Le goût de l’effort

Dimanche matin. Le jour se lève. La paresse guette. La flânerie sous les draps aussi. La fraîcheur des températures alimente l’idée de rester au lit. Manquer un entraînement ne serait pas si grave. Hop hop hop. Chut. Merci cerveau, tu veux me laisser dans le confort d’un nid douillet, mais mon rêve ne sera jamais atteint si je poursuis dans cette lignée. Laisse-moi plutôt dire bonjour au goût de l’effort et me lever, convaincu par les bienfaits de cette séance pour ma progression. Il n’est pas encore l’heure d’abandonner. Pas maintenant, pas aujourd’hui. Chaque jour offre l’opportunité de donner le meilleur de soi-même. Ces derniers mots sont une forme de mantra. Une phrase qui vous amène à être en quête de réponses pour vous améliorer chaque jour. Une phrase qui vous donne la possibilité de vous réinventer et de puiser dans des forces parfois inestimées. Une phrase qui vous fait accepter que votre vie et votre pratique sportive est un chemin dans lequel les douleurs physiques et mentales peuvent devenir vos alliés et vos messagers. Je crois sincèrement que le goût de l’effort est la clé du dépassement de soi et de votre épanouissement personnel. Parce qu’il intègre votre être dans son entièreté. Il vous fait vous sentir vivant. Il sollicite toute votre énergie pour aller vers vos ambitions, vos rêves découpés en objectifs. Il fait abstraction des pièges de l’ego. Vous avez bien évidemment besoin de vos habitudes, qui vous offrent une base de sécurité sur laquelle vous reposer. Mais elles ne doivent pas rester trop longtemps, du moins pas sans des efforts pour créer du renouveau. Comme me l’a confié un athlète, maître des airs avec son avion, il en résulte une quête de soi. Y a-t-il plus beau que cela dans la vie ?

Définition

Par définition, l’effort correspond à l’« activité d’un être conscient qui emploie ses forces pour vaincre une résistance. ». Cet être sait où il veut aller et comment y aller. Il a conscience de ses forces et de ses fragilités. Les forces évoquées sont vos valeurs, vos qualités, vos ressources et vos motivations profondes. Le goût de l’effort est la répétition d’actions se liant intimement avec vos motivations profondes. Ces motivations intrinsèques qui vous poussent à vous entraîner régulièrement et vous engager le plus pleinement possible, comme le déclare Jonny Wilkinson : « Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. » La résistance, c’est la douleur ou son anticipation. Ce sont les émotions désagréables comme la peur ou la colère venant s’immiscer dans votre quête de progression. La résistance, c’est évaluer le dimanche matin que votre séance dans le froid ne sera pas une partie de plaisir et vous convainc de rester au chaud. Comme le dit la joueuse de tennis Simona Halep, « La frontière est mince entre l’état d’esprit positif et le négatif. Et si vous basculer du côté négatif, c’est fini. Vous laissez tomber. »

EGO VS TÂCHE : Quand l’absence de compétition met le goût de l’effort en péril

En début d’accompagnement, un exercice est couramment utilisé pour comprendre ce sur quoi l’athlète se concentre lorsqu’il(elle) pratique son sport. Il(elle) a le choix entre deux catégories : l’ego ou la tâche. L’ego regroupe des items tels que la comparaison aux autres, la confrontation, être le meilleur, être le premier, le narcissisme, l’image de soi, l’identité sociale ou encore gagner pour se sentir plus fort. Cet ego engage un besoin de pouvoir et de supériorité. Pour comprendre ce qu’est l’ego, je vous propose de lire l’article « combattre l’ego en compétition » écrit précédemment vous décrivant toutes ses caractéristiques. La tâche regroupe quant à elle la comparaison avec soi, l’entraînement, la progression, accepter la défaite, accepter sa forme du moment, se connaître, le dépassement de soi ou encore accepter de ne pas être le premier. Il est couramment remarqué que les athlètes se focalisent davantage sur la tâche à l’entraînement. De son côté, l’ego fait son entrée tonitruante lors des compétitions.

Lors de mon tout premier webinaire animé pour la Ligue de Nouvelle-Aquitaine de Badminton en Novembre dernier, il était question de réfléchir aux clés permettant de maintenir la motivation en ces temps de confinement. Cette période complètement inédite est un chamboulement. L’absence de compétition peut engendrer des émotions difficiles et désagréables. Le goût de l’effort peut effectivement en pâtir. C’est vrai quoi, à quoi bon s’entraîner durement s’il n’y a pas la cerise sur le gâteau ? pourquoi s’engager et dépenser autant d’énergie si vous ne pouvez plus faire mousser votre ego en compétition ? Parce que oui, la compétition sert à cela selon Kilian Jornet. Et je suis bien d’accord avec cet avis. La compétition à cette facette égotique durant laquelle les athlètes sont traversés par des sentiments de supériorité et d’infériorité. Chaque athlète vit cela en silence et se laissent subjuguer par ce sentiment de valorisation ou de dévalorisation. Dans une société dans laquelle l’image de soi prend beaucoup de place, la compétition est le chef-lieu pour être reconnu socialement. Cela peut avoir un côté structurant et positif. Chaque humain a besoin de trouver sa place et de recevoir une certaine approbation de la part des autres. Mais si cette quête de reconnaissance prime, vous en oublierez l’essentiel : le goût de l’effort. A mes yeux, cet essentiel est une philosophie de vie permettant de se sentir vivant. Je crois qu’il faut intégrer que chaque période de changement et de bouleversement a un début et une fin. Le jour où la compétition reprendra, il sera assez aisé d’identifier les athlètes ayant persisté à être dans la tâche et à s’entraîner malgré l’absence de compétition. Ces athlètes auront profité de la période pour progresser sur les aspects qu’ils auront choisis. Ils ne se seront pas perdus dans les tourments de l’ego et seront rester dans la tâche. Car oui, dans ce genre de période, il est possible de voir de quelle étoffe est faite votre pratique. Alors, plutôt passion et sensations ou plutôt ego ?

VOS Besoins selon Abraham Maslow

L’ego et sa quête de supériorité n’est absolument rien sans l’effort et le besoin d’autoréalisation et de développement de soi. Comme le soulignait Abraham Maslow, l’humain est guidé par deux catégories de besoin : Le domaine D (« Deficiency ») qui est le besoin de combler des carences (de sécurité, d’affection, d’estime de soi, d’appartenance ou du manque de nourriture) et le domaine B (« Being ») correspondant au besoin de croissance. Le premier est régi par des émotions telles que la peur, l’anxiété, ou des attentes excessives tandis que le second vous amène à vous accepter tel que vous êtes, aimer davantage les autres et vouloir progresser. Le domaine D est sur la défensive tandis que le domaine B est orienté sur vos propres choix en accord avec vos valeurs. L’ego ne répond seulement qu’au domaine D. Il comble simplement une carence et ne vous porte pas vers une croissance et une plénitude personnelle. C’est une logique biologique dont il est essentiel de prendre conscience. Votre cerveau est constamment préoccupé par votre sécurité et veut constamment répondre aux désirs de plaisirs hédonistes de courte durée. Ce fameux désir de victoire et d’admiration qui se répète. Difficile de combler ce manque en ces temps de COVID-19 et d’absence de compétition. Pour être un athlète épanoui dans une quête de progression, il vous faudra penser à vous diriger vers le domaine B et à planifier des objectifs en conséquence. Maslow écrivait : « On peut choisir de revenir vers la sécurité ou d’avancer vers la croissance. La croissance doit être choisie encore et encore ; la peur doit être surmontée encore et encore. » La croissance passe par ce goût de l’effort. Et c’est en tout point de vue ce que je préfère dire aux athlètes que j’accompagne. L’ego a sa propre vision de la réussite. Mais je crois que celle de Romy Schneider est bien plus belle et plus saine pour être dans l’effort et heureux, tout en étant performant :

« Réussir, ce n’est pas toujours ce qu’on croit.
Ce n’est pas devenir célèbre,
Ni riche ou encore puissant.
Réussir, c’est sortir de son lit le matin et être heureux
de ce qu’on va faire durant la journée,
Si heureux qu’on a l’impression de s’envoler.
C’est être avec des gens qu’on aime.
Réussir, c’est être en contact avec le monde
et communiquer sa passion.
C’est se coucher le soir en se disant
qu’on a fait du mieux qu’on a pu.
Réussir, c’est connaître la joie,
la liberté, l’amitié sincère et l’amour.
Je dirais que réussir, c’est Aimer »

Magnifique n’est-ce pas ?

Identifiez vos valeurs et posez vos objectifs

Je crois que cette période est parfaite pour transcender votre goût de l’effort et aller vers cette définition de la réussite. Peut-être même que vous verrez vos futures compétitions importantes comme des « entraînements intensifs » (Dixit Kilian Jornet) ! Vous ne verrez plus la compétition avec la vision dichotomique échec/réussite mais comme un élément clé pour votre progression. Bien sûr, elle vous permettra de vous situer par rapport aux autres, mais vous serez tellement focalisé sur la tâche que vous vous emploierez, avec effort et persévérance, à mettre de nouveaux objectifs en place pour progresser ! Avenir radieux non ?

Evidemment, vous allez me dire qu’il est bien difficile de poser des objectifs en ces temps d’incertitudes importantes. Mais pour maintenir vos efforts dans le temps, vous devez vous poser la question suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Pour vous aider à répondre à cette question, rien de tel que d’intégrer vos valeurs. Voici un petit exercice que j’affectionne particulièrement et qui vous pousse à être dans l’effort et agir :


« Imaginez que vous arrivez à la fin de votre carrière et que vous vous remémoriez les années qui se sont écoulées entre maintenant et ce moment-là. En regardant en arrière, qu’est-ce qui vous a donné la plus profonde satisfaction, joie et contentement ? Quelles sont les valeurs que vous voudriez avoir incarné et qui donneraient le plus de sens à votre pratique sportive ? Des exemples sont le courage, le sens du détail, la persévérance, la curiosité, la générosité dans l’effort, etc. »

Lorsque vous avez choisi vos valeurs, sélectionnez une des valeurs fondamentales que vous voudriez incarner pour cette période inédite. Ecrivez la sous la forme d’un vœu :

Je fais le vœux de …. du mieux que je peux.


Vos valeurs vous permettront de définir des objectifs de maîtrise et de performance. En d’autres termes, vos valeurs représentent votre direction (boussole) et vos objectifs sont votre destination. Exit les objectifs de résultats pour le moment (qui se résument purement à : Gagner). Ces objectifs de maîtrise et de performance sont centrés sur ce que vous pouvez contrôler et mettre en place pour vous améliorer, que ce soit sur les aspects psychologiques, techniques, tactiques, physiques ou bien sociaux. D’un point de vue concret, ils doivent répondre à plusieurs critères pour être pertinent :

  • La clarté : La clarté de vos objectifs vous permettra de les évaluer au fur et à mesure, de manière progressive. Si vous définissez des buts globaux et imprécis, le risque serait de ne pas percevoir vos petits succès et de vous décourager.
  • L’évaluation : Vos objectifs doivent être évaluables, dans lesquels un feedback est possible (chiffre, vidéo, avis de l’entraîneur, analyse graphique, etc.). C’est grâce à ces évaluations que vous capterez vos zones de progression et de changement.
  • Déclinaison dans le temps : Il va être de votre ressort de décliner vos objectifs dans le temps en élaborant des sous-buts à court, moyen et long terme.
  • La difficulté : Les buts définis doivent être difficiles et atteignables pour qu’un nouveau résultat puisse apparaître. Si l’un de vos buts est trop simple, vous n’aurez pas besoin de vous employer physiquement et mentalement puisque vous savez que vous allez réussir facilement. Or, le goût de l’effort vous pousse à aller chercher de nouvelles ressources et essayer.
  • La formulation positive : La formulation de vos objectifs est à prendre en compte. Formuler positivement ses objectifs peut vous permettre d’échapper aux effets paradoxaux de la formulation négative. Si je vous dis de ne pas penser à un ours ou à chien, vous avez sans doute rater l’objectif dans la seconde qui suit.

J’ajouterai à ces critères qu’il est primordial de les écrire pour avoir une trace de votre chemin parcouru et de votre progression. Votre cerveau a tendance à oublier ce chemin. Relire ce chemin parcouru peut donner un nouvel élan de motivation lorsqu’une période de doute s’installe. Pour clôturer sur les objectifs, soyez également capacité de les réévaluer et de les adapter à la situation. Cette période est insaisissable et désarçonne vos repères, alors soyez OK avec le fait que vos objectifs peuvent être chamboulés (Ex : nouveau confinement).

Acceptez la douleur

Littéralement, cela correspond à apprendre à aimer ce qui n’est pas forcément plaisant dans votre pratique. Voilà ce sur quoi va porter ses prochaines lignes. Entre douleurs physiques et mentales (échecs, défaite, etc.), le goût de l’effort tient une place importante. Il permet d’établir de nouvelles relations avec ces douleurs. Il donne une nouvelle perspective à l’aspect de votre pratique et vous pousse à persévérer malgré la présence de ces douleurs.

La douleur physique

Bio-psycho-social. Voilà trois termes que je n’ai cessé d’entendre lorsque ma fiancée kiné s’est formée sur la douleur physique. Bio-psycho-social. La douleur est extrêmement complexe et doit donc être comprise chez chacun selon ce modèle bio-psycho-social. Pour cet article, je ne vais parler que de la dyade psycho-sociale. La douleur étant perçue subjectivement, il existe une variation importante entre chacun. Un changement de croyance à son égard peut être envisagé. D’un point de vue psychologique, il peut résider des pensées et émotions désagréables à l’égard de la douleur entraînant des comportements de fuite ou d’abandon. D’un point de vue social, la société actuelle nous enrhume toute et tous à créer toujours plus de confort et à valoriser l’image de soi. Elle ne met pas en avant le travail de fond qui, pourtant, est bien plus porteur de sens et de sentiment d’accomplissement. Cela peut faire perdre de vue cette notion importante de la douleur dans l’effort que vous déployé. L’illusion d’une quête de soi sans douleur devient trop forte et empêche de mettre en place, pas à pas, les efforts nécessaires.

D’un point de vue actuel, peut-être que cette période vous expose moins à l’effort et que vous allez potentiellement « perdre » un peu de votre niveau initial. Personnellement, c’est ce qui peut m’arriver à chaque confinement. Etant traileur et habitant en ville (sans commentaire), je redécouvre les joies du dénivelé lorsque Mr Macron nous l’y autorise. Et ce n’est pas sans difficulté. Cette période met chacune et chacun à l’épreuve dans ses capacités à être résilient, à faire avec ses capacités du moment, et à ne pas se morfondre sur la baisse possible de niveau. Retrouver le plaisir de se mettre « dans le dur » en séance est la seule chose qui compte. Laisser passer la pensée catastrophe ou la vision pessimiste : « je ne reviendrais jamais à mon niveau ». Se dire : « C’est OK, c’est comme ça, mon niveau actuel est tel qu’il est ». Pas de résignation, pas d’abandon, mais un nouveau défi est devant vous : Tolérer à nouveau la douleur de vos entraînements difficiles, en vous y exposant petit à petit. Et si vous êtes entouré de personnes qui souffrent avec vous, c’est encore mieux ! Il n’y a rien de mieux qu’un sentiment commun de dépassement de soi. Des visages grimaçants, montrant toute la hargne intérieure, pour aller au bout de soi. Voilà le goût de l’effort sur le devant de la scène pour revenir progressivement, avec humilité. Bien sûr, si vous êtes athlètes de haut-niveau, vous avez sans doute pu vous entraîner normalement malgré un nouveau confinement. Et cette question de baisse de niveau n’est potentiellement pas présente. Mais la simple absence de compétitions peut vous poser bien des tracas et vous pousser insidieusement à vous engager « un peu » moins en séance.  A vous de rester vigilant et de persévérer pour permettre à votre corps de garder en mémoire cette douleur physique qui vous fait avancer et progresser !

La douleur « mentale »

J’ai souhaité parler de douleur mentale pour regrouper toutes les situations qui pouvaient engendrer des pensées et émotions désagréables. Ces dernières vous font danser sur un fil et vous poussent parfois à abandonner le navire ou à vous convaincre que vous n’atteindrez pas votre destination. Elles peuvent devenir douloureuses et épuisantes. Vous pouvez les retrouver dans des situations d’échecs, de défaites, de blessure, de conflit avec vos partenaires ou entraîneurs. Cette année 2020 aura eu pour effet d’ajouter une nouvelle situation avec cette pandémie de la COVID-19.  En fait, l’ensemble de ces situations fait parti intégrante du goût de l’effort. Vouloir se réinventer, avec force et courage, vous expose à être vulnérable et à être en proie à ce genre de situations. Vous marchez sur cette ligne de crête, avec le vide de chaque côté. La peur est peut-être là, à clamer sa présence haut et fort par des signaux cognitifs et corporels. Mais cela n’entache pas votre motivation profonde. Vous continuez de marcher vers votre destination. Peut-être que vous ressentez cette peur de ne pas revenir au niveau espéré. Peut-être que vous ressentez cette peur de vous entraîner et qu’il n’y ait pas de jugement final de vos efforts au travers d’une compétition. Peut-être, peut-être, peut-être… tout cela n’est qu’incertitude et anticipation d’un futur que vous ne maîtrisez pas. Ce manque de maîtrise crée de la douleur mentale à force de s’y accrocher. Alors, le seul moyen de s’en détacher est d’accueillir ce genre de pensées et d’émotions et de lâcher-prise. Purement, lâcher-prise et revenir à ce que vous faites maintenant, grâce à vos objectifs fixés. Le futur ne sera dans quelques temps qu’un nouveau présent dans lequel vous engagerez de nouveaux efforts.

Tolérer la douleur physique et mentale

Quand il est question de tolérance, il est souvent évoqué une question de degré. La tolérance à la douleur va donc consister à augmenter ce degré avec patience, en lui faisant de la place sans la repousser. Tolérer la douleur signifie d’admettre sa présence et de continuer à pratiquer avec. Evidemment, pour une douleur physique, vous continuez à pratiquer si cette douleur est supportable et n’est pas un signal de blessure. En tolérant la douleur, vous entretenez une nouvelle relation avec celle-ci. Vous ne vous empêchez pas de souffrir car vous percevez la douleur physique et mentale comme faisant partie de la vie et de votre pratique sportive. Si la douleur est perçue comme une ennemie, vous ne tiendrez pas longtemps en sa compagnie. Mieux vaut donc l’accepter et la laisser infuser. Pour exemple, les femmes et hommes pratiquant l’ultratrail, par la répétition des longues distances, sont de grands tolérants aux douleurs physiques et mentales car elles font partie intégrante de leur pratique. L’habituation crée la connaissance de soi et permet d’avoir davantage de contrôle sur la situation. Les ultratraileurs ne s’accrochent plus à leurs pensées ou émotions. Ils savent les reconnaître et vivre avec. Ils les perçoivent comme des personnages de leur cerveau, comme dans le film d’animation vice-versa, vous voyez ? Dans le jargon de la psychologie, cela se nomme : défusionner. Cela leur permet de mieux vivre ces fameux « passages à vide » qu’ils peuvent rencontrer sur des courses aussi longues.

La pratique de la méditation de pleine conscience peut vous permettre de défusionner et de mieux gérer les douleurs physiques et mentales en étant résilient dans l’effort. Pour la douleur physique, la pratique de la méditation de pleine conscience est une source de sécrétion et de libération des molécules inhibant le message de la douleur et de son ressenti. Par sa pratique régulière, elle permet de laisser passer les potentielles pensées et émotions désagréables liées à la douleur pour maintenir un comportement adaptatif et persévérant dans l’effort. Vous savez vivre et pratiquer avec la douleur physique. En d’autres termes, je dirais que, plus il y a pratique de la méditation de pleine conscience, plus il y a connaissance de soi. Et plus il y a connaissance de soi, plus les signaux envoyés par la douleur physique sont reconnus pour ce qu’ils sont. Ils ne sont ni exagérés ni amplifiés. Les athlètes de haut-niveau, à force de pratique sportive, connaissent leur corps. Grâce à la méditation de pleine conscience, ces athlètes de haut-niveau peuvent davantage interpréter les messages de leur corps et s’adapter dans l’effort. C’est une stratégie d’attention appelée stratégie associative. Et il semblerait, selon les études scientifiques, que les athlètes de haut-niveau utilisent davantage cette stratégie d’attention associative en comparaison de la stratégie dissociative que je vais vous présenter maintenant. En effet, La méditation de pleine conscience permet également d’apprendre à changer de focus et de se décentrer de la douleur pour ne pas lui accorder une place trop importante. La douleur est présente et se manifeste. Mais d’autres éléments peuvent prendre le relais, comme il est évoqué dans le documentaire, free to run : « Quand tu cours, des motifs viennent à toi. De belle forme, des couleurs, le feuillage et le ciel bleu. Tu respires l’air pur et tu te sens vivant sur cette terre. C’est à chaque fois un miracle. » Si votre pratique dure plus de deux heures par exemple, des stratégies dissociatives prendront le relais pour vous distraire et sortir « mentalement » des signaux de douleurs. Cela permet de persévérer et d’avancer. Une sorte de déconnexion se met en place.

Soyez patient

La patience est la vertu indispensable pour éviter le renforcement des résistances et de l’opposition au goût de l’effort. Bien que vous ne soyez pas un patient dans le sens littéral du terme puisque vous n’êtes pas malade, vous êtes pourtant une personne qui, puisque vous souhaitez du changement et progresser, endure ou souffre d’une situation ou d’un état particulier. Ainsi, la patience est une vertu qui vous sera d’une grande utilité pour aller vers ce que vous recherchez ou visez. Elle vous aide à persévérer et fait appel à un certain courage. Il ne s’agit pas là de vous résigner à attendre passivement, mais, par vos actions, de patienter pour en voir les bénéfices à long terme. Si vous êtes plutôt de nature impatiente, apprendre à cultiver la patience petit à petit vous sera bénéfique. Tout dépend de votre socle motivationnel pour atteindre votre objectif fixé. Pour cultiver la patience, la pratique de la méditation de pleine conscience et de l’autocompassion peut être un élément clé. Être présent à chaque étape que vous réalisez tout en prenant soin de vous dans une situation difficile peut éviter bien des torts dû à l’impatience (forme sous-jacente de la colère). Lorsque vous faites preuve de patience, vous considérez les personnes, les choses et votre état tels qu’ils sont et non comme vous voudriez qu’ils soient. C’est extrêmement précieux. Pourquoi ? car vous n’usez pas d’énergie à vous opposer ou à renforcer vos résistances. C’est comme lorsque nous tentons de faire descendre les grains de sable d’un sablier plus rapidement. Voilà bien du temps de perdu ! L’impatience vous fait penser à tort que vos anciens comportements étaient plus efficaces ou que les nouveaux comportements ne montrent pas les résultats attendus. Ce n’est qu’un stratagème inconscient de votre cerveau pour vous défendre et stopper vos efforts physiques et mentaux. Si vous ressentez de la résistance, tentez plutôt de comprendre celle-ci et de modifier votre perception, comme l’exemple du dimanche matin. En tous les cas, sachez que la résistance est normale car vous tentez de répondre à deux besoins antagonistes (Besoin N°1 : vouloir rester comme vous êtes car c’est plus confortable ; Besoin N°2 : Faire des efforts pour aller vers votre objectif désiré). La compréhension peut vous aider à discerner les contradictions entre ce que vous êtes à l’instant T et comment vous souhaiteriez être pour atteindre votre objectif.

Conclusion

L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. Aujourd’hui, il est plus qu’essentiel de rester dans ce présent et cet effort pour progresser et ne pas se morfondre de la situation. L’effort se moque du futur et de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. C’est ce premier pied qui s’extrait du lit bien chaud le dimanche matin et qui enfile la première chaussette.

L’effort se mêle avec vos sens et les éléments extérieurs. Vos sens sont focus sur la pratique, pas vers des scénarios catastrophes liés au futur ou des pensées intrusives et désagréables liées au passé (« c’était mieux avant de toute façon »). L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes et ce que vous faites, pas pour ce que vous avez. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de l’incertitude, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux physiquement et mentalement. Mais vous faites le choix de l’expérience pure plutôt que du fantasme du résultat et de la reconnaissance sans effort, parfois illusoire (#réseausocial). L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement ne fait plus parti du vocabulaire. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement et faite de la place à cette part d’inconnue. En vous engageant dans l’effort, vous construisez un nouveau monde et vous découvrez de nouvelles vérités à chaque fois. Vous percevez de nouvelles facettes de vous-même. Facettes qui étaient enfouies et qui ne méritaient qu’à faire surface. En vous libérant du connu (du passé et de vos habitudes parfois trop ancrées), vous développez votre potentiel et prenez conscience de ce dont vous pouvez être capable.

Avec un goût prononcé de l’effort, vous savez rester lucide et ressentez le besoin d’élaborer un plan B à la suite du dysfonctionnement du plan A. Cette élaboration de plan est une résolution à vouloir le bien pour soi. Vous allez de l’avant et vous avez la capacité de faire face aux difficultés extérieures mais aussi intérieures (ces fameuses douleurs physiques et mentales). Tous ce flot d’émotions est accueilli, même le plus obscur. Vous faites preuve d’ouverture à la vie dans son intégralité. Vous expérimentez et apprenez en alignant vos objectifs avec vos valeurs. Vous exposez votre vulnérabilité, c’est-à-dire vos faiblesses, vos limitations, tout en étant dans l’espoir d’un avenir plus radieux grâce à vos efforts. Vous prenez plaisir à être un vrai joueur et à être dans le défi, comme Kobe Bryant, célèbre joueur de Basketball décédé tragiquement en 2020. Je crois que cet homme résume parfaitement cet état d’esprit et ce goût de l’effort. Il l’a écrit comme tel :

« Si je voulais apporter une nouveauté dans mon jeu, je la tentais immédiatement. Je n’avais pas peur de rater ou de me sentir ridicule. Il fallait que j’essaie d’apprendre et, une fois que j’avais appris, j’avais un nouvel outil dans ma panoplie. Si le prix à payer était de beaucoup travailler et de rater quelques tirs, alors ça m’allait très bien. »

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS