Et si on remettait le sens au goût du jour ?

J'ai trouvé le sens de la raison qui m'entraîne
À chaque pas sur le devant de la scène
J'ai trouvé le sens de la vie que je mène
Et je l'aime 

Avez-vous trouver l’auteur de ces rimes ? Non ce n’est pas Irvin Yalom le psychologue existentialiste, mais Tal, la chanteuse Française. Ok, je démarre cet article de manière ironique, mais toujours est-il que Tal a raison, et cet article va vous le prouver !

La question du sens

« Je ne fais pas ce métier pour offrir des matchs ennuyeux qui endorment les supporters. Je veux qu’il y ait de la vie et des émotions dans nos matchs. Je veux qu’on offre des matchs mémorables aux supporters. Je veux que les supporters soient excités à l’idée de voir nos matchs. Ces intentions sont au coeur de ma philosophie »

Jürgen Klopp

Il y a quelques jours, on me posait la question de ce qui m’animait dans mon métier de préparateur mental. Et là, je me suis dit : « c’est vrai ça, qu’est-ce qui m’anime réellement ? » Sans trop réfléchir longuement, deux notions sont apparues : équilibre et sens. Voilà mes leitmotivs dans chaque accompagnement. Optimiser l’équilibre émotionnel et amener l’athlète à donner du sens à sa pratique et son fonctionnement intérieur. Parce que cela fait échos à mes valeurs : comprendre, se dépasser et être libre (Pile au moment où j’écris ces lignes, le soleil m’envoie quelques filets de lumière à travers le ciel chargé de nuages… un signe du destin ?).

Comme l’écrit Pierre Cousineau dans la préface du livre « Le piège du bonheur » de Russ Harris, « autant notre physiologie a besoin d’eau, de nourriture et d’air, autant notre psychisme humain a besoin de sens ». Ce à quoi Sébastien Bohler ajoute : « Le besoin de sens naît du besoin de contrôle. Il est une émanation de notre désir de survie » dans son livre « Où est le sens ». C’est ainsi et ce n’est pas votre cortex cingulaire qui vous dira le contraire. Prendre la décision d’aller vers la direction choisie en fonction de vos objectifs, c’est savoir ce qui vous guide dans votre intérieur profond. Connaître cette raison d’être profonde peut passer par l’étape de l’isolement. Cette période où vous avez besoin de vous recentrer sur vous-même pour mieux vous écouter et ne pas être en proie à tout ce qui vous attire hors de votre direction. Cela peut paraître mystique à première vue, comme ce brouillard épais un bon matin d’automne.  Mais, au fur et à mesure que votre écoute s’affine, le brouillard se lève et vous voyez de plus en plus loin devant vous. Vous développez cette faculté intrinsèque de juger, de percevoir ce qui est essentiel pour vous, votre pratique sportive et votre vie en générale. La question à vous poser est la suivante : Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que je désire vraiment ?

Plus largement, le sens de la vie vient de la psychologie existentielle. Et il n’est pas forcément aisé de se pencher sur la question du sens. Cela peut être une question vertigineuse, provoquant un déséquilibre. Peut-être que le caractère sérieux de cette question fait surgir des peurs face auxquelles vous ne souhaitez pas être confronté.e. Mais tout se passe à l’intérieur. Et cet intérieur, vous seul pouvez le percevoir, et le comprendre. C’est pour cette raison que Viktor Frankl, survivant des camps de concentration durant la seconde guerre mondiale et créateur de la logothérapie, associe la recherche de sens avec les notions de liberté et de responsabilité.

Créer cet alignement en soi et avec les autres à travers vos objectifs, c’est s’offrir le droit de jouir de la vie dans son entièreté, y compris avec ses périodes de souffrance. Donner du sens à sa pratique et plus largement à sa vie, c’est établir une cohérence grâce à une signification et une direction, avec authenticité. La signification correspond à vos valeurs. La direction correspond à votre but. Comprenez que lorsque vous donnez du sens, vous accordez vos valeurs avec votre but. Tel un musicien, la partition que vous jouez est de plus en plus juste. Elle résonne agréablement dans vos oreilles et celles de ceux qui vous écoutent. Pour autant, vous ne percevrez peut-être pas cette douce mélodie directement. Car le sens s’évalue rétrospectivement. Ainsi, vous vous rendez compte après quelques mois ou quelques années si vous avez su être cohérent, au regard de vos actions. Vous ressentirez à ce moment précis que vous êtes à votre juste place. Vous ressentirez ce regain d’énergie et cette satisfaction personnelle d’avoir su vous écouter pour agir comme vous le vouliez, à chaque instant.  

Anatomiquement parlant, la question du sens a été renvoyée au cortex cingulaire antérieur. En effet, notre système d’anticipation est fait pour que nous lui répondions favorablement. Or, dès que nous n’obtenons pas ce qui était prévu, le cortex cingulaire antérieur sonne l’alerte car il ne trouve pas de sens à ce qu’il vient de se passer. Pour cette raison, en prenant la victoire comme seul sens à sa pratique sportive, vous aurez bien plus de chance de perturber votre cortex cingulaire antérieur car vous ne maîtrisez pas toutes les composantes et vous ne pouvez pour ainsi dire, tout anticiper. Par ailleurs, la question du sens ne concerne pas que le système d’anticipation lié au cortex cingulaire antérieur. Bien que le sens soit toujours logé dans cette zone, le sens à connotation existentiel permettrait également de diminuer l’activité d’alerte du cortex cingulaire antérieur. La philosophie ou la religion permettraient notamment d’abaisser le niveau d’alerte du cortex cingulaire antérieur grâce à leurs différentes questions existentielles et leurs croyances. En d’autres termes, croire en un sens plus vaste et plus grand que soi protégerait le cortex cingulaire antérieur. Car chaque chose aurait une signification. Comme l’écrit Sébastien Bohler, « Nous semblons d’une certaine manière biologiquement programmé pour chercher du sens dans le monde qui nous entoure. Dès qu’on nous propose un cadre d’interprétation de la réalité à la fois globale et stable, nos niveaux d’angoisse reculent ». Il n’est donc pas étonnant de voir beaucoup d’athlètes avec des croyances religieuses. Cela les aide à surmonter les difficultés et à croire en leur bonne étoile. Moi qui me posais la question de la religion lorsque je voyais le footballeur Brésilien Kaka célébré religieusement ses buts avec les bras et la tête levés vers le ciel, me voilà avec une bonne partie de la réponse.

La perte de sens

Perdus, sans s’entendre sur notre but, on s’ennuie fort, on se tue.

Angèle

Vous allez vous dire : il est d’humeur musicale pour cet article. Toujours est-il que les textes de chanson nous confie bien souvent des messages universels qu’il est bon d’entendre réellement de temps à autre. Il est important de comprendre que donner du sens est vraiment personnel. Et que l’absence de sens amène à la dérive. Le monde du sport n’y échappe évidemment pas. En créant toujours plus de récompenses et en survalorisant ces récompenses (financières, matérielles, …), l’athlète peut très vite perdre le sens qu’il donnait autrefois à sa pratique. Manipulé.e, l’athlète tombe dans les méandres d’une quête impatiente des récompenses extérieures à sa pratique. L’ego s’agite. Le stress se ressent. Finalement, à force de vouloir créer de la stabilité à travers ces récompenses, le paradoxe se met en place : l’instabilité règne dans votre cerveau. L’estime de soi s’étiole à force de chercher à se soulager par des récompenses extérieures. Sébastien Bohler a raison : « A défaut d’être, on se rabat sur l’avoir » pour donner du sens à sa pratique et se sentir exister aux yeux de tous. Et oui, l’ « Avoir » vous donne le sentiment de réduire les incertitudes et d’être accepté. Ce qui apaise le cortex cingulaire sur l’instant T, mais pas sur le long terme. Le piège se referme.

Mais alors, que se passe-t-il dans votre pratique si vous perdez le sens que vous lui avez accordé autrefois ? Que se passe-t-il si les buts fixés sont trop influencés par la société et n’ont pas été choisi librement par vous-même ? Que se passe-t-il si vous vous faites manipuler inconsciemment pour tendre vers toujours plus de récompenses extérieures ? Quelle est votre identité ? quelle est votre essence ? Quelle joie y a-t-il encore à pratiquer ? Sans le sens, vous êtes perdu. Perdu dans le temps, perdu dans vos pensées, vos émotions, vos actions. Et c’est ce qu’a compris l’un des athlètes que j’accompagne, suite à sa victoire sur une compétition majeure. Sollicité pour augmenter sa visibilité sur les réseaux sociaux et, à termes, attirer des sponsors, il a choisit de ne pas donner suite car ce qu’il aime avant tout, c’est pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer son sport. C’est ce qui l’anime au plus profond. Faire plus de story instagram et perdre en temps de pratique n’était pas de son goût. Il n’y avait pas de sens derrière tout ça. Et saper le besoin de sens à l’humain revient à ne pas vous assurer tout en faisant le funambule à 300m de haut. La chute peut être vertigineuse. Voir que le sol se dérobe sous vos pieds fait monter l’effroi, des pieds à la tête, avec le sentiment qu’il n’y a plus aucun contrôle sur ce que vous faites ou ce que vous êtes. Ne pas donner de sens, ou plutôt, être guidé.e par le sens que donne votre ego ou une autre personne à votre pratique peut pousser à ressentir un profond sentiment de frustration. Vous êtes le vagabond de votre pratique en étant inactif ou impulsif (dimension de la rigidité psychologique). Vous êtes cette personne errante sans signification ni direction. Vous ressentez parfois l’euphorie de la récompense, mais cette dernière est très vite remplacée par des émotions telles que l’inquiétude, l’ennui, l’apathie et le sentiment du vide. Une question taraude : Mais pourquoi je fais tout ça ?

La clarté dans les valeurs

Une vie axée sur des valeurs est toujours plus enrichissante qu’une vie axée sur des buts, car nous pouvons en profiter pendant que nous cheminons vers nos buts.

Russ Harris

Donner du sens est clairement le coup d’envoi d’une promesse que vous vous faites à vous-même pour atteindre vos objectifs. C’est une activation comportementale grandement influencée par vos valeurs. Ces dernières sont une orientation, représentant l’un des six principes fondamentaux de la thérapie de l’Acceptation et de l’Engagement. Selon Russ Harris, les valeurs sont « Les désirs les plus chers à notre cœur, ce que nous souhaitons être, ce que nous souhaitons défendre et la façon dont nous voulons échanger avec le monde qui nous entoure ». Elles déterminent les forces et les qualités que nous voulons développer et la vie que nous voulons vivre. Elles ne dépendent ni du contexte, ni des normes. Dans la thérapie de l’ACT, les valeurs sont comparées à une boussole. Elles vous donnent un cap, une direction à suivre. Elles vous poussent à être dans l’effort et vous dépasser. Elles sont ce qui vous constitue au plus profond de vous et qui vous permet d’avancer de manière équilibrée et cohérente. Elles sont puissantes et diffèrent des objectifs car vous avez toujours accès à vos valeurs. Les objectifs sont une échéance. Les valeurs, elles, ne s’atteignent pas. Elles vous accompagnent. Lorsque vous êtes en déconnexion avec vos valeurs, vous le ressentez (Crispation, tristesse, frustration, etc.). Pour vous recentrer, vous pouvez toujours avoir cette réflexion : Je m’imagine vers la fin de ma vie, assis sur une chaise, en train de me remémorer mes années écoulées. Quelles valeurs aurais-je aimé incarner durant ma vie ? Quelles valeurs m’aura rendu fier(e) et satisfait(e) de mon parcours de vie ? Quelles valeurs aura donné le plus de sens à ma vie ?

Les motivations intrinsèques

Donner du sens passe clairement par vos motivations intrinsèques. Les motivations intrinsèques sont liées au plaisir pur de la pratique de votre sport et peut vous apporter de la stimulation (émotions et sensations positives), de la connaissance (sur vous-même, sur des spécificités de votre sport et de son environnement) et un sentiment d’accomplissement personnel (se dépasser, franchir des obstacles difficiles, etc.). En effet, « lorsque les gens sont motivés intrinsèquement, ils se développent et grandissent. Plus précisément, les gens qui sont mus par une motivation intrinsèque font preuve d’initiative, poursuivent leurs intérêts, agissent de manière spontanée et créative, font des efforts pour apprendre de nouvelles choses et pour se développer et développer de nouvelles capacités, traitent les informations de manière approfondie et conceptuelle, font preuve de persévérance et affichent plus d’émotions positives, de vitalité et de bien-être. » (« C’est pas mal hein !? », comme dirait ma fiancée). Les motivations intrinsèques sont intimement liées avec les besoins psychologiques de chacune et de chacun (autonomie, compétence et affiliation). L’autonomie correspond au besoin de faire vos propres choix quand vous le souhaitez et comme vous le voulez. L’autonomie met en avant le besoin de décider de l’intérêt que vous portez à une activité particulière et ayant du sens pour vous. Vous n’êtes pas contrôlé.e par l’environnement externe. Le besoin de compétence est quant à lui « le besoin psychologique qui génère la volonté de rechercher des défis optimaux, d’y faire face et de fournir des efforts persévérants et une réflexion stratégique afin de les maîtriser. » le troisième et dernier besoin psychologique de l’affiliation s’apparente davantage au besoin d’être en interaction avec les autres, de se sentir intégré.e et aimé.e au sein de son environnement. Il règne une sorte d’intérêt mutuel et du souci de l’autre dans le besoin de l’affiliation. Lorsque ces besoins psychologiques sont remplis dans l’activité que vous avez librement choisie, il y a de grandes chances que vous soyez motivé intrinsèquement. Ce qui aura pour conséquence d’élever votre niveau d’engagement, mais aussi votre créativité, votre curiosité, votre intérêt, votre dynamisme, vos capacités d’apprentissage et plus globalement votre bien-être.

L’intérêt et la joie : les deux principales émotions de la motivation intrinsèque

C’est parce que nous grandissons au niveau de l’être,

et non de l’avoir, que nous sommes dans la joie »

Frédéric Lenoir

Explorer. Enquêter. Rechercher. Mettre en lien. Constamment. Par le simple prisme du plaisir d’apprendre et de progresser en termes de connaissances et de compétences. Voilà ce qu’est l’intérêt que vous portez à votre pratique sportive. C’est découvrir pour répondre à la nouveauté et à l’incertitude. En tant qu’athlète, l’intérêt vous permet de vous engager dans une découverte insatiable de tout ce qui vous fera progresser techniquement, tactiquement, physiquement et mentalement. C’est accorder de l’importance à toutes les informations et détails nécessaires à votre bien-être et votre performance. Évidemment, par son côté insatiable, cela peut engendrer de la fatigue émotionnelle et cognitive. Si vous n’avez pas assez d’intérêt pour votre pratique sportive, cette fatigue ne sera pas suivie d’un réengagement dans l’exploration et la recherche. A l’inverse, un fort intérêt fera office de socle motivationnel pour remonter à l’étrier et persévérer dans votre soif de progression. Ainsi, chaque découverte réalisée grâce à votre intérêt sera constamment suivie de moments de joie. Ces moments seront parfois furtifs, parfois plus longs. Toujours est-il que l’intérêt et la joie sont indissociables car la découverte est un accomplissement, un progrès que la joie vient récompenser en livrant son côté tantôt euphorique, tantôt apaisant. Cette joie facilite également votre engagement et réenclenche le processus d’intérêt par l’intermédiaire du jeu et de la créativité. Comme le dit si bien l’expression « se prendre au jeu », c’est porter un intérêt fort à votre pratique sportive et être pleinement focus dans la tâche, dans un esprit de gaieté et de légèreté. Ce cercle vertueux peut vous amener très loin. C’est ce que tou.tes les grand.es champion.nes ont fait : découvrir, sans cesse, et se nourrir de petits moments de joie pour progresser.

Conclusion

Donner du sens est un besoin fondamental de l’être humain. Le sens permet de suivre un chemin choisit, un chemin qui est propre à soi et qui doit vous correspondre. Il est un moteur universel pour s’accomplir personnellement et être fier.e de soi quand il sera venu le temps de regarder dans le rétroviseur de votre vie. Accompagner les athlètes à donner du sens à ce qu’ils font est ce qui m’anime profondément. Il émane de ma nature et de ma personnalité comme une évidence de créer du sens pour comprendre, se dépasser et être libre. Dès lors, je vous encourage à donner du sens à ce que vous faites, au travers de vos valeurs et de vos motivations intrinsèques. Bien que chaque athlète ait une ambition extrinsèque de titre ou de récompense pour laisser une trace aux yeux des autres, la seule et unique trace qui compte n’est pas ce but mais tout l’intérêt et la joie que vous aurez ressenti durant votre carrière, dans un écosystème où vous aurez pu révéler l’ensemble de vos capacités.

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