« JUGER, C’EST NE PAS COMPRENDRE » : COMMENT REGAGNER UN CALME INTÉRIEUR DANS UNE PÉRIODE TROP BRUYANTE

Ce week-end était l’heure d’un de mes défis de l’année. Cumuler 87 kilomètres et 5400m de dénivelé positif en deux courses de trail. Au-delà de ces chiffres, l’un des moments qui m’a sauté aux yeux tant il est paradoxal avec ce que nous vivons en ce moment a été un moment de pur calme. A ce moment du deuxième jour de course, nous étions, je crois, 5 traileurs en haut de la montagne, à marcher dans le silence, les uns derrière les autres. Se retrouver avec soi-même, ses pensées, ses émotions, son effort, dans le silence le plus absolu, est toujours un moment magique (et difficile, parfois). Dès lors, une fois que ce week-end fut terminé, revenir dans ce monde où certains font preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid) m’a clairement fatigué. Une sorte d’agitation collective et de forte réactivité émotionnelle se met en place. L’insécurité troublante fait naître la peur et l’apparition d’un panel de jugements. Il règne une mode dans laquelle chacune et chacun prend pour argent comptant ses pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. La fatigue cumulée du week-end n’aidant pas, des émotions désagréables sont apparues. Puis, comme d’habitude, un regain d’énergie pointe le bout de son nez pour transformer ce moment désagréable en quelque chose de productif. Comme le dit le proverbe chinois : « vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leur nid dans vos cheveux. » Cet article en est donc le fruit. Il juxtapose une situation actuelle à ce que vous pouvez rencontrer en tant qu’athlète dans votre pratique sportive.

Les jugements de l’ego

« Il n’y a rien de bien ou de mal en soi. C’est la pensée qui en fait un bien et un mal. »

Shakespeare

Si je devais résumer l’ego en une phrase, ce serait celle-ci : « Oui, je suis là, regardez-moi, je vous montre et vous prouve que j’existe. » C’est la petite voix qui s’agite dans votre cerveau, vous alertant sur un potentiel danger ou sur une potentielle opportunité vis-à-vis des autres. L’ego s’est extrêmement développé ces dernières années dans les sociétés occidentales, étant donné l’avènement des réseaux sociaux, du culte de l’individualisme et de la compétition. Sa première caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente. Il pose ses pièges un à un, sournoisement, sans que vous ne vous en rendiez compte. Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental. Pourtant, rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître à bord. Lorsque vous êtes habité par un jugement que vous portez sur une situation ou sur vous-même, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de ce jugement. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. » (Donc, « MON avis sur la situation du COVID ») (Ce à quoi quelqu’un me répondra : « On dit « LA Covid »…). De son côté, Anthony Mette nous prévient : « plus votre ego est développé, plus les potentiels problèmes seront nombreux. Plus vous allez cogiter, mentaliser, plus vous allez ruminer le passé et chercher à anticiper (contrôler) l’avenir. À cela, vous allez y mêler des émotions négatives. » 

Lorsque l’ego prend place, vous allez juger la situation, les autres, ou vous juger vous-même (soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait). L’ego fait intervenir le moi pensant pour vous juger. Et il n’y a pas pire moment que lors d’un « putsch amygdalien » pour juger ou vous juger personnellement. Effectivement, le siège des émotions dans le cerveau se nomme : amygdale. Cette zone est située dans le système limbique et l’« une de ses fonctions consiste à détecter instantanément les éléments nouveaux ou les menaces dans notre environnement et à envoyer dans le corps des signaux ultra rapides qui initient une réaction de combat ou de fuite » explique Susan Cain. En situation de stress, les sens sont en éveils grâce à différentes hormones : le cortisol, l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones permettent de réagir rapidement à une situation de stress et de rétablir l’homéostasie du corps (l’équilibre). Les stratégies archaïques se mettent en place. De manière réflexe et adaptative, vous essayez de vous protéger d’une situation qui vous menace (ou plutôt, que vous percevez comme menaçante). Sous l’emprise de la peur ou de la colère, l’amygdale est en état d’alerte et inhibe l’activité d’autres régions du cerveau comme le cortex préfrontal. Ce dernier peut vous permettre de vous adapter à la situation qui se présente à vous et de prendre des décisions pleines de sang-froid. Comprenez donc que l’amygdale est à la base de l’instinct de survie et nous pousse à juger constamment les situations comme bonnes ou mauvaises pour soi.

De ce fait, il y a à reconnaître que chacune et chacun juge sur ce qu’elle. il fait ou sur ce que les autres font. Personnellement, cette vérité m’est difficile à accepter (mais j’y travaille !). Car elle m’éloigne d’une valeur qui me tient à cœur : comprendre et faire comprendre. Le jugement est peut-être la chose que je déteste fondamentalement le plus car il sonne comme un couperet hâtif et ne laisse pas la place à la compréhension et au factuel. Bien sûr, le jugement à ce pouvoir intégrateur car juger avec son semblable quelqu’un d’autre ou une situation peut avoir l’avantage de tisser du lien.  Mais cela crée également une scission. Et c’est ce que l’ego adore faire. Alimenter le sentiment de séparation avec les autres et se donner raison.

Eteignez les médias catastrophes et offrez-vous des pauses

« Quand nous marquons un temps d’arrêt, nous ne savons pas ce qui va se passer après. Mais en bousculant nos comportements habituels, nous nous donnons la possibilité de répondre de manière inédite et créative à nos désirs et à nos peurs. »

Tara Brach 

Lorsque nous nous baladons en forêt ou randonnons en montagne, je dis régulièrement à ma fiancée : « Ecoute ». Elle me regarde et sourit. Car elle sait qu’à sa question : « Quoi ? » je répondrais ces deux prochains mots : « le silence ». J’adore ces moments car je suis de l’avis de John Kedge : « Nous n’avons pas à craindre le silence, nous pouvons l’aimer. ». D’ailleurs, les parents disent couramment de leur enfant : « Quand je ne l’entends plus, c’est mauvais signe. » Mais pour l’enfant, le silence est le signe qu’il est heureux et pleinement focus à sa tâche (un beau dessin sur les murs fraîchement repeints !).

En tant qu’athlète, il est primordial de calmer le flux incessant de jugements et entrer dans un espace mental serein. Ce temps de pause permet d’établir une nouvelle relation avec l’environnement et votre intérieur. Les informations internes et externes sont neuves. Une cohérence avec le monde et vous-même se crée pour agir différemment. Ce silence met un olà à vos rythmes de vie, influencé par le jugement, la vitesse et le zapping. Il vous permet de ralentir et de respirer. Et quand tout va trop vite, cela peut faire un bien fou ! Psychologiquement, cela s’explique par le petit goulet d’étranglement que vous avez dans votre cerveau et qui n’est autre que le cortex préfrontal. Cette zone du cerveau permet de prendre les informations les unes après les autres. Lorsque vous vous offrez des pauses, le cerveau se calme et se petit goulet n’est plus alimenté. A l’inverse, si vous vous surchargé d’informations, cela créera un bouchon d’informations appelé : charge mentale. Cette charge peut causer du stress, de la fatigue et le sentiment de ne pas y arriver.

Je le reconnais volontiers, la pratique de la pause et du silence qui l’accompagne n’est pas dans la nature humaine et peut être perturbante les premières fois. Mais il est clair que le silence durant un moment de pause est magique à qui sait le reconnaître. Il est une clé pour aiguiser la perception de ce qui se passe en vous. Il permet de capter le flux incessant de vos jugements sur les autres, sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. En d’autres termes, votre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet et qu’elle ne se laisse pas balader par vos jugements. Vous utilisez votre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte. Il y a à présent compréhension consciente. Et cela fait toute la différence car être conscient, c’est affaiblir l’ego. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par vos jugements intempestifs. Vous vous permettez dès lors de remplir deux dimensions de l’acceptation : le non-jugement et le non-attachement.

Le non-jugement

La dimension du non-jugement est centrale car elle permet de :

  • ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises.
  • agir en toute conscience, peu importe l’expérience.

Ne pas catégoriser les expériences internes ou externes comme bonnes ou mauvaises permet d’être en accord avec un principe clé de l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy), une thérapie cognitivo-comportementale qui part du postulat que la recherche du bonheur provoque une erreur fondamentale : Elle exige de ne retenir que les émotions agréables de la vie et d’exclure ce qui constitue aussi en partie la vie : la douleur et les souffrances. Or, Russ Harris le dit très bien lui-même dans son livre « Le piège du bonheur » : « Pour vivre une vie riche, il faut vivre toute la gamme des émotions humaines. » Et Emelie Forsberg, championne du monde de trail, nous le prouve par ses mots expliquant ses ressentis à la suite d’une grave blessure rencontrée durant sa carrière : « J’avais voulu être triste et abattue. Car si je ne l’avais pas été, où aurais-je trouver la force de continuer ? Quel sens aurait eu ma vie ? Dans l’obscurité, je me suis laisser aller au découragement, et en arriver là m’apparut inestimable. Oui, cela peut sembler étrange, mais j’ai apprécié ce temps de souffrance et de complainte. Car je savais que je pourrais un jour sortir de cette chambre noire et revoir la lumière, et là était l’essentiel. » Je trouve ce postulat extrêmement libérateur tant il amène à penser que ressentir chacune de vos émotions est avant tout une fonction physiologique normale. Vous n’êtes pas en tort de ressentir telle ou telle émotion. Je partage complètement le point de vue de l’ACT concernant le fait que nous avons la fâcheuse tendance à ne vouloir retenir que nos émotions agréables. Et donc à constamment juger ce qui est bon ou mauvais pour tenter en vain de ne retenir que le bon.

Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation, ni vos pensées, ni vos émotions, ni vos sensations. Ce qui vous permet d’agir en toute conscience, peu importe l’expérience. Le non-jugement est finalement ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Cela vous permet d’être totalement ouvert. Ainsi, soyez toujours attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes. Car juger revient à vouloir garder un certain contrôle de la situation et créer une sorte de cohérence interne. En jugeant, vous créez votre propre vérité de la situation et de votre être, sans faire ce pas de côté. « Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure » écrit Don Miguel Ruiz dans « Les quatre accords toltèques ». Voilà pourquoi il est bon de laisser aller et venir les jugements comme le recommande la méditation de pleine conscience et de toujours se poser ces questions : ce jugement est-il utile pour ma progression ? Ce jugement n’est-il pas plutôt qu’une supposition ? Est-il assez important pour que j’y accorde autant d’attention et que je le transmette aux autres sans leur faire de mal ?

Pour mieux comprendre, voici une petite histoire :

C’est l’histoire d’un homme qui avait gagné une voiture chère à la loterie. Sa famille et ses amis, tous très contents pour lui, était venu célébrer chez lui. « N’est-ce pas formidable ? » disaient-ils.  « Quelle chance tu as ! » L’homme sourit en disant : « Peut-être. » Pendant quelques semaines, il eut beaucoup de plaisir à conduire sa voiture. Un jour, un conducteur ivre entra en collision avec lui à une intersection et il se retrouva à l’hôpital avec de multiples blessures. Sa famille ses amis vinrent le voir. « Quelle malchance ! » lui dirent ils. De nouveaux, l’homme sourit en disant : « peut-être. » Alors qu’il se trouvait encore à l’hôpital, il y’a eu un glissement de terrain et sa maison fut emporté dans la mer. Une fois de plus, ses amis vinrent le voir le lendemain et lui dirent : « quelle chance que tu te sois encore trouvé à l’hôpital ! » et lui, de dire de nouveau : « peut-être. ».

Le peut-être de cet homme sage est signe que celui-ci refuse de juger quoi que ce soit et qu’il laisse le cours de la vie se poursuivre, sans que cela ne le touche émotionnellement. Ce refus de juger quoi que ce soit est une dimension de l’acceptation. L’acceptation est définie par Tara Brach comme « Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Cette contemplation passe par la métacognition. La métacognition correspond à l’un des six principes fondamentaux de l’ACT : le soi comme contexte. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même pour reconnaître ce qui se déroule en vous, et identifier les pièges de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. La métacognition permet de prendre conscience de votre moi pensant (la fameuse radio qui tourne en boucle dans votre cerveau). Si ce MOI pensant diffuse des informations inutiles (jugements), alors le moi observateur a pour tâche de laisser filer cette information. Par exemple, « Je dois contrôler mes émotions pour ne pas me montrer faible », « la préparation mentale, c’est pour les personnes faibles » ou « je suis un homme, je n’ai pas à avoir peur » sont autant de scénario du moi pensant qu’il est bon de reconnaître comme inutile et de laisser filer. En revanche, si le moi pensant diffuse de l’information utile, le moi observateur va alors accorder toute son attention à cette information. Ainsi, la métacognition est superbe dans ce qu’elle vous apprend sur le moment présent. Elle permet de court-circuiter le cycle des réactions automatiques et inconscientes et de faire ce pas de côté par rapport à ce que vous pensez. Vous n’êtes plus dans le soi conceptualisé. En d’autres termes, vous ne conceptualisez pas la situation ou ce que vous êtes d’une manière trop rigide. Vous n’êtes plus identifié à vos jugements de manière réductrice et limitée. Ceci est la base pour répondre avec lucidité dans une situation agréable ou non, et pour créer de nouvelles habitudes.

Le non-attachement

le pouvoir d’attraction de vos pensées et de vos émotions est tellement fort que vous les prenez pour des faits. C’est à ce moment précis qu’il est important de défusionner cognitivement et ne pas prendre vos pensées ou vos émotions trop au sérieux, de ne pas les voir comme trop importantes ou comme la vérité pure. L’ACT vous recommande plutôt de faire ce pas de côté et de prendre vos pensées comme des « histoires » que vous vous racontez. Ces histoires (qui ne s’arrêtent jamais soit dit en passant) ne sont pas forcément des faits mais plutôt des opinions ou des jugements avec lesquels il est bon de se détacher s’ils ne vous sont pas utiles (Si vous êtes dans l’indécision, vous pouvez simplement répondre à cette question : Qu’est-ce que j’ai à gagner que de croire à cette histoire ?). Par exemple : Imaginez que vous ratiez plusieurs lancer-franc et que la pensée « Je suis vraiment mauvais » s’infiltre dans votre cerveau. Peut-être qu’effectivement, vous ne vous êtes pas montré à la hauteur. Mais posez-vous toujours la question de l’utilité de l’histoire que vous vous racontez pour vos futures actions. Cela permet de vous libérer de cette emprise mentale pour vous concentrer à nouveau sur ce qui vous importe et agir efficacement. Un autre exemple me vient tête : un athlète que j’accompagne à ce jour fait de la voltige Unlimited. Autrement dit, il réalise un programme de figures avec son avion dans un périmètre défini et dans un temps imparti (Si vous ne voyez toujours pas ce qu’est ce sport, allez voir sur Youtube, c’est très impressionnant !). Lors de ses compétitions, une situation le stressait régulièrement : Lorsqu’il se retrouvait au moment du repas à table avec un concurrent révisant son programme, cela pouvait le mettre dans un état de stress et de cogitation important. Il a beau être champion du monde, il peut aussi être assailli par des pensées parasites le faisant douter. Je lui ai donc proposer de trouver un titre à ses pensées et qu’il formula en souriant comme tel : « C’est l’histoire du gars qui croît que la compet’ se joue à table ». Ce titre lui permet ainsi de défusionner avec ses pensées et de prendre du recul. Voilà donc un autre principe fondamental : la défusion. Selon Russ Harris, la défusion ne vise pas à banaliser vos difficultés ou à faire disparaître vos pensées mais justement à « vous libérer du despotisme de vos pensées ; à dégager du temps, de l’énergie et de l’attention que vous pourrez consacrer à des activités valables au lieu de broyer du noir ». L’objectif n’est pas de vous sentir bien (stratégie de contrôle) mais de vous sentir en capacité d’établir de nouvelles actions. En compétition, cela peut faire la différence car vous comprenez que les pensées ne contrôlent pas et n’influencent pas obligatoirement vos comportements.

Conclusion

J’ai écrit cet article dans un sursaut d’émotion. Je partage cette pensée personnelle dans l’idée de faire comprendre que les jugements font, certes, bel et bien parti de la vie de toutes et tous, mais qu’une autre voie existe aussi. Celle d’une pause, celle d’un silence partagé à plusieurs en haut d’une montagne, celle du non-jugement et du non-attachement, pour mieux se comprendre soi, son environnement et l’altérité. S’imposer des jugements à soi ou à son environnement est une sorte de poison émotionnel où nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez. Pour vous, en tant qu’athlète, je vous souhaite de faire ce pas de côté pour agir consciemment et efficacement, sans porter le poids lourd de vos jugements, synonyme d’ego recherchant à satisfaire sa sécurité et son besoin de toujours avoir raison.  

L’estime de soi et « Le secret des performants »

Je suis un adepte inconditionnel de l’effet que procure le message d’un livre. Celui de Fanny Nusbaum, « Le secret des performants » ne m’aura pas laissé indifférent. Je l’ai adoré comme j’avais apprécié son livre précédent : « les philo-cognitifs ». Parce qu’il est novateur. Parce qu’il bouscule les codes en parlant différemment de l’intelligence. Parce qu’il offre des perspectives nouvelles pour être en état d’intelligence et, par conséquent, être performant. Parce qu’il témoigne de l’indispensabilité d’être dans un écosystème qui nous correspond pour exposer ses capacités et performer. Parce que ce livre décrypte les piliers des performants, à savoir : l’énergie, la conscience et les émotions. Parce qu’il m’a mis quelques claques personnelles aussi. Je ne pouvais que vous le partager en me proposant de faire un pont entre « Le secret des performants » et l’estime de soi.

Définition de l’estime de soi

« Ce qu’un homme pense de lui-même, voilà ce qui règle ou plutôt indique son destin. » Henry David Thoreau

La préparation mentale vient toucher au cœur de cette habileté psychologique de base. Estimer, c’est déterminer ou attribuer de la valeur à quelque chose, l’évaluer, la juger, l’apprécier. L’estime de soi se résulte de la comparaison entre l’image de soi et le soi idéal. Plus l’écart est grand, moins l’estime de soi est élevée. L’image de soi est la représentation de soi-même à travers vos attributs physiques, vos qualités intellectuelles, vos habiletés sociales et vos caractéristiques affectives. Elle se construit à partir des expériences, des réussites, des échecs et de ce que les autres pensent et disent de vous. L’image de soi est donc ce que vous êtes ou ce que vous pensez être tandis que le soi idéal est ce que vous souhaitez être ou ce que les autres souhaiteraient que vous soyez.

Les facteurs d’influence négatifs de l’estime de soi

Dans ce monde où chacun a un avis sur tout, tout en ne sachant pertinemment que peu de choses, l’estime de soi peut être ébranlée chaque jour. « Ça c’est bien », « ça ce n’est pas bien », « lui il n’aurait pas dû faire comme ça ». Blablabla… Effectivement, l’estime de soi peut être affaiblit par les « influences sociales » (#réseauxsociaux). Ces influences sociales sont représentées par votre statut, vos performances, votre apparence ou encore la soif de pouvoir. Ces influences sociales viennent ainsi bousculer l’ego et l’identité personnelle rattachée. Certaines manifestations visibles vont alors apparaître : Se conformer pour se faire accepter et apprécier, se comparer aux autres, se donner raison et donner tort à l’autre, vouloir être le meilleur à tout prix, réagir émotionnellement de manière disproportionnée, etc. L’autre grand influent de l’estime de soi est le passé (l’éducation, les événements de vie, etc.). Des personnes, des mots, des situations, ou encore des images peuvent vous avoir marqué au fer rouge. 

Selon le niveau d’impact négatif de ces facteurs d’influence, cela peut aller jusqu’à engendrer « une obsession de soi, des tensions intérieures, du négativisme, et le déclenchement de mécanismes de défense pour protéger l’estime de soi ». La question qui revient en boucle chez les personnes en manque d’estime de soi est : Suis-je assez ? Assez grand, assez fort, assez sensible, assez intelligent, assez technique, assez compétent, etc… Il règne une sorte de quête d’idéal normative et de perfection qui va, à petit feu, allumé en vous un sentiment d’anormalité. Un sentiment qui dévore s’il n’est pas reconnu pour ce qu’il est. Vous verrez plus loin dans cet article que les performants ne sont pas de cette trempe et qu’ils inspirent davantage qu’ils ne se laissent influencer. Et ce, même malgré le fait que leur passé ait créé des blessures personnelles. Sachez qu’il n’est pas obligatoire d’avoir une haute estime de soi pour performer. Certains performent justement dans l’idée de combler une faille.  Mais leur ego est tranquille car ils sont animés différemment. Ils sont passionnés. Peu importe leur niveau d’estime de soi, les performants agissent avec passion. C’est ce qui donne du sens à leur vie.

Une quête

Spécifiquement, rien ne différencie l’estime de soi et la performance. Les deux sont liées par une quête. Une quête où vous souhaitez tirer le meilleur de vous-même. Les quêtes de l’estime de soi et de la performance sont devenues monnaies courantes aujourd’hui. Mais une quête extrême peut être contre-productive. Plus l’athlète se centre sur l’ego, plus l’estime de soi est instable. Et plus l’athlète se centre sur l’ego, moins il sera performant. Autrement dit, en vous centrant à l’extrême sur vous-même, vous cherchez à défendre votre image par des mécanismes de défense dysfonctionnels (évitement, retrait, déni, projection, fantasmes, compensation, etc.). Cela vous coupe du reste du monde. Un juste équilibre s’impose.

L’estime de soi nécessite de se comprendre et de s’accepter dans un premier temps, puis de s’oublier dans un second temps. C’est le même principe pour atteindre un état de performance. Et c’est ce que Fanny Nusbaum propose à travers deux temps : le temps du conditionnement et le temps de concrétisation. En sport, comprenez-les comme le temps d’entraînement et le temps de compétition. Le premier permet de vous centrer sur vous-même pour développer la connaissance de soi et mettre en place des stratégies, tandis que le second permet de s’oublier en agissant pleinement et efficacement. Ces deux temps vous permettent d’aller vers l’état de performance, c’est-à-dire d’être en état d’intelligence. Jusque à ce jour, il était plutôt question d’associer l’intelligence avec les capacités de raisonnement. Mais selon Fanny Nusbaum, l’intelligence est un état qui regrouperait trois catégories de capacités : le savoir-être (la personnalité), le savoir-faire (les aptitudes) et le savoir (le raisonnement). Pour être en état d’intelligence, il faut donc être capable de mettre en pratique l’ensemble de ces capacités et de les exposer aux yeux de tous dans un écosystème choisi.

Temps du conditionnement

Pour entrer en état d’intelligence et donc de performance, il vous faut identifier votre écosystème dans lequel vous allez pouvoir révéler vos capacités. Voilà un premier pas important pour l’estime de soi. Cet écosystème fait écho à l’histoire que vous avez choisie de vous raconter. Cette histoire qui vous fait rêver et qui vous pousse à vous dépasser. Construire son propre mythe comme dirait Fanny Nusbaum. Comme le dit l’expression d’Albert Einstein, « Si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » Ce pauvre poisson aura une bien mauvaise estime de lui-même dans cet écosystème. C’est la même chose pour vous en tant qu’athlète. Vous devez vous sentir à votre aise dans l’écosystème dans lequel vous évoluez (le club, le staff, les partenaires, le lieu d’entraînement, la compétition, etc.). C’est un écosystème physique, environnementale mais aussi psychologique. Il permet d’apprendre sur soi, d’être compris par les personnes qui partagent cet écosystème, de s’apprécier à sa juste valeur et d’agir, peu importe la pression exercée par l’environnement. Un écosystème juste pour soi est un écosystème dans lequel vous pouvez vous exprimer réellement et efficacement. Cela vous permettra de connecter vos deux systèmes cognitifs plus facilement.

Les deux systèmes cognitifs

Explication : Fanny Nusbaum s’inspire des travaux de Daniel Kahneman sur les deux systèmes cognitifs de pensée. Elle nous fait comprendre comment pense et agit un performant à travers les système 1 et 2. Retenez simplement dans un premier temps : Système 1 = inconscience (90% de nos comportements sont régis par cette activité cérébrale inconsciente) et système 2 = conscience (10% de nos comportements sont régis par cette activité cérébrale consciente). J’associerai le temps du conditionnement au système 2 et le temps de concrétisation au système 1. Voyons maintenant leurs caractéristiques respectives.

Lorsqu’une personne est en état de performance, elle est régie par le système 1. Non pas qu’elle n’a pas travaillé le système 2, bien au contraire, mais elle ne s’attarde pas à trop réfléchir. Elle procède inconsciemment, Elle agit de manière intuitive et prend des décisions rapidement, sans se préoccuper du regard des autres. En état de performance, le système 1 met l’ego de côté pour être pleinement dans la tâche. C’est notamment dans ce système que l’athlète peut être en contact avec le flow, cet état de grâce où tout se déroule avec fluidité et efficacité.

Le système 2 est, lui, dans la réflexion, l’analyse, la rationalité. Il agit de manière consciente et est plus coûteux en énergie. Il fonctionne au ralenti, avec méthode et contrôle. Il est dans l’anticipation et la planification. Il calcule les risques. Il a donc un côté important pour la performance. Il a également ce point positif de permettre à chacune et chacun de faire une mise au point sur soi et de prendre du recul. Cependant, les athlètes qui restent trop longtemps dans ce système perdent la connexion avec le monde. Ils pensent trop et ne savent plus comment agir. En étant toujours dans le contrôle de leurs pensées, émotions et comportements, ils ne savent plus comment être dans la tâche. Ils restent centrés sur leur ego et ne se laissent pas emporter par la vague de l’inconscient. Une estime de soi fragile peut être pris au piège de ce système 2. A trop être dans la quête du soi et à penser à l’image que vous renvoyez aux autres, vous restez trop contrôlants, analysez tout le temps et anticipez à outrance.

Les pensées automatiques

Des pensées automatiques sont des pensées/images mentales spontanées, survenant rapidement, émotionnellement chargées et considérées comme valides par le sujet. Elles se présentent sous formes d’interprétations, d’instructions et de prédictions. Lorsque nous travaillons sur l’estime de soi en préparation mentale, l’athlète est régulièrement sujet à des pensées automatiques (système 1) qui lui font interpréter négativement des situations. Ce qui l’empêche d’agir ou de réagir de manière fonctionnelle. L’objectif du préparateur mental est de ramener l’athlète dans le système 2 pour prendre conscience des pensées automatiques dysfonctionnelles du système 1, les analyser et les restructurer/reconditionner pour qu’elles retournent dans le système 1, cette fois-ci modifiées, positives et efficaces. Pour essayer de le dire plus simplement, si vous habituez votre cerveau à vous confronter à la réalité et aux situations de stress, cela deviendra une réaction automatique. Car le système 1 « pioche dans une base de données liées aux expériences passées et fais des statistiques pour établir les bonnes conduites. »

Prenons un exemple. Dans le cadre du Padel (Je précise : Padel = le sport de raquette, sinon, vous n’allez pas comprendre que je parle de set perdu alors que vous vous imaginez en train de pagayer sur l’eau). Vous perdez le 1er set assez sèchement. Le double en face de vous est très fort et vous ne trouvez aucune solution durant le 1er set. Votre partenaire est plus à l’aise et essaie de trouver des solutions pour vous, sans succès. Vient alors la pensée automatique : « Je suis nul, et tout le monde le voit ». Dure pensée pour l’estime de soi ! Vous prenez pour argent comptant cette pensée, et devenez au fur et à mesure, apathique. Inconsciemment, cette pensée vous a laminé le moral et votre détermination.

Comprenez donc que le système 1 est important pour l’état de performance si, et seulement si, il n’est pas parasité par des pensées automatiques dysfonctionnelles, entraînant elles-mêmes des réactions émotionnelles et physiologiques dysfonctionnelles. Comme il a été écrit un peu plus haut, vous prenez pour argent comptant vos pensées, sans amener de réflexion dessus ou une certaine prise de recul. Vous les écoutez comme vous écoutez ces personnes faisant preuve d’ultracrépidarianisme (parler de sujet avec certitude et une certaine forme d’arrogance, sans pour autant maîtriser le sujet… #covid). Faire un pas de côté est de ce fait la meilleure alternative pour mieux comprendre. Le système 2 peut vous y aider. Il est ce temps d’entraînement et ce travail de précision nécessaire pour peaufiner votre art (physique et psychologique). Il est ce temps d’exploration, d’écoute de soi et de son environnement. Il va être utile à l’estime de soi en se centrant sur la connaissance de soi et l’acceptation de soi au travers de différentes techniques maîtrisées par le préparateur mental. Pour ma part, j’utilise des techniques issues de la méditation de pleine conscience, de l’intelligence émotionnelle et de la psychologie positive. Cela permet de travailler sur la régulation des émotions, le non-jugement, la prise de conscience des pensées et émotions à l’instant T mais aussi de prendre soin de soi grâce à l’autocompassion. Le système 2 va également être utile indirectement à l’estime de soi car il vous aide à anticiper et planifier vos actions pour que cela devienne fluide le jour-J. En travaillant la mise en place de routines et des exercices d’attention/concentration, vous donnez le contrôle nécessaire dont votre cerveau a besoin pour pouvoir mieux vous oublier le jour de la compétition (Et ainsi faire taire votre ego car vous ne serez plus centré sur le regard des autres mais purement sur ce que vous faites). Votre estime de vous-même vous en remercie !

Comme je le répète régulièrement en préparation mentale, ce temps du conditionnement nécessite de la patience et de l’engagement. Il se révèle complexe. Mais, comme le cite Fanny Nusbaum, « pour aller vers la simplicité, il faut commencer par la complexité. La simplicité, c’est l’art de toucher juste dans le temps et l’espace. »

Temps de concrétisation

« La performance s’impose ainsi comme le niveau ultime de l’intelligence, celui ou les capacités sont magnifiées au travers d’une action vers l’éternité. » fanny nusbaum

« J’aime le regard habité d’une personne en performance. Et la fluidité avec laquelle tout se compose, tout s’assemble à travers elle. Cette sensation que cet individu est en train de créer l’évidence. C’est un spectacle enchanteur, merveilleux au sens premier du terme : quelque chose se passe qui a à voir avec la magie, et assez peu avec la raison. » Ces mots sont toujours ceux de Fanny Nusbaum. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai vu la performance du biathlète, Emilien Jacquelin, couronné champion du monde pour la deuxième année consécutive le 14 Février 2021 dernier. A la suite de cette performance, il a livré les mots suivants :

« Quitte à finir deuxième, je préfère une course où j’ai pu attaquer et faire le spectacle, qu’une course où je suis bridé et je ne fais pas les choses à ma manière. C’est comme ça que je me fais plaisir, même si des fois, ça me fait manquer de régularité. Mes tirs peuvent sembler dangereux mais je peux vous assurer qu’aujourd’hui (dimanche 14/02/21), c’était tout en contrôle. À vouloir freiner des fois ce côté naturel, je m’y perds. Ça a été le cas sur plein de courses. Quand on laisse faire le naturel, c’est parfois mieux que quand on veut bien faire les choses. » « Je dois rester moi-même plutôt que d’imiter Martin (Fourcade, ndlr) en faisant un tir plus calme

A travers ses mots d’après-course, nous retrouvons le triptyque de la performance : hyperactivité, autonomie émotionnelle et conscience totale. En les reprenant respectivement un par un, vous comprendrez que ce trio est une ode à l’estime de soi.  

L’hyperactivité

Emilien Jacquelin ne s’est pas posé de questions. Et cela s’est vu sur la vitesse d’exécution de son tir supersonique (cf. vidéo en fin d’article : Notamment à 4,20, pour son dernier tir). Comme il le dit, ses tirs ont pu paraître dangereux aux yeux du grand public. Effectivement, d’un œil extérieur, le téléspectateur peut avoir peur que l’athlète fasse preuve d’impulsivité et prenne des risques inconsidérés en ne se montrant pas assez prudent dans ses choix. Mais « la peur est l’amie de la raison ». Et il n’y a pas de place pour la rationalité dans les performances. Emilien Jacquelin, lui, s’est laissé guider par son inconscient. C’est justement cette impulsivité qui l’a amené vers un état de performance « hors norme ». Il a pensé et agit vite, avec intuition et surtout, sans se prendre la tête à se dire mentalement : « Et si… » ou « Oui mais imagine tu rates… » Le système 1 a fait son travail de pilotage automatique. C’est ce qui lui a donné ce sentiment de contrôle.

Du point de vue de l’estime de soi, Emilien Jacquelin n’est pas tombé dans le piège du système 2 : la peur du regard des autres. Une performance doit être approuvée par les autres pour qu’elle soit qualifiée en tant que telle. Cette recherche d’approbation mène régulièrement à la peur lorsqu’elle reste trop longtemps en conscience. De son côté, Emilien Jacquelin est entré en résonnance avec le « grand tout » et a su s’oublier pour être en état de performance, sans pour autant transiger avec ce qu’il est. Il a choisi de ne pas se prendre pour un autre et de ne pas imiter la technique de tir de Martin Fourcade. Il s’est exposé de manière authentique en tirant à sa manière. Il n’existait plus de bonne ou de mauvaise méthode de tir. Plus de notion absolue de bien et de mal. Pas de fonctionnement par principe. Il s’est ouvert à la nouveauté et seule sa propre méthode a vu le jour lors de ce sacre mondial. Il a préféré rester lui-même et prendre des risques pour ressentir ses propres limites. C’est le courage et l’audace d’un performant. Il va de l’avant en toute circonstance. Cela a habillé sa performance d’une élégance à l’état pure. C’était beau, et limpide.

L’autonomie émotionnelle

L’essence même de la motivation d’un performant est la passion. La passion de faire. La passion de ressentir des émotions fortes. Peu importe qu’elles soient agréables ou désagréables, tant qu’elles fassent parti de l’aventure pour atteindre l’objectif. Le performant ne rejette pas la douleur car elle fait du chemin. C’est ce qui s’appelle de la « bonne souffrance ». Il y règne une certaine forme de maîtrise puisque vous êtes le maître à bord pour aller plus loin dans vos efforts et votre capacité à persévérer. Pousser le curseur, encore et encore, outrageusement.

Le performant aime avoir le sentiment que ses émotions soient issues de ses propres comportements, et non dictées par son environnement. Que ces émotions lui donnent cette forte impression d’exister et d’être libre de ses choix. Il est dans l’action et se lance des défis quotidiennement. Il ose. Il s’engage. Il dicte ses propres règles. Comme Emilien Jacquelin lors de son tir. Du point de vue de l’estime de soi, cela lui permet de prendre confiance et de s’affirmer.

Les contradictions

Le performant prend soin de son estime en ayant conscience de ses contradictions. Cela lui permet de s’ouvrir à un panel plus large d’émotions plutôt que d’y résister. L’exemple de l’athlète perfectionniste résume très bien cette idée. A partir du moment où l’athlète comprend qu’il peut se montrer à la fois excellent lors d’une compétition mais aussi moins bon lors d’une autre compétition sans que cela écorche l’image de soi, alors l’athlète devient un peu plus libre. Car il aura accepté cette part de contradictions faisant parti de la nature humaine. L’athlète perfectionniste voit souvent cela comme de la résignation. Il s’inquiète de se laisser aller à la médiocrité. Mais ceci est faux. L’acceptation de vos contradictions développe votre flexibilité mentale car vous développez votre capacité à lâcher-prise sur ce qui n’est pas essentiel ou ce qui n’est pas maîtrisable. Cela vous offre l’opportunité de vous concentrer à nouveau sur l’essentiel, autrement dit la tâche. Etre capable de s’émanciper du regard des autres et de cette idée saugrenue de l’idée bien lisse et parfaite de soi n’est pas chose aisée, je le reconnais volontiers. Mais ne pas s’extraire mentalement des pièges du perfectionnisme a pour conséquence de laisser la place à une rigidité et une fatigue mentale. Ceci empêchant alors toute possibilité d’entrer en état de performance. Un moment parfait ne fera jamais de vous une personne parfaite. Et le performant le reconnaît. Il préfère se montrer entier et authentique plutôt que parfait. C’est ce qui le fait entrer dans ce flow. Il est important d’adopter une hauteur de point de vue par rapport à l’histoire que vous vous racontez. Oui, vous êtes bel et bien porteur de nombreux paradoxes et votre identité n’est qu’une construction personnelle. Vous pouvez être une personne perfectionniste. Cela a ses bons et mauvais côtés, comme toutes choses. Mais vous n’êtes pas seulement cela. Le reconnaître fait du bien à l’estime de soi. Et savoir rire de soi, sans se dénigrer, est un excellent moyen pour accepter ses contradictions.

L’échec

Que le performant attribue son échec à des causes extérieures ou intérieures, qu’importe, il le place surtout comme un élément faisant parti du jeu et de l’aventure. Lorsqu’un échec pointe le bout de son nez, le performant fait le choix de ne pas se comporter en victime. Il ne légitime jamais sa souffrance. Peu importe le niveau d’estime de soi. Il préfère enlacer la difficulté. Il est ouvert aux émotions et situations désagréables. L’athlète performant peut être en proie au doute, mais il ne l’écoute pas plus que nécessaire. C’est ce qui fait sa force. Il se relève sans se morfondre car chaque obstacle est perçu comme un nouveau défi. Quoi de mieux pour l’estime de soi que d’optimiser une situation difficile pour chercher à progresser ? Pour les personnes en déficit d’estime de soi, il est clair que l’échec peut représenter un mal absolu. Travailler sur la vision de l’échec sera donc la meilleure option pour le préparateur mental et la meilleure solution pour l’estime de soi de l’athlète.

La conscience

Souvenez-vous : L’estime de soi peut être influencé négativement par le passé. Lorsque le performant ne se préoccupe plus de ce qu’il y a derrière lui, il protège l’estime de soi de bien de tracas et peut aller de l’avant.

En faisant table rase du passé, le performant est focus sur le moment présent, en pleine conscience. Il est pleinement centré sur la tâche et non sur l’ego. Il est connecté avec le « grand tout ». Comme Emilien Jacquelin. C’est ce que Fanny Nusbaum appelle la conscience totale. C’est l’association des trois consciences : intérieure, diffuse et sélective. Cette recette miracle et cérébrale permet d’être en lien avec soi et ce qui se déroule autour de soi en fonction d’un objectif à atteindre. La conscience intérieure correspond au système 1. Cette conscience intérieure « favorise le contact avec soi-même, ses besoins, ses désirs ». C’est typiquement le réseau de l’imaginaire et de la pensée associative. Cette conscience intérieure permet de penser différemment, hors des normes. Elle permet de se raconter une histoire, en secret, sans que personne ne vienne la contredire. Elle est à l’origine également de l’imagination des fameux scénarios catastrophes que vous créez mentalement lorsque la peur prend le dessus. La conscience intérieure laisse les pensées vagabondées, sans chercher à les contrôler. Si elles sont associées à l’objectif élaboré du système 2, tout va bien. Car elles s’apparentent alors à un ensemble de pensées décomplexées, éloignées de toutes influences. D’où l’importance de la conscience sélective. Celle-ci correspond au système 2. Elle permet de sélectionner les informations pertinentes pour atteindre un objectif et de fonctionner séquentiellement, étape par étape. Elle permet à l’athlète de savoir exactement où aller et comment y aller. La mise en place de routines est un excellent travail pour la conscience sélective. Les biathlètes pratiquent eux-mêmes un sport séquencé : Ski – tir – ski – tir – ski. Quoi de mieux pour la conscience sélective !

Enfin, la conscience diffuse joue son rôle d’intermédiaire entre la conscience intérieure et la conscience sélective. Elle permet de percevoir en soi et autour de soi des informations qui pourraient être importantes pour votre conscience sélective. Elle est selon Fanny Nusbaum, une conscience sans conscience. Sans nous en rendre compte, cette conscience est en alerte permanente pour nous permettre d’identifier des informations utiles à notre objectif et à notre sécurité. La conscience diffuse joue donc un rôle important dans l’état de performance car elle permet de fusionner la conscience intérieure et la conscience sélective en une conscience totale. Cette conscience totale permet de prendre des décisions rapidement et d’être fluide dans ses actions (système 1), tout en sélectionnant les informations pertinentes pour atteindre l’objectif planifié (système 2). Et pour l’estime de soi, la conscience totale est vectrice de liberté.

Conclusion

« La performance se pose, en effet, comme un savant mélange d’interconnexion avec le monde et de voyage en soi. » Fanny Nusbaum

A travers cet article, j’ai souhaité créer un pont entre les caractéristiques d’un performant et l’estime de soi. Que le performant ait un niveau d’estime de soi faible ou élevé, là n’est pas l’important. Les performants nous montre que la passion donne davantage une raison d’être que la quête extrême lié à l’estime de soi. La passion pousse le performant à vouloir réussir quelque chose de plus grand pour transcender la peur de la mort. Leur souhait est de laisser une trace après leur passage. Ces envies de grandeur, plus que de bonheur, les caractérise fortement. Je ne sais pas si l’humilité les caractérise. Peut-être. Car ils savent souvent reconnaître leur zone de progression. Cette faculté à rester humble est très importante pour l’estime de soi et doit le rester chez les performants. André Comte-Sponville l’écrit très bien : « L’homme humble ne se croit – ou ne se veut – pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire – ou de se vouloir – supérieur ». L’ego pousse à essayer de se faire plus grand que les autres. Et je ne crois pas que ce soit la flamme qui anime le cœur du performant passionné. En tous les cas, je ne l’espère pas. Car il y aura toujours meilleur que soi. C’est purement le cycle de la vie.

Je crois que s’inspirer de la nature des performants est une clé pour l’estime de soi. Parce que cela peut vous permettre de comprendre que la tâche est plus importante que l’ego. Parce que trouver une activité qui vous passionne peut permettre de développer l’estime de soi. Parce que développer les deux systèmes cognitifs peut vous offrir la possibilité de prendre soin de vous et de vous oublier également. Parce que vous avez ces capacités et que vous pouvez les mettre en place en trouvant votre écosystème qui vous est propre. Parce que vous pouvez être en état d’intelligence et porter un regard nouveau sur vous-même. Parce qu’il y a tant d’autres raisons que je pourrais écrire. Mais cette partie se nomme conclusion et elle est déjà trop longue. Alors je m’arrête, et vous laisse découvrir par vous-même comment « Le secret des performants » peut être un tremplin pour l’estime de soi.

Pierre Guillet, préparateur mental

Pour le plaisir des yeux :

(A 4,20) : Le résumé vidéo du titre de champion du monde d’Émilien Jacquelin en poursuite – L’Équipe (lequipe.fr)

Mon attention est focalisée sur mes objectifs et je fais abstraction du reste.

Nouvel article, écrit pour Focus, L’école de Préparation Mentale sur le thème de l’attention/concentration !

➡️ Alors comment pouvez-vous apprendre à vous concentrer ? Quels sont les freins de l’attention et comment les reconnaître ? Comment focaliser votre attention sur ce qui est pertinent pour votre bien-être et votre performance sportive ? Vous trouverez toutes les réponses à ces questions dans cet article ! (Lien ci-dessous).

Mon attention est focalisée sur mes objectifs et je fais abstraction du reste (focus-formations.com)

✏️ Article utilement et joliment illustré par Sur les murs (Nathalie Latrille)

Bonne lecture !

Pierre Guillet, préparateur mental

Le perfectionnisme (2/3)

En psychologie du sport, il existe deux types de perfectionnisme : le perfectionnisme fonctionnel et le perfectionnisme dysfonctionnel (ou névrotique). Ces deux formes de perfectionnismes se chevauchent et viennent influencer l’une et l’autre chez un même athlète. Vous avez pu identifier les caractéristiques et pièges du perfectionnisme dysfonctionnel dans le premier article. Dans l’article suivant, vous retrouverez la face positive du perfectionnisme et ce qui le caractérise. Lorsque les athlètes perfectionnistes sont centrés sur ce côté fonctionnel, leur santé mentale est davantage préservée. Ils progressent dans une atmosphere intèrieur plus sereine.

Quel est le rôle de l’effort, et de la conscience ? Quelles sont les stratégies adoptées par rapport au profil dysfonctionnel ? Quelles conséquences cela a-t-il sur les émotions ? Quelle est finalement la base de la pratique du perfectionniste ? Ce sont autant de sujets liés au perfectionnisme fonctionnel que vous allez découvrir.

Le perfectionnisme fonctionnel

Don’t worry, be happy

Le perfectionnisme dysfonctionnel prenant généralement le dessus, je vois plutôt le perfectionnisme fonctionnel comme la partie immergée de l’iceberg. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’intellect ce que le perfectionnisme fonctionnel est au cœur et à la confiance. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’ego ce que le perfectionnisme fonctionnel est à l’expérience. Il faut apprendre à canaliser le premier pour permettre au second d’éclore. Il faut apprendre à se désidentifier de l’ego pour être une nouvelle personne, à chaque instant. Car non, l’ego, ce n’est pas vous, bien qu’il vous fasse penser le contraire. Un sentiment d’harmonie se crée à cet instant.

« Il ne faut pas se leurrer. Je sais que je serai toujours tendu comme une arbalète avant un match et frustré comme personne à la fin. Mais au moins, je commence à percevoir le monde tel qu’il est et la place que j’y occupe. Je vois qu’il y a quelque chose de plus profond, de plus important et de plus durable que le jeu ou que moi-même. » Jonny Wilkinson

Sur ce versant du perfectionnisme, vous avez un goût prononcé pour l’effort, le progrès, la recherche de solutions, dans l’espoir de réussir. Cela génère un sentiment de confiance de soi, utile pour aller vers de petites et grandes réussites. Ces dernières alimentent au fur et à mesure le sentiment de confiance en soi. Bonjour cercle vertueux. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de cette dernière, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux pour vous. Mais vous faites le choix de l’expérience plutôt que la connaissance pure, parfois illusoire. L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement dû à la détresse émotionnelle ne fait plus parti du vocabulaire. L’instinct premier est d’être dans l’effort sans se remettre en question de manière globale. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement. Cette notion d’effort démarre très tôt dans votre vie, comme le déclare Jonny Wilkinson : « La plupart des garçons essaient une fois ou deux puis il passe à autre chose, que la balle passe, ou pas. En ce qui me concerne, je ne peux pas me contenter de ça. Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. »

La conscience

« Je comprends que je suis en train de me connaître de façon plus intime, en d’autres termes, j’approche ma spiritualité et cela est plus important que de m’épanouir sur un terrain de rugby. Et, ce n’est pas trop tôt, je commence à reprendre des forces, tout en découvrant une infime partie de moi-même dont j’ignorais tout. » Jonny Wilkinson

Je pense que je ne parlerai jamais assez de la conscience que vous mettez dans vos actions, accompagnées de vos intentions. L’inconscience est pertinente pour des gestes automatiques, qui vont faciliter la performance. Mais elle est aussi source de grand désarroi lorsqu’il s’agit des pensées et émotions vous faisant agir n’importe comment, sans que vous ayez le sentiment de contrôler quoi que ce soit. Amener de la conscience dans ce que vous faites, c’est faire le choix de poser votre attention sur ce qui est bon et utile pour vous. Vous n’êtes pas guidé par des pulsions de l’ego puisque vous êtes le maître à bord. Jonny Wilkinson fut stupéfait lorsqu’il pris conscience de ses pulsions liées à l’ego :

« Quel choc. Quelle incroyable pensée. Je comprends si bien. Surtout si je rapporte cela au rugby. Avant les matchs, je me soucie de ce qu’il va bien pouvoir arriver et de tout ce qui pourrait aller de travers, ainsi que de mon besoin de perfection. Mais je ne me sens pas mieux pour autant. Je me tue à réfléchir en boucle sur ce que j’aurais dû faire de mieux et comment cela aurait pu changer le cours du jeu. »

La conscience vous permet d’amener votre attention sur l’effort que vous produisez. Vous êtes dans le défi plutôt que dans la peur. L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. L’effort se moque de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. L’effort se mélange avec les éléments et est pleinement focus grâce à vos sens en éveil. Ces derniers sont orientés vers la pratique, pas vers des scénarios catastrophes. L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes, pas pour ce que les autres veulent que vous soyez. Vous n’êtes plus inquiet de ne pas atteindre la perfection. Vous vivez l’expérience et ne résistez plus aux tourments de l’ego.

Les stratégies d’adaptation

« J’aspire toujours à la perfection parce qu’elle me donne la possibilité d’être au-dessus des autres sur le terrain. Je comprends mieux que je ne suis pas parfait et je m’y fais très bien désormais. » Jonny Wilkinson

N’étant pas centré sur vos inquiétudes, vous faites preuve de flexibilité. En ce sens, la rigidité du perfectionnisme dysfonctionnel se transforme en une capacité d’adaptation chez le perfectionnisme fonctionnel. Le besoin de contrôle est toujours omniprésent, mais diriger d’une manière plus efficiente. Cela réside dans le contrôle de vos émotions, pour agir rationnellement. Les peurs sont identifiées et ne prédominent plus. L’estime de soi n’est pas fragilisé par les coups de boutoirs de vos jugements et vos autocritiques. Elle se stabilise grâce à une réorientation de votre attention vers ce que vous faites. Grâce à cela, votre valeur personnelle n’est pas remise en question à chaque fois que vous échouez. Vous vous connaissez davantage et cela fait la différence.

En termes d’objectifs, vous établissez, selon le modèle 2×2, des objectifs plus sains pour votre progression :

  • Approche-performance qui est votre motivation pour démontrer une compétence normative (par exemple, atteindre 95% de réussite en pénalité en match)
  • Approche-maîtrise représentant votre motivation pour atteindre une compétence absolue ou intrapersonnelle (par exemple, maîtriser le coup de pied à 45m des poteaux).

Concernant les objectifs, Jonny Wilkinson répertoriait tout dans un cahier. Lorsqu’il était enfant, ses objectifs étaient même illustrés par des dessins, modélisant ses pénalités entre les poteaux. Il prenait également des notes sur ce que les meilleurs joueurs faisaient pour les imiter. Comme il dit « Tout ce que je veux, c’est copier ce geste. Je sais que je dois taper aussi bien de mon pied droit que du gauche, je veux que ce soit aussi parfait. » Et il répétait les gestes, inlassablement. Avec un ballon, ou n’importe quel matériel qu’il avait sous la main. Ce qui comptait pour lui était de continuer à s’entraîner pour remplir ses objectifs élevés. Et vous, utilisez-vous un cahier pour mettre vos objectifs au propre, afin d’avoir une vision claire de ce que vous souhaitez réaliser ?

En bon perfectionniste, votre stratégie est aussi de préparer consciencieusement votre match ou votre compétition selon un ordre d’actions très précises. Car oui, votre esprit ne vous laisse jamais tranquille. Ces routines vous permettent de ne pas réfléchir ou cogiter sur d’éventuels scénarios catastrophes car vous êtes pleinement focalisé sur ce que vous êtes en train de faire à un instant T. Ces routines vous donnent des repères mentaux, physiques, et environnementaux et vous permettent d’agir sur ce que vous pouvez contrôler. Chaque action, qu’elle soit mentale ou physique, est menée pour une raison précise. Votre souci du détail dévoilent un niveau de professionnalisme suscitant l’admiration chez les adversaires ou chez les fans. Vos partenaires ou entraîneurs ne sont, quant à eux, plus étonné de votre travail millimétré.

Les émotions positives

« Je veux en savoir plus sur moi-même, savoir pourquoi je me bats contre la terre entière au lieu d’en tirer parti. Pour arriver à cela, je réalise qu’il faut que j’apprenne à être plus en empathie, à assouplir mes opinions et mes jugements. » Jonny Wilkinson.

Vos jugements et autocritiques laissent place à quelque chose de plus sain. Sur ce versant du perfectionnisme, vous vous nourrissez d’affects positifs et êtes plus satisfait de la vie. Il ne s’agit pas de vivre dans un monde imaginaire de bisounours où vous vous efforcez de penser que tout va bien. Vous comprenez que votre vie d’athlète est faite de moments désagréables mais aussi de moments agréables qu’il faut savoir vivre pleinement. Être sur le terrain, se dépasser (seul ou à plusieurs), sentir le matériel dans ses mains ou dans ses pieds, ressentir l’ambiance d’un stade, voir le visage de ses partenaires ou de son entraîneur, etc. Ce sont des petits moments dont vous prenez à nouveau conscience car vous n’êtes plus centré sur votre ego. Vous ouvrez les yeux sur ce qu’il se passe autour de vous. Cette ouverture au monde et aux autres vous fait prendre une bouffée d’air frais. Le petit monde de l’ego, bien qu’utile pour donner un élan et la soif de victoire, n’a plus le pouvoir et ne vous emprisonne plus dans la croyance « Si je ne fais pas ça, ça ira mal. » ou « Les gens vont voir si j’échoue, il ne faut surtout pas que cela arrive. » Ces croyances, attirant une multitude de pensées, d’émotions et de comportements, sont reconnus comme des distracteurs et ne vous influencent plus. Les nombreuses sollicitations de ces distractions internes ne perturbent plus votre équilibre.

Les émotions positives passent également par votre discours interne, bien plus positif et prolifique. Vous n’êtes plus absorbé par la croyance que se dire des choses positives relève de la naïveté et de l’improductivité. Vous utilisez ce discours interne pour vous mettre en confiance. Vous connaissez les mots clés qui vous mettent dans une bulle de calme et de sérénité. Vous savez ce que vous devez écrire sur un petit bout de papier ou sur votre matériel pour insuffler un vent frais et positif dans chaque action que vous menez.

Conclusion : L’amour de votre pratique

« Tout le monde doit traverser une nuit obscure pour atteindre le lever du soleil ».

Il est vrai qu’en tant que préparateur mental, cette citation représente ma philosophie d’accompagnement. Vous amenez à avoir la capacité de toucher et vivre ce qui fait mal, mais également connaître ce qu’il y a de meilleur en vous. C’est ce qui réside dans le perfectionnisme. Avoir la capacité de comprendre son côté dysfonctionnel pour tirer le meilleur du côté fonctionnel. Toucher l’obscure peut être douloureux, mais nécessaire. Les pièges sont identifiés un à un, grâce à la conscience. Ces instants de conscience vous amènent à réfléchir et agir d’une manière neuve, qui vous ressemble un peu plus. Pour vous illustrer cela, j’ai fait le souhait de conclure sur l’essence de votre pratique respective. Dans un prochain article, je proposerai des pistes de travail pour les personnes perfectionnistes, souhaitant donner l’avantage au perfectionnisme fonctionnel.

« Quand vous tombez amoureux, tout est beau, car dans ces moments-là, vous ne posez aucune condition. Deux personnes se rapprochent l’une de l’autre inconditionnellement. » Osho

Inconditionnellement. Mot clé. Pas de condition ne signifie donc pas : « Je te donne cela, mais tu dois me donner cela en échange. » En sport, cela peut se construire sous la forme « Je me donne à chaque entraînement, je fais des sacrifices parfois, alors oui, toi mon sport que j’aime, tu dois me donner des résultats, sinon je serais malheureux et je t’abandonnerais. » Mais l’amour de votre pratique n’est pas ce chantage. Il est bien plus. Il y a de l’innocence pure dans ce que vous faites. Vous ne le faites pas pour quelque chose, vous le faites simplement. Parce que vous aimez juste faire cela. Lorsque vous tombez amoureux de votre sport, vous l’acceptez sous toutes ses formes. Vous acceptez les éléments qui l’entoure, le matériel utilisé, les sensations ressentis. De la douleur à la joie, vous faites l’expérience de ce que vous pouvez vivre dans une vie. Des situations difficiles aux joies personnelles ou collectives de s’être dépasser. L’amour vous construit en tant qu’homme et femme vers ce que vous êtes réellement. Il n’y a pas d’ego dans l’amour. Votre existence ne dépend pas de cet ego infatigable, qui en veut toujours plus, pour se complaire et être reconnu aux yeux des autres. L’amour de votre pratique est régie par l’humilité de comprendre ses zones de progression. Votre existence se lie à cet amour solitaire que vous menez avec votre sport. Mettez de l’intention, Vivez la spontanéité, ressentez la fraîcheur d’un bon matin d’entraînement, transcendez la douleur, dépassez vos limites, contemplez le sourire de vos partenaires, écoutez votre cœur mais également les conseils d’un entraîneur. Déployez vos forces. Accueillez votre vulnérabilité. Accepter de vous perdre en chemin. Laissez la peur, la tristesse ou la colère envoyer leur message naturel. Mettez à profit votre énergie. Prenez le temps d’être indulgent avec cette énergie. Parcourez le silence. Faites confiance à vos intuitions et votre sensibilité. Pensez moins. Cherchez moins d’explications. Allez de l’avant. Surfez sur vos défis. Jouez. Soyez vous-mêmes. Ceci est l’amour de votre pratique, le cœur de votre existence à un instant précis. Il n’y a pas de fin, pas de frontières, pas de conséquences d’un quelconque résultat. Il n’y a pas de jugements, juste un éternel recommencement. Il n’y a pas de chaînes, juste de la liberté.

Merci pour votre lecture, pour vos partages

Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels, « Focus Consultants »

Le silence

Je crois que le silence a un double visage. Je crois qu’il représente la paix mais aussi le metteur en scène de nos peurs. Il nous livre à nous-même. Il nous expose. Il nous met à nu. L’absence de bruit, l’absence de distraction… Ces absences détiennent le pouvoir d’alimenter la relation avec soi, dans son entièreté. Fragilités et capacités mêlées. S’il n’est pas habituellement présent, le silence fait naître le vacarme intérieur. Un vacarme sombre où les angoisses surgissent. Vais-je réussir ? Suis-je assez… ? Tes limites vont-elles te définir à elles seules aux yeux des autres ? La respiration s’accélère, le cœur bat avec résonnance. Cela ressemble à une croisée des chemins où les choix prit face à ces angoisses, ici et maintenant, vont décider du futur. Le silence crée un orchestre désorganisé de pensées et d’émotions. La plus belle symphonie intervient au moment où le silence n’est plus un adversaire. Créer l’alliance avec le silence. Se lier à cet orchestre désorganisé pour le comprendre, se l’approprier. Trouver en chaque pensée et émotion, un musicien venant jouer sa partition. Trouver des accords entre ces musiciens. Prendre du recul, observer et écouter le mariage des partitions. La symphonie apparaîtra lorsque chaque musicien aura trouvé sa place au sein de l’orchestre, avec sa sensibilité et son message. Nous sommes nos propres chefs d’orchestre. Et le silence, notre baguette.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience.

Le silence est magique à qui sait le reconnaître. Il aiguise notre perception. Et la qualité de notre perception influence la propre relation que nous entretenons avec nous-même, mais aussi celle du monde qui nous entoure et avec lequel nous entrons en interaction tous les jours. Notre équilibre personnel et relationnel dépend de nos perceptions et de notre capacité à s’installer dans un silence intérieur pour reconnaître ce qui se passe en nous. En d’autres termes, notre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet face à une situation difficile ou à nous-même, à travers nos pensées, nos émotions et nos comportements. Nous utilisons notre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte, il y a à présent compréhension.

Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience. Et être conscient, c’est affaiblir l’ego. Car un espace se crée. Il n’y a plus de réaction automatique. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par votre colère ou vos peurs. Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste. Retenez bien que la situation est toujours neutre. Seule votre perception et votre qualité de conscience dans le moment présent vous fait juger que cette situation crée votre malheur ou votre bonheur. Percevoir et poser la conscience sur les pensées et les émotions engendrées par la situation, est une première étape pour l’affronter. Vous n’êtes pas vos pensées et vos émotions. Vous êtes la conscience qui se cache derrière le voile des pensées et des émotions. Et qui dit conscience dit affaiblissement de l’ego. Cette conscience vous apporte une liberté et une palette de possibilités car vous n’êtes plus identifié à vos pensées et vos émotions. Vous n’êtes plus en train d’interpréter, de comparer, d’aimer, de ne pas aimer. Vous êtes libre.

Le silence n’est donc pas à craindre. Il apporte conscience et liberté. S’asseoir, méditer en pleine conscience, et accepter ce silence instructeur, c’est apprendre à lire en soi, plus finement.

Pierre Guillet, préparateur mental, Bordeaux

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANT