Le perfectionnisme (1/3)

« Il ne faut pas beaucoup de séances pour me rendre compte que le travail à fournir est énorme, c’est autre chose que de gagner la Coupe du monde ou d’essayer d’être le meilleur joueur du monde. Mais bon, c’est mon destin, n’est-ce pas ? Je suis encore dos au mur, je suis face à un défi qui paraît insurmontable. En tout cas, C’est ainsi que je le vois. il faut que je m’y consacre pleinement, exactement comme je le faisais auparavant. » Jonny Wilkinson, Mémoires d’un perfectionniste.

Voici comment Jonny Wilkinson évoque son travail psychologique concernant le perfectionnisme. Ce dernier se définit comme la fixation de normes de performance extrêmement élevées à titre personnel. » (Cox, 2010). Les athlètes perfectionnistes se retrouvent facilement dans le parcours du haut-niveau. Ils ont toujours cette quête de succès qui les anime, pour aller toujours plus loin. Mais « il est clair que ce problème est complexe car on ne peut nier que de nombreux sports nécessitent des performances sans erreur pour que les athlètes réussissent. Néanmoins, nous soutenons qu’il existe un paradoxe du perfectionnisme – c’est-à-dire que, malgré le fait qu’il existe de nombreux sports dans lesquels la perfection absolue est requise, des résultats négatifs et autodestructeurs et des comportements malsains sont évidents chez les athlètes caractérisés par une personnalité de perfectionnisme extrême et qui se concentrent sur l’atteinte de la perfection. » (Flett et Hewitt, 2005).

En psychologie du sport, il existe deux types de perfectionnisme : le perfectionnisme fonctionnel et le perfectionnisme dysfonctionnel (ou névrotique). L’un est équilibré, l’autre, déstabilisant. Il est possible de retrouver ce profil dysfonctionnel dans la thérapie des schémas sous le nom « d’exigences élevées ». Pour en savoir plus sur cette thérapie, je vous invite à lire « Je réinvente ma vie ». Cette thérapie permet de mettre du sens sur des schémas que vous avez acquis durant l’enfance et qui se révèle inadaptés dans le monde adulte. Pour l’exemple du perfectionnisme, il prend ses racines durant l’enfance, où l’enfant a peut-être été puni, dévalorisé ou humilié lorsqu’il a fait une erreur. Dans la thérapie des schémas, le schéma des exigences élevées est généralement un schéma secondaire, provenant de la genèse d’un autre schéma. Il est régulièrement lié au schéma « Imperfection/honte », « carence affective » et « exclusion ». Enfin, si les parents étaient perfectionnistes, ils peuvent avoir facilement transmis cet idéal à leur enfant.

Il faut savoir que dans le domaine du sport, les deux formes de perfectionnismes se chevauchent et viennent donc influencer l’une et l’autre chez un même athlète. Bien souvent, c’est le perfectionnisme dysfonctionnel qui remporte la bataille. Il fragilise l’estime de soi car il se centre sur le succès et la performance pure. L’ego est très présent. Et celui-ci donne le sentiment d’être indispensable. C’est ici que réside la difficulté du travail en préparation mentale. Lorsque l’athlète a pleinement fusionné avec cet ego, il est difficile pour lui d’entendre un nouveau discours, faisant basculer ses certitudes. Pourtant, il est clair que cet ego a sa grande part de responsabilité dans la partie dysfonctionnelle. Pour créer un équilibre, il est important d’apprendre à gérer cette partie dysfonctionnelle pour optimiser la partie fonctionnelle. Il est bon d’être dans l’analyse et dans le travail du détail, au millimètre. A la condition que ce travail n’en devienne pas pathogène mais plutôt salutaire.

Le perfectionnisme dysfonctionnel

Ce n’est pas le souci d’atteindre la perfection qui pose un problème. Ce qui est problématique, c’est l’accent mis sur le fait de ne pas atteindre la perfection, exprimé par le souci des erreurs et la réaction négative à l’imperfection.

Le perfectionnisme dysfonctionnel est appelé ainsi car il perturbe votre équilibre. Par les motivations et les émotions qu’il suscite, ses effets exercent une influence néfaste chez vous. Rien ne compte plus que la performance et sa quête, sans fin. Vous êtes un vrai compétiteur ou une vraie compétitrice. Vous aimez que les choses se quantifie. Ainsi, vous aimiez potentiellement l’école pour la valorisation que vous en retiriez grâce aux notes et avis des professeurs. Venant dans le monde adulte, cette notation n’existe plus. Il peut y avoir un manque de repère. En tous les cas, cette course effrénée de performance s’accompagne toujours de rumination, de frustrations et de doutes. Et de rêve également. Le rêve d’atteindre la perfection pour devenir un être libre. « Allez, encore un petit effort, tu seras bientôt libre », dit couramment le petit diable posé sur l’épaule.

Cacher votre vulnérabilité à tout prix

« Et comme d’habitude, je décide de faire taire cette angoisse, de contenir mes peurs, en travaillant dur, en convoquant mon instinct obsessionnel pour y arriver. » Jonny Wilkinson

Un athlète poussé au perfectionnisme dysfonctionnel est constamment préoccupé. Il règne toujours une pression intérieure chez vous. Et cela a des répercussions non pas directement sur votre performance, mais d’abord sur vos émotions. Le sujet central des émotions du perfectionnisme dysfonctionnel est l’échec. Le rapport à l’échec est très douloureux. Voir dévastateur. En premier lieu vient la peur. La peur d’échouer. Cette peur est nommée « anxiété cognitive » et « anxiété somatique » en psychologie du sport. Cette anxiété s’élève de manière considérable et se manifestent par différentes pensées ou messages du corps. Jonny Wilkinson, célèbre rugbyman anglais, était un perfectionniste. Enfant, cela se caractérisait, par exemple, par une telle peur d’échouer à son match qu’il demandait régulièrement à ses parents de faire demi-tour. Il ne se sentait pas à la hauteur. Sa peur se transformait en des scénarios catastrophes liée à l’échec, allant même jusqu’à des paniques chroniques. Ces paniques se déclenchaient également en dehors du sport. Comme le révèle les deux passages suivants, la peur de Jonny Wilkinson était très forte, mais vectrice d’une illusion :

« Dès l’aube, je me réveille, vers 6h, et il m’est alors impossible de contrôler la peur qui me saisit. Mon cœur bat la chamade et mon corps semble me prévenir qu’un malheur est sur le point de se produire ».

« La panique me submerge avant le match que pourtant je finis par jouer. En général, je joue bien et nous remportons le match ».

Une athlète me caractérisait cette peur de l’échec par un petit diable sur l’épaule venant murmurer ses histoires d’une petite voix : « N’oublie pas que la dernière fois, tu as échoué » ou bien « Tout le monde te regardes, si tu échoues, tu seras reconnu aux yeux de tous comme mauvais ». Ce genre de pensées a pour conséquence de faire baisser la confiance en soi. Vous ne vous sentez pas en capacité de réussir la tâche donnée avec les ressources dont vous disposez. Alors que vous les avez. Mais vous ne vous focalisez plus dessus. Ou tout du moins, vous ne leur accordez pas autant d’importance que la peur. L’échec a la faculté de remettre en question toute votre valeur en tant que personne, au lieu d’être évalué de manière objective. La perception des échecs crée une illusion destructrice. Ils sont perçus comme complets, globaux et généraux. En d’autres termes, un échec est total (aucun positif à retirer de la situation d’échec), infectant tous les domaines de la vie et vu aux yeux de tout le monde (tout le monde est au courant de l’échec que vous avez vécu et, surtout, vous pensez que tout le monde en parle).

En cas d’échecs répétée, vient la colère. Car le perfectionnisme répond à des exigences élevées. Celles-ci correspondent à ce que Ellis appelle les quatre attitudes dysfonctionnelles : Les exigences (Il faut…), la dramatisation, la non-acceptation, et le jugement global sur la valeur personnelle. Le piège est que plus ces attitudes se manifestent, plus elles détournent la capacité attentionnelle de points pertinents. Voici quelques exemples de pensées correspondant à ces quatre attitudes :


  • « C’est grave de stagner depuis quelques entraînements ».
  • « C’est la honte d’être aussi moins que rien, j’étais pas comme ça avant ».
  • « Si je ne me mets pas en colère, on va croire que je suis une personne soumise, alors qu’il faut du caractère pour s’affirmer dans le sport de haut-niveau ».
  • « Il faut que je me mettre en colère quand ça ne va pas, sinon je ne progresserai jamais vers mes objectifs »
  • « Mais qu’est-ce que je suis nul, ça m’énerve d’être aussi mauvais »
  • « Je dois avoir raison, coûte que coûte »
  • « Je n’aurais jamais dû perdre contre lui, c’est pas normal ! »
  • « Tu ne peux pas comprendre toi, laisse-moi »
  • « On dirait un débutant, c’est n’importe quoi ! ça me saoule ! »

Plutôt que de répondre à votre réel besoin quant à votre progression, elles créent des attitudes dysfonctionnelles et ne font, en fait, qu’alimenter la colère. Comme votre pratique sportive, plus vous pratiquez la colère, plus vous créez un certain lien avec celle-ci. Cette colère peut s’accompagner de culpabilité et de honte. Car les normes de performances élevées ne sont pas atteintes. Vous considérez les échecs comme anormaux et vous vous jugez de manière constante, et à l’excès. Vous avez une grande capacité à rester sur un échec pendant plusieurs heures, jours, voire semaines. La pilule ne passe pas. Car vous penserez encore et toujours : « Je ne suis pas assez bien… ». A ce moment, l’apathie peut arriver, faisant place au désespoir de ne jamais réussir à être l’athlète parfait.


« Oui c’est bien d’avoir réussi cela, MAIS j’aurais pu faire encore mieux « 


L’autre émotion principale du perfectionnisme dysfonctionnel est le soulagement en cas de succès. Heureux de ne pas avoir échoué, vous êtes simplement soulagé pour un petit temps donné. Mais comme vous n’êtes jamais satisfait, vous ne gouttez que très peu au succès et vous allez, par la force des choses, faire apparaître un « Mais ». « Oui c’est bien d’avoir réussi cela, MAIS j’aurais pu faire encore mieux « . Ce « Oui mais », est devenu automatique, et se répète dans l’esprit, inconsciemment. Abusant de ce « OUI MAIS », vous ne vous rendrez même plus compte que vous êtes tenu par une vicieuse spirale. Comprenez donc que le perfectionnisme dysfonctionnel génère un état d’esprit négatif car il banalise au fur et à mesure le succès. Finalement, il n’y a pas de moyen de jouir de la vie puisque même les succès sont ternis par le besoin constant d’en faire davantage. Voici un exemple : une athlète que j’accompagne a établi son record lors d’une compétition. Ce record a été terni par la croyance que ce n’est pas NORMAL d’établir un record alors que la concurrence était plus faible. Un record devrait être établi avec une opposition plus forte. Finalement, ce record a eu l’effet l’inverse. Plutôt que de susciter de la joie, il n’a suscité que de nouvelles questions et interrogations.

D’après l’exposition des émotions déclenchées par le profil perfectionniste dysfonctionnel, comprenez qu’elles ont régulièrement un caractère excessif dans leur expression. L’intensité de ces émotions augmente au fur et à mesure, vous amenant à ne plus savoir comment réagir. Vous vous sentez impuissant. Vous avez l’impression d’être victime de quelque chose d’injuste. L’incertitude est là, et vous venez dire : « je ne comprends pas, je ne me reconnais pas, j’ai toujours su réagir et maîtriser les choses. » La pratique devient à ce moment une obligation, voire une corvée, à force de vouloir répondre au souhait inlassable de la perfection. Il y règne une sorte de sacrifice du bonheur et de la santé pour un trône inatteignable.

La relation aux autres

« Tout le monde sait que je suis orgueilleux Mais là, il me semble que j’arrive au bout du chemin et personne ne sait comment me prendre. » Jonny Wilkinson

En tant qu’athlète perfectionniste, il est dur, voire impossible au départ, pour vous de ne pas juger. De ne pas commenter les situations. De ne pas vous autocritiquer. Mais cette autocritique ne laisse pas la place à la critique des autres. Votre peur est, souvenez-vous, de vous montrer vulnérable. Avec la conséquence terrible d’être rejeté et désapprouvé par les autres. Voulant vous montrer sous votre meilleur profil, vous avez cette tendance à vous éloigner des autres, ou bien à ne pas parler de vos faiblesses. Il faut donc savoir que la colère vous permet d’exprimer ce que vous ressentez mais sous la forme d’une affirmation de soi inadaptée ou inappropriée. Vous sentant fragilisé par l’échec et vulnérable, vous cherchez à vous défendre coûte que coûte face aux possibles critiques. Cela vous permet de garder le contrôle de la situation. Mais cette attitude défensive peut avoir des conséquences néfastes pour la relation avec votre entraîneur ou vos proches par exemple. Le cercle de relation subi la foudre et se sent parfois désemparé.

Votre appétit pour la compréhension de chaque chose ou situation est parfois difficile à rassasier. Votre entourage peut montrer une forme d’impatience au bout d’un certain temps, car vous sollicitez énormément l’attention. Vous ne vous en rendez pas compte, mais votre besoin de contrôle est énergivore chez vous, mais aussi chez votre entourage (entraîneur, proche, préparateur mental, etc.). Ce dernier doit satisfaire ce besoin incessant de réponses. Il est donc important pour votre entourage de prendre conscience de vos exigences et de les mesurer.


Il n’y a pas là un souhait de nuire à l’autre de votre part. Il réside plutôt un souhait de trouver un sauveur, pouvant répondre aux questions incessantes de l’esprit.


Comme vous souhaitez aller vite, vous exigez du concret sans forcément vous rendre compte de votre logique du « tout ou rien ». Avec le préparateur mental, cela ressemble à une quête de solution miracle à toute problématique psychologique. Bien évidemment, le préparateur mental ne pourra jamais prétendre offrir une solution miracle. Si vous n’obtenez pas de réponse allant dans votre sens et votre quête de performance, vous risquez de vous en allez. Pourquoi ? Car bloqué dans la logique du « Tout ou rien », vous vous dites « il ne répond pas à mes questions, il ne m’est pas utile. » Il n’y a pas de demi-mesure. C’est la logique : Succès – échec, noir-blanc, question – réponse, cela fonctionne – cela ne fonctionne pas. Pas de place à la nuance. Le concret réside dans l’idéologie du perfectionnisme dysfonctionnel. Liée à la soif de tout contrôler et tout comprendre, une réponse d’un tiers amène régulièrement une réponse cash : « Ce n’est pas suffisant. » Vous pouvez potentiellement faire régner un sentiment d’incompétence chez l’autre s’il n’est pas lui-même conscient de ce qui se joue dans les échanges. Il y a là, la logique du transfert/contre-transfert, notion importante de psychologie. Il n’y a pas là un souhait de nuire à l’autre de votre part. Il réside plutôt un souhait de trouver un sauveur, pouvant répondre aux questions incessantes de l’esprit. L’incertitude étant difficile à vivre, certains athlètes fuient cette peur et mettent des actions en place pour se sentir en sécurité. Les sauveurs ont donc la responsabilité de trouver des réponses à tout, sous peine d’être mis de côté. C’est une fuite de responsabilité, transféré chez l’autre. Bien souvent, votre entourage vous dira de lâcher-prise et d’arrêter de vouloir tout savoir ou tout maîtriser. Mais c’est plus fort que vous. Vous êtes comme ça.

La relation aux autres se pense également de manière indirecte. Vous dites que vous utilisez la comparaison aux autres pour progresser. Mais ce message, a priori positif, installe finalement un piège. Un piège de l’ego. A force de comparaison sociale, s’installe une compétition quotidienne où le but sera d’être le meilleur, ou tout du moins, d’éviter d’être moins bon que les autres. Je ne crois pas que la comparaison soit vectrice de progression. Car elle remet toujours en question ce que vous avez comme capacité ou ce que vous êtes.

La stratégie d’évitement

« Je n’éprouve pas le besoin que les autres connaissent mes qualités, je ne veux juste pas qu’ils voient mes défauts. » Jonny Wilkinson

Puisque la finalité du perfectionnisme dysfonctionnel est d’éviter l’échec à tout prix (car il se concentre sur une éventuelle défaillance), vous êtes susceptible de poser des objectifs en accord avec cette stratégie d’évitement. En psychologie du sport, et selon le modèle 2X2 des objectifs, vous posez des objectifs performance-évitement et maîtrise-évitement. Dans le premier cas, il s’agit d’éviter de démontrer l’incompétence normative (par exemple, s’efforcer d’éviter de faire pire que les autres). Dans le second cas, vous souhaitez éviter l’incompétence absolue ou intrapersonnelle (par exemple, s’efforcer d’éviter de faire pire que ce que vous avez fait auparavant).

En guise d’évitement, vous avez peut-être tendance à éviter l’inconnu en faisant confiance au connu à l’excès. Vous êtes bloqué dans vos certitudes. C’est-à-dire que le passé vous dirige grandement. Vous ne donnez plus la chance à l’inconnu d’être, et ce, pour répondre à votre besoin de contrôle. Ce besoin lié à l’ego, qui est votre mémoire, créant votre identité selon le passé. Vous n’êtes pas le même qu’hier, sauf si vous le décidez. Vous vous dites « J’ai essayé d’être positif avec moi-même, mais ça ne marche pas. » Le piège de l’ego se referme et vous pensez toute votre vie que s’accorder du positif ne fonctionne pas avec vous-même. Pourquoi ? Car votre but premier est la performance. Pas le bien-être. Être positif ne donne rien à la performance. Vous êtes dans l’idée de travailler en force et d’enfoncer les portes.

La peur du changement lié à l’inconnu vous fait régulièrement rebrousser chemin concernant le travail psychologique. Vous cherchez très souvent les réponses chez les autres, alors qu’elles se trouvent en vous. Vous vous tournez généralement vers ce travail lorsque vous avez épuisez le stock de vos stratégies. Vous vous rendez compte à ce moment que quelque chose cloche. Vous prenez conscience que se tourner vers soi est peut-être une solution louable. Vous osez finalement vous montrer vulnérable à une personne, sans la crainte d’être jugé (si la relation de confiance est parfaitement établie).

Paradoxalement, si vous êtes perfectionniste, vous pouvez être un bourreau du travail mais aussi un grand procrastinateur. C’est votre stratégie d’évitement par excellence. La peur d’échouer est tellement grande que vous repoussez, parfois, le travail à plus tard.

Les risques

Si votre profil de perfectionniste dysfonctionnel est plus élevé que celui du perfectionniste fonctionnel, vous ne voudrez pas entendre parler de bien-être. Votre ego se cabre lorsqu’on lui parle de bien-être. Vous considérez que cette quête frénétique de succès et de recherche de performance est normale. Le bien-être est un étranger à l’ego. Le dernier cadenasse le premier. Jusqu’à un certain seuil de tolérance. Car, oui, ce raisonnement à ses limites. A la poursuite d’un but inatteignable (la perfection), vous serrez les dents et créez une fatigue physique et mentale importante. Vous puisez dans vos dernières ressources. Pris par le temps, vous n’êtes jamais en mesure de vous détendre. Vous ignorez les messages de votre corps. Ce corps est meurtri, petit à petit. Qui plus est, encore plus en cas d’échecs répétés. D’autres symptômes physiques apparaissent tels que l’hypertension, l’insomnie, l’arythmie cardiaque, etc. Une détresse émotionnelle peut s’installer, pouvant aller jusqu’au burnout. Vous ne comprenez pas ce qu’il se passe et pourquoi les échecs se répètent. Il n’y a plus de sentiment de maîtrise. Cela vous fait basculer dans une tempête émotionnelle que vous ne maîtrisez pas.

Chaque rafale vient vous alarmer sur ce que vous n’êtes pas encore (pas assez précis, pas assez musclé, pas assez rapide, pas assez agile, pas assez fort dans la tête, etc.). Cet ensemble d’alarmes alimente la peur de ne pas remplir les objectifs, la peu de ne pas être reconnu pour ce que vous êtes, et la peur de vous rendre compte que vous ne serez jamais parfait. Vous n’êtes plus en mesure de raisonner tellement la partie émotionnelle du cerveau a pris le dessus. C’est sans doute à ce moment précis que vous pouvez vous engouffrer dans la brèche du mieux-être. Car il y a là, un instant subtil, où vous allez prendre conscience que votre fonctionnement vous détruit silencieusement et que vous pouvez agir autrement.

L’épuisement de la course à la perfection est si dur qu’elle en devient pathogène. Par sa rigidité, le perfectionnisme névrotique ne s’adapte pas aux situations et vous condamne à employer des réponses destructrices et dysfonctionnelles à répétition. Cette course à la perfection pousse parfois les athlètes à franchir le pas de l’illégalité. Cette boucle rétroactive et négative vient perturber votre bien-être, et ainsi, votre équilibre. Finalement, Christophe André écrit dans livre « Imparfait, libre et heureux » : « Tous les efforts sont consacrés à l’auto-défense plus qu’à la croissance. » Et c’est exactement l’objectif de l’ego. Vous faire croire que la quête du « toujours plus » et de la performance vous rendra un jour heureux et accompli. Il défend votre place au milieu des autres, par sa définition de ce qu’est le bonheur. Vous vous rendrez compte sur le long terme que ce n’était que du vent et une belle promesse impossible à tenir. 

Parfois, votre entourage se demandera si vous ne vous contemplez pas dans ce perfectionnisme dysfonctionnel. Comme le dit Osho, « en fait, ils sont heureux d’être malheureux. » Vous allez peut-être dire que c’est complètement insensé. Mais je vous invite à y réfléchir. Je crois que se contempler dans ce perfectionnisme est une fuite de responsabilité se caractérisant par l’évitement des peurs, de l’incertitude et du nouveau.

Personne ne peut être parfait. Mais cette phrase assez bateau, je dois le reconnaître, est pourtant porteuse d’un message. Le message que, quoi que vous fassiez, ce travail de précision et de détail que vous menez ne se nommera jamais parfait. Il sera plutôt de l’ordre de l’excellence. Dans le prochain volet sur le perfectionnisme, vous découvrirez la face positive du perfectionnisme et ce qu’il peut vous apporter de bon dans votre pratique.

Merci pour votre lecture, pour vos partages.

Pierre Guillet, préparateur mental,

Membre du réseau de professionnels « Focus Consultants« 

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