actuel est tel qu’il est ». Pas de résignation, pas d’abandon, mais un nouveau défi est devant vous : Tolérer à nouveau la douleur de vos entraînements difficiles, en vous y exposant petit à petit. Et si vous êtes entouré de personnes qui souffrent avec vous, c’est encore mieux ! Il n’y a rien de mieux qu’un sentiment commun de dépassement de soi. Des visages grimaçants, montrant toute la hargne intérieure, pour aller au bout de soi. Voilà le goût de l’effort sur le devant de la scène pour revenir progressivement, avec humilité. Bien sûr, si vous êtes athlètes de haut-niveau, vous avez sans doute pu vous entraîner normalement malgré un nouveau confinement. Et cette question de baisse de niveau n’est potentiellement pas présente. Mais la simple absence de compétitions peut vous poser bien des tracas et vous pousser insidieusement à vous engager « un peu » moins en séance.  A vous de rester vigilant et de persévérer pour permettre à votre corps de garder en mémoire cette douleur physique qui vous fait avancer et progresser !

La douleur « mentale »

J’ai souhaité parler de douleur mentale pour regrouper toutes les situations qui pouvaient engendrer des pensées et émotions désagréables. Ces dernières vous font danser sur un fil et vous poussent parfois à abandonner le navire ou à vous convaincre que vous n’atteindrez pas votre destination. Elles peuvent devenir douloureuses et épuisantes. Vous pouvez les retrouver dans des situations d’échecs, de défaites, de blessure, de conflit avec vos partenaires ou entraîneurs. Cette année 2020 aura eu pour effet d’ajouter une nouvelle situation avec cette pandémie de la COVID-19.  En fait, l’ensemble de ces situations fait parti intégrante du goût de l’effort. Vouloir se réinventer, avec force et courage, vous expose à être vulnérable et à être en proie à ce genre de situations. Vous marchez sur cette ligne de crête, avec le vide de chaque côté. La peur est peut-être là, à clamer sa présence haut et fort par des signaux cognitifs et corporels. Mais cela n’entache pas votre motivation profonde. Vous continuez de marcher vers votre destination. Peut-être que vous ressentez cette peur de ne pas revenir au niveau espéré. Peut-être que vous ressentez cette peur de vous entraîner et qu’il n’y ait pas de jugement final de vos efforts au travers d’une compétition. Peut-être, peut-être, peut-être… tout cela n’est qu’incertitude et anticipation d’un futur que vous ne maîtrisez pas. Ce manque de maîtrise crée de la douleur mentale à force de s’y accrocher. Alors, le seul moyen de s’en détacher est d’accueillir ce genre de pensées et d’émotions et de lâcher-prise. Purement, lâcher-prise et revenir à ce que vous faites maintenant, grâce à vos objectifs fixés. Le futur ne sera dans quelques temps qu’un nouveau présent dans lequel vous engagerez de nouveaux efforts.

Tolérer la douleur physique et mentale

Quand il est question de tolérance, il est souvent évoqué une question de degré. La tolérance à la douleur va donc consister à augmenter ce degré avec patience, en lui faisant de la place sans la repousser. Tolérer la douleur signifie d’admettre sa présence et de continuer à pratiquer avec. Evidemment, pour une douleur physique, vous continuez à pratiquer si cette douleur est supportable et n’est pas un signal de blessure. En tolérant la douleur, vous entretenez une nouvelle relation avec celle-ci. Vous ne vous empêchez pas de souffrir car vous percevez la douleur physique et mentale comme faisant partie de la vie et de votre pratique sportive. Si la douleur est perçue comme une ennemie, vous ne tiendrez pas longtemps en sa compagnie. Mieux vaut donc l’accepter et la laisser infuser. Pour exemple, les femmes et hommes pratiquant l’ultratrail, par la répétition des longues distances, sont de grands tolérants aux douleurs physiques et mentales car elles font partie intégrante de leur pratique. L’habituation crée la connaissance de soi et permet d’avoir davantage de contrôle sur la situation. Les ultratraileurs ne s’accrochent plus à leurs pensées ou émotions. Ils savent les reconnaître et vivre avec. Ils les perçoivent comme des personnages de leur cerveau, comme dans le film d’animation vice-versa, vous voyez ? Dans le jargon de la psychologie, cela se nomme : défusionner. Cela leur permet de mieux vivre ces fameux « passages à vide » qu’ils peuvent rencontrer sur des courses aussi longues.

La pratique de la méditation de pleine conscience peut vous permettre de défusionner et de mieux gérer les douleurs physiques et mentales en étant résilient dans l’effort. Pour la douleur physique, la pratique de la méditation de pleine conscience est une source de sécrétion et de libération des molécules inhibant le message de la douleur et de son ressenti. Par sa pratique régulière, elle permet de laisser passer les potentielles pensées et émotions désagréables liées à la douleur pour maintenir un comportement adaptatif et persévérant dans l’effort. Vous savez vivre et pratiquer avec la douleur physique. En d’autres termes, je dirais que, plus il y a pratique de la méditation de pleine conscience, plus il y a connaissance de soi. Et plus il y a connaissance de soi, plus les signaux envoyés par la douleur physique sont reconnus pour ce qu’ils sont. Ils ne sont ni exagérés ni amplifiés. Les athlètes de haut-niveau, à force de pratique sportive, connaissent leur corps. Grâce à la méditation de pleine conscience, ces athlètes de haut-niveau peuvent davantage interpréter les messages de leur corps et s’adapter dans l’effort. C’est une stratégie d’attention appelée stratégie associative. Et il semblerait, selon les études scientifiques, que les athlètes de haut-niveau utilisent davantage cette stratégie d’attention associative en comparaison de la stratégie dissociative que je vais vous présenter maintenant. En effet, La méditation de pleine conscience permet également d’apprendre à changer de focus et de se décentrer de la douleur pour ne pas lui accorder une place trop importante. La douleur est présente et se manifeste. Mais d’autres éléments peuvent prendre le relais, comme il est évoqué dans le documentaire, free to run : « Quand tu cours, des motifs viennent à toi. De belle forme, des couleurs, le feuillage et le ciel bleu. Tu respires l’air pur et tu te sens vivant sur cette terre. C’est à chaque fois un miracle. » Si votre pratique dure plus de deux heures par exemple, des stratégies dissociatives prendront le relais pour vous distraire et sortir « mentalement » des signaux de douleurs. Cela permet de persévérer et d’avancer. Une sorte de déconnexion se met en place.

Soyez patient

La patience est la vertu indispensable pour éviter le renforcement des résistances et de l’opposition au goût de l’effort. Bien que vous ne soyez pas un patient dans le sens littéral du terme puisque vous n’êtes pas malade, vous êtes pourtant une personne qui, puisque vous souhaitez du changement et progresser, endure ou souffre d’une situation ou d’un état particulier. Ainsi, la patience est une vertu qui vous sera d’une grande utilité pour aller vers ce que vous recherchez ou visez. Elle vous aide à persévérer et fait appel à un certain courage. Il ne s’agit pas là de vous résigner à attendre passivement, mais, par vos actions, de patienter pour en voir les bénéfices à long terme. Si vous êtes plutôt de nature impatiente, apprendre à cultiver la patience petit à petit vous sera bénéfique. Tout dépend de votre socle motivationnel pour atteindre votre objectif fixé. Pour cultiver la patience, la pratique de la méditation de pleine conscience et de l’autocompassion peut être un élément clé. Être présent à chaque étape que vous réalisez tout en prenant soin de vous dans une situation difficile peut éviter bien des torts dû à l’impatience (forme sous-jacente de la colère). Lorsque vous faites preuve de patience, vous considérez les personnes, les choses et votre état tels qu’ils sont et non comme vous voudriez qu’ils soient. C’est extrêmement précieux. Pourquoi ? car vous n’usez pas d’énergie à vous opposer ou à renforcer vos résistances. C’est comme lorsque nous tentons de faire descendre les grains de sable d’un sablier plus rapidement. Voilà bien du temps de perdu ! L’impatience vous fait penser à tort que vos anciens comportements étaient plus efficaces ou que les nouveaux comportements ne montrent pas les résultats attendus. Ce n’est qu’un stratagème inconscient de votre cerveau pour vous défendre et stopper vos efforts physiques et mentaux. Si vous ressentez de la résistance, tentez plutôt de comprendre celle-ci et de modifier votre perception, comme l’exemple du dimanche matin. En tous les cas, sachez que la résistance est normale car vous tentez de répondre à deux besoins antagonistes (Besoin N°1 : vouloir rester comme vous êtes car c’est plus confortable ; Besoin N°2 : Faire des efforts pour aller vers votre objectif désiré). La compréhension peut vous aider à discerner les contradictions entre ce que vous êtes à l’instant T et comment vous souhaiteriez être pour atteindre votre objectif.

Conclusion

L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. Aujourd’hui, il est plus qu’essentiel de rester dans ce présent et cet effort pour progresser et ne pas se morfondre de la situation. L’effort se moque du futur et de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. C’est ce premier pied qui s’extrait du lit bien chaud le dimanche matin et qui enfile la première chaussette.

L’effort se mêle avec vos sens et les éléments extérieurs. Vos sens sont focus sur la pratique, pas vers des scénarios catastrophes liés au futur ou des pensées intrusives et désagréables liées au passé (« c’était mieux avant de toute façon »). L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes et ce que vous faites, pas pour ce que vous avez. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de l’incertitude, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux physiquement et mentalement. Mais vous faites le choix de l’expérience pure plutôt que du fantasme du résultat et de la reconnaissance sans effort, parfois illusoire (#réseausocial). L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement ne fait plus parti du vocabulaire. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement et faite de la place à cette part d’inconnue. En vous engageant dans l’effort, vous construisez un nouveau monde et vous découvrez de nouvelles vérités à chaque fois. Vous percevez de nouvelles facettes de vous-même. Facettes qui étaient enfouies et qui ne méritaient qu’à faire surface. En vous libérant du connu (du passé et de vos habitudes parfois trop ancrées), vous développez votre potentiel et prenez conscience de ce dont vous pouvez être capable.

Avec un goût prononcé de l’effort, vous savez rester lucide et ressentez le besoin d’élaborer un plan B à la suite du dysfonctionnement du plan A. Cette élaboration de plan est une résolution à vouloir le bien pour soi. Vous allez de l’avant et vous avez la capacité de faire face aux difficultés extérieures mais aussi intérieures (ces fameuses douleurs physiques et mentales). Tous ce flot d’émotions est accueilli, même le plus obscur. Vous faites preuve d’ouverture à la vie dans son intégralité. Vous expérimentez et apprenez en alignant vos objectifs avec vos valeurs. Vous exposez votre vulnérabilité, c’est-à-dire vos faiblesses, vos limitations, tout en étant dans l’espoir d’un avenir plus radieux grâce à vos efforts. Vous prenez plaisir à être un vrai joueur et à être dans le défi, comme Kobe Bryant, célèbre joueur de Basketball décédé tragiquement en 2020. Je crois que cet homme résume parfaitement cet état d’esprit et ce goût de l’effort. Il l’a écrit comme tel :

« Si je voulais apporter une nouveauté dans mon jeu, je la tentais immédiatement. Je n’avais pas peur de rater ou de me sentir ridicule. Il fallait que j’essaie d’apprendre et, une fois que j’avais appris, j’avais un nouvel outil dans ma panoplie. Si le prix à payer était de beaucoup travailler et de rater quelques tirs, alors ça m’allait très bien. »

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Combattre la propagation de l’ego en compétition

Article écrit pour Focus Consultants, apparu le 2 Mai 2020.

L’ego se dévoile très couramment lors des compétitions. IL est générateur de stress et conduit à des pensées et émotions pouvant venir perturber l’équilibre de l’athlète.  Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental.  Mais qu’est-ce que l’ego ?  Comment se manifeste-t-il et quels sont ses freins pour votre bien-être et votre performance ? Comment s’immuniser contre sa propagation et rétablir votre bien-être ?

Rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître. Lorsque vous êtes habité par une pensée ou une émotion, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de cette entité. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle décrit minutieusement dans son livre « Nouvelle Terre » et l’associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. »

L’ego et ses caractéristiques      

A travers le voile de notre perception, nous construisons notre identité de manière réductionniste et illusoire en nous identifiant directement à ce « Je ».  Cela signifie que plus nous nous identifions à nos pensées, à nos émotions ou encore à nos possessions (palmarès), plus notre identité utilisera ces identifications pour se renforcer. Or, ces identifications ne représentent pas ce que vous êtes « par essence », comme nous le mentionne Eckhart Tolle.

Pour vous citer un exemple, si Diego Schwartzman, tennis professionnel, s’était identifié à sa taille (1m70) dans sa pratique du tennis, il aurait réduit son identité à sa petite taille et n’aurait jamais pu atteindre le niveau mondial. Il ne s’est pas fait piéger par la pensée de type « Je suis trop petit par rapport aux autres joueurs de tennis pour être pro. » Voici ce qu’en dit le principal intéressé dans une interview : « Je dois encore améliorer beaucoup de choses car les joueurs plus grands sont plus puissants que moi, mais je ne pense pas à ma taille ou à celle de mes adversaires sur le court. J’essaye juste d’être concentré et rien d’autre. »

Notre ego, par l’identification (aussi appelé fusion dans la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement), peut représenter un danger pour nous-mêmes car sa caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente.

Sans nous en rendre compte, nous créons des rôles et des histoires aux travers de nos identifications. D. Schwartzmann se serait raconté une histoire en se disant qu’il est trop petit. Ces rôles sont joués pour répondre à la pensée inconsciente « je ne suis pas assez ». Plus important encore, nous prenons ces rôles très au sérieux, ce qui peut annihiler complètement le sentiment de légèreté. Votre sourire et votre optimisme à l’entraînement se volatilise en compétition. Comme si un orage allait éclater juste au-dessus de votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego personnel se compare aux autres.

L’ego se nourrit de la négativité. Autrement dit, lorsque vous fusionnez avec une pensée ou une émotion négative, vous la percevez comme partie intégrante de vous-même. Votre perception personnelle est réduite à cette identification (« Je suis trop petit », « je ne suis pas assez compétent », « Je ne suis pas fait pour ce sport vu mes résultats », « Je vais perdre contre cet adversaire, c’est sûr, il est trop fort », etc.). Vous prenez cette identification pour la réalité et vous êtes dans l’incapacité de prendre le recul nécessaire. Cette notion est très importante à comprendre. Vous n’êtes pas que le petit contenu de cette identification. Mais il vous persuade de l’inverse en vous possédant. En se répétant sans cesse dans votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego se compare aux autres. « Untel est plus adroit », « je ne serais jamais comme lui ou comme elle », « Elle va plus vite que moi ». Si ce besoin de comparaison n’est pas reconnu et que celui-ci dirige votre pratique sportive, cela devient dangereux. Vous en oubliez les fondamentaux de votre pratique. Travailler, progresser, échouer, réessayer, réussir, apprendre, comprendre, se connaître, se dépasser, faire avec ses capacités du moment.

A l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout.

Autre point important, l’ego est conditionné par le passé ou se projette dans le futur. Le moment présent n’est pas sa tasse de thé. Pourquoi ? Car à l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout. L’ego a cette facilité d’envoyer des petites pensées rappelant la dernière compétition qui s’est mal déroulée. Ou alors, sur ce qu’il peut se passer de moins bon lors de la prochaine compétition.

Pour terminer avec la présentation peu flatteuse du portrait de l’ego, notez qu’il est générateur de stress. Comme dit dans la méditation EGO/tâche du programme sport et mental sur Petit Bambou, l’ego « a la particularité d’activer nos défenses ». Ces défenses déclenchent des stratégies parfois inadaptées pour votre bien-être et votre performance.

Le virus de l’ego en compétition

La compétition est un lieu propice pour que le virus de l’ego se propage. L’ego déploie son régiment de pensées, d’émotions et de sensations corporelles associées. Il vous fait vous sentir différent de vos entraînements. Quelque chose cloche mais vous ne savez pas identifier encore ce qui vous possède, vous habite. Une bataille se met en place dans votre tête. Votre état vous déplait, mais vous ne savez pas quoi faire de cet état. Le fuir ne fonctionne pas, tromper le cerveau en se disant que tout va bien, non plus.  

Des « symptômes » somatiques font leur apparition la semaine précédant la compétition, et ce jusqu’au jour J.  Des symptômes tels que la boule au ventre, des petites bouffées de chaleur ou des tremblements. Le corps réagit à l’échéance qui va arriver. Vient également une agitation mentale qui se met doucement en place, jusqu’à parfois vous faire perdre quelques heures de sommeil. Des questions fusent, des images apparaissent, le désordre règne.  L’ego est en train de gagner du terrain secrètement, en posant un à un ses pièges.  

Cet ego est donc comme un virus qui se propage silencieusement lors de sa période d’incubation. Il s’installe, prend ses marques dans votre corps et votre tête. Il vient déséquilibrer l’édifice en déclarant des symptômes petit à petit.

Première clé mentale: Votre niveau d’attention (ou niveau de conscience)

Conscient d’être atteint par un virus, vous commencez à prendre soin de vous pour rétablir l’équilibre. Vous mettez en place de petites actions pour aller mieux. Et ce, dans l’espoir de ressentir à nouveau un certain bien-être général. Vous êtes l’acteur de votre rétablissement.

Avant ou pendant la compétition, votre responsabilité est de noter consciemment ce qui vous obsède(nt). Pourquoi pas en la mettant sur papier (si c’est avant la compétition bien sûr). Ecrire est l’une des actions principales que je préconise chez les athlètes que j’accompagne.  L’écriture permet de se poser avec soi-même, et de libérer des émotions au travers de mots. Une fois écrit, leur poids s’allège dans le cerveau.  Peut-être sont-ce des pensées liées la performance, à vos adversaires, ou bien encore sur le regard des autres. Peut-être vous rendrez vous compte d’un scénario catastrophe qui s’installe inconsciemment dans votre tête avec des « Et si… ». Ce scénario catastrophe créant de la peur au plus profond de vous. Scénario dans lequel vous allez réduire votre identité au résultat terrible imaginé. L’ego prend l’avantage. Virus 1 – vous 0.

La première clé mentale pour venir égaliser rapidement est la prise de conscience. Virus 1 – Vous 1. La prise de conscience arrive en élevant votre niveau d’attention. Tel un scientifique, vous observez en toute conscience l’ego poser ses pièges.  Rappelez-vous que l’ego n’aime pas le moment présent car il est complètement à découvert, vulnérable aux assauts de votre conscience. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même. Sa pratique consiste à poser votre attention sur le moment présent. Et ce, sans émettre de jugement. Dans le monde du sport, les recherches scientifiques sont en train de montrer toute son efficacité. Grâce à un entraînement régulier, elle aide les athlètes à être complètement focus sur ce qu’ils doivent faire le jour-J. Le vagabondage des pensées telles que celles de l’ego est reconnu, mais il n’est plus un ennemi.

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder.

Revenons à présent à notre match. Le rapport de force est en train de changer de camp et il reste du temps pour prendre l’avantage. Du mieux que vous le pouvez, vous allez commencer à prendre soin de vous. Vous acceptez que le virus soit bien présent. Et ce, sans qu’il ne vous domine.

Deuxième clé mentale: L’acceptation

A la suite de la prise de conscience des pièges de l’ego, vient l’acceptation. Lorsque vous serez entraînés à ces deux clés mentales, à cet instant précis, vous serez immunisé pour la compétition suivante. Vous avez toujours ce virus en vous, mais votre tête et votre corps ont établi une nouvelle relation avec lui. L’ego et sa petite voix dans votre tête ne s’en ira pas, heureusement pour les athlètes souhaitant être des champions. C’est ce petit plus qui pousse à la victoire. Mais il ne déséquilibre plus, il ne vous domine plus. Vous savez le reconnaître et le laisser passer pour vous concentrer sur ce qui est pertinent pour votre performance.

Exercice métaphorique : Non-acceptation VS Acceptation

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder. La seconde clé est donc l’acceptation.  Je vous propose de faire un exercice introductif.  Programmez votre chronomètre sur votre montre ou votre smartphone sur 5 minutes.  Puis fermez le poing aussi fort que possible et lancez le décompte des 5 minutes.  Forcez autant que vous le pouvez. Si vous ressentez un relâchement, remettez de la force.  Vous allez probablement ressentir une douleur dans votre bras et se diffusant dans l’ensemble de votre corps.  Vous allez penser que c’est douloureux, la fatigue va vous donner envie d’ouvrir le poing.  Inconsciemment même, le poing va s’entrouvrir car la douleur est trop forte.  C’est un appel du cerveau à prendre soin de vous en lâchant prise.

C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est.

Au bout de 5 minutes, relâchez tout doucement votre main en ouvrant progressivement.  Ressentez-vous à quel point l’ouverture libère alors que la fermeture engendre douleurs physiques, tensions, et pensées désagréables ?  Lorsque vous ouvrez, la souffrance s’efface et les pensées se calment. Ce petit exercice vous montre deux stratégies.  En étant fermé aux expériences désagréables telles que les pensées, émotions et sensations corporelles liées à l’ego, une lutte s’installe.  Vous tentez de tirer la corde de plus en plus fort pour aller mieux mais rien n’y fait.  Vous usez de l’énergie physique et mentale, ce qui entraîne au bout d’un certain temps un mal-être.  Vous êtes à ce moment possédé par l’ego. Il vous tient.  

En vous ouvrant au caractère désagréable que l’ego transmet, l’énergie est économisée. Vous avez tout le luxe de pouvoir agir en toute conscience.  Vous n’êtes plus un problème, la relation avec votre corps et votre mental est plus spacieuse. Cet exercice métaphorique est efficace pour comprendre la différence entre le choix de résister et le choix de s’ouvrir, d’accepter. C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est. C’est une formidable alternative à la résistance. La résistance amène à la contraction interne. Vous êtes une coquille qui se referme. L’ouverture vous fait respirer un bon bol d’air frais.

Définition de l’acceptation

L’acceptation est sans doute la notion la plus difficile à faire comprendre aux athlètes que j’accompagne. Elle a aussi été une très grande découverte d’un point de vue personnel. Seul l’établissement d’une attitude et d’une relation nouvelle avec l’expérience fait comprendre ce qu’est l’acceptation. Les mots lus ne font pas vivre l’expérience de l’acceptation. Il n’y a pas de côté intellectuel, simplement expérientiel. Dans notre culture occidentale, accepter est représenté comme se résigner, se soumettre, abandonner son sentiment de pouvoir. Ce qui peut créer de la peur car vous avez le sentiment de ne plus rien maîtriser. Il y a ce sentiment caché d’impuissance. Cette représentation que « si j’accepte de perdre ou de faire des erreurs, alors je ne serais jamais un champion ». Mais l’acceptation telle qu’elle nous est expliquée par la méditation de pleine conscience n’est pas ces représentations.

Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité.

« Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Tara Brach définit l’acceptation comme telle. Cette contemplation est une pause pour prendre conscience de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. Ce temps d’arrêt est nécessaire pour répondre avec authenticité et créativité.  Cette pause est la mi-temps du match.  Vous vous calmez. Vous prenez conscience de ce qu’il se passe en vous. Puis, vous mettez de nouvelles stratégies en place. L’acceptation induit un changement par l’action plus juste.  

Les trois dimensions de l’acceptation

Le non-jugement, la non-résistance, et le non-attachement représentent les trois dimensions de l’acceptation. Ces trois dimensions vous conduit à ne pas être la proie de vos pensées et émotions. Elles vous aident à être un peu plus libre dans le choix de vos futures actions.

Lorsque l’ego prend place, vous allez potentiellement vous juger. Soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait.  Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation.  Ainsi, soyez attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes.  En accordant de l’importance à vos jugements (« je suis mauvais », « je ne vais pas y arriver »), vous altérez votre confiance.

En permettant intentionnellement aux expériences désagréables d’être, vous respectez la dimension de la non-résistance. Vous ouvrez un champ d’action pour y répondre qui ne sera plus de l’ordre de la réaction automatique. Vous vous dites simplement : « c’est OK, je n’ai pas d’autres choix que de vivre cette situation. »

Le non-attachement se caractérise comme laisser aller chaque expérience interne et externe, sans vous y accrochez.  Se dire « J’ai la pensée que je vais échouer » est différent de « Je vais échouer ».  Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité permet de prendre une distance nécessaire. Ce pas de côté offre la possibilité de se détacher de vos jugements. A l’inverse, en vous attachant, vous donnez de l’importance. La bulle devient de plus en plus grosse jusqu’à prendre toute la place dans votre mental.  Comme deux aimants qui ne forment plus qu’un. Les pensées et émotions liées à l’ego vous attirent pour fusionner complètement avec vous et vous perturber.

Accepter revient donc à ne pas juger, à ne pas résister, et à ne pas vous attacher.  Cela vous permet de prendre soin de vous indirectement en annihilant la cogitation mentale. Vous pourrez répondre aux situations de compétition avec clairvoyance. Votre intelligence et votre instinct de survie vous fait progressivement oublier votre innocence et la joie pure de pratiquer. En compétition, il est courant que votre attention se porte sur tous les dangers possibles. Servez-vous de votre intelligence pour ne pas être possédé par ces dangers, ces peurs, ces colères. Utilisez-la à bon escient, pour davantage prendre soin de vous. Le bien-être amène à la performance.

Conclusion

Finalement, cette période de confinement est comparable à une compétition. La solution est de symboliquement « Restez chez-vous », centré sur vos valeurs en étant l’athlète que vous souhaitez être. Cet(te) athlète avec des ressources et des points forts sur lesquels s’appuyer. Cet(te) athlète ayant des stratégies mentales spécifiques travaillées en entraînement telles que vos routines pré-compétitives. A partir de ce moment, rien ne vous possèdera, pas même l’ego. Virus 1 – Vous 2. Coup de sifflet final.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Le silence

Je crois que le silence a un double visage. Je crois qu’il représente la paix mais aussi le metteur en scène de nos peurs. Il nous livre à nous-même. Il nous expose. Il nous met à nu. L’absence de bruit, l’absence de distraction… Ces absences détiennent le pouvoir d’alimenter la relation avec soi, dans son entièreté. Fragilités et capacités mêlées. S’il n’est pas habituellement présent, le silence fait naître le vacarme intérieur. Un vacarme sombre où les angoisses surgissent. Vais-je réussir ? Suis-je assez… ? Tes limites vont-elles te définir à elles seules aux yeux des autres ? La respiration s’accélère, le cœur bat avec résonnance. Cela ressemble à une croisée des chemins où les choix prit face à ces angoisses, ici et maintenant, vont décider du futur. Le silence crée un orchestre désorganisé de pensées et d’émotions. La plus belle symphonie intervient au moment où le silence n’est plus un adversaire. Créer l’alliance avec le silence. Se lier à cet orchestre désorganisé pour le comprendre, se l’approprier. Trouver en chaque pensée et émotion, un musicien venant jouer sa partition. Trouver des accords entre ces musiciens. Prendre du recul, observer et écouter le mariage des partitions. La symphonie apparaîtra lorsque chaque musicien aura trouvé sa place au sein de l’orchestre, avec sa sensibilité et son message. Nous sommes nos propres chefs d’orchestre. Et le silence, notre baguette.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience.

Le silence est magique à qui sait le reconnaître. Il aiguise notre perception. Et la qualité de notre perception influence la propre relation que nous entretenons avec nous-même, mais aussi celle du monde qui nous entoure et avec lequel nous entrons en interaction tous les jours. Notre équilibre personnel et relationnel dépend de nos perceptions et de notre capacité à s’installer dans un silence intérieur pour reconnaître ce qui se passe en nous. En d’autres termes, notre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet face à une situation difficile ou à nous-même, à travers nos pensées, nos émotions et nos comportements. Nous utilisons notre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte, il y a à présent compréhension.

Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience. Et être conscient, c’est affaiblir l’ego. Car un espace se crée. Il n’y a plus de réaction automatique. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par votre colère ou vos peurs. Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste. Retenez bien que la situation est toujours neutre. Seule votre perception et votre qualité de conscience dans le moment présent vous fait juger que cette situation crée votre malheur ou votre bonheur. Percevoir et poser la conscience sur les pensées et les émotions engendrées par la situation, est une première étape pour l’affronter. Vous n’êtes pas vos pensées et vos émotions. Vous êtes la conscience qui se cache derrière le voile des pensées et des émotions. Et qui dit conscience dit affaiblissement de l’ego. Cette conscience vous apporte une liberté et une palette de possibilités car vous n’êtes plus identifié à vos pensées et vos émotions. Vous n’êtes plus en train d’interpréter, de comparer, d’aimer, de ne pas aimer. Vous êtes libre.

Le silence n’est donc pas à craindre. Il apporte conscience et liberté. S’asseoir, méditer en pleine conscience, et accepter ce silence instructeur, c’est apprendre à lire en soi, plus finement.

Pierre Guillet, préparateur mental, Bordeaux

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANT