Le pouvoir de l’alliance entre émotions et rationalité

Un pilote de moto Rallye que j’accompagne en ce moment-même a inspiré cet article. En débriefant sur son dernier rallye remporté au Maroc dans sa catégorie, ce pilote m’a montré par A+B que l’émotionnalité et la rationnalité ne sont pas deux adversaires devant se combattre mais bel et bien deux partenaires au service d’un seul et même leitmotiv : Atteindre l’objectif visé.

Intelligence émotionnelle

« La question n’est pas de savoir si je dois suivre mes affects ou ma raison mais quels sont les affects qui doivent guider mon action. »

Arne Naess

Je vais là vous décrire une notion de psychologie développée par Daniel Goleman s’intitulant : intelligence émotionnelle. Selon Goleman, « Toutes les émotions sont des incitations à l’action ; ce sont des plans instantanés pour faire face à l’existence que l’évolution a instillée en nous. D’ailleurs, le terme « émotion » se composent du verbe latin motere, voulant dire « mouvoir », et du préfixe é, qui indique un mouvement vers l’extérieur, et cette étymologie suggère bien une tendance à agir ». Cette intelligence émotionnelle se cultive en partie par la méditation de pleine conscience (mais pas que !) et grâce à laquelle vous vous ouvrez directement à ce que vous ressentez. L’intelligence émotionnelle entre complètement dans le cadre de la flexibilité psychologique tant elle vous permet de vous adapter aux situations et aux personnes que vous rencontrez. Car, tout comme nous ne pouvons annihiler les émotions dites négatives (elles constituent aussi notre vie), nous ne pouvons pas non plus répondre à la doctrine d’effacer la part émotionnelle de notre cerveau au profit de la rationalité. Il est une nouvelle fois question d’équilibre et de complémentarité. Les émotions et les systèmes cérébraux auxquels elles se rattachent ne peuvent pas être mis de côté. Elles participent et nous permettent d’intégrer cette part motivationnelle et passionnelle dans ce que nous faisons. Aucun choix ne peut être fait sans affect (émotion). Daniel Goleman parle de deux cerveaux : le cerveau rationnel et le cerveau émotionnel. L’équilibre entre ces deux protagonistes de la vie mentale est tout bonnement bénéfique. Comme l’écrit Daniel Goleman, « le fait de pouvoir canaliser ses émotions dans un but donné est une aptitude primordiale. Dominer ses pulsions ou de retarder la satisfaction de ses désirs, de contrôler son humeur afin de faciliter la pensée au lieu de l’entraver, de se motiver à persévérer sans se laisser décourager par les échecs, de réussir à atteindre l’état de fluidité et d’être plus efficace, tout cela souligne le pouvoir des émotions de nous guider dans ce que nous entreprenons ».

Les émotions sont normales et universelles

« Lorsqu’un homme a appris, pas sur le papier, comment rester seul avec sa souffrance, comment surmonter son désir de fuite, il lui reste peu à apprendre. »

A. Camus

L’intelligence émotionnelle permet de développer des capacités en termes de prise de conscience et d’acceptation de la présence de toutes les émotions (y compris les émotions désagréables ou douloureuses). Ainsi, vous ne perdez pas de temps à les refouler ou à les alimenter inconsciemment, car vous savez que tout est une question de normalité.

« Ce qui est le plus personnel est aussi ce qu’il y a de plus général »

Carl Rogers

Lorsque vous ressentez de la peur, vous vous sentez régulièrement différent.e des autres et très régulièrement seul.e dans votre situation. Comme si votre propre monde était dysfonctionnel et que quelque chose clochait chez vous. Pour autant, retenez bien que la peur que vous ressentez est belle et bien présente chez vos adversaires. La peur est, comme je le disais, liée à l’instinct de survie. Elle est donc normale. Puisque chaque humain est doté d’un instinct de survie, elle est fondamentalement universelle.

Ainsi, lorsque vous évoquez avec courage une peur avec un.e proche ou un.e partenaire d’entraînement et que cette personne vous répond : « moi aussi je ressens cela », un soulagement et du réconfort apparaissent. Votre solitude s’efface. Vous ne vous sentez plus différent.e des autres. Les épaules retombent. Les nœuds se dénouent. Un sentiment de toute-puissance est annihilé. Ces moments révèlent votre humanité partagée. Une humanité imparfaite, mais satisfaisante pour ce qu’elle offre. Pour votre plus grand bien. Bien que vous ayez le devoir de faire face à la solitude pour comprendre vos propres peurs, n’oubliez pas que votre âme solitaire se lie d’amitié et de compassion avec les autres lorsque vous comprenez que vos peurs les habitent également. Ici s’ouvre un champ plus vaste où règne l’immensité de l’humanité et de la fragilité commune. Quand vient ce moment, vous ne résistez plus et devenez un peu plus libre.

L’impermanence des émotions

« Quand tu es agité, réfléchi sur l’impermanence,

voit l’aspect éphémère des projets et des pensées.

Ton esprit se calmera de lui-même »

Marion Chaygneaud-Dupuy

Si la méditation de pleine conscience peut vous apprendre une notion importante au sujet des émotions, c’est bien leur impermanence. Dans votre pratique sportive, vous devez faire face à un panel incroyable de situations, ce qui constitue un vivier considérable d’émotions. C’est pourquoi, pratiquer la méditation de pleine conscience vous aide à devenir intelligent.e émotionnellement car vous faites l’expérience de percevoir les émotions comme des messagers qui ne sont que de passage. La métaphore des nuages dans le ciel est d’ailleurs la métaphore la plus utilisée pour comprendre l’impermanence des émotions. Le ciel, c’est vous. Quant aux nuages, ils correspondent aux émotions qui vous traversent. Tantôt blancs, tantôt gris. Peu importe. Car ces nuages émotionnels ne restent pas… sauf si vous vous y accrochez. Dans ce cas, tout un travail de défusion cognitive sera à l’ordre du jour.

Les émotions positives

Selon Fredrickson (2009), la positivité est le porte-drapeau des émotions positives. Elle représente l’intérêt, la joie, la gratitude, l’espoir, la sérénité, la fierté, l’amusement, l’inspiration, l’émerveillement et l’amour. J’ai souhaité vous parler de ce porte-drapeau car être pleinement conscient.e de cette positivité et des émotions qui en découlent peuvent vous permettre de développer la réalisation de soi. Nous savons aujourd’hui qu’une émotion négative prend davantage de place qu’une émotion positive. En d’autres termes, on retient plus facilement l’émotion négative que l’émotion positive. Cela induit donc la question : à partir de quel moment l’émotion positive peut l’emporter sur l’émotion négative ? La réponse est donnée dans la théorie « construction-élargissement[3] » de Fredrickson (2009). Il semblerait non pas qu’il soit question du moment mais plutôt du nombre d’émotions. Selon Fredrickson, lorsque vous faites une expérience, la condition nécessaire pour développer votre positivité est que les émotions positives doivent être trois fois plus nombreuses que l’émotion négative. Le score doit être proportionnel à 3-1 à la fin du match. Ainsi, cette condition permet de basculer de la stagnation à l’épanouissement car elle offre l’opportunité aux émotions positives de s’additionner et de se renforcer mutuellement. Et cet épanouissement sera marqué au travers de trois ressources : les ressources mentales qui facilitent l’apprentissage, les ressources physiques qui facilite la santé et les ressources sociales qui facilitent les relations.

Par cette démonstration, être pleinement conscient.e de vos émotions positives se révèle être une clé importante pour votre pratique sportive. Cela vous permettra d’élargir votre attention, d’être plus flexible mentalement, de faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et de résoudre plus facilement des problèmes grâce à votre créativité et votre appétence pour l’exploration et le jeu.

Être un surfeur aguerri

Si, en pleine crise de négativité, vous réussissez à réaliser que « En ce moment, je suis train de me créer de la souffrance », cela suffira à vous élever au-dessus des états et des réactions de l’ego. Cela vous amènera à d’infinies possibilités, à d’autres façons plus intelligentes de composer avec toute situation donnée. »

Eckhart Tolle

Il est vrai que lorsque la peur n’est pas présente, tout est plus calme et paisible. Comme un lac silencieux un beau matin d’automne. En revanche, quand vient ses vagues, elle forme des remous jusqu’à parfois tout emporter. Elle crée des vagues submersives sur lesquelles vous tentez de surfer. Mais il n’est jamais simple de surfer au départ. Appréhender ces vagues et se laisser porter par le courant demande de la lucidité et de la pratique. Vous ne vous mettez pas debout sur la planche en un claquement de doigts. Vous commencez d’abord sur le sable, en sécurité. Vous automatisez les gestes. Vous observez des surfeurs aguerris. Vous comprenez de plus en plus ce sur quoi il faut se focaliser. L’équilibre est en train de se créer.

Et puis vient le moment où vous vous jetez à l’eau. D’abord les petites vagues. Un peu d’adrénaline. Quelques chutes sans gravité. Quelques essais réussis aussi. Arrive les petites joies. Arrive la confiance. Alors, vous vous frottez à des vagues de plus en plus grandes. De plus en plus puissantes. De nouvelles chutes. Des chutes maîtrisées, parfois. L’éveil des sens est en adéquation avec le danger potentiel. Vous essayez de tout capter pour être prêt.e à vous lancer. Si vous vous jetez à corps perdu sans analyser, la prochaine vague saura rappeler qui est la plus forte.

Un surfeur aguerri connaît l’océan. Il sait et voit au loin la formation des vagues. Il sait exactement lesquelles vont lui permettre de prendre du plaisir à glisser. Il a étudié les vagues avant de s’y frotter. Un surfeur aguerri sait transformer le danger potentiel d’une vague en une opportunité de joie. A ce moment, il n’y a plus le surfeur et la vague. Ils ne font qu’un en se coordonnant. Le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel ne font qu’un.

C’est ainsi que vous pouvez vous comporter avec vos émotions. Surfer sur la vague de vos émotions vous permet de vous approprier ce moment à votre façon. Tel un surfeur aguerri. Pour vous donner un exemple, et comme je vous le précisait au début de cet article, j’accompagne en ce moment-même un pilote de moto Rallye ayant remporté le rallye du Maroc dans sa catégorie dernièrement. Après avoir débriefé sur ce rallye, il s’est avéré que ce pilote avait excellemment gérer mentalement. Pourquoi ? car il a su tirer profit de ses émotions pour les convertir rationnellement en action positive et productive. Bien évidemment, tout est perfectible et se doit de l’être pour un pilote de cette trempe (Objectif : Dakar). Toujours est-il que les exemples qu’il m’a cité en séance prouve que l’émotionnalité engendrée par les situations se doit être constamment convertit en dose de rationalité pour atteindre l’objectif. De ses propres mots, il était tout le temps « en mode régulation émotionnelle ». Et oui, quand vous devez gérer la fatigue (lever entre 4h et 5h du matin), préparer la moto avec votre team, gérer les problèmes mécaniques, gérer les imprévus (départ avancé d’une heure par exemple, sans avoir été préalablement prévenu), gérer les conditions de course et les 10h/jour sur la moto, dans le désert, en passant par tous les check-points sans en oublier un seul (rater un check-point équivaut à une pénalité de temps), ou encore gérer les médias qui vous sollicitent constamment, savoir écouter ses émotions pour les transformer rationnellement en une graine efficace de productivité est une condition sine qua-non de réussite.  

Conclusion

Quand cela se passe excellement bien comme pour ce pilote, vous ressortez bien évidemment complètement vidé.e de votre énergie, mais aussi heureux. Et c’est bien là l’essentiel. Non pas pour la place de numéro 1 acquise durant ce rallye, mais bel et bien pour « devenir une meilleure version de soi-même » comme l’aime à dire ce pilote. Et cela passe par l’alliance de ce qui nous constitue : le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel.  

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