Le goût de l’effort

Dimanche matin. Le jour se lève. La paresse guette. La flânerie sous les draps aussi. La fraîcheur des températures alimente l’idée de rester au lit. Manquer un entraînement ne serait pas si grave. Hop hop hop. Chut. Merci cerveau, tu veux me laisser dans le confort d’un nid douillet, mais mon rêve ne sera jamais atteint si je poursuis dans cette lignée. Laisse-moi plutôt dire bonjour au goût de l’effort et me lever, convaincu par les bienfaits de cette séance pour ma progression. Il n’est pas encore l’heure d’abandonner. Pas maintenant, pas aujourd’hui. Chaque jour offre l’opportunité de donner le meilleur de soi-même. Ces derniers mots sont une forme de mantra. Une phrase qui vous amène à être en quête de réponses pour vous améliorer chaque jour. Une phrase qui vous donne la possibilité de vous réinventer et de puiser dans des forces parfois inestimées. Une phrase qui vous fait accepter que votre vie et votre pratique sportive est un chemin dans lequel les douleurs physiques et mentales peuvent devenir vos alliés et vos messagers. Je crois sincèrement que le goût de l’effort est la clé du dépassement de soi et de votre épanouissement personnel. Parce qu’il intègre votre être dans son entièreté. Il vous fait vous sentir vivant. Il sollicite toute votre énergie pour aller vers vos ambitions, vos rêves découpés en objectifs. Il fait abstraction des pièges de l’ego. Vous avez bien évidemment besoin de vos habitudes, qui vous offrent une base de sécurité sur laquelle vous reposer. Mais elles ne doivent pas rester trop longtemps, du moins pas sans des efforts pour créer du renouveau. Comme me l’a confié un athlète, maître des airs avec son avion, il en résulte une quête de soi. Y a-t-il plus beau que cela dans la vie ?

Définition

Par définition, l’effort correspond à l’« activité d’un être conscient qui emploie ses forces pour vaincre une résistance. ». Cet être sait où il veut aller et comment y aller. Il a conscience de ses forces et de ses fragilités. Les forces évoquées sont vos valeurs, vos qualités, vos ressources et vos motivations profondes. Le goût de l’effort est la répétition d’actions se liant intimement avec vos motivations profondes. Ces motivations intrinsèques qui vous poussent à vous entraîner régulièrement et vous engager le plus pleinement possible, comme le déclare Jonny Wilkinson : « Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. » La résistance, c’est la douleur ou son anticipation. Ce sont les émotions désagréables comme la peur ou la colère venant s’immiscer dans votre quête de progression. La résistance, c’est évaluer le dimanche matin que votre séance dans le froid ne sera pas une partie de plaisir et vous convainc de rester au chaud. Comme le dit la joueuse de tennis Simona Halep, « La frontière est mince entre l’état d’esprit positif et le négatif. Et si vous basculer du côté négatif, c’est fini. Vous laissez tomber. »

EGO VS TÂCHE : Quand l’absence de compétition met le goût de l’effort en péril

En début d’accompagnement, un exercice est couramment utilisé pour comprendre ce sur quoi l’athlète se concentre lorsqu’il(elle) pratique son sport. Il(elle) a le choix entre deux catégories : l’ego ou la tâche. L’ego regroupe des items tels que la comparaison aux autres, la confrontation, être le meilleur, être le premier, le narcissisme, l’image de soi, l’identité sociale ou encore gagner pour se sentir plus fort. Cet ego engage un besoin de pouvoir et de supériorité. Pour comprendre ce qu’est l’ego, je vous propose de lire l’article « combattre l’ego en compétition » écrit précédemment vous décrivant toutes ses caractéristiques. La tâche regroupe quant à elle la comparaison avec soi, l’entraînement, la progression, accepter la défaite, accepter sa forme du moment, se connaître, le dépassement de soi ou encore accepter de ne pas être le premier. Il est couramment remarqué que les athlètes se focalisent davantage sur la tâche à l’entraînement. De son côté, l’ego fait son entrée tonitruante lors des compétitions.

Lors de mon tout premier webinaire animé pour la Ligue de Nouvelle-Aquitaine de Badminton en Novembre dernier, il était question de réfléchir aux clés permettant de maintenir la motivation en ces temps de confinement. Cette période complètement inédite est un chamboulement. L’absence de compétition peut engendrer des émotions difficiles et désagréables. Le goût de l’effort peut effectivement en pâtir. C’est vrai quoi, à quoi bon s’entraîner durement s’il n’y a pas la cerise sur le gâteau ? pourquoi s’engager et dépenser autant d’énergie si vous ne pouvez plus faire mousser votre ego en compétition ? Parce que oui, la compétition sert à cela selon Kilian Jornet. Et je suis bien d’accord avec cet avis. La compétition à cette facette égotique durant laquelle les athlètes sont traversés par des sentiments de supériorité et d’infériorité. Chaque athlète vit cela en silence et se laissent subjuguer par ce sentiment de valorisation ou de dévalorisation. Dans une société dans laquelle l’image de soi prend beaucoup de place, la compétition est le chef-lieu pour être reconnu socialement. Cela peut avoir un côté structurant et positif. Chaque humain a besoin de trouver sa place et de recevoir une certaine approbation de la part des autres. Mais si cette quête de reconnaissance prime, vous en oublierez l’essentiel : le goût de l’effort. A mes yeux, cet essentiel est une philosophie de vie permettant de se sentir vivant. Je crois qu’il faut intégrer que chaque période de changement et de bouleversement a un début et une fin. Le jour où la compétition reprendra, il sera assez aisé d’identifier les athlètes ayant persisté à être dans la tâche et à s’entraîner malgré l’absence de compétition. Ces athlètes auront profité de la période pour progresser sur les aspects qu’ils auront choisis. Ils ne se seront pas perdus dans les tourments de l’ego et seront rester dans la tâche. Car oui, dans ce genre de période, il est possible de voir de quelle étoffe est faite votre pratique. Alors, plutôt passion et sensations ou plutôt ego ?

VOS Besoins selon Abraham Maslow

L’ego et sa quête de supériorité n’est absolument rien sans l’effort et le besoin d’autoréalisation et de développement de soi. Comme le soulignait Abraham Maslow, l’humain est guidé par deux catégories de besoin : Le domaine D (« Deficiency ») qui est le besoin de combler des carences (de sécurité, d’affection, d’estime de soi, d’appartenance ou du manque de nourriture) et le domaine B (« Being ») correspondant au besoin de croissance. Le premier est régi par des émotions telles que la peur, l’anxiété, ou des attentes excessives tandis que le second vous amène à vous accepter tel que vous êtes, aimer davantage les autres et vouloir progresser. Le domaine D est sur la défensive tandis que le domaine B est orienté sur vos propres choix en accord avec vos valeurs. L’ego ne répond seulement qu’au domaine D. Il comble simplement une carence et ne vous porte pas vers une croissance et une plénitude personnelle. C’est une logique biologique dont il est essentiel de prendre conscience. Votre cerveau est constamment préoccupé par votre sécurité et veut constamment répondre aux désirs de plaisirs hédonistes de courte durée. Ce fameux désir de victoire et d’admiration qui se répète. Difficile de combler ce manque en ces temps de COVID-19 et d’absence de compétition. Pour être un athlète épanoui dans une quête de progression, il vous faudra penser à vous diriger vers le domaine B et à planifier des objectifs en conséquence. Maslow écrivait : « On peut choisir de revenir vers la sécurité ou d’avancer vers la croissance. La croissance doit être choisie encore et encore ; la peur doit être surmontée encore et encore. » La croissance passe par ce goût de l’effort. Et c’est en tout point de vue ce que je préfère dire aux athlètes que j’accompagne. L’ego a sa propre vision de la réussite. Mais je crois que celle de Romy Schneider est bien plus belle et plus saine pour être dans l’effort et heureux, tout en étant performant :

« Réussir, ce n’est pas toujours ce qu’on croit.
Ce n’est pas devenir célèbre,
Ni riche ou encore puissant.
Réussir, c’est sortir de son lit le matin et être heureux
de ce qu’on va faire durant la journée,
Si heureux qu’on a l’impression de s’envoler.
C’est être avec des gens qu’on aime.
Réussir, c’est être en contact avec le monde
et communiquer sa passion.
C’est se coucher le soir en se disant
qu’on a fait du mieux qu’on a pu.
Réussir, c’est connaître la joie,
la liberté, l’amitié sincère et l’amour.
Je dirais que réussir, c’est Aimer »

Magnifique n’est-ce pas ?

Identifiez vos valeurs et posez vos objectifs

Je crois que cette période est parfaite pour transcender votre goût de l’effort et aller vers cette définition de la réussite. Peut-être même que vous verrez vos futures compétitions importantes comme des « entraînements intensifs » (Dixit Kilian Jornet) ! Vous ne verrez plus la compétition avec la vision dichotomique échec/réussite mais comme un élément clé pour votre progression. Bien sûr, elle vous permettra de vous situer par rapport aux autres, mais vous serez tellement focalisé sur la tâche que vous vous emploierez, avec effort et persévérance, à mettre de nouveaux objectifs en place pour progresser ! Avenir radieux non ?

Evidemment, vous allez me dire qu’il est bien difficile de poser des objectifs en ces temps d’incertitudes importantes. Mais pour maintenir vos efforts dans le temps, vous devez vous poser la question suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Pour vous aider à répondre à cette question, rien de tel que d’intégrer vos valeurs. Voici un petit exercice que j’affectionne particulièrement et qui vous pousse à être dans l’effort et agir :


« Imaginez que vous arrivez à la fin de votre carrière et que vous vous remémoriez les années qui se sont écoulées entre maintenant et ce moment-là. En regardant en arrière, qu’est-ce qui vous a donné la plus profonde satisfaction, joie et contentement ? Quelles sont les valeurs que vous voudriez avoir incarné et qui donneraient le plus de sens à votre pratique sportive ? Des exemples sont le courage, le sens du détail, la persévérance, la curiosité, la générosité dans l’effort, etc. »

Lorsque vous avez choisi vos valeurs, sélectionnez une des valeurs fondamentales que vous voudriez incarner pour cette période inédite. Ecrivez la sous la forme d’un vœu :

Je fais le vœux de …. du mieux que je peux.


Vos valeurs vous permettront de définir des objectifs de maîtrise et de performance. En d’autres termes, vos valeurs représentent votre direction (boussole) et vos objectifs sont votre destination. Exit les objectifs de résultats pour le moment (qui se résument purement à : Gagner). Ces objectifs de maîtrise et de performance sont centrés sur ce que vous pouvez contrôler et mettre en place pour vous améliorer, que ce soit sur les aspects psychologiques, techniques, tactiques, physiques ou bien sociaux. D’un point de vue concret, ils doivent répondre à plusieurs critères pour être pertinent :

  • La clarté : La clarté de vos objectifs vous permettra de les évaluer au fur et à mesure, de manière progressive. Si vous définissez des buts globaux et imprécis, le risque serait de ne pas percevoir vos petits succès et de vous décourager.
  • L’évaluation : Vos objectifs doivent être évaluables, dans lesquels un feedback est possible (chiffre, vidéo, avis de l’entraîneur, analyse graphique, etc.). C’est grâce à ces évaluations que vous capterez vos zones de progression et de changement.
  • Déclinaison dans le temps : Il va être de votre ressort de décliner vos objectifs dans le temps en élaborant des sous-buts à court, moyen et long terme.
  • La difficulté : Les buts définis doivent être difficiles et atteignables pour qu’un nouveau résultat puisse apparaître. Si l’un de vos buts est trop simple, vous n’aurez pas besoin de vous employer physiquement et mentalement puisque vous savez que vous allez réussir facilement. Or, le goût de l’effort vous pousse à aller chercher de nouvelles ressources et essayer.
  • La formulation positive : La formulation de vos objectifs est à prendre en compte. Formuler positivement ses objectifs peut vous permettre d’échapper aux effets paradoxaux de la formulation négative. Si je vous dis de ne pas penser à un ours ou à chien, vous avez sans doute rater l’objectif dans la seconde qui suit.

J’ajouterai à ces critères qu’il est primordial de les écrire pour avoir une trace de votre chemin parcouru et de votre progression. Votre cerveau a tendance à oublier ce chemin. Relire ce chemin parcouru peut donner un nouvel élan de motivation lorsqu’une période de doute s’installe. Pour clôturer sur les objectifs, soyez également capacité de les réévaluer et de les adapter à la situation. Cette période est insaisissable et désarçonne vos repères, alors soyez OK avec le fait que vos objectifs peuvent être chamboulés (Ex : nouveau confinement).

Acceptez la douleur

Littéralement, cela correspond à apprendre à aimer ce qui n’est pas forcément plaisant dans votre pratique. Voilà ce sur quoi va porter ses prochaines lignes. Entre douleurs physiques et mentales (échecs, défaite, etc.), le goût de l’effort tient une place importante. Il permet d’établir de nouvelles relations avec ces douleurs. Il donne une nouvelle perspective à l’aspect de votre pratique et vous pousse à persévérer malgré la présence de ces douleurs.

La douleur physique

Bio-psycho-social. Voilà trois termes que je n’ai cessé d’entendre lorsque ma fiancée kiné s’est formée sur la douleur physique. Bio-psycho-social. La douleur est extrêmement complexe et doit donc être comprise chez chacun selon ce modèle bio-psycho-social. Pour cet article, je ne vais parler que de la dyade psycho-sociale. La douleur étant perçue subjectivement, il existe une variation importante entre chacun. Un changement de croyance à son égard peut être envisagé. D’un point de vue psychologique, il peut résider des pensées et émotions désagréables à l’égard de la douleur entraînant des comportements de fuite ou d’abandon. D’un point de vue social, la société actuelle nous enrhume toute et tous à créer toujours plus de confort et à valoriser l’image de soi. Elle ne met pas en avant le travail de fond qui, pourtant, est bien plus porteur de sens et de sentiment d’accomplissement. Cela peut faire perdre de vue cette notion importante de la douleur dans l’effort que vous déployé. L’illusion d’une quête de soi sans douleur devient trop forte et empêche de mettre en place, pas à pas, les efforts nécessaires.

D’un point de vue actuel, peut-être que cette période vous expose moins à l’effort et que vous allez potentiellement « perdre » un peu de votre niveau initial. Personnellement, c’est ce qui peut m’arriver à chaque confinement. Etant traileur et habitant en ville (sans commentaire), je redécouvre les joies du dénivelé lorsque Mr Macron nous l’y autorise. Et ce n’est pas sans difficulté. Cette période met chacune et chacun à l’épreuve dans ses capacités à être résilient, à faire avec ses capacités du moment, et à ne pas se morfondre sur la baisse possible de niveau. Retrouver le plaisir de se mettre « dans le dur » en séance est la seule chose qui compte. Laisser passer la pensée catastrophe ou la vision pessimiste : « je ne reviendrais jamais à mon niveau ». Se dire : « C’est OK, c’est comme ça, mon niveau actuel est tel qu’il est ». Pas de résignation, pas d’abandon, mais un nouveau défi est devant vous : Tolérer à nouveau la douleur de vos entraînements difficiles, en vous y exposant petit à petit. Et si vous êtes entouré de personnes qui souffrent avec vous, c’est encore mieux ! Il n’y a rien de mieux qu’un sentiment commun de dépassement de soi. Des visages grimaçants, montrant toute la hargne intérieure, pour aller au bout de soi. Voilà le goût de l’effort sur le devant de la scène pour revenir progressivement, avec humilité. Bien sûr, si vous êtes athlètes de haut-niveau, vous avez sans doute pu vous entraîner normalement malgré un nouveau confinement. Et cette question de baisse de niveau n’est potentiellement pas présente. Mais la simple absence de compétitions peut vous poser bien des tracas et vous pousser insidieusement à vous engager « un peu » moins en séance.  A vous de rester vigilant et de persévérer pour permettre à votre corps de garder en mémoire cette douleur physique qui vous fait avancer et progresser !

La douleur « mentale »

J’ai souhaité parler de douleur mentale pour regrouper toutes les situations qui pouvaient engendrer des pensées et émotions désagréables. Ces dernières vous font danser sur un fil et vous poussent parfois à abandonner le navire ou à vous convaincre que vous n’atteindrez pas votre destination. Elles peuvent devenir douloureuses et épuisantes. Vous pouvez les retrouver dans des situations d’échecs, de défaites, de blessure, de conflit avec vos partenaires ou entraîneurs. Cette année 2020 aura eu pour effet d’ajouter une nouvelle situation avec cette pandémie de la COVID-19.  En fait, l’ensemble de ces situations fait parti intégrante du goût de l’effort. Vouloir se réinventer, avec force et courage, vous expose à être vulnérable et à être en proie à ce genre de situations. Vous marchez sur cette ligne de crête, avec le vide de chaque côté. La peur est peut-être là, à clamer sa présence haut et fort par des signaux cognitifs et corporels. Mais cela n’entache pas votre motivation profonde. Vous continuez de marcher vers votre destination. Peut-être que vous ressentez cette peur de ne pas revenir au niveau espéré. Peut-être que vous ressentez cette peur de vous entraîner et qu’il n’y ait pas de jugement final de vos efforts au travers d’une compétition. Peut-être, peut-être, peut-être… tout cela n’est qu’incertitude et anticipation d’un futur que vous ne maîtrisez pas. Ce manque de maîtrise crée de la douleur mentale à force de s’y accrocher. Alors, le seul moyen de s’en détacher est d’accueillir ce genre de pensées et d’émotions et de lâcher-prise. Purement, lâcher-prise et revenir à ce que vous faites maintenant, grâce à vos objectifs fixés. Le futur ne sera dans quelques temps qu’un nouveau présent dans lequel vous engagerez de nouveaux efforts.

Tolérer la douleur physique et mentale

Quand il est question de tolérance, il est souvent évoqué une question de degré. La tolérance à la douleur va donc consister à augmenter ce degré avec patience, en lui faisant de la place sans la repousser. Tolérer la douleur signifie d’admettre sa présence et de continuer à pratiquer avec. Evidemment, pour une douleur physique, vous continuez à pratiquer si cette douleur est supportable et n’est pas un signal de blessure. En tolérant la douleur, vous entretenez une nouvelle relation avec celle-ci. Vous ne vous empêchez pas de souffrir car vous percevez la douleur physique et mentale comme faisant partie de la vie et de votre pratique sportive. Si la douleur est perçue comme une ennemie, vous ne tiendrez pas longtemps en sa compagnie. Mieux vaut donc l’accepter et la laisser infuser. Pour exemple, les femmes et hommes pratiquant l’ultratrail, par la répétition des longues distances, sont de grands tolérants aux douleurs physiques et mentales car elles font partie intégrante de leur pratique. L’habituation crée la connaissance de soi et permet d’avoir davantage de contrôle sur la situation. Les ultratraileurs ne s’accrochent plus à leurs pensées ou émotions. Ils savent les reconnaître et vivre avec. Ils les perçoivent comme des personnages de leur cerveau, comme dans le film d’animation vice-versa, vous voyez ? Dans le jargon de la psychologie, cela se nomme : défusionner. Cela leur permet de mieux vivre ces fameux « passages à vide » qu’ils peuvent rencontrer sur des courses aussi longues.

La pratique de la méditation de pleine conscience peut vous permettre de défusionner et de mieux gérer les douleurs physiques et mentales en étant résilient dans l’effort. Pour la douleur physique, la pratique de la méditation de pleine conscience est une source de sécrétion et de libération des molécules inhibant le message de la douleur et de son ressenti. Par sa pratique régulière, elle permet de laisser passer les potentielles pensées et émotions désagréables liées à la douleur pour maintenir un comportement adaptatif et persévérant dans l’effort. Vous savez vivre et pratiquer avec la douleur physique. En d’autres termes, je dirais que, plus il y a pratique de la méditation de pleine conscience, plus il y a connaissance de soi. Et plus il y a connaissance de soi, plus les signaux envoyés par la douleur physique sont reconnus pour ce qu’ils sont. Ils ne sont ni exagérés ni amplifiés. Les athlètes de haut-niveau, à force de pratique sportive, connaissent leur corps. Grâce à la méditation de pleine conscience, ces athlètes de haut-niveau peuvent davantage interpréter les messages de leur corps et s’adapter dans l’effort. C’est une stratégie d’attention appelée stratégie associative. Et il semblerait, selon les études scientifiques, que les athlètes de haut-niveau utilisent davantage cette stratégie d’attention associative en comparaison de la stratégie dissociative que je vais vous présenter maintenant. En effet, La méditation de pleine conscience permet également d’apprendre à changer de focus et de se décentrer de la douleur pour ne pas lui accorder une place trop importante. La douleur est présente et se manifeste. Mais d’autres éléments peuvent prendre le relais, comme il est évoqué dans le documentaire, free to run : « Quand tu cours, des motifs viennent à toi. De belle forme, des couleurs, le feuillage et le ciel bleu. Tu respires l’air pur et tu te sens vivant sur cette terre. C’est à chaque fois un miracle. » Si votre pratique dure plus de deux heures par exemple, des stratégies dissociatives prendront le relais pour vous distraire et sortir « mentalement » des signaux de douleurs. Cela permet de persévérer et d’avancer. Une sorte de déconnexion se met en place.

Soyez patient

La patience est la vertu indispensable pour éviter le renforcement des résistances et de l’opposition au goût de l’effort. Bien que vous ne soyez pas un patient dans le sens littéral du terme puisque vous n’êtes pas malade, vous êtes pourtant une personne qui, puisque vous souhaitez du changement et progresser, endure ou souffre d’une situation ou d’un état particulier. Ainsi, la patience est une vertu qui vous sera d’une grande utilité pour aller vers ce que vous recherchez ou visez. Elle vous aide à persévérer et fait appel à un certain courage. Il ne s’agit pas là de vous résigner à attendre passivement, mais, par vos actions, de patienter pour en voir les bénéfices à long terme. Si vous êtes plutôt de nature impatiente, apprendre à cultiver la patience petit à petit vous sera bénéfique. Tout dépend de votre socle motivationnel pour atteindre votre objectif fixé. Pour cultiver la patience, la pratique de la méditation de pleine conscience et de l’autocompassion peut être un élément clé. Être présent à chaque étape que vous réalisez tout en prenant soin de vous dans une situation difficile peut éviter bien des torts dû à l’impatience (forme sous-jacente de la colère). Lorsque vous faites preuve de patience, vous considérez les personnes, les choses et votre état tels qu’ils sont et non comme vous voudriez qu’ils soient. C’est extrêmement précieux. Pourquoi ? car vous n’usez pas d’énergie à vous opposer ou à renforcer vos résistances. C’est comme lorsque nous tentons de faire descendre les grains de sable d’un sablier plus rapidement. Voilà bien du temps de perdu ! L’impatience vous fait penser à tort que vos anciens comportements étaient plus efficaces ou que les nouveaux comportements ne montrent pas les résultats attendus. Ce n’est qu’un stratagème inconscient de votre cerveau pour vous défendre et stopper vos efforts physiques et mentaux. Si vous ressentez de la résistance, tentez plutôt de comprendre celle-ci et de modifier votre perception, comme l’exemple du dimanche matin. En tous les cas, sachez que la résistance est normale car vous tentez de répondre à deux besoins antagonistes (Besoin N°1 : vouloir rester comme vous êtes car c’est plus confortable ; Besoin N°2 : Faire des efforts pour aller vers votre objectif désiré). La compréhension peut vous aider à discerner les contradictions entre ce que vous êtes à l’instant T et comment vous souhaiteriez être pour atteindre votre objectif.

Conclusion

L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. Aujourd’hui, il est plus qu’essentiel de rester dans ce présent et cet effort pour progresser et ne pas se morfondre de la situation. L’effort se moque du futur et de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. C’est ce premier pied qui s’extrait du lit bien chaud le dimanche matin et qui enfile la première chaussette.

L’effort se mêle avec vos sens et les éléments extérieurs. Vos sens sont focus sur la pratique, pas vers des scénarios catastrophes liés au futur ou des pensées intrusives et désagréables liées au passé (« c’était mieux avant de toute façon »). L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes et ce que vous faites, pas pour ce que vous avez. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de l’incertitude, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux physiquement et mentalement. Mais vous faites le choix de l’expérience pure plutôt que du fantasme du résultat et de la reconnaissance sans effort, parfois illusoire (#réseausocial). L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement ne fait plus parti du vocabulaire. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement et faite de la place à cette part d’inconnue. En vous engageant dans l’effort, vous construisez un nouveau monde et vous découvrez de nouvelles vérités à chaque fois. Vous percevez de nouvelles facettes de vous-même. Facettes qui étaient enfouies et qui ne méritaient qu’à faire surface. En vous libérant du connu (du passé et de vos habitudes parfois trop ancrées), vous développez votre potentiel et prenez conscience de ce dont vous pouvez être capable.

Avec un goût prononcé de l’effort, vous savez rester lucide et ressentez le besoin d’élaborer un plan B à la suite du dysfonctionnement du plan A. Cette élaboration de plan est une résolution à vouloir le bien pour soi. Vous allez de l’avant et vous avez la capacité de faire face aux difficultés extérieures mais aussi intérieures (ces fameuses douleurs physiques et mentales). Tous ce flot d’émotions est accueilli, même le plus obscur. Vous faites preuve d’ouverture à la vie dans son intégralité. Vous expérimentez et apprenez en alignant vos objectifs avec vos valeurs. Vous exposez votre vulnérabilité, c’est-à-dire vos faiblesses, vos limitations, tout en étant dans l’espoir d’un avenir plus radieux grâce à vos efforts. Vous prenez plaisir à être un vrai joueur et à être dans le défi, comme Kobe Bryant, célèbre joueur de Basketball décédé tragiquement en 2020. Je crois que cet homme résume parfaitement cet état d’esprit et ce goût de l’effort. Il l’a écrit comme tel :

« Si je voulais apporter une nouveauté dans mon jeu, je la tentais immédiatement. Je n’avais pas peur de rater ou de me sentir ridicule. Il fallait que j’essaie d’apprendre et, une fois que j’avais appris, j’avais un nouvel outil dans ma panoplie. Si le prix à payer était de beaucoup travailler et de rater quelques tirs, alors ça m’allait très bien. »

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Hypersensible et préparateur mental : Un atout pour l’accompagnement des athlètes ?

Hypersensibilité. Je ne sais par où commencer ni comment terminer. E. Aron parle de deux types de réaction chez l’Autre lorsqu’une personne explique son hypersensibilité. Soit elle apparaît comme victime passive, faible et troublée, soit elle apparaît comme un être réfléchi, doué, profond et puissant. Tout dépend des mots qu’elle utilise pour se définir. J’espère donc utiliser les bons mots ! J’ai 28 ans et je découvre encore, petit à petit, qui je suis. Mais y a-t-il une fin à cette découverte ?

Introduction : Ma découverte de l’hypersensibilité

Hypersensibilité donc. Sujet plutôt méconnu du grand public, j’ai découvert ce mot lors de ma formation en préparation mentale chez Focus Consultants. Pour un préparateur mental, il est judicieux d’apprendre à identifier les différents profils d’athlètes qu’il peut rencontrer pour les accompagner plus efficacement.  L’hypersensibilité fait partie des profils atypiques qu’il est possible de retrouver dans le sport de haut-niveau. Un livre nous avait été conseillé : Ces gens qui ont peur d’avoir peur, de Elaine Aron. Je me sentais concerné par ce profil atypique, mais je repoussais l’échéance. J’avais besoin de temps pour m’approprier le sujet. J’ai fait le choix de m’y consacrer dans une période de ma vie où j’avais ce temps : le confinement. Ce dernier a été un moment inédit d’introspection pour beaucoup de personnes. Le moment était venu de prendre le temps, et enfin, d’ouvrir le bouquin : « Hypersensible : mieux se comprendre pour s’accepter » de la même auteure, Elaine Aron. Cette dernière est psychologue, psychothérapeute et chercheuse en psychologie. Elle est elle-même hypersensible.

La lecture de ce livre a répondu à un bon nombre de questions qui me traversent l’esprit depuis mon plus jeune âge. Les livres ont cette particularité assez folle de mettre des mots sous silence. Ces mots sont sous notre nez, attendant que notre attention se pose vers eux, pour finalement, nous ouvrir les yeux. Après avoir pris des tas de notes sur mon carnet d’écriture, j’ai souhaité en savoir davantage sur le sujet. J’ai écouté des podcasts comme celui de France Inter : « Comment bien vivre son hypersensibilité ? » ou celui de Emotion : « L’hypersensibilité est une force ».  Le podcast le plus marquant a été celui de « HS ». Ce dernier est une série d’entretien avec des personnes hypersensibles. Elles témoignent de la manière dont l’hypersensibilité se dévoile au quotidien. Ce podcast a permis de m’identifier à ces personnes par leurs anecdotes et leur histoire personnelle. Vous connaissez sans doute ce genre de moments où vous dites : « Mais c’est moi ça. » Directement, un sentiment de communion intervient.

Aujourd’hui, j’écris en connaissance de cause. Je fais la tentative de vous éclairer sur les caractéristiques de l’hypersensibilité et de vous proposer des étapes clés pour faire de votre hypersensibilité un atout au quotidien. C’est sans doute la première fois que je fais le pas de dévoiler autant qui je suis. Parfois, j’ai la pensée que c’est un acte courageux, et à d’autres moments, que je me jette dans la gueule du loup. Être un homme et parler de sensibilité, c’est périlleux. En tous les cas, si cela peut éveiller des consciences et ouvrir des portes à d’autres personnes, j’en serais très heureux.

Définition

Selon les spécialistes, il n’y a pas de définition fixe puisque chaque personne hypersensible pourrait donner sa propre définition en fonction de ses caractéristiques. Nous voilà bien avancé… Tentons tout de même d’en extraire quelques caractéristiques.

Hyper- vient du grec huper, signifiant « au-dessus, au-delà ». La sensibilité se définit comme la « Propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique à l’action de certains agents internes ou externes. » (cnrtl). L’hypersensibilité serait donc la propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique, ET INTENSE, à l’action de certains agents internes ou externes. Autrement dit, une personne hypersensible réagit plus intensément et de manière régulière face à des stimuli internes (les pensées, les émotions, la faim, la soif, la douleur, les souvenirs, les fantasmes, …) ou externes (personnes, environnements naturels, bruits, odeurs, etc…).  Les agents internes et externes éveillent les sens et amènent avec eux une vague émotionnelle sur laquelle il est parfois difficile de surfer pour une personne hypersensible. Les agents internes et externes peuvent à force, créer un trop plein de stimulation, qu’E. Aron appelle hyperstimulation. Celle-ci vient perturber l’équilibre de la personne hypersensible. Au fur et à mesure, cela peut engendrer un épuisement physique et émotionnel.

La vie intérieure d’une personne hypersensible est riche et complexe. L’hypersensible est souvent qualifié de timide, d’introverti, d’effacé, de calme, peu sociable, qui ne parle pas, qui écoute. Il serait davantage porté vers la solitude. Il réfléchit beaucoup à ce qui l’entoure. En premier lieu, une personne timide apparaît comme anxieuse, gauche, timorée, inhibée et réservée. Ce sont les connotations négatives. Les connotations positives sont de l’ordre de la discrétion, le sang-froid, la réflexion et la sensibilité. Dans ces premières phrases de définition, vous pourriez penser que l’hypersensibilité ne concerne que les personnes introverties. Mais il existe également des hypersensibles extravertis, bien qu’en termes de proportions, ils ne représentent qu’environ 30 % des hypersensibles.

Les caractéristiques de l’hypersensibilité dont j’ignorais tout

Je peux illustrer quelques traits de l’hypersensibilité pas la genèse de mes souvenirs : mon enfance. L’hypersensibilité se traduisait par ce côté introverti et observateur. Très en confiance dans ma pratique sportive, j’ai pris ma place en alliant ce côté réservé et le côté désinhibé lorsque je m’exprimais sur un terrain de football. C’était une passion débordante où rien d’autre n’existait. Le plaisir et la créativité à l’état pur ! En dehors du rectangle vert, mes expressions verbales et comportementales étaient bien plus limitées. Beaucoup trop occupé à observer les rapports humains, je m’affirmais en tentant de répondre aux normes et aux règles du mieux que je le pouvais. Je répondais bien à la caractéristique de l’hypersensible qui ne fait pas de vague dans un groupe. Sage et prudent, j’imagine ne pas avoir posé de problème aux personnes qui me faisait peur : les adultes et leur aspect dominateur. La personne hypersensible est tellement désireuse de plaire aux autres qu’elle enfouie ses envies et ses sentiments pour bien paraître. Elle ne veut pas commettre d’erreur ou dire quelque chose qui pourrait déplaire. Elle fait attention aux autres et à ce qu’ils peuvent ressentir. Tenez, par exemple, lorsque j’écris un texte sur la préparation mentale, je m’emploie toujours à réfléchir comment intégrer la gente masculine et féminine dans le même mot (athlète) car je ne veux pas blesser la gente féminine en leur faisant penser que je ne parle qu’à un public masculin en écrivant « sportif ». C’est du détail pour certains, de la prise de tête pour d’autres, mais c’est une anecdote d’hypersensible. Autre point, si je remarque une maladresse de ma part dans une interaction, dû à une blague ou une remarque, je peux y accorder énormément d’importance, et ce, même si j’imagine qu’il n’y a rien de grave dans le fond. Je m’en veux de ne pas m’être montrer prudent, ou plus attentif à ce qui peut gêner ou blesser. Blesser quelqu’un est ma hantise. Car elle remettrait en question mon travail pour être fondamentalement quelqu’un de bien. Il y a quelques semaines de cela, j’ai complètement raté une blague. Drôle de moment gênant, surtout lorsque j’ai eu le sentiment de déplaire à la personne en face de moi. Une personne qui n’est pas hypersensible vous dira : « tu te prends beaucoup trop la tête. » Of course. Mais c’est comme ça.

Ma peur de ne pas répondre à ce qui était attendu dans les sphères scolaires, familiales et sociales m’a fait vivre des situations anxiogènes que j’ai toujours su garder en moi. Mon sentiment d’anormalité était bien là, latent, réprimé. Ce sentiment de décalage amène avec lui un certain manque de confiance et d’assurance. La personne hypersensible se sent incomprise et différente du reste du monde. Cette peur de déplaire s’allie parfaitement avec la peur d’oser prendre des initiatives. La norme fixée est la perfection. Si l’initiative échoue, l’imperfection est exposée au grand jour et la possibilité d’être jugé négativement apparait. La personne hypersensible préfère ne rien tenter. Vous l’aurez compris, la personne est hypersensible au jugement des autres et cela va créer un sentiment de stress accrue. Être observée, minutée ou évaluée n’est pas la tasse de thé de la personne hypersensible.

La période adolescente a été, quand j’y repense, une montagne à gravir. Cette période où règne la domination et le pouvoir est sans pitié pour certaines personnes. Tout ce qui ne rentre pas dans la norme est exclu. Mon hypersensibilité m’a permis d’y échapper, fort heureusement, par mes réflexions et mon adaptation. La période universitaire a été la période d’un premier envol. La liberté et l’indépendance qu’elle offre pousse à suivre ses intuitions. Bien sûr, l’hypersensible que j’étais à cette période était toujours empreint des jugements des autres. Je me targuais de répondre au mieux aux attentes, sans trop savoir dire non. Je dirais que c’est une période dans laquelle je me suis perdu et trouvé à la fois. Niveau sportif, j’étais bien loin de ce que j’exprimais petit. L’insouciance n’était plus de la partie. Les spectateurs, partenaires et entraîneurs étaient, pour certains, des sources de distraction nocives à mon plaisir et à mes performances. Mon état psychocorporel me faisait dire qu’un malheur allait arriver à chaque match. Du mieux que je le pouvais, je réprimais cet état de stress par des stratégies dysfonctionnelles. Ignorant tout de l’hypersensibilité et me convainquant de mon anormalité, ma seule réponse était de rentrer dans les rangs et de cacher ce sentiment désagréable.

Lucidité

Qu’il soit physiologique ou intellectuel, le sens est au cœur de la vie de la personne hypersensible. Les cinq sens ou les questions philosophiques sur le sens de la vie, le sens d’une action, la complexité de toute chose fait partie à part entière d’une personne hypersensible. Cela peut donner l’impression d’être malheureux où mélancolique. Mais je crois plutôt que ce mot sens est un moteur pour voir une personne hypersensible heureuse. Si elle trouve une signification à ce qu’elle fait et si elle met du sens dans ses vagues émotionnelles, elle aura fait un premier pas de géant. C’est ce que nous appelons la conscience de soi.

Là où l’ignorance me menait vers des chemins que je ne choisissais pas forcément, la conscience de soi a joué un grand rôle pour mon hypersensibilité. La conscience de qui je suis. De ce que je ressens. J’ai changé de cap le jour où j’ai pris la décision d’aller à 800 kilomètres de chez moi et de découvrir un nouvel horizon. Mon hypersensibilité ne le savait pas encore mais elle allait se dévoiler au fur et à mesure de rencontre et d’une découverte fondamentale : la méditation de pleine conscience. Cet art de vivre d’origine bouddhiste est une clé fondamentale pour la première étape de « Lucidité ». Cette méditation permet de se reconnecter à soi en aiguisant sa conscience et son attention. Elle m’a fait découvrir une nouvelle relation à soi et au corps dont la personne hypersensible a besoin. Le programme MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), réalisé en groupe avec une institutrice agréée, m’a permis de m’offrir un espace-temps, révélateur de soi et facilitateur de connexion avec des personnes étrangères à ma vie. C’est dans cet espace-temps que je pris conscience de la normalité du sentiment d’anormalité et du stress qui en découle. Il n’y avait plus à se cacher. L’humanité pointait enfin le bout de son nez. C’est un premier soulagement pour un hypersensible que qui ne se sait pas hypersensible. Je découvre le silence qui me régénère, le cerveau qui bouillonne de pensée et le corps qui s’exprime lorsque je l’écoute. Je comprends que je forme un tout et obtient des réponses aussi neuves qu’inattendues. Je me souviens de ces retours à vélo après chaque session où la sérénité et la légèreté m’accompagnaient. Je voyais un nouveau monde autour de moi. Ce programme m’a mené à un second, celui du MSC (Mindful Self Compassion), la même année. L’auto-compassion offre la possibilité de prendre soin de soi comme nous prendrions soin d’un ami lorsqu’il rencontre une situation difficile. Encore une idée extrêmement nouvelle pour une personne hypersensible. La société occidentale dans laquelle prône puissance, pouvoir, domination et production vient à l’encontre de cette idée de prendre soin de soi. Le blâme et le tribunal de la culpabilité prônée par la société a empoisonné nos cellules et nos neurones. Mais comme le dit Epictète, « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont. » Prendre soin de soi revient donc à dire :

« J’ai des droits et des besoins face à ma souffrance, qu’elle soit légère ou lourde. Je n’ai pas envie de me consumer à petites doses de critiques mais plutôt de m’accepter, à grande dose de compréhension et de stratégies adaptées. »

 Et c’est ce que j’aimerais transmettre aux athlètes que j’accompagne.

Prendre soin de soi passait également par ma nouvelle pratique sportive (Trail). J’y ai découvert les grands espaces et la liberté en montagne. Le contact avec les éléments de la nature et le goût de l’effort m’ont permis de prendre confiance et d’être un peu plus en lien avec mon hypersensibilité. Je vois d’innombrables possibilités de chemins à parcourir. Je ressens toujours cette sensation difficile à décrire. Cette envie d’aller découvrir toujours un peu plus loin ce qui s’y trouve. Je ne m’habitue jamais à la beauté d’un paysage de montagne. J’aimerais y rester toujours un peu plus. Pour pallier cette impossibilité, je tente toujours de prendre des photos visuelles pour les intégrer en mémoire. C’est ce qui satisfait en partie à ma vie. Parcourir et contempler. Dernièrement, l’article de A. Mette : « La meilleure façon d’aider les autres, c’est d’être heureux » me tapait à l’œil. Pour être heureux, l’hypersensible doit explorer cette sensibilité, en analyser le contenu et identifier les pensées et émotions qui apparaissent dans une situation positive (ex : contemplation en montagne) ou une situation difficile (ex : être dans un nouveau groupe). Faire preuve de lucidité dans des moments qui engagent émotionnellement est fondamental pour la personne hypersensible. Lorsque je me suis posé la question sur papier : « A quoi suis-je sensible ? » Voici la liste de mes réponses :

  • Au bruit
  • A la foule, situation de groupe
  • A la souffrance des personnes et des animaux
  • Au sucre
  • A l’effet de la fatigue
  • Aux jugements des autres
  • A la charge de travail
  • Aux paysages de montagne
  • Au sens de la vie
  • Aux rapports humains
  • A la lumière

Peut-être pouvez-vous faire votre liste avant de lire la suite ?

Tous les éléments de ma liste mettent en exergue mon hypersensibilité. Être conscient de cette liste est un pas non négligeable. Car je sais à présent identifier, voir anticiper, les vagues émotionnelles. Cette conscience de soi est un atout si elle est suivie de la seconde étape : l’acceptation.

Acceptation

Peut-être connaissez-vous la citation de Carl Rogers : « il existe un curieux paradoxe, qui fait que c’est au moment où je m’accepte tel que je suis que je deviens capable de changer. » C’est un fait. Cette acceptation annihile tous les personnages que la personne hypersensible se force à jouer devant les autres. L’acceptation fait tomber les masques de l’ego. Magique. Il ne reste que le vrai visage de la personne hypersensible, avec ses valeurs, Ses qualités et ses fragilités. L’hypersensibilité peut devenir une force lorsque l’acceptation de soi s’achemine petit à petit. Une personne hypersensible qui s’accepte telle qu’elle est peut mettre en exergue tous ses sens au profit de ce qu’elle aime. Et ce, avec un lien détaché du poids du conformisme.  L’acceptation de soi amène la personne hypersensible à être est une personne plus spontanée, libre, créatrice, indépendante et remplie d’énergie positive.

Acceptation des émotions

L’acceptation a un lien fort avec les émotions. Accepter une émotion revient à l’harmoniser entre le corps et l’esprit. L’équilibre se crée à force de permettre sa présence. Certaines personnes hypersensibles se blindent pour ne plus ressentir trop d’émotions. Mais elles en perdent leur essence. L’hypersensible qui ne permet pas à ses émotions de transmettre leur message est une personne hypersensible qui se fourvoie. bien qu’elles soient fortes ou répétées, les émotions sont un moteur pour la personne hypersensible car elle a régulièrement un niveau d’empathie élevé. L’hypersensible qui reconnaît ses émotions et s’ouvre à celle-ci sans se faire dépasser a la capacité de savoir ce qu’il faut faire pour apaiser une personne qui souffre d’une situation difficile. La maîtrise des émotions est une clé pour le préparateur mental. C’est ce que je travaille depuis plusieurs années grâce à la méditation de pleine conscience pour être OK avec mes émotions pouvant être plus élevées que la moyenne lorsque je reçois celles des athlètes que j’accompagne. Petit à petit, les émotions pouvant perturber (tristesse, stress, colère, etc.) sont apprivoisées grâce à différentes techniques que je transmets également aux athlètes que j’accompagne.

Acceptation et rapports aux autres

L’acceptation, c’est également l’acceptation des rapports aux autres. Les rapports humains sont parfois très chamboulant pour une personne hypersensible. Être en interaction avec une personne peut engendrer de vives réactions émotionnelles chez les hypersensibles. Elles peuvent être très vite mal à l’aise. La personne hypersensible fait beaucoup d’effort pour se montrer à l’aise en société ou dans un groupe. Dans les podcasts que j’ai pu écouter, j’ai pu comprendre à quel point une personne hypersensible pouvait craindre d’afficher son hypersensibilité. Le cas typique est de pleurer pour des raisons qui vont apparaître comme futile chez les personnes n’étant pas hypersensibles. D’autres ont des difficultés avec les discussions anodines et préfèrent écouter (ce qui est sincèrement mon cas). Pour ma part, m’intégrer dans un groupe m’a toujours demandé davantage de temps, mais il faut reconnaître que cela a toujours été une réussite aussi. Cela peut déboulonner certaines personnes ne comprenant pas votre comportement de retrait pour mieux observer et maîtriser, mais c’est ainsi. Peut-être que vous vous sentez concerné ou pensez-vous à un coéquipier ou collègue de travail qui présente cette caractéristique ?

Ces rapports humains sont aussi et avant tout un élément qui fait se sentir vivant (pour vous en assurer, vous pouvez lire la revue de cerveau & Psycho « Le bonheur est dans le lien »). Il est donc primordial pour la personne hypersensible de s’efforcer d’affronter le monde extérieur pour ne pas perdre le sens des réalités et sa capacité d’adaptation. L’Homme a ce besoin d’appartenance. C’est un instinct de survie animal depuis la nuit des temps. Pour la personne hypersensible, il est donc bon de délaisser ses explorations psychologiques de temps en temps. Comme l’écrit E. Aron, cela permet de mieux comprendre sa psyché. Il faut savoir que les personnes extraverties sont une bouffée d’air frais pour les personnes hypersensibles introverties. Et vice-versa. Chacun vient, avec ses atouts, équilibrer l’autre. Cet équilibre est à retrouver dans une équipe. Les personnes extraverties sont à l’action ce que les personnes introverties sont à la réflexion.

Par ailleurs, la superficialité ne s’intègre pas dans la relation avec une personne hypersensible car elle a ce besoin de confiance. Et ce besoin de confiance vient avec le dévoilement réciproque dans la relation. Si ce sentiment de confiance est présent, elle se montrera à l’aise dans la relation et plus largement dans un groupe. Même si, il est vrai, une personne hypersensible sera bien plus à l’aise lors d’une communication en intimité. De toute manière, elle a besoin de connexion. Parler de tout et de rien avec les personnes extraverties lui permet en quelque sorte de faire une pause avec son intériorité énergivore. Pour connaître la plénitude, il est parfois bon de se montrer un peu plus extraverti.

Dans ce rapport aux autres, la force de l’hypersensible est de capter des signaux que d’autres ne voient pas. L’hypersensible capte les regards, les gestes, les mimiques, les changements d’humeur, les amitiés et des inimitiés. Pour ma part, cette force m’aide énormément pour me mettre sur le même canal émotionnel que les personnes sportives ou non que j’accompagne en individuel. L’athlète va se sentir compris et libre d’exprimer son état de fatigue ou ses préoccupations. L’athlète exprime librement ses émotions grâce à une intuition que je sais de temps à autre écouter. Ce mot intuition revient généralement chez les personnes hypersensibles. L’intuition est cette force interne qui, en 1/4 de seconde, nous fait prendre une décision que l’on juge juste. L’écoute de soi et de cette sensation de confiance qui parcourt le corps à la vitesse de l’éclair ont visé juste. La personne hypersensible écoute cette énergie si la confiance en soi est présente.

Accepter de se reposer

Pour terminer sur l’acceptation, l’hypersensible doit accepter également de répondre à l’un de ses besoins fondamentaux face à l’hyperstimulation : Prendre des pauses. Si la personne hypersensible n’accepte pas de se ménager dû à son souhait de répondre aux attentes omniprésentes de son environnement professionnel/scolaire, familial et social, elle perdra le fil.

Pour prévenir le surmenage, une personne hypersensible a davantage besoin de calme, de repos et de sommeil. C’est comme ça. Puisqu’elle est régulièrement en état d’alerte (excitation ou méfiance), elle sollicite davantage son corps et produit davantage de cortisol. Il est très difficile pour une personne hypersensible de lutter contre la fatigue. Ainsi, celle-ci a besoin de récupérer davantage. L’homéostasie passe par la récupération. Sachez que 80% des stimulations sensorielles passent par les yeux. Si vous observez constamment pour comprendre votre environnement et le maîtriser, vous êtes toujours en état d’hyperstimulation qui à force, vous épuise. Prenez l’exemple des réseaux sociaux : ils nous mettent en état d’hyperstimulation tout le temps. Finalement, ils usent notre énergie, même allongé dans le canapé. Il est donc important d’écouter les messages du corps. Voici quelques exemples de « PAUSE » pour vous faire du bien :

  • Lire un bon livre
  • Peindre, dessiner
  • Ecrire
  • Manger un bon repas au calme, à la maison
  • Laver la vaisselle (oui cela peut être un moment tranquille)
  • Méditer
  • S’étirer, faire du yoga
  • Se faire masser ou se masser
  • Faire une sieste
  • Ecouter de la musique
  • Vous balader dans la nature et contempler

Vous l’aurez compris, la conscience de soi et l’acceptation sont deux étapes primordiales. Mais celle qui accompagne vers le changement en sans nul doute celle qui s’intéresse aux stratégies attentionnelles. Allons donc faire un tour dans cette étape appelé Focus.

préparation mentale

Focus

Le focus attentionnel est très important à travailler chez les personnes hypersensibles. C’est une garantie que j’ai comprise et expérimentée. L’explication est la suivante : Puisque la personne hypersensible capte instantanément les subtilités de son environnement (humeurs des gens, sons, lumières, etc…), elle est régulièrement en état d’alerte, attentive à la présence d’un danger. Elle est méfiante et observe les indices. Lorsque je me décris dans une situation de groupe, je dis toujours que je suis une personne qui observe et que cette caractéristique dure depuis mon enfance. Lorsque j’ai vu ces caractéristiques de méfiance et d’observation d’indices chez les hypersensibles, autant vous dire que ça a fait tilt. Cet état d’alerte crée une inhibition du comportement car la personne passe plus de temps à être spectateur qu’à être dans l’expérience. La personne est sage, prudente, consciencieuse et perfectionniste. Et puisqu’elle est douée pour capter les signaux de son environnement, elle est très habile pour percevoir les potentielles erreurs et les éviter. Cela peut être un frein à l’action. Car son attention est précisément posée sur ce qu’il ne faut pas faire plutôt que sur ce qu’il faudrait faire. Cela évite les erreurs et les potentiels jugements. C’est aussi pour cette raison que la plupart des personnes hypersensibles ont tendance à battre en retraite lorsque des situations nouvelles (et donc anxiogènes) se présentent. C’est un moyen de se protéger. Mais le retrait exacerbe la sensibilité. Ainsi, plus il y a retraite, plus l’hypersensibilité sera difficile à gérer en situations anxiogènes. L’hypersensible emploie couramment des stratégies de coping dites d’évitement car elle est prise dans ses vagues émotionnelles, sans vraiment comprendre ce qu’il se passe à l’instant T.  Ces stratégies permettent de fuir ou de nier la réalité. A long terme, ces stratégies se révèlent inefficaces.

Les étapes « Lucidité » et « Acceptation » permettent à la personne hypersensible d’élever son niveau de confiance en soi nécessaire pour mettre en place de nouvelles stratégies dites d’approches. Ces stratégies conduisent à prendre réellement le contrôle de la situation en agissant de manière directe ou indirecte sur le problème. Les stratégies centrées sur le problème sont les plus efficaces car elles agissent directement sur le problème. Dans ces stratégies, vous pouvez retrouver « Planifier des solutions », « rechercher des informations complémentaires » ou encore « Prendre les choses unes par unes ». Quant aux stratégies centrées sur les émotions et sur le soutien social, elles agissent de manière indirecte. Elles sont utiles mais ne vont pas avoir d’effet direct pour résoudre le problème. Jongler entre les stratégies permet d’établir un équilibre personnel et de répondre efficacement à la situation problématique. Vous êtes pleinement FOCUS sur ce que voulez vraiment. Vous vous servez de votre hypersensibilité pour poser votre attention sur ce que vous voulez réellement faire ou être.

Conclusion

Cet article sur le profil atypique de l’hypersensibilité est non-exhaustif. Par exemple, je n’ai pas évoqué le lien que peut avoir l’hypersensibilité avec le profil atypique « Haut potentiel intellectuel ». Pour en savoir davantage, je vous conseille d’écoute le podcast « HS ».

Pour ma part, cette hypersensibilité est une nouvelle découverte, ou plutôt une confirmation de ce que je pouvais ressentir depuis mon plus jeune âge. Je crois qu’elle n’est pas ce que je suis exclusivement, mais elle est une grande partie de moi sur laquelle je vais pouvoir m’appuyer pour aider et accompagner du mieux que je le peux les athlètes que je rencontre. Il est vrai que j’ai toujours eu l’envie de comprendre en profondeur et d’aider les personnes dans cette part émotionnelle. Je perçois effectivement leur vulnérabilité qui ne m’est pas étrangère. Mon hypersensibilité m’a amené à prendre conscience de la puissance des pensées et des émotions sur les comportements des athlètes en situation de stress (car je l’ai moi-même vécu). Être en lien avec cette hypersensibilité me permet de me rapprocher de ma part humaine et de me détacher d’un conformisme étouffant où les émotions sont souvent mal perçues.

Les athlètes ont régulièrement des caractéristiques de l’hypersensibilité. Je la perçois dans cette part émotionnelle importante qui ressort de leurs anecdotes, de nos échanges ou de mon ressenti. Le monde de la compétition met davantage en éveil leur sens. La compétition est un condensé émotionnel que les athlètes hypersensibles peuvent apprendre à gérer. Rien n’est figé. Leur capacité à percevoir les subtilités du monde extérieur peut être un atout considérable s’il y a eu, en amont, un travail personnel de conscience de soi, d’acceptation et d’apprentissage de stratégies attentionnelles. Ce travail améliore le bien-être des athlètes que j’accompagne dans leur objectif de performance. Il m’a aussi personnellement aidé à avancer.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

ETES-VOUS HYPERSENSIBLE ?

QUESTIONNAIRE

Répondez sincèrement à chaque question par OUI ou NON. Répondez par l’affirmative si cela s’applique dans une certaine mesure ou complètement à vous. Répondez par la négative si cela ne s’applique pas vraiment ou pas du tout à vous.

  • Je suis conscient des subtiles nuances de mon environnement         
  • L’humeur des autres me touche                                          
  • Je suis très sensible à la douleur
  • J’ai besoin de me retirer pendant les journées frénétiques, soit au lit, soit dans une chambre obscurcie, soit dans tout endroit où je suis susceptible d’être tranquille et libéré de toute stimulation     
  • Je suis particulièrement sensible aux effets de la caféine                     
  • Je suis facilement terrassé par les lumières violentes, les odeurs fortes, les tissus grossiers ou les sirènes proches       
  • J’ai une vie intérieure riche et complexe                                               
  • Le bruit me dérange                                                                                     
  • Les arts et la musique suscitent en moi une émotion profonde          
  • Je suis une personne consciencieuse                                                               
  • Je sursaute facilement                                                                                     
  • Je m’énerve lorsque j’ai beaucoup à faire en peu de temps                   
  • Lorsque les autres se sentent mal à l’aise dans leur environnement matériel, je sens en général ce que je dois faire pour les soulager (changer l’éclairage, proposer d’autres sièges)    
  • Je perds les pédales lorsqu’on essaie de me faire faire trop de choses à la fois                                                           
  • J’essaie vraiment d’éviter de commettre des erreurs et des oubli     
  • Je fais en sorte d’éviter les films et les émissions qui contiennent des scènes de violence                                                                         
  • Je m’énerve lorsque beaucoup de choses se passent autour de moi  
  • La faim provoque en moi une forte réaction, perturbe ma concentration et mon humeur   
  • Les changements qui se produisent dans ma vie m’ébranlent    
  • Je remarque et j’apprécie les parfums et les goûts délicats, les bruits doux, les subtiles œuvres d’art  
  • Je fais mon possible pour éviter les situations inquiétantes ou perturbatrices   
  • Lorsque je dois rivaliser avec d’autres ou lorsque l’on m’observe pendant que je travaille, je perds mon sang-froid et j’obtiens un résultat bien pire que lorsqu’on me laisse tranquille
  • Lorsque j’étais enfant, mes parents ou mes enseignants semblaient me considérer comme sensible ou timide

COMMENT VOUS NOTER

Si vous avez répondu par Oui à 12 questions ou plus, vous êtes probablement hypersensible. Mais en toute franchise, aucun test psychologique n’est d’une exactitude absolue. Même si vous n’avez répondu par l’affirmative qu’à une ou deux questions, mais qu’il s’agit d’un oui particulièrement empathique, peut-être pourriez-vous vous qualifier d’hypersensible. Pour compléter cette évaluation nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage :  » Ces gens qui ont peur d’avoir peur  » ou « Hypersensible : Mieux se comprendre pour s’accepter. » d’Elaine N. Aron. 

Lettre à la colère

Si ça te vas, colère, on va se tutoyer pour la suite de cet écrit. Et ce, car tu crées une relation intime avec chacun d’entre nous. Je te tutoie également pour te voir comme une entité à part à entière. Nous avons trop tendance à fusionner avec toi. Il est temps de te comprendre pour mieux t’utiliser. Lorsque je parlerai de ton hôte, cela signifiera que je désigne les lecteurs, les athlètes que j’accompagne, moi-même et tout humain qui te ressens.

Le désordre

« Le potentiel destructif de la colère est lié non pas tant à son expression en tant que telle mais à la façon de le faire. »

Le feu. Le rouge. L’irritabilité. L’énervement. La chaleur. La tension. Le cri. L’expression. La violence. Les pleurs. L’agressivité. La rage. Voilà bien des mots avec lesquels nous pouvons t’y associer. Comme un animal sauvage, tu rugis pour t’imposer, pour dominer. Tu prends ta place dans le corps et la tête, créant un désordre et le sentiment d’être incontrôlable. Tu règnes comme un roi ordonnant qu’on l’écoute et que l’on satisfasse ses besoins. Saches que ton tempérament donne du fil à retordre. Tu prives de la lucidité en t’exprimant bruyamment. Pourtant derrière tes airs sauvages, se cache quelque chose d’un peu moins prononçable et plus doux : la peur ou la tristesse. Lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, tu te mets en scène pour changer la donne de la situation. Tu te révoltes en te mettant en première ligne pour protéger ton hôte de la tristesse. Par ton caractère bouillonnant, tu souhaites que ton hôte garde la tête haute. Mais ton message n’est pas toujours bien compris. Que cela soit par ton hôte ou bien par celui qui t’attise. En voulant satisfaire le besoin de ton hôte, tu crées parfois le chaos. Comme l’écrit Chaloult et al. (2014) à ton sujet, « Le potentiel destructif de la colère est lié non pas tant à son expression en tant que telle mais à la façon de le faire. » En t’exprimant trop vivement, tu accapares toute l’attention. Tu empêches de se concentrer et de réagir de manière plus juste. Lorsqu’un athlète te ressent à l’excès, il sort de sa bulle et se met à agir de manière inadaptée. Personne ne reconnaît la personne qui t’exprime trop fortement. En t’exprimant ainsi, tu crées de la rigidité mentale. Ton hôte n’a plus du tout la capacité de s’adapter aux différentes situations.

La responsabilité de ton hôte

Je sais que tu vas me dire que tu n’es pas responsable. Entièrement d’accord avec toi. Tu t’adaptes à ton milieu, et tu t’exprimes selon les ordres que nous te donnons. Parlons alors un peu de ton hôte. Puisque tu t’exprimes, ton hôte a la responsabilité de comprendre comment tu te manifestes. Et ce, de trois façons : psychologique, corporelle et socio-relationnelle. Cela constitue la première étape pour faire baisser la température et t’apprivoiser davantage. Je te présente lucidité.

Ton message vient remplir la fonction d’alerter lorsqu’un besoin, un droit ou une valeur n’est pas respecté chez ton hôte. Tu apparais dès que l’épanouissement de ton hôte bat de l’aile. Mais alors, ne serais-tu pas bienveillante finalement ?

Larousse donne deux définitions intéressantes de l’épanouissement :

  1. Atteindre un stade de développement plein et heureux.
  2. Acquérir la plénitude de ses facultés intellectuelles ou physiques ; être bien dans sa peau, dans son corps.

Tu es donc intimement liée au bien-être de ton hôte. Tu es ce guerrier voulant défendre coûte que coûte ton hôte face au déséquilibre. Mais saches qu’un guerrier ne gagne pas seul une bataille. Tu dois t’associer. J’ai parlé de lucidité. Je t’annonce que tu as également besoin de l’aide de l’intelligence émotionnelle.

Lorsqu’un orage gronde de plus en plus fort au-dessus de notre tête, nous avons pour réflexe de nous mettre à l’abri, en sécurité. Nous l’avons entendu et vu arriver de loin, et nous nous sommes préparés à l’éventualité de se protéger de la foudre. Il en revient de même avec toi, colère. Et lorsque l’orage frappe, il est régulièrement accompagné de précipitations. Voilà donc la tristesse. Plus ton hôte a la lucidité et l’intelligence de te voir et de te sentir arriver, plus il sera prêt à agir en conséquence. Et ce, de manière plus juste. Tes manifestations sont régulièrement similaires, tout comme l’orage. C’est à ton intensité qu’il faut accorder de l’attention. Il faut savoir tout de même que les scientifiques qui t’ont étudié ont remarqué certaines caractéristiques chez toi.

Tes caractéristiques, inspirées du travail de Goulet, Chaloult et Ngo (2017)

Ton hôte a ce que les scientifiques appellent des facteurs prédisposants (antécédents). Le terrain familial est l’un de ces facteurs prédisposants. Dans ces facteurs prédisposants, nous pouvons retrouver également ce que les scientifiques nomment des croyances fondamentales et intermédiaires. Ces croyances poussent ton hôte à agir en fonction de celles-ci. La croyance fondamentale ressemble à « Le monde est dur et régit par la loi du plus fort », ou « Ce monde nous oblige à être dur et exigeant envers nous-même ». 

Ces croyances fondamentales vont amener des croyances intermédiaires. Celles-ci correspondent à ce que Ellis appelle les quatre attitudes dysfonctionnelles : Les exigences (Il faut…), la dramatisation, la non-acceptation, et le jugement global sur la valeur personnelle. Le piège est que plus ces attitudes se manifestent, plus elles détournent la capacité attentionnelle de points pertinents. Voici quelques exemples de pensées correspondant à ces quatre attitudes :

  •  » C’est grave de stagner depuis quelques entraînements…  »
  • « C’est la honte d’être aussi moins que rien, j’étais pas comme ça avant… « 
  •  » Si je ne me mets pas en colère, on va croire que je suis une personne soumise, alors qu’il faut du caractère pour s’affirmer dans le sport de haut-niveau.  »
  • « Il faut que je me mettre en colère quand ça ne va pas, sinon je ne progresserai jamais vers mes objectifs. »
  • « Mais qu’est-ce que je suis nul, ça m’énerve d’être aussi mauvais ! « 
  • « Je dois avoir raison, coûte que coûte. »
  • « Je n’aurais jamais dû perdre contre lui, c’est pas normal ! « 
  •  » Tu ne peux pas comprendre toi, laisse-moi. »
  •  » On dirait un débutant, c’est n’importe quoi ! ça me saoule ! « 

Ces facteurs prédisposants ont pour compagnie les facteurs précipitants (déclencheurs). Ces facteurs correspondent aux personnes ou aux situations te déclenchant. Ainsi, un athlète en situation d’échec peut t’amener sur le devant de la scène.  Se faire chambrer par le public ou par un adversaire, prendre une remarque par l’entraîneur sont autant de situations pour t’exprimer. Et si ce genre d’échec ou de situations se répète, tu risques de ressurgir avec encore plus de véhémence. Voilà donc de bien belles péripéties dans lesquelles tu peux jouer ton rôle à merveille ! Lorsque tu joues ton rôle, tu as la particularité de donner une certaine dose à ton hôte. En fait, plus tu te manifestes, plus tu crées chez ton hôte une sorte de dépendance. Une réaction en chaîne se met en place. Il ne voit plus que par toi pour se sortir de ses problèmes. C’est à ce moment que tu deviens dangereuse. Car tu as peut-être ce rôle de messager, mais non, tu n’es pas la solution à tout. Encore moins quand tu te manifeste de manière inappropriée.

Ainsi, on te remarque à travers les pensées, émotions et comportements de ton hôte. Ces manifestations sont traduites littéralement comme des facteurs perpétuants (consequences). Ce sont des réponses psychologiques. Perpétuer la tradition, c’est réaliser les mêmes actions, en respectant des codes. Avec toi, c’est la même chose. A force d’être répétées, les réactions deviennent de plus en plus automatiques. Ton hôte n’a même plus conscience de tes manifestations. Lorsque nous voyons un sportif s’énervé, nous avons toujours tendance à dire : Cela ne lui ressemble pas. Tu possèdes ton hôte, comme je l’ai expliqué dans mon dernier article sur l’ego.

Mais qu’est-ce qui te met dans tous ces états ?

Comme dit précédemment, les synonymes ne manquent pas pour te qualifier. Ce que tout le monde doit savoir, ce sont les raisons pour lesquelles tu te manifestes. Qu’est-ce qui crée de petites braises, jusqu’à devenir un incendie incontrôlable ? Comme je l’ai mentionné précédemment, lorsque les besoins, droits ou valeurs de ton hôte ne sont pas respectés, cela peut créer un sentiment de vulnérabilité et de manque de contrôle de la situation.

Les Besoins

Dans son livre « le bien-être, ça se travaille », Anthony Mette nous livre 6 catégories de besoins :

  • De survie/sécurité
  • Affectifs et sociaux
  • D’estime
  • D’autonomie
  • De stimulation/créativité
  • Sens

Dans le programme d’autocompassion que j’ai réalisé en 2018, il évoquait des besoins similaires tels que :

  • Être vu
  • Être entendu
  • Être en sécurité
  • Me sentir connecté
  • Avoir de la valeur
  • Me sentir spécial
  • Être aimé

Ainsi, ces besoins, différents selon chacun, doivent être remplis pour que ton hôte puisse s’épanouir dans sa vie. Il est primordial pour l’athlète de prendre conscience de ses besoins pour comprendre ta survenue, colère. Lorsque l’athlète ne sait pas pourquoi tu interviens avec autant de véhémence, il ne sait plus comment diriger sa prochaine action.

Les valeurs

En lien avec les besoins : les valeurs. Ces dernières nous permettent de créer un alignement, un équilibre. Lorsque ton hôte a conscience de ses valeurs, il agit en fonction. Il vise de manière juste. Lorsqu’il s’écarte, il n’est plus pleinement cohérent. En situation d’échec, l’athlète va au fur et à mesure se focaliser sur l’objectif qui n’est pas atteint, donc sur la performance. Va s’en suivre potentiellement des jugements, des critiques. Ces critiques vont te nourrir de plus en plus. Le cercle vicieux de l’ego est enclenché. Lorsque l’athlète est lucide sur ce qui le met en colère, il ne dérive pas de la berge trop longtemps. Il en prend conscience, se recentre sur ses valeurs et recherche des solutions. Par exemple, une athlète rencontrée en séance m’a fait part de ses trois valeurs : Bienveillance, générosité et tolérance. En situation difficile, elle s’est rendu compte que tu l’écartais de ses valeurs en venant jouer les trouble-fêtes. Les jugements qu’elle s’infligeait allait à l’encontre de sa valeur : Bienveillance.

Les droits

Pour terminer ta présentation, je souhaiterais parler « des droits indispensables à l’épanouissement » de chacun. Ils te guident, colère, à te manifester pour des raisons justes et de manière appropriée. Ces droits ont été adapté et listé par Chaloult et ses collaborateurs en 2018 concernant l’affirmation de soi:

  1. Le droit de promouvoir sa dignité et le respect de soi sans porter atteinte aux droits des autres
  2. Le droit d’être traité avec respect
  3. Le droit d’être heureux, satisfait et fier de soi
  4. Le droit de ressentir et/ou d’exprimer des émotions
  5. Le droit de demander ce que l’on désire
  6. Le droit de dire non et de ne pas se sentir coupable
  7. Le droit de demander de l’information
  8. Le droit de prendre du recul et de réfléchir avant d’agir
  9. Le droit de changer d’idée
  10. Le droit d’en faire moins qu’on est humainement capable
  11. Le droit à l’erreur
  12. Le droit de ne pas s’affirmer

L’affirmation de soi : exprimer sa colère de manière adéquate vers soi

Avant de présenter quelques pistes de travail, je tiens à répéter qu’il n’y a pas de remède miracle. La gestion de la colère nécessite de la patience et du travail. Le préparateur mental ne vient pas changer du jour au lendemain une réaction automatique bien ancrée. Ton hôte a donc la responsabilité, s’il veut changer, de mettre en place quotidiennement des petites actions. La répétition va, en quelque sorte, reprogrammer le cerveau. S’appuyant sur les droits cités ci-dessus, voici quelques pistes d’exercices. J’approfondirai ensuite sur un exercice fondamental à mettre en place au quotidien.

Ton hôte peut travailler sur ses motivations à vouloir te gérer dans des situations difficiles. Il peut présenter les avantages et craintes du changement. Ce dernier exercice est important car il permet de normaliser les craintes de ton hôte. Tu possèdes tellement ton hôte qu’il a l’impression qu’une partie de lui même va s’en aller. Cela l’inquiète. La croyance fondamentale que la colère est indispensable pour obtenir ce que nous souhaitons persiste dans le temps. Il est important pour le préparateur mental de rassurer ton hôte. Non, tu ne t’en ira pas, colère. Tu seras plutôt devenu comme un animal domestique. Aussi, lister les situations dans lesquelles tu te déclenches est indispensable. Ton hôte peut évaluer ton intensité sur 10, en fonction des différentes situations. Si ton intensité est trop forte (10/10), il est plutôt conseillé de fuir la situation (time out), plutôt que de causer des dégâts irréparables. D’autres exercices telles que l’exposition en imagination et l’exposition in vivo, permettent à ton hôte de te rendre de plus en plus docile.

Un exercice à mettre en place au quotidien : La méthode RAIN.

Avec cette méthode, l’objectif est de saisir les pensées et émotions au moment tu te déclenches, colère. Ceci, dans le but de casser la chaîne d’associations négatives et de réactions automatiques dysfonctionnelles. Cette méthode est un exercice de méditation de pleine conscience. Pour vous entraîner et assimiler cette méthode, je vous encourage à réaliser la méditation « RAIN » dans le programme STRESS sur l’application Petit Bambou. Voici ce à quoi correspond cet acronyme :

Reconnaître : Le premier pas vers le contrôle des émotions est le niveau de conscience (ou niveau d’attention). Il faut reconnaître et localiser l’émotion dans le corps. Il est possible de remarquer que toi colère, tu t’associe avec des pensées. Plutôt que de chercher à les fuir ou les repousser, il est recommandé pour ton hôte de les reconnaitre avec curiosité et bienveillance. Plus le niveau d’attention est élevé, plus ton hôte sera précis sur la description de tes sensations. Cette première étape concerne le droit n°8. Ainsi, prendre conscience des manifestations psychologiques et corporelles va amener ton hôte à faire du lien. Plus il aura de connaissances sur toi, plus il te connaîtra. Tu ne seras plus un étranger. En te ressentant et en t’identifiant sur l’instant T, ton hôte sera plus à même d’agir. Cependant, d’autres étapes sont à réaliser avant d’agir.

Accepter : L’acceptation désigne le fait de s’ouvrir à tout ce qui surgit en nous, instant après instant. Je vous ai fait part de sa définition dans ce dernier article. Cette seconde étape nécessite d’être OK avec la situation et l’émotion ressentie. Ton hôte accueille, sans résister, les manifestions psycho-corporelles. Le niveau d’acceptation permet d’être avec la situation désagréable, sans qu’elle ne submerge. C’est laisser être, sans ajouter de jugements, d’autocritiques. Oui colère, tu fais partie de la vie, pas besoin de te repousser.

Investiguer, explorer : Cette troisième étape consiste à « se tourner vers ». Ton hôte t’affronte avec douceur en identifiant ta source, colère. Comme un détective, il enquête sur la façon dont il perçoit les choses. Il vous peut-être identifier un besoin non satisfait ou une de ses valeurs n’étant pas respectée. Lors de cette étape, il ne s’agit pas de chercher trop longtemps la source. En compétition, vous ne pouvez pas vous le permettre. Mais plus ton hôte aura une connaissance de soi accrue, plus il identifiera rapidement la source. Cette étape consiste également à noter ce qui se démarque, ce qui change ou qui s’arrête lorsque ton hôte a effectué les deux premières étapes avec succès. Peut-être que les pensées se calment et que les sensations s’adoucissent. Le feu réduit. La braise s’éteint. Ton hôte peut alterner entre « se tourner vers » et s’ancrer. « Se tourner vers » permet d’en apprendre sur l’émotion alors que l’ancrage permet de garder une stabilité d’esprit et une tranquillité (exemple avec le souffle).

Ne pas s’identifier : Suite aux trois premières étapes, ton hôte peut maintenant prendre de la distance avec toi, colère, et les pensées associées. Car non, colère, tu ne représentes pas l’identité de ton hôte, avec les jugements et autocritiques qui peuvent t’accompagner. Ton hôte peut reprendre l’une de ses pensées et ajoutez « J’ai la pensée que » devant. Ou bien, il peut nommer ses pensées avec un titre d’histoire, en y ajoutant de l’autodérision. L’humour rend léger tout ce que tu rends sérieux !

A cet instant, ton hôte ressent davantage de calme. Vous pouvez agir à l’extérieur en harmonie avec ce que vous êtes à l’intérieur.

Je conseille à ton hôte de pratiquer des pauses « RAIN » trois fois/jour afin de se familiariser avec cette méthode. Peu importe si c’est toi, colère, qu’il ressent, ou bien joie, ou tristesse. La méthode est la même pour chaque émotion. Il s’entraînera ainsi à être plus alerte et lucide sur ce qu’il ressent, pour répondre à la situation de manière juste.

L’affirmation de soi : exprimer sa colère de manière adéquate vers les autres

Te gérer, colère, est important pour ton hôte personnellement, mais aussi pour son entourage. Car il ne faut pas oublier que les autres ont aussi des droits (droit N°1 et N°2). Ainsi, ton hôte a la responsabilité de te gérer pour ne pas créer de conflits. L’entraîneur, les proches ou les partenaires n’ont pas à recevoir, à répétition, tes coups. Il est possible pour ton hôte de crier, mais ce cri doit être fait à bon escient. Il est aussi possible de respect de s’exprimer, mais de manière approprié (droit N°4). Voici un petit exercice à mettre en place lorsque ton hôte rencontre une situation difficile avec une personne. Cet exercice est bon outil à mettre en place pour accorder la relation entraîneur/entraîné :

  • « Quand… (l’interlocuteur décrit objectivement le comportement de l’autre).
  • «…les effets sont… (l’interlocuteur décrit quel est l’effet concret du comportement de l’autre sur sa vie ou ses émotions).
  • «…je ressens… (l’interlocuteur décrit ses émotions).
  • «…je préfèrerais… (l’interlocuteur décrit ce qu’il désire à l’avenir).

Lorsque tu interviens colère, il est pertinent pour ton hôte d’activer le droit N°7 (Demander des informations). Car il peut arriver que ton intensité est telle que cela empêche ton hôte de trouver ses propres solutions. L’avis d’un partenaire ou d’entraîneur est le bienvenu. A condition d’être en capacité d’écouter. Tu as la particularité de fermer les canaux sensoriels liés à l’extérieur. Ton hôte n’entends que ses pensées et ses sensations. Apprendre à écouter permet à ton hôte d’y voir plus clair grâce à l’intervention d’un tiers.

La communication dans la relation entraîneur/entraîné est primordial pour l’épanouissement de chacun. Il en va donc d’être sincère, précis et authentique. Il est préférable d’utiliser le « Je », sans accuser l’autre de quoi que ce soit. L’accusation déclenche le système de défense, et donc potentiellement la colère. Il est aussi important de comprendre la cause (cf. besoins non satisfaits) et de garder le focus sur l’objet de ta survenue, colère.

CONCLUSION

Savoir mieux te gérer, colère, permet de prendre soin de soi et des autres. Il est important pour ton hôte d’être patient et persévérant. Ses motivations à t’apprivoiser vont lui permettre d’avancer pas à pas. La reformulation de ses croyances en des croyances plus adaptées peut lui permettre de créer des brèches de changement. Créer une nouvelle relation avec toi permet d’établir une nouvelle relation avec soi et les autres. Cela déclenche des opportunités.

Il va de soi que ce ne sera pas un chemin linéaire. Il y aura toujours des moments où tu apparaitras. Tu fais partie de la vie. Qui plus est dans la vie d’un athlète où la recherche de progression est constante. Ce n’est pas grave. Tu as aussi ton utilité. Tu es nécessaire dans notre quotidien. Il suffit juste de te comprendre pour te piloter plus facilement. Cela évitera des sorties de route et améliorera l’équilibre de ton hôte. Te maîtriser, c’est aussi et avant tout s’accorder les droits N°11 et N°3 : Le droit à l’erreur et le droit d’être heureux, satisfait et fier de soi.

Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau professionnel Focus Consultant.

Le perfectionnisme (3/3) : 10 étapes pour créer un équilibre

« La seule façon de sentir des choses nouvelles, c’est de faire du nouveau dans ta façon de les sentir. » Pessoa

Je vais contrôler ce que je peux contrôler, sans m’occuper du reste. C’est-à-dire que je vais me concentrer sur mes intentions, aiguiser ma préparation mentale et gagner en confiance en ne me préoccupant plus des statistiques ni du résultat. en substance, le processus est plus important que le résultat. » Jonny Wilkinson

1. Prenez conscience de votre fonctionnement

« La méditation, c’est juste le courage d’être silencieux et seul. Tout doucement, vous commencez à ressentir une nouvelle qualité en vous, une nouvelle vivacité, une nouvelle beauté, une nouvelle intelligence, qui n’est emprunté à personne, qui grandit en vous. Elle a ses racines dans votre propre existence. Et si vous n’êtes pas un lâche, elle fleurira, elle donnera des fruits. » Osho

J’aime la franchise d’Osho. J’aime son petit côté percutant qui vous pousse dans vos retranchements. Il est bon d’amener de la conscience car les personnes ne savent que très peu comment elles fonctionnent. Comme des automates, elles répètent des schémas de pensées et d’actions sans en avoir conscience. Pour en prendre conscience, la méditation de pleine conscience est un outil formidable. Pour autant, il est très difficile pour un athlète perfectionniste de se poser, dans le silence, et de méditer. Votre besoin d’agir et de trouver des réponses rapidement vous pousse à ne pas prendre ce temps nécessaire. Il existe un risque que vous puissiez vous tromper dans la perception de ce qu’est réellement la méditation de pleine conscience. Au lieu de vivre l’expérience, vous attendez des réponses de la méditation. Vous intellectualisez les séances de méditation pour répondre à la soif de connaissances. Vous n’utilisez pas la méditation comme source de connaissance de soi mais dans l’attente implicite qu’elle réponde (rapidement) à la quête de la perfection et de la performance. Comme la méditation ne donne pas de réponses claires et rapides, vous pouvez vous frustrer (sans faire l’expérience de la frustration), abandonner et dire : « ce n’est pas suffisant ». Il est donc important de bien mesurer vos attentes et de comprendre que la méditation n’est rien d’autre qu’un entraînement à diriger votre attention dans le moment présent, sans juger, vers un point de focalisation (souffle, pensées, bruit, sensations corporelles, etc.). C’est un outil important pour ce que la science appelle la métacognition. Elle permet de prendre conscience de son fonctionnement, de ses pensées, de ses émotions, de leur naissance dans le corps, de repérer les manifestations de l’ego. Le but suivant est à chaque fois d’accepter leur passage, et de revenir avec douceur et détermination à ce qui est essentiel (le point de focalisation). Vous pouvez passer par cette métacognition, illustré par cet exemple lorsque vous êtes en situation d’échec : « J’ai la pensée que je suis nul », « Je ressens la tristesse dans le visage, au niveau des yeux », « je ressens de l’abattement avec ma tête baissée, et que je vois le sol », « je suis conscient que mon perfectionnisme se manifeste », « Je me recentre sur ma respiration », « Je reviens à ce que je dois faire ». Vous êtes l’observateur et guidez votre attention en fonction des manifestations psychocorporelles, puis prenez la décision en conscience de revenir à ce qui est essentiel. La métacognition est superbe dans ce qu’elle nous apprend sur l’instant T. Elle permet de ne pas réagir inconsciemment mais plutôt de répondre avec lucidité.

Si la méditation devient une source d’inconfort important pour votre profil « perfectionnisme dysfonctionnel », la possibilité est plutôt de passer sur un journal d’auto-observation. Ce journal, à remplir quotidiennement, peut vous permettre de prendre conscience de vos manifestations psychocorporelles dans des situations spécifiques, qu’elles soient agréables ou désagréables. Ce genre d’exercice peut se faire grâce à un petit moment de silence. Désorientant au départ, le silence permet de prendre conscience de son fonctionnement et de comprendre aussi à quel point les distracteurs internes et externes influencent notre attention. Ces distracteurs empêchent de réfléchir sur soi, avec lucidité. Des œillères tomberont certainement à l’issu de ce moment de pause haut combien utile pour l’écoute de soi. Cela vous permettra d’amener du rationnel dans l’émotionnel.

2. Construisez une identité solide

Le détail se loge dans l’amour que le perfectionniste est capable de s’accorder. Tant qu’il n’est pas capable de s’aimer, il pensera qu’il est aimé pour ses performances. S’aimer commence par s’accepter. S’accepter, c’est vous voir tel que vous êtes. Il n’y a pas de faux semblant à adopter, ni de rôle créé par l’ego. Vous êtes celle ou celui que vous êtes, avec votre histoire, vos gênes, votre éducation, vos qualités et fragilités. Vous faites preuve de bravoure à être simplement qui vous êtes. Vous reconnaissez vos réussites, vos succès, vos qualités, vos moments de flow. Car oui, vous avez ce mérite d’avoir réussi ces choses ou d’avoir développé vos qualités jour après jour.

Ce qui importe est également de prendre conscience de vos valeurs. Ces valeurs vous guident dans votre pratique. Il est important de bien les identifier car elles sont l’essence de votre moteur. Elles vous font avancer vers vos objectifs, de manière cohérente et alignée. Elle vous procure un sentiment de confiance.

3. Apprenez à réguler vos émotions

L’habileté de régulation des émotions est une étape indispensable. Plus vous maîtriserez vos émotions, plus vous aurez la capacité d’agir de manière pertinente. Sachant que le perfectionnisme dysfonctionnel provoque l’apparition d’émotions à une intensité particulièrement élevée, vous devez être patient et persévérant dans ce travail. Vous n’aurez pas de réponse concrète directement. Faites une croix là-dessus. Dès lors que vous avez fait le deuil d’une réponse directe, vous pourrez travailler avec curiosité sur vos émotions. Par exemple, la colère est une émotion primaire demandant beaucoup d’investissement car elle engendre des réactions automatiques agressives. Il est parfois difficile de se défaire de ce seul moyen de défense acquis durant tant d’année. Par un protocole efficace, vous apprivoisez votre colère afin de comprendre les besoins sous-jacents.

Vous apprenez également à ne plus accorder une importance disproportionnée à vos peurs. En les identifiant, vous reconnaissez les manifestations psychocorporelles qui en découlent et apprenez à les accepter.

4. Cultivez l’humilité

« Maintenant, mon idée de la perfection est bien différente, elle gît sans aucun plan, n’attend aucun résultat. Je ne peux pas laisser le seul résultat exprimer ce que je suis, en bien comme en mal. » Jonny Wilkinson.

Dans la quête disproportionnée de la perfection, il en va de votre survie quant à l’image que vous renvoyez. Fort et parfait. Le perfectionniste fonctionnel accepte d’être vulnérable. Vous n’êtes plus gouverné par votre orgueil mais votre humilité. Vous voyez de manière objective et réaliste les zones de progression. Vous vous sentez à votre juste place, sans devoir batailler avec une pression intérieure ou pour paraître fort. L’humilité n’est pas une posture à adopter comme par magie, elle s’incarne réellement et demande de la pratique et de l’entraînement. Tous ce qui fait front à l’ego demande du travail et de l’entraînement. Cultiver l’humilité permet avant tout de stabiliser l’estime de soi en vous reconnaissant comme tel, sans devoir vous montrer à chaque moment sous votre meilleur profil. Comme le dit Christophe André, c’est « ne plus se soucier de l’effet que l’on fait. » En vous exerçant à l’humilité, vous optimisez la maîtrise de soi plutôt que la recherche d’un idéal. Pour un athlète avec un ego très développé, cela peut demander beaucoup de temps.

En cultivant l’humilité, vous êtes bien plus libre car vous lâchez prise avec l’ego. En vous reconnaissant à votre juste place, vous ouvrez la possibilité d’être créatif et à agir de manière neuve. Certains pensent que l’orgueil est plus important, sinon ils laissent place à la médiocrité. Mais l’humilité n’est pas cela. C’est simplement accepter d’être à cet instant comme tel. Sans résister. Il n’est plus question de défendre coûte que coûte votre image. Comme je le disais précédemment, apprendre à ne pas juger est important. Et ce, pour tendre vers l’humilité. Vous adoptez la posture d’un observateur scientifique, plutôt qu’un juge, sans foi ni loi. Vous ne faites qu’observer ce que vous faites et ce qu’il se passe. Pas de remise en question, juste de l’observation neutre et objective.

5. Changez votre perspective de l’échec

 » L’échec est le contraire de la réussite, mais c’est un contraire dont la réussite a besoin. » Charles Pépin

Le perfectionnisme fonctionnel a un autre rapport à l’échec. Ce dernier est perçu comme des étapes nécessaires à la progression, sans pour autant être facteur de remise en question de l’identité globale de l’athlète. L’échec n’est plus perçu comme total, global et général. L’athlète a la capacité de percevoir ce qu’il a réussi dans cette situation d’échec et ne le généralise pas à tous les domaines de sa vie. Cette perception peut venir à la suite de cette question : Est-ce qu’il se passe réellement quelque chose de grave à la suite d’un échec ? Le sentiment de toute-puissance, cherchant à tout contrôler pour éviter de subir un échec, se calme. Vous prenez finalement conscience que les échecs ont une fonction cachée : Vous montrer que vous pouvez devenir meilleur. Vous connaissez peut-être cette citation de Michael Jordan, célèbre basketteur américain : « j’ai raté 9000 tirs dans ma carrière j’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois virgule on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et je l’ai manqué. J’ai échoué encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi. »

6. Soyez objectif

« Je dois reconfigurer mon cerveau afin de voir les choses de façon plus constructive. »

Elle peut également venir à la suite d’un travail de réflexion sur l’utilité de l’autocritique, très compulsive chez le perfectionniste. Apprendre, petit à petit, à reconnaître que vous êtes responsable d’une grande partie de la production de vos souffrances est un élément important. Il n’y a pas besoin de s’accuser d’être responsable. Juste en prendre note. Ses souffrances passent donc par l’autocritique qui amplifie régulièrement ce qu’il s’est réellement passé et ajoute un poids. Cette autocritique apparaît couramment lors de comparaisons aux autres. Ce que je vous propose n’est plus de vous comparer mais de vous inspirer des plus grands. Cette notion subtile est importante. S’inspirer des plus grands permet de comprendre le cheminement de leur travail. S’inspirer des plus grands ne donnent pas lieu à une comparaison car le fossé est trop grand. Il en va simplement de l’admiration. Il n’y a que du positif à observer les plus grands. L’absence de comparaison amène aussi à juste faire les choses. Simplement. Les jugements et commentaires sur tout ce que vous produisez par rapport aux autres s’estompent petit à petit. Ils sont toujours audibles intérieurement mais ne viennent plus perturber votre attention.

Pour travailler votre autocritique, j’insiste sur la reconnaissance des faits de manière neutre et objective. Il n’y a plus de jugements de valeurs. Juste la description de ce qu’il se passe. Par exemple, un athlète pourra se dire en fonction d’une situation d’échec : « Quand je vois à quel point je suis mauvais en ce moment, je me demande si je suis vraiment fait pour ce sport… » ou « OK, ça ne fonctionne pas en ce moment, je sais que je peux me critiquer si ça se répète, je vais me poser et demander conseils aux autres. » Le poids des mots que vous utilisez influence grandement vos futures actions. Ainsi, soyez vigilant si vous vous montrez trop ferme, catégorique et définitif. C’est ce que veut le jugement. Dire si cet événement est noir ou blanc. Dire si vous êtes bon ou mauvais. Avec le jugement, il n’y a pas de place pour l’entre-deux. Rappelez-vous d’être l’observateur, pas le spéculateur.

Apprendre le non-jugement est un principe essentiel pour un athlète perfectionniste. Cet apprentissage offre la possibilité de ne pas tout remettre en question à chaque fois qu’un échec se présente. Ou qu’une réussite n’est pas encore suffisante. Le flux de jugements maintient une pression intérieure. Apprendre à le reconnaître et à s’en détacher optimise le vécu de chaque situation de la vie. Il en va de l’athlète de juste faire, au lieu de se juger constamment. Juste faire. 

7. Développez l’autocompassion

« N’oubliez pas que si vous voulez vraiment vous motiver, l’amour est plus puissant que la peur. »

L’autocompassion nécessite d’établir une nouvelle relation avec nous-même et paraissant à priori mystérieuse, voir gênante. Il n’est pas habituel de se donner de l’amour et de la bienveillance lorsque vous êtes en situation de souffrance. La place est plus souvent donnée à l’autoflagellation, l’autocritique, l’autojugement. Dans votre pratique, il est souvent nécessaire de donner le meilleur de soi-même et de toujours vouloir progresser. Vous avez le choix de prendre la décision de progresser dans un esprit bienveillant ou malveillant vis-à-vis de vous-même. L’autocompassion a prouvé dans les recherches scientifiques qu’elle permettait de mieux rebondir après un échec et de persister dans l’effort, d’être en phase avec les motivations intrinsèques permettant ainsi de prendre plaisir et de progresser sainement. Elle est aussi liée à une augmentation des états mentaux positifs comme la satisfaction de la vie, le bonheur, la connectivité, la confiance en soi, l’optimisme, la curiosité t la gratitude. Elle permet de réduire les états mentaux négatifs tels que l’anxiété, le stress, la rumination, le refoulement, le perfectionnisme, la honte et d’un point de vue psychopathologique, la dépression.

8. Travaillez la confiance en soi

Ce travail vient plutôt s’ancrer dans la préparation à la compétition. La confiance en soi est votre croyance en vos capacités afin de réaliser une certaine tâche. Elle est intimement liée à l’action. Ainsi, développer un sentiment de confiance passe par l’expérience. En premier lieu, il est possible d’identifier les situations dans lesquelles vous avez ressenti de la confiance et ce calme intérieur. Les plus marquantes sont les situations de flow, cet état de grâce si singulier. Une fois les situations identifiées, il est possible d’ancrer ce sentiment de confiance chez vous grâce à un travail d’imagerie mentale et d’ancrage. Ainsi, vous allez visualiser une situation où vous avez ressenti de la confiance et dans laquelle tout vous a réussi. Vous allez visualiser le lieu, les personnes, le matériel utilisé. Vous allez mobiliser vos sens. Vous allez également vous focaliser sur les pensées, émotions, et sensations corporelles associées à la situation. Ce travail d’ancrage peut vous permettre d’associer la situation à une ancre, tels qu’un mot clé, un geste, une image positive. Ce travail d’ancrage, si il est répété et travaillé à l’entraînement, vous permettra d’aborder les situations de compétition avec le plein de confiance. Ou bien de répondre à des situations compliquées. Le mot clé, le geste ou l’image utilisée vous permettra d’insuffler ce sentiment de confiance et de vous focaliser sur ce que vous devez faire. Cette ancre vous permet de rester dans le moment présent, conscient de vos qualités et vos forces pour répondre à n’importe quelle situation.

9. Etablissez une relation authentique avec les autres

« Quand je souligne que je ne suis pas en grande forme en ce moment, c’est comme un grand vent d’air frais. Le joueur m’avoue qu’il éprouve lui-même de grandes difficultés. Je tiens la preuve que je ne suis pas le seul dans mon cas, Dieu merci. »

Un perfectionniste fonctionnel n’étant pas inquiet de ne pas atteindre la perfection, il engage une nouvelle relation avec les autres. Vous ne vous sentirez pas dans l’obligation de vous défendre coute que coûte mais serez plutôt à l’affût des conseils et des feed back de votre entraîneur ou des partenaires. L’ego ne cherche plus à imposer un profil parfait. Et cela fait une différence importante dans la relation aux autres. Ils ne subissent plus vos foudres. Un dialogue s’installe. Ils affinent vos ressentis, vous offrent leur opinion, et vous donne la possibilité de vous positionner selon votre choix final. Car le maître à bord, c’est bien vous. Il s’agit aussi pour votre entraîneur, vos partenaires ou vos proches de comprendre votre profil perfectionniste. Ainsi, ils sauront à quel moment il est pertinent de vous donner des réponses. Mais aussi de vous laisser dans vos incertitudes, pour qu’émane une réflexion de votre côté et un travail de lâcher prise. Ils sauront également identifier vos émotions et les comportements associés, sans pour autant se sentir offensé ou remis en question. Ils ne seront plus autant déstabilisés par vos potentiels saut d’humeur lié à la performance. Ils ne prennent pas personnellement mais comprennent le fonctionnement du perfectionniste pour l’amener à changer de point de vue, de façon noble et sans agressivité. Plutôt que de la tension, prendre place davantage d’apaisement et de sérénité.

10. …POUR VOUS OUBLIER ENSUITE

S’oublier de temps à autre, c’est accorder une réelle attention à ce qui vous entoure et aux autres, sans rien attendre en retour. Comme je le disais précédemment, il est bon de juste faire. Ou juste écouter. Ou juste s’intéresser aux autres. La quête disproportionnée de la performance pousse l’ego à prendre trop de place. S’oublier signifie de faire taire de temps à autre cet ego pour vous intéresser sincèrement, avec authenticité. Vous avez de la gratitude pour ce qui vous entoure. Vous prenez le temps de parler aux autres et de les écouter, sans faire intervenir votre « MOI ». Avoir la capacité de s’oublier de temps à autre est le signe d’une stabilisation de l’estime de soi. Vous ne cherchez plus l’approbation dans les yeux des autres, car vous avez fait le travail de vous accepter vous-même. Vous vous rendez peut-être compte dans un même temps dans vos échanges que vous n’êtes pas seul à vouloir rendre les choses parfaites. Ces moments révèlent votre humanité partagée. Une humanité imparfaite, mais satisfaisante pour ce qu’elle offre. Vous reconnaissez à ce moment que vous avez fait un long chemin pour hisser le drapeau blanc avec vous-même, synonyme de paix. La valse entre le perfectionnisme dysfonctionnel et le perfectionnisme fonctionnel calme ses pas. Un accord tacite est signé entre l’ego et l’estime de soi. Pour votre plus grande satisfaction.

BONUS : Conseils de lecture

Résumé du livre : Jonny Wilkinson, Mémoires d’un perfectionniste

La carrière de Jonny Wilkinson a traversé trois décennies et quatre coupes du monde. Il a accumulé un record de points marqués, d’os brisés, d’actions hors du commun et un drop goal qui le fit définitivement entrer dans la légende du sport. Dans son autobiographie, le joueur révèle l’incroyable travail qu’il a dû mener sur lui-même pour arriver à l’apogée de son art. Cette quête permanente de la perfection et ce qu’il considère comme un comportement trop amateur de la part de ses coéquipiers ou entraîneurs lui vaudront souvent des rapports tendus avec les siens. Au sommet de la gloire, il en redescendra dans les tourments de l’angoisse, et même de la dépression. Des moments qu’il évoque avec franchise et courage.

Résumé du livre « Nouvelle Terre » de Eckhart Tolle, sur l’ego

Fort du fantastique succès de son ouvrage « Le pouvoir du moment présent », Eckhart Tolle propose aux lecteurs un nouveau livre dans lequel il jette un regard honnête sur l’état actuel de l’humanité. Il nous implore de constater et d’accepter que cet état, fondé sur une identification erronée à l’ego et au mental, frôle la folie dangereuse. Cependant, l’auteur affirme qu’il y a aussi de bonnes nouvelles, sinon même une solution à cette situation potentiellement désastreuse. Aujourd’hui, plus qu’à tout autre moment de l’histoire, l’humanité doit saisir l’occasion qui lui est offerte de créer un monde plus sain et plus aimant. Cela nécessitera la transformation intérieure radicale d’une conscience propre à l’ego vers une conscience totalement nouvelle.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel, Focus Consultants.

Le perfectionnisme (2/3)

En psychologie du sport, il existe deux types de perfectionnisme : le perfectionnisme fonctionnel et le perfectionnisme dysfonctionnel (ou névrotique). Ces deux formes de perfectionnismes se chevauchent et viennent influencer l’une et l’autre chez un même athlète. Vous avez pu identifier les caractéristiques et pièges du perfectionnisme dysfonctionnel dans le premier article. Dans l’article suivant, vous retrouverez la face positive du perfectionnisme et ce qui le caractérise. Lorsque les athlètes perfectionnistes sont centrés sur ce côté fonctionnel, leur santé mentale est davantage préservée. Ils progressent dans une atmosphere intèrieur plus sereine.

Quel est le rôle de l’effort, et de la conscience ? Quelles sont les stratégies adoptées par rapport au profil dysfonctionnel ? Quelles conséquences cela a-t-il sur les émotions ? Quelle est finalement la base de la pratique du perfectionniste ? Ce sont autant de sujets liés au perfectionnisme fonctionnel que vous allez découvrir.

Le perfectionnisme fonctionnel

Don’t worry, be happy

Le perfectionnisme dysfonctionnel prenant généralement le dessus, je vois plutôt le perfectionnisme fonctionnel comme la partie immergée de l’iceberg. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’intellect ce que le perfectionnisme fonctionnel est au cœur et à la confiance. Le perfectionnisme dysfonctionnel est à l’ego ce que le perfectionnisme fonctionnel est à l’expérience. Il faut apprendre à canaliser le premier pour permettre au second d’éclore. Il faut apprendre à se désidentifier de l’ego pour être une nouvelle personne, à chaque instant. Car non, l’ego, ce n’est pas vous, bien qu’il vous fasse penser le contraire. Un sentiment d’harmonie se crée à cet instant.

« Il ne faut pas se leurrer. Je sais que je serai toujours tendu comme une arbalète avant un match et frustré comme personne à la fin. Mais au moins, je commence à percevoir le monde tel qu’il est et la place que j’y occupe. Je vois qu’il y a quelque chose de plus profond, de plus important et de plus durable que le jeu ou que moi-même. » Jonny Wilkinson

Sur ce versant du perfectionnisme, vous avez un goût prononcé pour l’effort, le progrès, la recherche de solutions, dans l’espoir de réussir. Cela génère un sentiment de confiance de soi, utile pour aller vers de petites et grandes réussites. Ces dernières alimentent au fur et à mesure le sentiment de confiance en soi. Bonjour cercle vertueux. Dans l’effort, l’ego n’est plus présent. L’énergie consommée est utilisée à bon escient et se focalise sur le dépassement de soi. Il est davantage question de courage plutôt que d’incertitude. Malgré la présence de cette dernière, vous faites l’expérience. Cela est sans doute coûteux pour vous. Mais vous faites le choix de l’expérience plutôt que la connaissance pure, parfois illusoire. L’expérience apporte la réalité et la vérité. Et l’effort naît dans l’expérience. Le renoncement dû à la détresse émotionnelle ne fait plus parti du vocabulaire. L’instinct premier est d’être dans l’effort sans se remettre en question de manière globale. Et ce, même si vous trébuchez encore et encore. Vous avancez plus sainement. Cette notion d’effort démarre très tôt dans votre vie, comme le déclare Jonny Wilkinson : « La plupart des garçons essaient une fois ou deux puis il passe à autre chose, que la balle passe, ou pas. En ce qui me concerne, je ne peux pas me contenter de ça. Je ne me lasse pas du plaisir simple de frapper dans une balle. Je continue encore et encore. Je peux taper des drops ainsi sans m’arrêter pendant une demi-heure, une heure. J’ai sept ans et j’ai trouvé un endroit à moi ou je peux répéter ce geste indéfiniment. »

La conscience

« Je comprends que je suis en train de me connaître de façon plus intime, en d’autres termes, j’approche ma spiritualité et cela est plus important que de m’épanouir sur un terrain de rugby. Et, ce n’est pas trop tôt, je commence à reprendre des forces, tout en découvrant une infime partie de moi-même dont j’ignorais tout. » Jonny Wilkinson

Je pense que je ne parlerai jamais assez de la conscience que vous mettez dans vos actions, accompagnées de vos intentions. L’inconscience est pertinente pour des gestes automatiques, qui vont faciliter la performance. Mais elle est aussi source de grand désarroi lorsqu’il s’agit des pensées et émotions vous faisant agir n’importe comment, sans que vous ayez le sentiment de contrôler quoi que ce soit. Amener de la conscience dans ce que vous faites, c’est faire le choix de poser votre attention sur ce qui est bon et utile pour vous. Vous n’êtes pas guidé par des pulsions de l’ego puisque vous êtes le maître à bord. Jonny Wilkinson fut stupéfait lorsqu’il pris conscience de ses pulsions liées à l’ego :

« Quel choc. Quelle incroyable pensée. Je comprends si bien. Surtout si je rapporte cela au rugby. Avant les matchs, je me soucie de ce qu’il va bien pouvoir arriver et de tout ce qui pourrait aller de travers, ainsi que de mon besoin de perfection. Mais je ne me sens pas mieux pour autant. Je me tue à réfléchir en boucle sur ce que j’aurais dû faire de mieux et comment cela aurait pu changer le cours du jeu. »

La conscience vous permet d’amener votre attention sur l’effort que vous produisez. Vous êtes dans le défi plutôt que dans la peur. L’effort vous permet d’aller vers vos normes de performances très élevées en étant orienté vers la tâche. L’effort se trouve par essence dans l’action que vous produisez pour progresser. L’effort se moque de la conclusion car ce qui compte pour lui est maintenant. C’est ce lancer, cette foulée, ce tir, cette frappe, ce saut, cet appel/contre-appel, ce coup de rame. L’effort se mélange avec les éléments et est pleinement focus grâce à vos sens en éveil. Ces derniers sont orientés vers la pratique, pas vers des scénarios catastrophes. L’effort rend vigilant et vous pousse à répondre avec votre cœur. Ce cœur qui bat pour ce que vous êtes, pas pour ce que les autres veulent que vous soyez. Vous n’êtes plus inquiet de ne pas atteindre la perfection. Vous vivez l’expérience et ne résistez plus aux tourments de l’ego.

Les stratégies d’adaptation

« J’aspire toujours à la perfection parce qu’elle me donne la possibilité d’être au-dessus des autres sur le terrain. Je comprends mieux que je ne suis pas parfait et je m’y fais très bien désormais. » Jonny Wilkinson

N’étant pas centré sur vos inquiétudes, vous faites preuve de flexibilité. En ce sens, la rigidité du perfectionnisme dysfonctionnel se transforme en une capacité d’adaptation chez le perfectionnisme fonctionnel. Le besoin de contrôle est toujours omniprésent, mais diriger d’une manière plus efficiente. Cela réside dans le contrôle de vos émotions, pour agir rationnellement. Les peurs sont identifiées et ne prédominent plus. L’estime de soi n’est pas fragilisé par les coups de boutoirs de vos jugements et vos autocritiques. Elle se stabilise grâce à une réorientation de votre attention vers ce que vous faites. Grâce à cela, votre valeur personnelle n’est pas remise en question à chaque fois que vous échouez. Vous vous connaissez davantage et cela fait la différence.

En termes d’objectifs, vous établissez, selon le modèle 2×2, des objectifs plus sains pour votre progression :

  • Approche-performance qui est votre motivation pour démontrer une compétence normative (par exemple, atteindre 95% de réussite en pénalité en match)
  • Approche-maîtrise représentant votre motivation pour atteindre une compétence absolue ou intrapersonnelle (par exemple, maîtriser le coup de pied à 45m des poteaux).

Concernant les objectifs, Jonny Wilkinson répertoriait tout dans un cahier. Lorsqu’il était enfant, ses objectifs étaient même illustrés par des dessins, modélisant ses pénalités entre les poteaux. Il prenait également des notes sur ce que les meilleurs joueurs faisaient pour les imiter. Comme il dit « Tout ce que je veux, c’est copier ce geste. Je sais que je dois taper aussi bien de mon pied droit que du gauche, je veux que ce soit aussi parfait. » Et il répétait les gestes, inlassablement. Avec un ballon, ou n’importe quel matériel qu’il avait sous la main. Ce qui comptait pour lui était de continuer à s’entraîner pour remplir ses objectifs élevés. Et vous, utilisez-vous un cahier pour mettre vos objectifs au propre, afin d’avoir une vision claire de ce que vous souhaitez réaliser ?

En bon perfectionniste, votre stratégie est aussi de préparer consciencieusement votre match ou votre compétition selon un ordre d’actions très précises. Car oui, votre esprit ne vous laisse jamais tranquille. Ces routines vous permettent de ne pas réfléchir ou cogiter sur d’éventuels scénarios catastrophes car vous êtes pleinement focalisé sur ce que vous êtes en train de faire à un instant T. Ces routines vous donnent des repères mentaux, physiques, et environnementaux et vous permettent d’agir sur ce que vous pouvez contrôler. Chaque action, qu’elle soit mentale ou physique, est menée pour une raison précise. Votre souci du détail dévoilent un niveau de professionnalisme suscitant l’admiration chez les adversaires ou chez les fans. Vos partenaires ou entraîneurs ne sont, quant à eux, plus étonné de votre travail millimétré.

Les émotions positives

« Je veux en savoir plus sur moi-même, savoir pourquoi je me bats contre la terre entière au lieu d’en tirer parti. Pour arriver à cela, je réalise qu’il faut que j’apprenne à être plus en empathie, à assouplir mes opinions et mes jugements. » Jonny Wilkinson.

Vos jugements et autocritiques laissent place à quelque chose de plus sain. Sur ce versant du perfectionnisme, vous vous nourrissez d’affects positifs et êtes plus satisfait de la vie. Il ne s’agit pas de vivre dans un monde imaginaire de bisounours où vous vous efforcez de penser que tout va bien. Vous comprenez que votre vie d’athlète est faite de moments désagréables mais aussi de moments agréables qu’il faut savoir vivre pleinement. Être sur le terrain, se dépasser (seul ou à plusieurs), sentir le matériel dans ses mains ou dans ses pieds, ressentir l’ambiance d’un stade, voir le visage de ses partenaires ou de son entraîneur, etc. Ce sont des petits moments dont vous prenez à nouveau conscience car vous n’êtes plus centré sur votre ego. Vous ouvrez les yeux sur ce qu’il se passe autour de vous. Cette ouverture au monde et aux autres vous fait prendre une bouffée d’air frais. Le petit monde de l’ego, bien qu’utile pour donner un élan et la soif de victoire, n’a plus le pouvoir et ne vous emprisonne plus dans la croyance « Si je ne fais pas ça, ça ira mal. » ou « Les gens vont voir si j’échoue, il ne faut surtout pas que cela arrive. » Ces croyances, attirant une multitude de pensées, d’émotions et de comportements, sont reconnus comme des distracteurs et ne vous influencent plus. Les nombreuses sollicitations de ces distractions internes ne perturbent plus votre équilibre.

Les émotions positives passent également par votre discours interne, bien plus positif et prolifique. Vous n’êtes plus absorbé par la croyance que se dire des choses positives relève de la naïveté et de l’improductivité. Vous utilisez ce discours interne pour vous mettre en confiance. Vous connaissez les mots clés qui vous mettent dans une bulle de calme et de sérénité. Vous savez ce que vous devez écrire sur un petit bout de papier ou sur votre matériel pour insuffler un vent frais et positif dans chaque action que vous menez.

Conclusion : L’amour de votre pratique

« Tout le monde doit traverser une nuit obscure pour atteindre le lever du soleil ».

Il est vrai qu’en tant que préparateur mental, cette citation représente ma philosophie d’accompagnement. Vous amenez à avoir la capacité de toucher et vivre ce qui fait mal, mais également connaître ce qu’il y a de meilleur en vous. C’est ce qui réside dans le perfectionnisme. Avoir la capacité de comprendre son côté dysfonctionnel pour tirer le meilleur du côté fonctionnel. Toucher l’obscure peut être douloureux, mais nécessaire. Les pièges sont identifiés un à un, grâce à la conscience. Ces instants de conscience vous amènent à réfléchir et agir d’une manière neuve, qui vous ressemble un peu plus. Pour vous illustrer cela, j’ai fait le souhait de conclure sur l’essence de votre pratique respective. Dans un prochain article, je proposerai des pistes de travail pour les personnes perfectionnistes, souhaitant donner l’avantage au perfectionnisme fonctionnel.

« Quand vous tombez amoureux, tout est beau, car dans ces moments-là, vous ne posez aucune condition. Deux personnes se rapprochent l’une de l’autre inconditionnellement. » Osho

Inconditionnellement. Mot clé. Pas de condition ne signifie donc pas : « Je te donne cela, mais tu dois me donner cela en échange. » En sport, cela peut se construire sous la forme « Je me donne à chaque entraînement, je fais des sacrifices parfois, alors oui, toi mon sport que j’aime, tu dois me donner des résultats, sinon je serais malheureux et je t’abandonnerais. » Mais l’amour de votre pratique n’est pas ce chantage. Il est bien plus. Il y a de l’innocence pure dans ce que vous faites. Vous ne le faites pas pour quelque chose, vous le faites simplement. Parce que vous aimez juste faire cela. Lorsque vous tombez amoureux de votre sport, vous l’acceptez sous toutes ses formes. Vous acceptez les éléments qui l’entoure, le matériel utilisé, les sensations ressentis. De la douleur à la joie, vous faites l’expérience de ce que vous pouvez vivre dans une vie. Des situations difficiles aux joies personnelles ou collectives de s’être dépasser. L’amour vous construit en tant qu’homme et femme vers ce que vous êtes réellement. Il n’y a pas d’ego dans l’amour. Votre existence ne dépend pas de cet ego infatigable, qui en veut toujours plus, pour se complaire et être reconnu aux yeux des autres. L’amour de votre pratique est régie par l’humilité de comprendre ses zones de progression. Votre existence se lie à cet amour solitaire que vous menez avec votre sport. Mettez de l’intention, Vivez la spontanéité, ressentez la fraîcheur d’un bon matin d’entraînement, transcendez la douleur, dépassez vos limites, contemplez le sourire de vos partenaires, écoutez votre cœur mais également les conseils d’un entraîneur. Déployez vos forces. Accueillez votre vulnérabilité. Accepter de vous perdre en chemin. Laissez la peur, la tristesse ou la colère envoyer leur message naturel. Mettez à profit votre énergie. Prenez le temps d’être indulgent avec cette énergie. Parcourez le silence. Faites confiance à vos intuitions et votre sensibilité. Pensez moins. Cherchez moins d’explications. Allez de l’avant. Surfez sur vos défis. Jouez. Soyez vous-mêmes. Ceci est l’amour de votre pratique, le cœur de votre existence à un instant précis. Il n’y a pas de fin, pas de frontières, pas de conséquences d’un quelconque résultat. Il n’y a pas de jugements, juste un éternel recommencement. Il n’y a pas de chaînes, juste de la liberté.

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Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels, « Focus Consultants »

Le perfectionnisme (1/3)

« Il ne faut pas beaucoup de séances pour me rendre compte que le travail à fournir est énorme, c’est autre chose que de gagner la Coupe du monde ou d’essayer d’être le meilleur joueur du monde. Mais bon, c’est mon destin, n’est-ce pas ? Je suis encore dos au mur, je suis face à un défi qui paraît insurmontable. En tout cas, C’est ainsi que je le vois. il faut que je m’y consacre pleinement, exactement comme je le faisais auparavant. » Jonny Wilkinson, Mémoires d’un perfectionniste.

Voici comment Jonny Wilkinson évoque son travail psychologique concernant le perfectionnisme. Ce dernier se définit comme la fixation de normes de performance extrêmement élevées à titre personnel. » (Cox, 2010). Les athlètes perfectionnistes se retrouvent facilement dans le parcours du haut-niveau. Ils ont toujours cette quête de succès qui les anime, pour aller toujours plus loin. Mais « il est clair que ce problème est complexe car on ne peut nier que de nombreux sports nécessitent des performances sans erreur pour que les athlètes réussissent. Néanmoins, nous soutenons qu’il existe un paradoxe du perfectionnisme – c’est-à-dire que, malgré le fait qu’il existe de nombreux sports dans lesquels la perfection absolue est requise, des résultats négatifs et autodestructeurs et des comportements malsains sont évidents chez les athlètes caractérisés par une personnalité de perfectionnisme extrême et qui se concentrent sur l’atteinte de la perfection. » (Flett et Hewitt, 2005).

En psychologie du sport, il existe deux types de perfectionnisme : le perfectionnisme fonctionnel et le perfectionnisme dysfonctionnel (ou névrotique). L’un est équilibré, l’autre, déstabilisant. Il est possible de retrouver ce profil dysfonctionnel dans la thérapie des schémas sous le nom « d’exigences élevées ». Pour en savoir plus sur cette thérapie, je vous invite à lire « Je réinvente ma vie ». Cette thérapie permet de mettre du sens sur des schémas que vous avez acquis durant l’enfance et qui se révèle inadaptés dans le monde adulte. Pour l’exemple du perfectionnisme, il prend ses racines durant l’enfance, où l’enfant a peut-être été puni, dévalorisé ou humilié lorsqu’il a fait une erreur. Dans la thérapie des schémas, le schéma des exigences élevées est généralement un schéma secondaire, provenant de la genèse d’un autre schéma. Il est régulièrement lié au schéma « Imperfection/honte », « carence affective » et « exclusion ». Enfin, si les parents étaient perfectionnistes, ils peuvent avoir facilement transmis cet idéal à leur enfant.

Il faut savoir que dans le domaine du sport, les deux formes de perfectionnismes se chevauchent et viennent donc influencer l’une et l’autre chez un même athlète. Bien souvent, c’est le perfectionnisme dysfonctionnel qui remporte la bataille. Il fragilise l’estime de soi car il se centre sur le succès et la performance pure. L’ego est très présent. Et celui-ci donne le sentiment d’être indispensable. C’est ici que réside la difficulté du travail en préparation mentale. Lorsque l’athlète a pleinement fusionné avec cet ego, il est difficile pour lui d’entendre un nouveau discours, faisant basculer ses certitudes. Pourtant, il est clair que cet ego a sa grande part de responsabilité dans la partie dysfonctionnelle. Pour créer un équilibre, il est important d’apprendre à gérer cette partie dysfonctionnelle pour optimiser la partie fonctionnelle. Il est bon d’être dans l’analyse et dans le travail du détail, au millimètre. A la condition que ce travail n’en devienne pas pathogène mais plutôt salutaire.

Le perfectionnisme dysfonctionnel

Ce n’est pas le souci d’atteindre la perfection qui pose un problème. Ce qui est problématique, c’est l’accent mis sur le fait de ne pas atteindre la perfection, exprimé par le souci des erreurs et la réaction négative à l’imperfection.

Le perfectionnisme dysfonctionnel est appelé ainsi car il perturbe votre équilibre. Par les motivations et les émotions qu’il suscite, ses effets exercent une influence néfaste chez vous. Rien ne compte plus que la performance et sa quête, sans fin. Vous êtes un vrai compétiteur ou une vraie compétitrice. Vous aimez que les choses se quantifie. Ainsi, vous aimiez potentiellement l’école pour la valorisation que vous en retiriez grâce aux notes et avis des professeurs. Venant dans le monde adulte, cette notation n’existe plus. Il peut y avoir un manque de repère. En tous les cas, cette course effrénée de performance s’accompagne toujours de rumination, de frustrations et de doutes. Et de rêve également. Le rêve d’atteindre la perfection pour devenir un être libre. « Allez, encore un petit effort, tu seras bientôt libre », dit couramment le petit diable posé sur l’épaule.

Cacher votre vulnérabilité à tout prix

« Et comme d’habitude, je décide de faire taire cette angoisse, de contenir mes peurs, en travaillant dur, en convoquant mon instinct obsessionnel pour y arriver. » Jonny Wilkinson

Un athlète poussé au perfectionnisme dysfonctionnel est constamment préoccupé. Il règne toujours une pression intérieure chez vous. Et cela a des répercussions non pas directement sur votre performance, mais d’abord sur vos émotions. Le sujet central des émotions du perfectionnisme dysfonctionnel est l’échec. Le rapport à l’échec est très douloureux. Voir dévastateur. En premier lieu vient la peur. La peur d’échouer. Cette peur est nommée « anxiété cognitive » et « anxiété somatique » en psychologie du sport. Cette anxiété s’élève de manière considérable et se manifestent par différentes pensées ou messages du corps. Jonny Wilkinson, célèbre rugbyman anglais, était un perfectionniste. Enfant, cela se caractérisait, par exemple, par une telle peur d’échouer à son match qu’il demandait régulièrement à ses parents de faire demi-tour. Il ne se sentait pas à la hauteur. Sa peur se transformait en des scénarios catastrophes liée à l’échec, allant même jusqu’à des paniques chroniques. Ces paniques se déclenchaient également en dehors du sport. Comme le révèle les deux passages suivants, la peur de Jonny Wilkinson était très forte, mais vectrice d’une illusion :

« Dès l’aube, je me réveille, vers 6h, et il m’est alors impossible de contrôler la peur qui me saisit. Mon cœur bat la chamade et mon corps semble me prévenir qu’un malheur est sur le point de se produire ».

« La panique me submerge avant le match que pourtant je finis par jouer. En général, je joue bien et nous remportons le match ».

Une athlète me caractérisait cette peur de l’échec par un petit diable sur l’épaule venant murmurer ses histoires d’une petite voix : « N’oublie pas que la dernière fois, tu as échoué » ou bien « Tout le monde te regardes, si tu échoues, tu seras reconnu aux yeux de tous comme mauvais ». Ce genre de pensées a pour conséquence de faire baisser la confiance en soi. Vous ne vous sentez pas en capacité de réussir la tâche donnée avec les ressources dont vous disposez. Alors que vous les avez. Mais vous ne vous focalisez plus dessus. Ou tout du moins, vous ne leur accordez pas autant d’importance que la peur. L’échec a la faculté de remettre en question toute votre valeur en tant que personne, au lieu d’être évalué de manière objective. La perception des échecs crée une illusion destructrice. Ils sont perçus comme complets, globaux et généraux. En d’autres termes, un échec est total (aucun positif à retirer de la situation d’échec), infectant tous les domaines de la vie et vu aux yeux de tout le monde (tout le monde est au courant de l’échec que vous avez vécu et, surtout, vous pensez que tout le monde en parle).

En cas d’échecs répétée, vient la colère. Car le perfectionnisme répond à des exigences élevées. Celles-ci correspondent à ce que Ellis appelle les quatre attitudes dysfonctionnelles : Les exigences (Il faut…), la dramatisation, la non-acceptation, et le jugement global sur la valeur personnelle. Le piège est que plus ces attitudes se manifestent, plus elles détournent la capacité attentionnelle de points pertinents. Voici quelques exemples de pensées correspondant à ces quatre attitudes :


  • « C’est grave de stagner depuis quelques entraînements ».
  • « C’est la honte d’être aussi moins que rien, j’étais pas comme ça avant ».
  • « Si je ne me mets pas en colère, on va croire que je suis une personne soumise, alors qu’il faut du caractère pour s’affirmer dans le sport de haut-niveau ».
  • « Il faut que je me mettre en colère quand ça ne va pas, sinon je ne progresserai jamais vers mes objectifs »
  • « Mais qu’est-ce que je suis nul, ça m’énerve d’être aussi mauvais »
  • « Je dois avoir raison, coûte que coûte »
  • « Je n’aurais jamais dû perdre contre lui, c’est pas normal ! »
  • « Tu ne peux pas comprendre toi, laisse-moi »
  • « On dirait un débutant, c’est n’importe quoi ! ça me saoule ! »

Plutôt que de répondre à votre réel besoin quant à votre progression, elles créent des attitudes dysfonctionnelles et ne font, en fait, qu’alimenter la colère. Comme votre pratique sportive, plus vous pratiquez la colère, plus vous créez un certain lien avec celle-ci. Cette colère peut s’accompagner de culpabilité et de honte. Car les normes de performances élevées ne sont pas atteintes. Vous considérez les échecs comme anormaux et vous vous jugez de manière constante, et à l’excès. Vous avez une grande capacité à rester sur un échec pendant plusieurs heures, jours, voire semaines. La pilule ne passe pas. Car vous penserez encore et toujours : « Je ne suis pas assez bien… ». A ce moment, l’apathie peut arriver, faisant place au désespoir de ne jamais réussir à être l’athlète parfait.


« Oui c’est bien d’avoir réussi cela, MAIS j’aurais pu faire encore mieux « 


L’autre émotion principale du perfectionnisme dysfonctionnel est le soulagement en cas de succès. Heureux de ne pas avoir échoué, vous êtes simplement soulagé pour un petit temps donné. Mais comme vous n’êtes jamais satisfait, vous ne gouttez que très peu au succès et vous allez, par la force des choses, faire apparaître un « Mais ». « Oui c’est bien d’avoir réussi cela, MAIS j’aurais pu faire encore mieux « . Ce « Oui mais », est devenu automatique, et se répète dans l’esprit, inconsciemment. Abusant de ce « OUI MAIS », vous ne vous rendrez même plus compte que vous êtes tenu par une vicieuse spirale. Comprenez donc que le perfectionnisme dysfonctionnel génère un état d’esprit négatif car il banalise au fur et à mesure le succès. Finalement, il n’y a pas de moyen de jouir de la vie puisque même les succès sont ternis par le besoin constant d’en faire davantage. Voici un exemple : une athlète que j’accompagne a établi son record lors d’une compétition. Ce record a été terni par la croyance que ce n’est pas NORMAL d’établir un record alors que la concurrence était plus faible. Un record devrait être établi avec une opposition plus forte. Finalement, ce record a eu l’effet l’inverse. Plutôt que de susciter de la joie, il n’a suscité que de nouvelles questions et interrogations.

D’après l’exposition des émotions déclenchées par le profil perfectionniste dysfonctionnel, comprenez qu’elles ont régulièrement un caractère excessif dans leur expression. L’intensité de ces émotions augmente au fur et à mesure, vous amenant à ne plus savoir comment réagir. Vous vous sentez impuissant. Vous avez l’impression d’être victime de quelque chose d’injuste. L’incertitude est là, et vous venez dire : « je ne comprends pas, je ne me reconnais pas, j’ai toujours su réagir et maîtriser les choses. » La pratique devient à ce moment une obligation, voire une corvée, à force de vouloir répondre au souhait inlassable de la perfection. Il y règne une sorte de sacrifice du bonheur et de la santé pour un trône inatteignable.

La relation aux autres

« Tout le monde sait que je suis orgueilleux Mais là, il me semble que j’arrive au bout du chemin et personne ne sait comment me prendre. » Jonny Wilkinson

En tant qu’athlète perfectionniste, il est dur, voire impossible au départ, pour vous de ne pas juger. De ne pas commenter les situations. De ne pas vous autocritiquer. Mais cette autocritique ne laisse pas la place à la critique des autres. Votre peur est, souvenez-vous, de vous montrer vulnérable. Avec la conséquence terrible d’être rejeté et désapprouvé par les autres. Voulant vous montrer sous votre meilleur profil, vous avez cette tendance à vous éloigner des autres, ou bien à ne pas parler de vos faiblesses. Il faut donc savoir que la colère vous permet d’exprimer ce que vous ressentez mais sous la forme d’une affirmation de soi inadaptée ou inappropriée. Vous sentant fragilisé par l’échec et vulnérable, vous cherchez à vous défendre coûte que coûte face aux possibles critiques. Cela vous permet de garder le contrôle de la situation. Mais cette attitude défensive peut avoir des conséquences néfastes pour la relation avec votre entraîneur ou vos proches par exemple. Le cercle de relation subi la foudre et se sent parfois désemparé.

Votre appétit pour la compréhension de chaque chose ou situation est parfois difficile à rassasier. Votre entourage peut montrer une forme d’impatience au bout d’un certain temps, car vous sollicitez énormément l’attention. Vous ne vous en rendez pas compte, mais votre besoin de contrôle est énergivore chez vous, mais aussi chez votre entourage (entraîneur, proche, préparateur mental, etc.). Ce dernier doit satisfaire ce besoin incessant de réponses. Il est donc important pour votre entourage de prendre conscience de vos exigences et de les mesurer.


Il n’y a pas là un souhait de nuire à l’autre de votre part. Il réside plutôt un souhait de trouver un sauveur, pouvant répondre aux questions incessantes de l’esprit.


Comme vous souhaitez aller vite, vous exigez du concret sans forcément vous rendre compte de votre logique du « tout ou rien ». Avec le préparateur mental, cela ressemble à une quête de solution miracle à toute problématique psychologique. Bien évidemment, le préparateur mental ne pourra jamais prétendre offrir une solution miracle. Si vous n’obtenez pas de réponse allant dans votre sens et votre quête de performance, vous risquez de vous en allez. Pourquoi ? Car bloqué dans la logique du « Tout ou rien », vous vous dites « il ne répond pas à mes questions, il ne m’est pas utile. » Il n’y a pas de demi-mesure. C’est la logique : Succès – échec, noir-blanc, question – réponse, cela fonctionne – cela ne fonctionne pas. Pas de place à la nuance. Le concret réside dans l’idéologie du perfectionnisme dysfonctionnel. Liée à la soif de tout contrôler et tout comprendre, une réponse d’un tiers amène régulièrement une réponse cash : « Ce n’est pas suffisant. » Vous pouvez potentiellement faire régner un sentiment d’incompétence chez l’autre s’il n’est pas lui-même conscient de ce qui se joue dans les échanges. Il y a là, la logique du transfert/contre-transfert, notion importante de psychologie. Il n’y a pas là un souhait de nuire à l’autre de votre part. Il réside plutôt un souhait de trouver un sauveur, pouvant répondre aux questions incessantes de l’esprit. L’incertitude étant difficile à vivre, certains athlètes fuient cette peur et mettent des actions en place pour se sentir en sécurité. Les sauveurs ont donc la responsabilité de trouver des réponses à tout, sous peine d’être mis de côté. C’est une fuite de responsabilité, transféré chez l’autre. Bien souvent, votre entourage vous dira de lâcher-prise et d’arrêter de vouloir tout savoir ou tout maîtriser. Mais c’est plus fort que vous. Vous êtes comme ça.

La relation aux autres se pense également de manière indirecte. Vous dites que vous utilisez la comparaison aux autres pour progresser. Mais ce message, a priori positif, installe finalement un piège. Un piège de l’ego. A force de comparaison sociale, s’installe une compétition quotidienne où le but sera d’être le meilleur, ou tout du moins, d’éviter d’être moins bon que les autres. Je ne crois pas que la comparaison soit vectrice de progression. Car elle remet toujours en question ce que vous avez comme capacité ou ce que vous êtes.

La stratégie d’évitement

« Je n’éprouve pas le besoin que les autres connaissent mes qualités, je ne veux juste pas qu’ils voient mes défauts. » Jonny Wilkinson

Puisque la finalité du perfectionnisme dysfonctionnel est d’éviter l’échec à tout prix (car il se concentre sur une éventuelle défaillance), vous êtes susceptible de poser des objectifs en accord avec cette stratégie d’évitement. En psychologie du sport, et selon le modèle 2X2 des objectifs, vous posez des objectifs performance-évitement et maîtrise-évitement. Dans le premier cas, il s’agit d’éviter de démontrer l’incompétence normative (par exemple, s’efforcer d’éviter de faire pire que les autres). Dans le second cas, vous souhaitez éviter l’incompétence absolue ou intrapersonnelle (par exemple, s’efforcer d’éviter de faire pire que ce que vous avez fait auparavant).

En guise d’évitement, vous avez peut-être tendance à éviter l’inconnu en faisant confiance au connu à l’excès. Vous êtes bloqué dans vos certitudes. C’est-à-dire que le passé vous dirige grandement. Vous ne donnez plus la chance à l’inconnu d’être, et ce, pour répondre à votre besoin de contrôle. Ce besoin lié à l’ego, qui est votre mémoire, créant votre identité selon le passé. Vous n’êtes pas le même qu’hier, sauf si vous le décidez. Vous vous dites « J’ai essayé d’être positif avec moi-même, mais ça ne marche pas. » Le piège de l’ego se referme et vous pensez toute votre vie que s’accorder du positif ne fonctionne pas avec vous-même. Pourquoi ? Car votre but premier est la performance. Pas le bien-être. Être positif ne donne rien à la performance. Vous êtes dans l’idée de travailler en force et d’enfoncer les portes.

La peur du changement lié à l’inconnu vous fait régulièrement rebrousser chemin concernant le travail psychologique. Vous cherchez très souvent les réponses chez les autres, alors qu’elles se trouvent en vous. Vous vous tournez généralement vers ce travail lorsque vous avez épuisez le stock de vos stratégies. Vous vous rendez compte à ce moment que quelque chose cloche. Vous prenez conscience que se tourner vers soi est peut-être une solution louable. Vous osez finalement vous montrer vulnérable à une personne, sans la crainte d’être jugé (si la relation de confiance est parfaitement établie).

Paradoxalement, si vous êtes perfectionniste, vous pouvez être un bourreau du travail mais aussi un grand procrastinateur. C’est votre stratégie d’évitement par excellence. La peur d’échouer est tellement grande que vous repoussez, parfois, le travail à plus tard.

Les risques

Si votre profil de perfectionniste dysfonctionnel est plus élevé que celui du perfectionniste fonctionnel, vous ne voudrez pas entendre parler de bien-être. Votre ego se cabre lorsqu’on lui parle de bien-être. Vous considérez que cette quête frénétique de succès et de recherche de performance est normale. Le bien-être est un étranger à l’ego. Le dernier cadenasse le premier. Jusqu’à un certain seuil de tolérance. Car, oui, ce raisonnement à ses limites. A la poursuite d’un but inatteignable (la perfection), vous serrez les dents et créez une fatigue physique et mentale importante. Vous puisez dans vos dernières ressources. Pris par le temps, vous n’êtes jamais en mesure de vous détendre. Vous ignorez les messages de votre corps. Ce corps est meurtri, petit à petit. Qui plus est, encore plus en cas d’échecs répétés. D’autres symptômes physiques apparaissent tels que l’hypertension, l’insomnie, l’arythmie cardiaque, etc. Une détresse émotionnelle peut s’installer, pouvant aller jusqu’au burnout. Vous ne comprenez pas ce qu’il se passe et pourquoi les échecs se répètent. Il n’y a plus de sentiment de maîtrise. Cela vous fait basculer dans une tempête émotionnelle que vous ne maîtrisez pas.

Chaque rafale vient vous alarmer sur ce que vous n’êtes pas encore (pas assez précis, pas assez musclé, pas assez rapide, pas assez agile, pas assez fort dans la tête, etc.). Cet ensemble d’alarmes alimente la peur de ne pas remplir les objectifs, la peu de ne pas être reconnu pour ce que vous êtes, et la peur de vous rendre compte que vous ne serez jamais parfait. Vous n’êtes plus en mesure de raisonner tellement la partie émotionnelle du cerveau a pris le dessus. C’est sans doute à ce moment précis que vous pouvez vous engouffrer dans la brèche du mieux-être. Car il y a là, un instant subtil, où vous allez prendre conscience que votre fonctionnement vous détruit silencieusement et que vous pouvez agir autrement.

L’épuisement de la course à la perfection est si dur qu’elle en devient pathogène. Par sa rigidité, le perfectionnisme névrotique ne s’adapte pas aux situations et vous condamne à employer des réponses destructrices et dysfonctionnelles à répétition. Cette course à la perfection pousse parfois les athlètes à franchir le pas de l’illégalité. Cette boucle rétroactive et négative vient perturber votre bien-être, et ainsi, votre équilibre. Finalement, Christophe André écrit dans livre « Imparfait, libre et heureux » : « Tous les efforts sont consacrés à l’auto-défense plus qu’à la croissance. » Et c’est exactement l’objectif de l’ego. Vous faire croire que la quête du « toujours plus » et de la performance vous rendra un jour heureux et accompli. Il défend votre place au milieu des autres, par sa définition de ce qu’est le bonheur. Vous vous rendrez compte sur le long terme que ce n’était que du vent et une belle promesse impossible à tenir. 

Parfois, votre entourage se demandera si vous ne vous contemplez pas dans ce perfectionnisme dysfonctionnel. Comme le dit Osho, « en fait, ils sont heureux d’être malheureux. » Vous allez peut-être dire que c’est complètement insensé. Mais je vous invite à y réfléchir. Je crois que se contempler dans ce perfectionnisme est une fuite de responsabilité se caractérisant par l’évitement des peurs, de l’incertitude et du nouveau.

Personne ne peut être parfait. Mais cette phrase assez bateau, je dois le reconnaître, est pourtant porteuse d’un message. Le message que, quoi que vous fassiez, ce travail de précision et de détail que vous menez ne se nommera jamais parfait. Il sera plutôt de l’ordre de l’excellence. Dans le prochain volet sur le perfectionnisme, vous découvrirez la face positive du perfectionnisme et ce qu’il peut vous apporter de bon dans votre pratique.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Combattre la propagation de l’ego en compétition

Article écrit pour Focus Consultants, apparu le 2 Mai 2020.

L’ego se dévoile très couramment lors des compétitions. IL est générateur de stress et conduit à des pensées et émotions pouvant venir perturber l’équilibre de l’athlète.  Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental.  Mais qu’est-ce que l’ego ?  Comment se manifeste-t-il et quels sont ses freins pour votre bien-être et votre performance ? Comment s’immuniser contre sa propagation et rétablir votre bien-être ?

Rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître. Lorsque vous êtes habité par une pensée ou une émotion, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de cette entité. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle décrit minutieusement dans son livre « Nouvelle Terre » et l’associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. »

L’ego et ses caractéristiques      

A travers le voile de notre perception, nous construisons notre identité de manière réductionniste et illusoire en nous identifiant directement à ce « Je ».  Cela signifie que plus nous nous identifions à nos pensées, à nos émotions ou encore à nos possessions (palmarès), plus notre identité utilisera ces identifications pour se renforcer. Or, ces identifications ne représentent pas ce que vous êtes « par essence », comme nous le mentionne Eckhart Tolle.

Pour vous citer un exemple, si Diego Schwartzman, tennis professionnel, s’était identifié à sa taille (1m70) dans sa pratique du tennis, il aurait réduit son identité à sa petite taille et n’aurait jamais pu atteindre le niveau mondial. Il ne s’est pas fait piéger par la pensée de type « Je suis trop petit par rapport aux autres joueurs de tennis pour être pro. » Voici ce qu’en dit le principal intéressé dans une interview : « Je dois encore améliorer beaucoup de choses car les joueurs plus grands sont plus puissants que moi, mais je ne pense pas à ma taille ou à celle de mes adversaires sur le court. J’essaye juste d’être concentré et rien d’autre. »

Notre ego, par l’identification (aussi appelé fusion dans la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement), peut représenter un danger pour nous-mêmes car sa caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente.

Sans nous en rendre compte, nous créons des rôles et des histoires aux travers de nos identifications. D. Schwartzmann se serait raconté une histoire en se disant qu’il est trop petit. Ces rôles sont joués pour répondre à la pensée inconsciente « je ne suis pas assez ». Plus important encore, nous prenons ces rôles très au sérieux, ce qui peut annihiler complètement le sentiment de légèreté. Votre sourire et votre optimisme à l’entraînement se volatilise en compétition. Comme si un orage allait éclater juste au-dessus de votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego personnel se compare aux autres.

L’ego se nourrit de la négativité. Autrement dit, lorsque vous fusionnez avec une pensée ou une émotion négative, vous la percevez comme partie intégrante de vous-même. Votre perception personnelle est réduite à cette identification (« Je suis trop petit », « je ne suis pas assez compétent », « Je ne suis pas fait pour ce sport vu mes résultats », « Je vais perdre contre cet adversaire, c’est sûr, il est trop fort », etc.). Vous prenez cette identification pour la réalité et vous êtes dans l’incapacité de prendre le recul nécessaire. Cette notion est très importante à comprendre. Vous n’êtes pas que le petit contenu de cette identification. Mais il vous persuade de l’inverse en vous possédant. En se répétant sans cesse dans votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego se compare aux autres. « Untel est plus adroit », « je ne serais jamais comme lui ou comme elle », « Elle va plus vite que moi ». Si ce besoin de comparaison n’est pas reconnu et que celui-ci dirige votre pratique sportive, cela devient dangereux. Vous en oubliez les fondamentaux de votre pratique. Travailler, progresser, échouer, réessayer, réussir, apprendre, comprendre, se connaître, se dépasser, faire avec ses capacités du moment.

A l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout.

Autre point important, l’ego est conditionné par le passé ou se projette dans le futur. Le moment présent n’est pas sa tasse de thé. Pourquoi ? Car à l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout. L’ego a cette facilité d’envoyer des petites pensées rappelant la dernière compétition qui s’est mal déroulée. Ou alors, sur ce qu’il peut se passer de moins bon lors de la prochaine compétition.

Pour terminer avec la présentation peu flatteuse du portrait de l’ego, notez qu’il est générateur de stress. Comme dit dans la méditation EGO/tâche du programme sport et mental sur Petit Bambou, l’ego « a la particularité d’activer nos défenses ». Ces défenses déclenchent des stratégies parfois inadaptées pour votre bien-être et votre performance.

Le virus de l’ego en compétition

La compétition est un lieu propice pour que le virus de l’ego se propage. L’ego déploie son régiment de pensées, d’émotions et de sensations corporelles associées. Il vous fait vous sentir différent de vos entraînements. Quelque chose cloche mais vous ne savez pas identifier encore ce qui vous possède, vous habite. Une bataille se met en place dans votre tête. Votre état vous déplait, mais vous ne savez pas quoi faire de cet état. Le fuir ne fonctionne pas, tromper le cerveau en se disant que tout va bien, non plus.  

Des « symptômes » somatiques font leur apparition la semaine précédant la compétition, et ce jusqu’au jour J.  Des symptômes tels que la boule au ventre, des petites bouffées de chaleur ou des tremblements. Le corps réagit à l’échéance qui va arriver. Vient également une agitation mentale qui se met doucement en place, jusqu’à parfois vous faire perdre quelques heures de sommeil. Des questions fusent, des images apparaissent, le désordre règne.  L’ego est en train de gagner du terrain secrètement, en posant un à un ses pièges.  

Cet ego est donc comme un virus qui se propage silencieusement lors de sa période d’incubation. Il s’installe, prend ses marques dans votre corps et votre tête. Il vient déséquilibrer l’édifice en déclarant des symptômes petit à petit.

Première clé mentale: Votre niveau d’attention (ou niveau de conscience)

Conscient d’être atteint par un virus, vous commencez à prendre soin de vous pour rétablir l’équilibre. Vous mettez en place de petites actions pour aller mieux. Et ce, dans l’espoir de ressentir à nouveau un certain bien-être général. Vous êtes l’acteur de votre rétablissement.

Avant ou pendant la compétition, votre responsabilité est de noter consciemment ce qui vous obsède(nt). Pourquoi pas en la mettant sur papier (si c’est avant la compétition bien sûr). Ecrire est l’une des actions principales que je préconise chez les athlètes que j’accompagne.  L’écriture permet de se poser avec soi-même, et de libérer des émotions au travers de mots. Une fois écrit, leur poids s’allège dans le cerveau.  Peut-être sont-ce des pensées liées la performance, à vos adversaires, ou bien encore sur le regard des autres. Peut-être vous rendrez vous compte d’un scénario catastrophe qui s’installe inconsciemment dans votre tête avec des « Et si… ». Ce scénario catastrophe créant de la peur au plus profond de vous. Scénario dans lequel vous allez réduire votre identité au résultat terrible imaginé. L’ego prend l’avantage. Virus 1 – vous 0.

La première clé mentale pour venir égaliser rapidement est la prise de conscience. Virus 1 – Vous 1. La prise de conscience arrive en élevant votre niveau d’attention. Tel un scientifique, vous observez en toute conscience l’ego poser ses pièges.  Rappelez-vous que l’ego n’aime pas le moment présent car il est complètement à découvert, vulnérable aux assauts de votre conscience. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même. Sa pratique consiste à poser votre attention sur le moment présent. Et ce, sans émettre de jugement. Dans le monde du sport, les recherches scientifiques sont en train de montrer toute son efficacité. Grâce à un entraînement régulier, elle aide les athlètes à être complètement focus sur ce qu’ils doivent faire le jour-J. Le vagabondage des pensées telles que celles de l’ego est reconnu, mais il n’est plus un ennemi.

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder.

Revenons à présent à notre match. Le rapport de force est en train de changer de camp et il reste du temps pour prendre l’avantage. Du mieux que vous le pouvez, vous allez commencer à prendre soin de vous. Vous acceptez que le virus soit bien présent. Et ce, sans qu’il ne vous domine.

Deuxième clé mentale: L’acceptation

A la suite de la prise de conscience des pièges de l’ego, vient l’acceptation. Lorsque vous serez entraînés à ces deux clés mentales, à cet instant précis, vous serez immunisé pour la compétition suivante. Vous avez toujours ce virus en vous, mais votre tête et votre corps ont établi une nouvelle relation avec lui. L’ego et sa petite voix dans votre tête ne s’en ira pas, heureusement pour les athlètes souhaitant être des champions. C’est ce petit plus qui pousse à la victoire. Mais il ne déséquilibre plus, il ne vous domine plus. Vous savez le reconnaître et le laisser passer pour vous concentrer sur ce qui est pertinent pour votre performance.

Exercice métaphorique : Non-acceptation VS Acceptation

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder. La seconde clé est donc l’acceptation.  Je vous propose de faire un exercice introductif.  Programmez votre chronomètre sur votre montre ou votre smartphone sur 5 minutes.  Puis fermez le poing aussi fort que possible et lancez le décompte des 5 minutes.  Forcez autant que vous le pouvez. Si vous ressentez un relâchement, remettez de la force.  Vous allez probablement ressentir une douleur dans votre bras et se diffusant dans l’ensemble de votre corps.  Vous allez penser que c’est douloureux, la fatigue va vous donner envie d’ouvrir le poing.  Inconsciemment même, le poing va s’entrouvrir car la douleur est trop forte.  C’est un appel du cerveau à prendre soin de vous en lâchant prise.

C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est.

Au bout de 5 minutes, relâchez tout doucement votre main en ouvrant progressivement.  Ressentez-vous à quel point l’ouverture libère alors que la fermeture engendre douleurs physiques, tensions, et pensées désagréables ?  Lorsque vous ouvrez, la souffrance s’efface et les pensées se calment. Ce petit exercice vous montre deux stratégies.  En étant fermé aux expériences désagréables telles que les pensées, émotions et sensations corporelles liées à l’ego, une lutte s’installe.  Vous tentez de tirer la corde de plus en plus fort pour aller mieux mais rien n’y fait.  Vous usez de l’énergie physique et mentale, ce qui entraîne au bout d’un certain temps un mal-être.  Vous êtes à ce moment possédé par l’ego. Il vous tient.  

En vous ouvrant au caractère désagréable que l’ego transmet, l’énergie est économisée. Vous avez tout le luxe de pouvoir agir en toute conscience.  Vous n’êtes plus un problème, la relation avec votre corps et votre mental est plus spacieuse. Cet exercice métaphorique est efficace pour comprendre la différence entre le choix de résister et le choix de s’ouvrir, d’accepter. C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est. C’est une formidable alternative à la résistance. La résistance amène à la contraction interne. Vous êtes une coquille qui se referme. L’ouverture vous fait respirer un bon bol d’air frais.

Définition de l’acceptation

L’acceptation est sans doute la notion la plus difficile à faire comprendre aux athlètes que j’accompagne. Elle a aussi été une très grande découverte d’un point de vue personnel. Seul l’établissement d’une attitude et d’une relation nouvelle avec l’expérience fait comprendre ce qu’est l’acceptation. Les mots lus ne font pas vivre l’expérience de l’acceptation. Il n’y a pas de côté intellectuel, simplement expérientiel. Dans notre culture occidentale, accepter est représenté comme se résigner, se soumettre, abandonner son sentiment de pouvoir. Ce qui peut créer de la peur car vous avez le sentiment de ne plus rien maîtriser. Il y a ce sentiment caché d’impuissance. Cette représentation que « si j’accepte de perdre ou de faire des erreurs, alors je ne serais jamais un champion ». Mais l’acceptation telle qu’elle nous est expliquée par la méditation de pleine conscience n’est pas ces représentations.

Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité.

« Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Tara Brach définit l’acceptation comme telle. Cette contemplation est une pause pour prendre conscience de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. Ce temps d’arrêt est nécessaire pour répondre avec authenticité et créativité.  Cette pause est la mi-temps du match.  Vous vous calmez. Vous prenez conscience de ce qu’il se passe en vous. Puis, vous mettez de nouvelles stratégies en place. L’acceptation induit un changement par l’action plus juste.  

Les trois dimensions de l’acceptation

Le non-jugement, la non-résistance, et le non-attachement représentent les trois dimensions de l’acceptation. Ces trois dimensions vous conduit à ne pas être la proie de vos pensées et émotions. Elles vous aident à être un peu plus libre dans le choix de vos futures actions.

Lorsque l’ego prend place, vous allez potentiellement vous juger. Soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait.  Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation.  Ainsi, soyez attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes.  En accordant de l’importance à vos jugements (« je suis mauvais », « je ne vais pas y arriver »), vous altérez votre confiance.

En permettant intentionnellement aux expériences désagréables d’être, vous respectez la dimension de la non-résistance. Vous ouvrez un champ d’action pour y répondre qui ne sera plus de l’ordre de la réaction automatique. Vous vous dites simplement : « c’est OK, je n’ai pas d’autres choix que de vivre cette situation. »

Le non-attachement se caractérise comme laisser aller chaque expérience interne et externe, sans vous y accrochez.  Se dire « J’ai la pensée que je vais échouer » est différent de « Je vais échouer ».  Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité permet de prendre une distance nécessaire. Ce pas de côté offre la possibilité de se détacher de vos jugements. A l’inverse, en vous attachant, vous donnez de l’importance. La bulle devient de plus en plus grosse jusqu’à prendre toute la place dans votre mental.  Comme deux aimants qui ne forment plus qu’un. Les pensées et émotions liées à l’ego vous attirent pour fusionner complètement avec vous et vous perturber.

Accepter revient donc à ne pas juger, à ne pas résister, et à ne pas vous attacher.  Cela vous permet de prendre soin de vous indirectement en annihilant la cogitation mentale. Vous pourrez répondre aux situations de compétition avec clairvoyance. Votre intelligence et votre instinct de survie vous fait progressivement oublier votre innocence et la joie pure de pratiquer. En compétition, il est courant que votre attention se porte sur tous les dangers possibles. Servez-vous de votre intelligence pour ne pas être possédé par ces dangers, ces peurs, ces colères. Utilisez-la à bon escient, pour davantage prendre soin de vous. Le bien-être amène à la performance.

Conclusion

Finalement, cette période de confinement est comparable à une compétition. La solution est de symboliquement « Restez chez-vous », centré sur vos valeurs en étant l’athlète que vous souhaitez être. Cet(te) athlète avec des ressources et des points forts sur lesquels s’appuyer. Cet(te) athlète ayant des stratégies mentales spécifiques travaillées en entraînement telles que vos routines pré-compétitives. A partir de ce moment, rien ne vous possèdera, pas même l’ego. Virus 1 – Vous 2. Coup de sifflet final.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Le choix de l’optimisme : La clé mentale face a la crise

22 Octobre 2019. Je me demande bien quelle est cette apathie qui traverse le corps et l’esprit. Quel est son message, son essence, sa finalité ? Le sentiment d’un vide après une période de tempête qui a tout balayé sur son passage, laissant désordre et chantier à reconstruire. Un coup a été reçu, déséquilibrant toute la stabilité du corps et de l’esprit. Qu’y a-t-il de plus énigmatique que cet instant succédant la tempête ? Les questions qui se suivent et se répètent parfois, auxquelles nous tentons de répondre avec des zestes de rationalité face à l’irrationalité. Le mystère est entier. Le chantier est grand. Le changement se profile. Les plans sont à dessiner, hier n’existera plus jamais, tout comme cette tempête. Chacune de ces tempêtes est unique. Sa force de frappe est à chaque fois singulière et éphémère. La reconstruction commence maintenant. L’apathie s’envolera bientôt, si sa liberté est respectée. Maintenant est le début d’un lendemain plus heureux.

Ce lendemain plus heureux peut espérer montrer le bout de son nez grâce à ce que la psychologie positive à mis en avant depuis quelques années : l’optimisme. C’est en lisant l’article de la revue cerveau & psycho que l’envie m’a prise d’écrire à ce sujet. J’ai ensuite regardé « A la recherche de l’optimisme » pour m’inspirer. Puis j’ai feuilleté mon carnet de notes et j’ai remis la main sur ce texte datant d’octobre. Je crois qu’il ne pouvait pas mieux tomber. La crise actuelle est une période inédite, tant pour les athlètes que le monde entier. Chacun voit sa vie transformée, bousculée. Mais peut-être est-ce un temps pour voir le bon côté des choses ? 😊

Vous connaissez peut-être ces chiffres suivants, mais il est bon de les rappeler. Les scientifiques se sont intéressés à notre capacité d’accroître notre bonheur. Ainsi, il a été démontré que trois facteurs permettaient de développer notre bonheur :

  • Votre part de génétique (50%)
  • Vos conditions de vie (10%)
  • Vos actions (40%)

Un optimiste dirait que le pourcentage de nos actions est énorme et que c’est encourageant. Un pessimiste dirait que ce n’est pas la moitié de 100% et que c’est insuffisant. Tout est une question de choix. Cette période de confinement vous pousse également à prendre des décisions quotidiennes pour la vivre au mieux. L’optimisme peut vous aider à faire de ce moment de vie inédit, une opportunité.

La sélection des informations par le cerveau

En cette période, qu’est-ce qui vous fait du bien ? Qu’est-ce qui vous procure joie, apaisement, sérénité, espoir ? Savoir repérer la douceur d’un moment qui vous fait du bien donne du baume au cœur. Il y a cette sensation de vie qui parcours le corps. Une énergie qui vous porte. Ce sont de brefs moments qui s’envolent, s’étiolent dans le temps qui n’est plus. C’est un moment perdu à jamais. Il peut être gravé en mémoire pour des jours, des mois, pour toujours. Reconnaître le bien qui nous arrive, c’est explorer à nouveau avec gratitude que la vie nous offre de petits et grands moments. Cette gratitude est la contrebalance de ce qui peut nous arriver de moins joyeux. Pourtant tout aussi éphémère que le bien, le mal peut avoir cette capacité de s’ancrer plus longtemps sur nos mines déconfites. Peut-être avons-nous un rôle à jouer pour ne pas rester attacher aux moments douloureux ? Sans nul doute. Ouvrir la main, sentir la corde de la résistance glisser entre les doigts et laisser la colère ou la tristesse s’en aller. Lâcher prise. L’émotion désagréable était bien là, elle est passée livrer son message. Inutile de garder ce message trop longtemps. Laisser aller. Car d’autres moments de joie attendent leur tour pour éclore comme une nouvelle fleur de printemps. Dans ces moments moins drôles tel que la situation actuelle, l’optimisme peut être là, bien présent.

Faire le choix de l’optimisme lors d’une crise assure des effets secondaires bénéfiques. De son côté, le pessimisme vous bloque dans ses certitudes sombres. Votre cerveau et votre corps sont régit par l’équilibre. Ainsi, votre cerveau accorde de l’importance à ce que vous choisissez pour créer un alignement. Le cerveau s’en fou de ce que vous choisissez. Son but à lui est de créer un équilibre et de l’harmonie pour ne pas déstabiliser le système. En choisissant l’optimisme, votre cerveau s’accorde en réalisant 3 étapes (le cerveau du pessimiste fait le même processus) :

  • Filtration de l’information
  • Distorsion de l’information
  • Généralisation de l’information

Ainsi, le pessimisme vous pousse à regarder du matin au soir les informations et faits divers. Le pessimisme pousse à commenter sans cesse, sans plan d’action derrière. Il se nourrit de tout ce qui va être en accord avec lui (le négatif). L’optimisme pousse davantage à l’action en sélectionnant les informations pertinentes et utiles pour créer un nouveau lendemain. Par exemple, une compétition ratée pousse un pessimiste à généraliser les futures compétitions comme de potentiels échecs. De son côté, l’optimiste ne se laisse pas prendre par l’émotionnalité négative de la situation. Il va plutôt être proactif, en recherches de nouveauté pour progresser. Il développe l’épanouissement et l’accomplissement de soi.

La notion de crise

« Nous ne voyons pas combien il serait important que nous soyons bouleversés, dans un état de grande incertitude intérieure, privés de nos points d’appui. Car n’est-il pas vrai que l’on ne peut découvrir, percevoir, comprendre, que dans l’insécurité ? »

Krishnamurti, La première et dernière liberté

A la question « Qu’est-ce qu’une crise ? », Edgar Morin donne une réponse simple et limpide dans son livre « La crise » : « C’est l’accroissement du désordre et de l’incertitude au sein d’un système (individuel ou collectif). » La crise vient donc déséquilibrer et semer la pagaille. Le doute s’installe. Des questions fusent. Des réponses manquent à l’appel.

La crise fait partie intégrante des changements et transitions de la vie d’un athlète. Elle nous rappelle à quel point nous ne contrôlons pas totalement la vie. Etre complètement avec cette incertitude du futur, c’est faire corps avec l’incontrôlable et laisser des peurs subvenir, sans leur laisser une place trop importante. Cette notion est essentielle car les peurs peuvent vous submerger. Ces peurs vous prennent par la main pour vous raccompagner et vous dire : « A quoi bon… » ou bien « Et maintenant ? ». Cette crise vous met face à vous-même, et potentiellement à vos peurs.

La peur alimente le pessimisme. Celui-ci vous dirige doucement mais sûrement vers la sécurité, le confort. Il n’y a pas de prise de risque avec le pessimisme. Juste de la colère, de la révolte sans lendemain. Il y règne un sentiment de tristesse ambiante. Comme le cite Catherine Testa dans son livre « Osez l’optimisme », « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » (Alain). Cette citation va de pair avec ce qu’a développé Fredrickson : « Broaden and build model ». Rebecca Shankland l’a traduit comme « élargir et construire ». En ce sens, les émotions positives procurées par l’optimisme vous embarquent dans un processus. Elles entraînent un élargissement de l’empan attentionnel. Ce dernier va entraîner une augmentation de vos capacités à résoudre les problèmes. Magnifique non ?

Aujourd’hui, les objectifs sont à l’arrêt, la progression est en berne. En berne ? Pas si sûr. Car chaque crise tient son lot d’enseignements pour le futur. Négatif ou positif ? A vous de voir. En tant qu’athlète, vous êtes régulièrement confronté à des situations de crise, de déséquilibre. Que cela soit une blessure, un échec en compétition, un niveau qui stagne sans savoir pourquoi, un changement d’entraîneur ou de club. Vivre le déséquilibre pleinement est un élément important car vous savez que lors de la prochaine tempête, vous saurez y faire. Choisir le camp de l’optimisme peut contribuer à vous faire progresser.

Le choix de l’optimisme

« Le facteur décisif, c’est la décision. La liberté de choix en dépit des conditions. Je veux agir librement comme un être responsable, c’est-à-dire comme un être humain, malgré les pires conditions. Songez à ceux qui ont vécu des années durant comme prisonniers dans des camps pendant la guerre. […]. Ce que l’on doit faire savoir, c’est que les gens sont libres. Et si vous observez et étudiez la vie de ces gens avec un regard détaché de scientifique, vous voyez des êtres totalement déterminés et soumis à ces conditions, sans voir la liberté et la responsabilité. La responsabilité d’eux-mêmes, la responsabilité de faire quelque chose. Le désespoir, c’est la souffrance dépourvue de sens. Tant qu’un individu ne peut trouver aucun sens à son désespoir, il sera certainement plongé dans la souffrance, voir poussé au suicide. Et à l’instant où il voit un sens à son désespoir, il peut le transformer en accomplissement. Il peut transformer sa tragédie en triomphe personnel » (Viktor, Frankl).

Être libre de ses choix est une responsabilité importante. Je vous invite à regarder la finale du concours d’éloquence dans le film magistral « Banlieusards », dans lequel Lisa et Soulaymaan se renvoie des joutes sur le thème de la responsabilité, évoquant la guerre de la vie et qui se clôture magnifiquement par la réplique de Souleymann : « Je ne laisserai ni à vous, ni à l’état le pouvoir de décider pour moi. Victime ou soldat, gardez bien en mémoire lequel de ces deux fut mon choix ».

Vous prenez des décisions chaque jour, aussi petites soient-elles. Comprenez bien que le processus de décision est graduel, et que chaque décision ouvre la porte à une autre. « Que vos choix reflètent vos espoirs et non vos peurs » disait Mandela. Avant de décrire les étapes de l’optimisme, voici ce qu’il n’est pas. Cela coupera l’herbe sous le pied aux pessimistes 😉.

Les fausses idées sur l’optimisme

L’optimisme ne revient pas à dire que tout est parfait et qu’il pousse à être en plein déni de ce qu’il peut se passer de désagréable. Bien sûr que cette situation incroyable génère des pensées et des émotions désagréables. Bien sûr que chaque athlète est plus heureux dans son élément. En tant que traileur confiné dans un appartement dans le centre de Bordeaux, j’ai connu des moments plus folichons. Encore que, je commence vraiment à aimer ce confinement parce qu’il m’offre tout le temps pour écrire. L’optimisme permet de faire de la place aux faiblesses, aux défauts, aux expériences désagréables, tout en apportant sa vitalité pour aller bien.

L’optimisme, ce n’est pas non plus faire tapi avec une main de 2 et 4 en se disant que ça va passer, sans avoir vu ne serait-ce que le flop. L’optimisme s’accompagne volontiers de la lucidité et de l’intelligence émotionnelle. Il est plus complet que la simple méthode Coué. Le cerveau n’est pas facile à duper. Cela me fait penser aux athlètes me témoignant qu’ils essayaient de se convaincre que tout allait bien pour contre-carrer le stress ressenti en compétition. Cette stratégie était complètement dysfonctionnelle et ils le sentaient. Ils oubliaient une partie majeure de l’expérience. L’accepter pour s’adapter.

Donner du sens et se recentrer sur ses ressources

Faire preuve d’optimisme revient à prendre des décisions dans le sens de vos valeurs et aspirations profondes pour votre futur. Tout en ayant conscience de vos limites et des risques. Vous créez du sens et de la cohérence entre ce qui vous anime et ce qui vous arrive.

M. Seligman nous fait part que la recherche de sens est un facteur répondant à un bonheur plus durable que la recherche de plaisir. Donner du sens à cette crise et à ce que vous pouvez en tirer de positif est donc essentiel. Vous recentrer sur l’essentiel peut passer par l’étape de l’isolement (nous ne serions pas en période confinement ?). Cette période où nous avons besoin de nous recentrer sur nous-même. Cela peut paraître mystique à première vue, comme ce brouillard épais un bon matin d’automne. La question à vous poser est la suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment retirer de cette situation ? Peut-être qu’aucune réponse ne surgit directement. Peut-être qu’un « je ne sais pas » va se prononcer, en guise d’évitement. Ce n’est pas grave. En cette période, vous avez le temps. Appuyez-vous sur vos valeurs, vos qualités et vos ressources extérieures pour répondre à cette question.

S’adapter et rechercher des solutions

Le pessimisme réduit l’étau jusqu’à modeler une rigidité mentale vous empêchant d’agir. L’optimisme est quant à lui associé à la flexibilité mentale. L’optimisme incite à faire preuve de sincérité envers soi en cohabitant pleinement avec les émotions désagréables. Je vous ai fait part dans mon dernier article de ce qu’est l’acceptation. Il est aujourd’hui impératif d’accepter cette crise inédite pour imaginer un lendemain plus heureux. Comme le cite R. Lavillenie dans le podcast « Le corps et l’esprit » (disponible sur Spotify) s’adapter revient à « accepter de lâcher prise sur 2-3 trucs parce que je sais que derrière, je vais être capable de m’en servir et de pouvoir l’exploiter pour être encore meilleur, ou espérer être encore meilleur par la suite ». L’optimisme invite à s’adapter à la situation en s’y ouvrant. Et puisque l’optimisme est tourné vers un futur meilleur, cela induit l’apparition d’une recherche de solutions.

Comme à la suite d’une compétition ratée, cette crise actuelle vous pousse à élaborer de nouvelles stratégies et à être créatif. Catherine Testa nous parlait de volonté concernant l’optimisme. La volonté naît dans l’action. Vous ne pouvez plus vous entraîner de manière normale, qu’est-ce que vous pouvez mettre en place ? J’ai pu échanger avec les athlètes que j’accompagne sur leur adaptation à cette situation. L’Homme a cette capacité de s’adapter à toute situation grâce à son intelligence depuis le début des temps.

La recherche de solutions peut aussi pencher du côté des sphères de votre vie pour lesquelles vous avez moins de temps lorsque vous tournez à plein régime. Cette période peut vous conduire à prendre du temps pour vous et pour vos proches. Cette crise est une opportunité folle pour ralentir dans ce monde où vous vivez à 100 km/h. C’est sans doute l’occasion de vous adonner à de nouvelles activités, d’autres passions que le sport. Le sport est un pilier mais il ne peut pas être le seul. D’autres piliers ont pour tâche d’équilibrer le système en période de crise. Au-delà du travail ou de votre projet scolaire, il y a également la famille, les loisirs, les amis, votre amoureux ou amoureuse. C’est le moment de vous y consacrer davantage !

L’optimisme est contagieux

L’optimisme est aussi extrêmement lié à votre relation aux autres. Le comportement adopté par les personnes prises dans les pièges de l’ego est autocentré (article en attente de publication sur le site de FOCUS formations). C’est souvent ce qu’il se passe quand vous n’allez pas bien. En ce sens, le pessimiste y va toujours de son commentaire négatif et crée une séparation avec les autres car il souhaite avoir raison. Il a besoin d’être vu, entendu. Cela le conforte dans son cocon improductif. En revanche, l’optimiste va plutôt se tourner vers les autres. Il adopte des comportements prosociaux. L’optimiste inspire et donne de l’énergie. Grâce à ses actions, une contagion émotionnelle s’instaure. Enfin une contagion positive me direz-vous 😉. L’optimiste inspire car il réveille vos rêves, vos désirs. Il crée un élan que très souvent la peur retient en cours de route. L’optimiste n’a pas peur de voir que le chemin est semé d’embûches car il sait que sa persévérance et sa ténacité vont faire la différence. L’optimiste rebondit après les échecs et désir jusqu’au bout, malgré la présence des doutes. Après le portrait peu flatteur de l’ego, voilà un portrait bien plus flatteur de l’optimisme !

Heureusement, l’optimisme s’apprend.

Je vous propose ici quelques pistes d’exercices afin d’apprendre l’optimisme.

La méditation de pleine conscience

Comme l’indique Sébastien Boehler, l’activité de l’optimisme et de la méditation de pleine conscience se situe dans l’hémisphère gauche de notre cerveau. Tandis que le pessimisme trouverait sa place dans l’hémisphère droit. Ainsi, la pratique de la méditation de pleine conscience régulière permettrait de développer l’optimisme. Sans doute grâce à son principe phare : l’acceptation des pensées, émotions et sensations corporelles, sans jugement. En ne vous attachant pas aux pensées ou émotions désagréables, vous ne créez pas cette humeur du pessimiste. Vous avez l’esprit clair pour agir selon vos valeurs et vos désirs profonds.

L’application de méditation de pleine conscience « Petit Bambou » propose le programme « s’offrir du positif ». Ce programme de psychologie positive vous permet de mettre un pied dans ce qu’il y a de bon en vous. Et cela fait tout simplement du bien.

Exercice de l’autobiographie future

L’écriture a cette faiblesse de mettre des mots sous silence. Ils sont sous notre nez, attendant sagement que notre attention se pose sur eux, pour finalement, nous ouvrir les yeux.

Lorsque vous êtes dans une situation d’incertitude et de doute quant à l’avenir, écrivez votre autobiographie future en étant aussi précis que possible sur ce qui vous anime, ce que vous souhaitez réellement, les étapes à entreprendre, vos motivations, la personne que vous allez être en atteignant vos objectifs, les émotions ressenties, les personnes qui vous entourent, les opportunités que cela va déclencher… Vous pouvez également imaginer des imprévus, des difficultés, et vos réactions face à celle-ci, faisant partie intégrante de la réalisation des objectifs. Ecrivez en formulant vos verbes au futur. Soyez indulgent et patient, le but de cet exercice est de créer une vision et d’apporter un peu plus de certitudes et de cohérence. Lorsque vous avez terminé, posez votre crayon et votre feuille, et fermez les yeux. Prenez quelques instants de calme pour vous connecter à votre respiration, puis pour ressentir l’énergie dans votre corps. Laissez aller et venir les images survenant de cet exercice. Et pour clôturer, esquissez un léger sourire. (Car un sourire induit a le même effet qu’un sourire réel pour notre cerveau !)

Avoir de la gratitude : Dire merci

En cette période, il peut être bon de prendre conscience des petits moments agréables de vos journées en les répertoriant dans un journal chaque soir. Cumuler ses petits moments permet de vous ouvrir et d’avoir une conscience élargie de ce qui peut se passer de bon dans votre journée. Vous ne banalisez plus le bien. Vous le reconnaissez et cela fait une belle différence.

Aussi, lors du programme de pleine conscience MBSR, la personne en charge de ce programme avait pour rituel de dire merci en souriant à chaque fin de prise de parole d’un(e) membre d’un groupe. Ce rituel apportait beaucoup de chaleur et de soutien. L’exercice que je vous propose consiste à vous rappeler une personne importante à vos yeux. Cette personne vous apporte au quotidien. Elle vous offre du soutien, du rire, de l’écoute quand vous en avez besoin. Elle est présente depuis quelques temps, voir depuis toujours. Il est venu le temps de la remercier. Prenez un stylo et un crayon, et écrivez-lui pour la remercier. Soyez bref ou soyez long, peu importe. Le plus important est ce qui se trouve dans votre message. Votre relation en ressortira encore plus grandie. Tony Parker soutient cette idée : « […] Tout l’amour que l’on montre à nos proches et à nos amis, je pense que ça, c’est ce qu’il faudra qu’on garde même après le corona ».

Conscience cosmique

« Je me sens pas le plus chanceux mais c’est pas moi le plus à plaindre. J’ai compris les règles du jeu, ma vie c’est moi qui vais la peindre. »

Grand corps malade, Je dors sur mes 2 oreilles

Pour terminer sur ces quelques exercices, je vous invite à être cet astronaute, voyant la situation sur l’ensemble de la planète. Cette conscience cosmique peut faire apparaître un sentiment de compassion. La compassion signifie « souffrir avec ». L’ensemble des humains de la planète vit cette crise. Tous les athlètes ont vu leurs objectifs tombés ou reportés. Mais ces objectifs se mettent au second plan lorsqu’il s’agit de la santé de chacun d’entre nous. Il y a des situations plus difficiles, ailleurs dans le monde. Restez optimiste quant à la réalisation de vos objectifs. Aujourd’hui est juste le moment d’être solidaire et de prendre soin de vous.

Conclusion

« Alors quand ce virus partira comme il est venu, que restera-t-il de tous ses effets secondaires ? Qu’est-ce qu’on aura gagné avec tout ce qu’on a perdu ? »

Grand corps malade, Effets secondaires

Laissez-vous porter par l’espoir d’un meilleur lendemain. Et ce, tout en restant actif durant cette période. Une crise est faite pour apprendre. Apprenez sur vous, apprenez à travers les livres, apprenez grâce aux autres, apprenez grâce à vos actions. Méditez, jouez, respirez, lisez, riez, remerciez, jardinez, travaillez, parlez, écoutez, écrivez, visualisez, imaginez, créez. Tous ces verbes d’action vous poussent à apprendre. Pas celui de ruminer. Soyez OK avec les pensées et émotions désagréables, mais ne les laissez pas gouverner. Choisissez de nourrir l’optimisme. Le jour où toute cette période sera derrière vous, vous pourrez dire : j’en ai fait une opportunité.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANTS

Sitographie

Bibliographie

  • Edgar Morin, « Pour une crisologie »

Le silence

Je crois que le silence a un double visage. Je crois qu’il représente la paix mais aussi le metteur en scène de nos peurs. Il nous livre à nous-même. Il nous expose. Il nous met à nu. L’absence de bruit, l’absence de distraction… Ces absences détiennent le pouvoir d’alimenter la relation avec soi, dans son entièreté. Fragilités et capacités mêlées. S’il n’est pas habituellement présent, le silence fait naître le vacarme intérieur. Un vacarme sombre où les angoisses surgissent. Vais-je réussir ? Suis-je assez… ? Tes limites vont-elles te définir à elles seules aux yeux des autres ? La respiration s’accélère, le cœur bat avec résonnance. Cela ressemble à une croisée des chemins où les choix prit face à ces angoisses, ici et maintenant, vont décider du futur. Le silence crée un orchestre désorganisé de pensées et d’émotions. La plus belle symphonie intervient au moment où le silence n’est plus un adversaire. Créer l’alliance avec le silence. Se lier à cet orchestre désorganisé pour le comprendre, se l’approprier. Trouver en chaque pensée et émotion, un musicien venant jouer sa partition. Trouver des accords entre ces musiciens. Prendre du recul, observer et écouter le mariage des partitions. La symphonie apparaîtra lorsque chaque musicien aura trouvé sa place au sein de l’orchestre, avec sa sensibilité et son message. Nous sommes nos propres chefs d’orchestre. Et le silence, notre baguette.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience.

Le silence est magique à qui sait le reconnaître. Il aiguise notre perception. Et la qualité de notre perception influence la propre relation que nous entretenons avec nous-même, mais aussi celle du monde qui nous entoure et avec lequel nous entrons en interaction tous les jours. Notre équilibre personnel et relationnel dépend de nos perceptions et de notre capacité à s’installer dans un silence intérieur pour reconnaître ce qui se passe en nous. En d’autres termes, notre perception peut prendre de la valeur lorsqu’elle change de braquet face à une situation difficile ou à nous-même, à travers nos pensées, nos émotions et nos comportements. Nous utilisons notre énergie intérieure d’une autre manière. Il n’y a plus de lutte, il y a à présent compréhension.

Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste.

Le silence fait entrer dans l’obscurité la lumière de la conscience. Et être conscient, c’est affaiblir l’ego. Car un espace se crée. Il n’y a plus de réaction automatique. Vous n’êtes plus avec la laisse autour du cou, vous faisant promener par votre colère ou vos peurs. Cet espace est un espace de liberté où la compréhension mène à l’action plus juste. Retenez bien que la situation est toujours neutre. Seule votre perception et votre qualité de conscience dans le moment présent vous fait juger que cette situation crée votre malheur ou votre bonheur. Percevoir et poser la conscience sur les pensées et les émotions engendrées par la situation, est une première étape pour l’affronter. Vous n’êtes pas vos pensées et vos émotions. Vous êtes la conscience qui se cache derrière le voile des pensées et des émotions. Et qui dit conscience dit affaiblissement de l’ego. Cette conscience vous apporte une liberté et une palette de possibilités car vous n’êtes plus identifié à vos pensées et vos émotions. Vous n’êtes plus en train d’interpréter, de comparer, d’aimer, de ne pas aimer. Vous êtes libre.

Le silence n’est donc pas à craindre. Il apporte conscience et liberté. S’asseoir, méditer en pleine conscience, et accepter ce silence instructeur, c’est apprendre à lire en soi, plus finement.

Pierre Guillet, préparateur mental, Bordeaux

Membre du réseau professionnel FOCUS CONSULTANT

Représentation du travail mental et autocompassion : Duo gagnant ?

A l’heure où beaucoup d’actions sont mises en place pour l’événement des Jeux Olympiques en France en 2024, il est pertinent de prendre position pour l’intégration des interventions des champs de la psychologie et de la préparation mentale auprès des athlètes. Conscientiser et apprendre à gérer ses activités mentales lors de son épreuve sportive, en entraînement et en compétition, est crucial pour atteindre ses objectifs de performance. Mon année au sein de la formation de préparation mentale dirigée par FOCUS CONSULTANTS, m’a fait comprendre deux aspects du suivi en préparation mentale que je souhaite partager avec vous.

Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

Bon nombre d’athlètes rencontrés ont une demande concernant la confiance en soi et la gestion du stress et des émotions. Les champs de la psychologie et de la préparation mentale, en communion, peuvent répondre à cette demande explicite. Les raisons implicites sont à explorer dans les activités psychiques plus ou moins profondes du cerveau de la personne. Il est honnête de dire que cette exploration peut être une source de peur au départ. La psychologie montre que l’être humain se base sur un système d’équilibre. Travailler sur ces activités cérébrales pour en déceler les pièges et découvrir de nouvelles habitudes cognitives, émotionnelles et comportementales peut déséquilibrer au départ. Cela peut déstabiliser, questionner, et même parfois être culpabilisant de prendre conscience de son fonctionnement psychique, allant des antécédents aux conséquences. Peut-être faut-il rendre cette découverte un peu moins lourde, en la percevant comme un jeu et une ouverture vers de nouvelles perspectives ? Nous avons toutes et tous été enfant et cette âme sera toujours en nous. Cet enfant, qui joue, qui découvre, pas à pas, en apprenant par essai-erreur, en osant malgré la peur. Les habiletés mentales utiles à la performance sont, au même titre que la marche ou la lecture, à développer grâce à un apprentissage intégrant l’attention, un engagement actif, de la répétition et l’acceptation des erreurs. Etre lucide sur son fonctionnement psychique, s’accepter soi-même dans son entièreté (ses qualités, ses fragilités, ses peurs) et se concentrer sur des points attentionnels pertinents sont autant d’étapes à respecter en psychologie et préparation mentale pour améliorer chez l’athlète son bien-être et, à postériori, la performance. Alors, oui, la préparation mentale en communion avec la psychologie, sont des activités à prendre en compte sérieusement par leurs validités scientifiques. Oui, elles doivent avoir un cadre éthique et déontologique pour apporter de la confiance dans la relation avec l’athlète. Mais dans ce cadre sérieux et professionnel, il peut être bon d’apporter une touche ludique afin de changer les représentations cognitives de l’athlète sur le travail mental qu’il(elle) doit effectuer. Les athlètes ont des exigences de toutes parts (personnelles, des entraîneurs, des fédérations, des sponsors et potentiellement des parents). C’est aussi une exigence à se poser que de travailler psychologiquement sur l’approche des entraînements et des compétitions. Mais ce ne doit pas être un fardeau. Le prendre comme un jeu rend ce travail sérieux et indispensable, plus léger.

De plus, aller sur le chemin de la connaissance de soi, grâce aux champs de la psychologie et de la préparation mentale,  peut tout simplement aider à prendre soin de soi. Comme évoqué précédemment, les athlètes ont des exigences personnelles ou extérieures. Les exigences ne s’accouplent pas de manière intuitive avec l’action de prendre soin de soi. Or, dans la théorie scientifique de la psychologie, il a été validé que prendre soin de soi grâce à l’autocompassion permettait de développer une résilience émotionnelle et de mettre son ego en arrière-plan. Une relation bien plus saine est entretenue avec soi-même.

prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance.

La méditation de pleine conscience aide à développer cette autocompassion. Ce courant bouddhiste s’enregistre en psychologie dans la troisième vague des thérapies cognitivo-comportementales et se révèle comme un outil pertinent en préparation mentale. Très en vogue en ce moment, la méditation de pleine conscience permet, selon Jon Kabat-Zinn (P. 55, 2009), de « nous voir et de voir le monde sous des angles nouveaux, d’apprendre à travailler autrement avec notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions, et d’apprendre à rire un peu plus des choses, y compris de nous-mêmes, tout en nous entraînant à trouver et à garder notre équilibre le mieux que nous pouvons ». Par la pratique régulière de la méditation de pleine conscience, l’athlète apprends, par exemple, à conscientiser ses activités mentales et à se rendre compte qu’un nombre massif de pensées apparaît chaque jour dans le cerveau. De ce fait, gérer toutes ses pensées n’est pas aisé, surtout si elles apparaissent lors des compétitions et qu’elles sont liées à du jugement ou de l’autocritique (cet ego qui parle dans votre tête…). Heureusement, plus la personne apprend à reconnaître et accepter les pensées pour ce qu’elles sont et non à les percevoir comme une vérité pure, plus la personne va se détacher de ces dernières. La personne va ainsi lâcher prise avec les pensées qui pouvaient la faire perdre pied et être davantage en capacité de poser son attention dans l’instant présent et de se concentrer sur ce qu’il y a de plus pertinent pour sa performance. Le détachement des pensées amène la personne à prendre soin d’elle-même car la puissance de frappe des pensées limitantes va s’amoindrir. Concrètement, prendre soin de soi, c’est s’appliquer à soi les conseils que nous pourrions donner à un(e) ami(e) en situation de souffrance. Ceci nécessite encore de l’entraînement, ne l’oublions pas. Répéter, grâce à l’application Petit Bambou par exemple, des séances de méditation de pleine conscience chaque jour, provoque à long terme, des bienfaits psychologiques pour la personne pratiquante.

En guise de conclusion, je souhaite préciser que la psychologie est une science abstraite. Le cerveau de l’être humain est complexe, et ses activités le sont tout autant. Il n’y a donc pas de solution miracle dans les champs de la psychologie et de la préparation mentale. Travailler vos habiletés mentales en jouant et en méditant demande de l’entraînement et un engagement personnel profond. Mais ne dit-on pas que le JEU en vaut la chandelle ? Alors, foncez vers vos objectifs, mais n’oubliez pas de prendre soin de vous 😊

Exercice d’autocompassion : S’écrire une lettre.

Cet exercice est tiré de ma pratique d’autocompassion lors du programme MSC (mindful self-compassion). Chacun a en lui ce quelque chose qu’il n’aime pas ; une fragilité, une peur, quelque chose occasionnant de la honte, ou le fait se sentir pas assez bon. Je vous propose de réfléchir à quelque chose à propos de vous qui vous fait vous sentir mal (une peur, une habitude malsaine, votre apparence, etc). Lorsque votre situation est choisie, écrivez une lettre comme si vous discutiez avec un ami très cher se débattant dans une situation semblable à la vôtre. Quel mot de compassion et de soutien lui offririez-vous ? Ensuite, lisez la lettre et appliquer ces mots à vous-même.

Pour vous aider :

1. Choisir une situation amenant de l’inconfort ou du stress
2. Ecrire précisément les pensées qui apparaissent lors de cette situation, les émotions qui les accompagnent et les manifestations corporelles (lucidité).
3. Répondre à cette question : Quels conseils je donnerais à un proche rencontrant cette situation ?
– Classer les conseils par ordre de préférence

4. Ecrire la lettre

Mot d’ordre : Indulgence. Cet exercice n’est pas forcément facile à première vue. Ecrivez, faites des brouillons, recommencez, mais surtout, soyez indulgent avec vous-même. Il n’y a pas de performance. Ce sont juste vos mots, pour vous faire du bien, en cas de besoin.

5. Lire votre lettre chaque fois que vous en ressentez le besoin.

 

Pierre Guillet, préparateur mental

Membre du réseau de professionnels en préparation mentale,

FOCUS CONSULTANTS

 

Bibliographie :

Kabat-Zinn, J., & André, C. (2009). Au coeur de la tourmente, la pleine conscience: MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness: programme complet en 8 semaines. De Boeck.

Neff, K. D. (2011). Self‐compassion, self‐esteem, and well‐being. Social and personality psychology compass, 5(1), 1-12.