Combattre la propagation de l’ego en compétition

Article écrit pour Focus Consultants, apparu le 2 Mai 2020.

L’ego se dévoile très couramment lors des compétitions. IL est générateur de stress et conduit à des pensées et émotions pouvant venir perturber l’équilibre de l’athlète.  Ses symptômes se déclarent au fur et à mesure, jusqu’à prendre totalement possession de votre mental.  Mais qu’est-ce que l’ego ?  Comment se manifeste-t-il et quels sont ses freins pour votre bien-être et votre performance ? Comment s’immuniser contre sa propagation et rétablir votre bien-être ?

Rien ne doit vous posséder. Pas une pensée, une émotion ni même une personne. Vous pouvez être libre à la condition de ne pas être possédé. La possession vous rend pantin. Vous êtes dans l’incapacité de raisonner car le filtre de la possession est plus épais qu’une porte blindée. Vous n’êtes plus le maître. Lorsque vous êtes habité par une pensée ou une émotion, plus rien d’autre n’existe. Et vous créez votre identité inconsciemment autour de cette entité. C’est l’ego qui parle. Cet ego qu’Eckhart Tolle décrit minutieusement dans son livre « Nouvelle Terre » et l’associe au « Je » mais aussi « ma, mon, mien, etc. »

L’ego et ses caractéristiques      

A travers le voile de notre perception, nous construisons notre identité de manière réductionniste et illusoire en nous identifiant directement à ce « Je ».  Cela signifie que plus nous nous identifions à nos pensées, à nos émotions ou encore à nos possessions (palmarès), plus notre identité utilisera ces identifications pour se renforcer. Or, ces identifications ne représentent pas ce que vous êtes « par essence », comme nous le mentionne Eckhart Tolle.

Pour vous citer un exemple, si Diego Schwartzman, tennis professionnel, s’était identifié à sa taille (1m70) dans sa pratique du tennis, il aurait réduit son identité à sa petite taille et n’aurait jamais pu atteindre le niveau mondial. Il ne s’est pas fait piéger par la pensée de type « Je suis trop petit par rapport aux autres joueurs de tennis pour être pro. » Voici ce qu’en dit le principal intéressé dans une interview : « Je dois encore améliorer beaucoup de choses car les joueurs plus grands sont plus puissants que moi, mais je ne pense pas à ma taille ou à celle de mes adversaires sur le court. J’essaye juste d’être concentré et rien d’autre. »

Notre ego, par l’identification (aussi appelé fusion dans la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement), peut représenter un danger pour nous-mêmes car sa caractéristique principale est que son activité se réalise de manière inconsciente.

Sans nous en rendre compte, nous créons des rôles et des histoires aux travers de nos identifications. D. Schwartzmann se serait raconté une histoire en se disant qu’il est trop petit. Ces rôles sont joués pour répondre à la pensée inconsciente « je ne suis pas assez ». Plus important encore, nous prenons ces rôles très au sérieux, ce qui peut annihiler complètement le sentiment de légèreté. Votre sourire et votre optimisme à l’entraînement se volatilise en compétition. Comme si un orage allait éclater juste au-dessus de votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego personnel se compare aux autres.

L’ego se nourrit de la négativité. Autrement dit, lorsque vous fusionnez avec une pensée ou une émotion négative, vous la percevez comme partie intégrante de vous-même. Votre perception personnelle est réduite à cette identification (« Je suis trop petit », « je ne suis pas assez compétent », « Je ne suis pas fait pour ce sport vu mes résultats », « Je vais perdre contre cet adversaire, c’est sûr, il est trop fort », etc.). Vous prenez cette identification pour la réalité et vous êtes dans l’incapacité de prendre le recul nécessaire. Cette notion est très importante à comprendre. Vous n’êtes pas que le petit contenu de cette identification. Mais il vous persuade de l’inverse en vous possédant. En se répétant sans cesse dans votre tête.

Fondamentalement, à travers ces identifications, notre ego se compare aux autres. « Untel est plus adroit », « je ne serais jamais comme lui ou comme elle », « Elle va plus vite que moi ». Si ce besoin de comparaison n’est pas reconnu et que celui-ci dirige votre pratique sportive, cela devient dangereux. Vous en oubliez les fondamentaux de votre pratique. Travailler, progresser, échouer, réessayer, réussir, apprendre, comprendre, se connaître, se dépasser, faire avec ses capacités du moment.

A l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout.

Autre point important, l’ego est conditionné par le passé ou se projette dans le futur. Le moment présent n’est pas sa tasse de thé. Pourquoi ? Car à l’instant même où vous êtes dans le moment présent, l’ego se dissout. L’ego a cette facilité d’envoyer des petites pensées rappelant la dernière compétition qui s’est mal déroulée. Ou alors, sur ce qu’il peut se passer de moins bon lors de la prochaine compétition.

Pour terminer avec la présentation peu flatteuse du portrait de l’ego, notez qu’il est générateur de stress. Comme dit dans la méditation EGO/tâche du programme sport et mental sur Petit Bambou, l’ego « a la particularité d’activer nos défenses ». Ces défenses déclenchent des stratégies parfois inadaptées pour votre bien-être et votre performance.

Le virus de l’ego en compétition

La compétition est un lieu propice pour que le virus de l’ego se propage. L’ego déploie son régiment de pensées, d’émotions et de sensations corporelles associées. Il vous fait vous sentir différent de vos entraînements. Quelque chose cloche mais vous ne savez pas identifier encore ce qui vous possède, vous habite. Une bataille se met en place dans votre tête. Votre état vous déplait, mais vous ne savez pas quoi faire de cet état. Le fuir ne fonctionne pas, tromper le cerveau en se disant que tout va bien, non plus.  

Des « symptômes » somatiques font leur apparition la semaine précédant la compétition, et ce jusqu’au jour J.  Des symptômes tels que la boule au ventre, des petites bouffées de chaleur ou des tremblements. Le corps réagit à l’échéance qui va arriver. Vient également une agitation mentale qui se met doucement en place, jusqu’à parfois vous faire perdre quelques heures de sommeil. Des questions fusent, des images apparaissent, le désordre règne.  L’ego est en train de gagner du terrain secrètement, en posant un à un ses pièges.  

Cet ego est donc comme un virus qui se propage silencieusement lors de sa période d’incubation. Il s’installe, prend ses marques dans votre corps et votre tête. Il vient déséquilibrer l’édifice en déclarant des symptômes petit à petit.

Première clé mentale: Votre niveau d’attention (ou niveau de conscience)

Conscient d’être atteint par un virus, vous commencez à prendre soin de vous pour rétablir l’équilibre. Vous mettez en place de petites actions pour aller mieux. Et ce, dans l’espoir de ressentir à nouveau un certain bien-être général. Vous êtes l’acteur de votre rétablissement.

Avant ou pendant la compétition, votre responsabilité est de noter consciemment ce qui vous obsède(nt). Pourquoi pas en la mettant sur papier (si c’est avant la compétition bien sûr). Ecrire est l’une des actions principales que je préconise chez les athlètes que j’accompagne.  L’écriture permet de se poser avec soi-même, et de libérer des émotions au travers de mots. Une fois écrit, leur poids s’allège dans le cerveau.  Peut-être sont-ce des pensées liées la performance, à vos adversaires, ou bien encore sur le regard des autres. Peut-être vous rendrez vous compte d’un scénario catastrophe qui s’installe inconsciemment dans votre tête avec des « Et si… ». Ce scénario catastrophe créant de la peur au plus profond de vous. Scénario dans lequel vous allez réduire votre identité au résultat terrible imaginé. L’ego prend l’avantage. Virus 1 – vous 0.

La première clé mentale pour venir égaliser rapidement est la prise de conscience. Virus 1 – Vous 1. La prise de conscience arrive en élevant votre niveau d’attention. Tel un scientifique, vous observez en toute conscience l’ego poser ses pièges.  Rappelez-vous que l’ego n’aime pas le moment présent car il est complètement à découvert, vulnérable aux assauts de votre conscience. La méditation de pleine conscience vous aide à être ce scientifique au service de vous-même. Sa pratique consiste à poser votre attention sur le moment présent. Et ce, sans émettre de jugement. Dans le monde du sport, les recherches scientifiques sont en train de montrer toute son efficacité. Grâce à un entraînement régulier, elle aide les athlètes à être complètement focus sur ce qu’ils doivent faire le jour-J. Le vagabondage des pensées telles que celles de l’ego est reconnu, mais il n’est plus un ennemi.

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder.

Revenons à présent à notre match. Le rapport de force est en train de changer de camp et il reste du temps pour prendre l’avantage. Du mieux que vous le pouvez, vous allez commencer à prendre soin de vous. Vous acceptez que le virus soit bien présent. Et ce, sans qu’il ne vous domine.

Deuxième clé mentale: L’acceptation

A la suite de la prise de conscience des pièges de l’ego, vient l’acceptation. Lorsque vous serez entraînés à ces deux clés mentales, à cet instant précis, vous serez immunisé pour la compétition suivante. Vous avez toujours ce virus en vous, mais votre tête et votre corps ont établi une nouvelle relation avec lui. L’ego et sa petite voix dans votre tête ne s’en ira pas, heureusement pour les athlètes souhaitant être des champions. C’est ce petit plus qui pousse à la victoire. Mais il ne déséquilibre plus, il ne vous domine plus. Vous savez le reconnaître et le laisser passer pour vous concentrer sur ce qui est pertinent pour votre performance.

Exercice métaphorique : Non-acceptation VS Acceptation

Tout ce que vous n’acceptez pas va vous posséder. La seconde clé est donc l’acceptation.  Je vous propose de faire un exercice introductif.  Programmez votre chronomètre sur votre montre ou votre smartphone sur 5 minutes.  Puis fermez le poing aussi fort que possible et lancez le décompte des 5 minutes.  Forcez autant que vous le pouvez. Si vous ressentez un relâchement, remettez de la force.  Vous allez probablement ressentir une douleur dans votre bras et se diffusant dans l’ensemble de votre corps.  Vous allez penser que c’est douloureux, la fatigue va vous donner envie d’ouvrir le poing.  Inconsciemment même, le poing va s’entrouvrir car la douleur est trop forte.  C’est un appel du cerveau à prendre soin de vous en lâchant prise.

C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est.

Au bout de 5 minutes, relâchez tout doucement votre main en ouvrant progressivement.  Ressentez-vous à quel point l’ouverture libère alors que la fermeture engendre douleurs physiques, tensions, et pensées désagréables ?  Lorsque vous ouvrez, la souffrance s’efface et les pensées se calment. Ce petit exercice vous montre deux stratégies.  En étant fermé aux expériences désagréables telles que les pensées, émotions et sensations corporelles liées à l’ego, une lutte s’installe.  Vous tentez de tirer la corde de plus en plus fort pour aller mieux mais rien n’y fait.  Vous usez de l’énergie physique et mentale, ce qui entraîne au bout d’un certain temps un mal-être.  Vous êtes à ce moment possédé par l’ego. Il vous tient.  

En vous ouvrant au caractère désagréable que l’ego transmet, l’énergie est économisée. Vous avez tout le luxe de pouvoir agir en toute conscience.  Vous n’êtes plus un problème, la relation avec votre corps et votre mental est plus spacieuse. Cet exercice métaphorique est efficace pour comprendre la différence entre le choix de résister et le choix de s’ouvrir, d’accepter. C’est un superbe choix que de pouvoir dire oui à ce qui est. C’est une formidable alternative à la résistance. La résistance amène à la contraction interne. Vous êtes une coquille qui se referme. L’ouverture vous fait respirer un bon bol d’air frais.

Définition de l’acceptation

L’acceptation est sans doute la notion la plus difficile à faire comprendre aux athlètes que j’accompagne. Elle a aussi été une très grande découverte d’un point de vue personnel. Seul l’établissement d’une attitude et d’une relation nouvelle avec l’expérience fait comprendre ce qu’est l’acceptation. Les mots lus ne font pas vivre l’expérience de l’acceptation. Il n’y a pas de côté intellectuel, simplement expérientiel. Dans notre culture occidentale, accepter est représenté comme se résigner, se soumettre, abandonner son sentiment de pouvoir. Ce qui peut créer de la peur car vous avez le sentiment de ne plus rien maîtriser. Il y a ce sentiment caché d’impuissance. Cette représentation que « si j’accepte de perdre ou de faire des erreurs, alors je ne serais jamais un champion ». Mais l’acceptation telle qu’elle nous est expliquée par la méditation de pleine conscience n’est pas ces représentations.

Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité.

« Reconnaître clairement ce qui se déroule en nous, et contempler ce que nous voyons avec un cœur ouvert, bienveillant et aimant. » Tara Brach définit l’acceptation comme telle. Cette contemplation est une pause pour prendre conscience de nos jugements, de nos résistances ou de nos réactions automatiques. Ce temps d’arrêt est nécessaire pour répondre avec authenticité et créativité.  Cette pause est la mi-temps du match.  Vous vous calmez. Vous prenez conscience de ce qu’il se passe en vous. Puis, vous mettez de nouvelles stratégies en place. L’acceptation induit un changement par l’action plus juste.  

Les trois dimensions de l’acceptation

Le non-jugement, la non-résistance, et le non-attachement représentent les trois dimensions de l’acceptation. Ces trois dimensions vous conduit à ne pas être la proie de vos pensées et émotions. Elles vous aident à être un peu plus libre dans le choix de vos futures actions.

Lorsque l’ego prend place, vous allez potentiellement vous juger. Soit sur ce que vous allez faire, soit sur ce que vous avez fait.  Lorsque vous respectez le non-jugement, vous ne remettez en question, ni la personne que vous êtes, ni la situation.  Ainsi, soyez attentif au jugement que vous portez aux situations et sur vous-mêmes.  En accordant de l’importance à vos jugements (« je suis mauvais », « je ne vais pas y arriver »), vous altérez votre confiance.

En permettant intentionnellement aux expériences désagréables d’être, vous respectez la dimension de la non-résistance. Vous ouvrez un champ d’action pour y répondre qui ne sera plus de l’ordre de la réaction automatique. Vous vous dites simplement : « c’est OK, je n’ai pas d’autres choix que de vivre cette situation. »

Le non-attachement se caractérise comme laisser aller chaque expérience interne et externe, sans vous y accrochez.  Se dire « J’ai la pensée que je vais échouer » est différent de « Je vais échouer ».  Voir la pensée comme une pensée, non comme la réalité permet de prendre une distance nécessaire. Ce pas de côté offre la possibilité de se détacher de vos jugements. A l’inverse, en vous attachant, vous donnez de l’importance. La bulle devient de plus en plus grosse jusqu’à prendre toute la place dans votre mental.  Comme deux aimants qui ne forment plus qu’un. Les pensées et émotions liées à l’ego vous attirent pour fusionner complètement avec vous et vous perturber.

Accepter revient donc à ne pas juger, à ne pas résister, et à ne pas vous attacher.  Cela vous permet de prendre soin de vous indirectement en annihilant la cogitation mentale. Vous pourrez répondre aux situations de compétition avec clairvoyance. Votre intelligence et votre instinct de survie vous fait progressivement oublier votre innocence et la joie pure de pratiquer. En compétition, il est courant que votre attention se porte sur tous les dangers possibles. Servez-vous de votre intelligence pour ne pas être possédé par ces dangers, ces peurs, ces colères. Utilisez-la à bon escient, pour davantage prendre soin de vous. Le bien-être amène à la performance.

Conclusion

Finalement, cette période de confinement est comparable à une compétition. La solution est de symboliquement « Restez chez-vous », centré sur vos valeurs en étant l’athlète que vous souhaitez être. Cet(te) athlète avec des ressources et des points forts sur lesquels s’appuyer. Cet(te) athlète ayant des stratégies mentales spécifiques travaillées en entraînement telles que vos routines pré-compétitives. A partir de ce moment, rien ne vous possèdera, pas même l’ego. Virus 1 – Vous 2. Coup de sifflet final.

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